Milton Erickson passe dans Sciences & Vie !

…en juillet 1965 !

La célèbre revue de vulgarisation scientifique avait faite de l’Hypnose sa « Une » pour le numéro estival, avec un long article de 16 pages (quelque chose qui ne se fait plus à notre époque) et un invité prestigieux : Milton Erickson, lui-même, interviewé lors de son passage en France pour un congrès international.

Voici pour vous le PDF de cet article (clic gauche pour lire en ligne ou clic droit, puis « Enregistrer » pour sauvegarder) et son résumé :
« L’Hypnose vient de faire officiellement sa réapparition dans la médecine française. A la fin du siècle dernier, Paris était la capitale de l’hypnotisme. Mais, depuis plus de cinquante ans, tant que les recherches se poursuivaient dans le monde entier, chez nous c’était le silence.
Pour la première fois au cours de ce siècle, un « Congrès International d’Hypnose et de Médecine Psychosomatique » s’est tenu à Paris, du 28 au 30 avril 1965. Il était placé sous la présidence d’honneur du Ministre de la Santé Publique, 500 spécialistes (médecins, psychiatres, anesthésiologistes, chirurgiens, physiologistes) représentant 28 pays, y participaient. »

Milton Erickson y était présent, sans doute pour la première fois en France, en tant que « vedette du congrès ». Le journaliste raconte que sa « communication, ce matin-là, avait déclenché une ovation dans la grande salle » où il n’y avait eu jusque-là « que le maigre crépitement d’applaudissements académiques » ! Et qu’Erickson était « un personnage étonnant,venu de phoenix, dans l’Arizona, pour galvaniser ses confrères hypnotistes du monde entier réunis à Paris. »

Le journaliste explique qu’il avait tenté de demandé à Erickson « son avis sur le mécanisme fondamental de ce pouvoir étrange de l’homme sur l’homme. » et qu’Erickson l’avait « écouté avec une bonne volonté que rarement les spécialistes accordent au questionneur… Un sourire… Puis, il avait passé outre à ma question.
– I’ll tell you a story. »

C’est alors qu’il avait commencé le récit, avec la verve qu’on lui connait, du terrible cas de « La Hurleuse », une femme atteinte ici d’un cancer du sein droit qui avait gagné les poumons et le bassin d’un cancer des os en phase terminal, à qui il avait fait une anesthésie, d’une manière aussi peu orthodoxe que l’on peut s’attendre d’Erickson !

« Je vais vous faire mal… dit Erickson.
– Pourquoi voulez-vous me faire mal ?
– Je veux vous aider.
La patiente reprit sa plainte. Je recommençai mes menaces.
Elle céda plus vite cette fois.
– Comment allez-vous m’aider ?
Je ne répondis pas. Elle était couchée sur le côté droit, toute recroquevillée. Elle se mit à psalmodier :
– Ne me retournez pas… Ne me retournez pas.
Et moi :
– je vais vous retourner ! Je vais vous retourner ! »

Erickson finit par mettre la patiente en transe hypnotique. « Elle se sentait réellement sur son côté gauche, face au mur. Elle ne me voyait plus. Il m’avait fallu une heure et demie pour induire ainsi cette désorientation totale. Comme je voulais qu’elle me voie pour la suite de la séance, je lui suggérai « qu’elle s’était de nouveau retournée sur le flanc droit ». J’y mis une heure. Elle s’enfonça encore plus profondément dans la transe. »

Erickson commence alors un dialogue avec la patiente, sur sa douleur, son opération, son espoir, ses déceptions de plus en plus lourdes…
Puis Erickson lui demanda de façon répété que la patiente lui rende un service :
« il faut que vous ressentiez une douleur terrible, terrible, à votre pied droit… Vous n’aimerez pas cela… Vous préféreriez que votre talon vous démange… Mais il faut que vous ayez une douleur terrible au talon droit. »

La patiente demanda alors à Erickson de l’excuser, car « elle n’avait pas pu ressentir cette douleur au talon droit, mais seulement une démangeaison. »
Erickson suggéra alors à la patiente de transformer cette démangeaison en engourdissement, puis de faire « monter l’engourdissement jusqu’à la cheville, le long de la jambe, de la cuisse, jusqu’à la hanche, puis dans l’autre jambe. » Erickson conclut en disant qu' »à ce moment, j’avais endormi tout le corps, de la taille aux pieds. Plus de douleur dans tout ce territoire conquis à la suggestion d’un engourdissement total. »

Le récit du cas de prolonge avec les détails sur la manière qu’utilisa Erickson pour faire manger la patiente (bien trop maigre) : il utilisa le fait qu’elle était très pieuse pour parler « d’enfer et damnation » (et autres blasphèmes) si elle ne mangeait pas un bifteck pour la dernière fois ! La patiente finit par admettre qu’elle pourrait manger un bifteck, pour faire cesser les blasphèmes d’Erickson.

Erickson finit ensuite le récit de son cas avec la description de la « démangeaison comme celle d’une piqûre de moustique. Pas une sensation pénible, pas une sensation qui fait peur, mais simplement une sensation un peu désagréable » qu’il avait placé au niveau de la poitrine de la personne, en rappel de son intervention, afin de consolider et maintenir (d’après Erickson) l’anesthésie hypnotique qu’il avait créé pour elle.
« Je terminai cette longue séance, qui dura quatre heures à peu près, en lui suggérant qu’à son réveil, elle conserverait tous les souvenirs agréables de cette visite, tous ceux qu’elle désirait conserver. Je soulignai que ces souvenirs devaient comprendre la disparition de la douleur, la relation personnelle entre nous, mais que mes blasphèmes devaient être oubliés. Je lui dis également de se rappeler que je lui avais fait mes excuses pour la piqûre de moustique. »

Erickson raconte que la patiente avait environ deux mois de survie (estimés par son médecin), mais qu’elle survécu presque cinq mois suite à sa longue séance et à quelles autres courtes visites de rappel. Qu’elle avait pu faire une dernière fois le tour de sa maison et qu’elle mourut paisiblement en perdant conscience, « sans avoir souffert un seul instant depuis la séance, sinon d’un piqûre de moustique rebelle… »

Le journaliste explique qu’il n’avait pas réussi à interrompre Erickson pour se faire expliquer la séance, le pourquoi de son attitude brutale. Mais il conclut de lui-même que « bien des secrets de l’hypnose, et aussi de la psychiatrie » devaient être contenus dans le récit d’Erickson.
C’est ainsi que ce dernier bâtit sa réputation : avec des récits de cas extraordinaires mais pratiquement impossibles à reproduire, et sans jamais donner d’explication concrète sur ce qu’il faisait, mais en montrant que l’on pouvait être libre et créatif avec les personnes que l’on devait aider.

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Le journaliste partit donc à la découverte des autres praticiens et se fit hypnotiser par un spécialiste français présent au congrès, afin de mieux décrire ses impressions personnelles (ce que les journaliste actuels pourraient prendre en exemple !)…

James Braid, fondateur de l’Hypnose (1841)

Beaucoup de spécialistes différents sont nommés et interrogés dans cet article. L’auteur décrit aussi les méthodes (de l’époque) pour créer l’hypnose (les différentes inductions) et les « réactions » grâce auxquelles on reconnait que la personne est bien hypnotisée.

L’article parle ensuite du fait d’être « hypnotisable ou non » (l’époque était encore aux « échelle d’hypnotisabilité ») et décrit les traits qui permettent de reconnaître une personne qui entrera plus facilement en hypnose, ainsi que les signes à quoi on reconnaitra une personne « résistante »…

A la suite de cela, le journaliste raconte un film, diffusé pendant le Congrès, et qui montrait une anesthésie réalisée pour un accouchement. Le pratique (le prof Kroger) y avait « réveillé » (façon de parler, explique le journaliste, puisqu’il ne s’agit pas de sommeil) la patiente en plein accouchement, et on avait vu son visage se crisper brusquement de douleur… avant que le médecin ne réinduise l’anesthésie hypnotique : preuve flagrante de la réalité du phénomène !
Le film montre ensuite une opération de la thyroïde, également réalisée sous anesthésie hypnotique.

L’article discute ensuite de la psychosomatique, de la différence entre « supprimer un symptôme, sans en retirer la cause » et « soigner la personne » (donc traiter la cause). Sydney Rosen, proche d’Erickson, insistera alors sur le fait qu’un hypnothérapeute doivent bien connaître la psychologie et la psychopathologie afin de pratiquer de manière sérieuse et sécure pour ses patients. Il pointe également l’importance de l’anamnèse et la nécessité, parfois, de renvoyer la personne auprès de son médecin, pour vérifier qu’un trouble ne soit pas de cause physique. Toutes choses sur lesquelles on insiste à longueur d’année en formation…

Le Dr Hartland fera une démonstration d’hypnose utilisée en psychothérapie, selon les méthodes de l’époque :
« Le docteur Hartland emploie une technique d’induction classique : « Mettez-vous bien à l’aise, détendez-vous, respirez paisiblement… Dormez… » Il obtient une relaxation complète « pieds, chevilles, ventre, épaules, bras… » puis consolide la transe par la respiration et des comptages.
Ensuite, pendant 8 à 10 minutes, il suggère la fortification du « moi ». La séance se termine par la suggestion directe de suppression des symptômes et le réveil. La technique de fortification du moi utilise toutes les possibilités du rythme de la parole, des répétitions, du relief sonore. Les suggestions elles-mêmes font penser à celles de la jadis célèbre méthode Coué : « Chaque jour, vous deviendrez plus fort, plus sain… Vous deviendrez beaucoup moins facilement fatigué, beaucoup moins déprimé… Chaque jour, vous deviendrez beaucoup plus alerte, chaque jour vous deviendrez de plus en plus profondément intéressé à votre travail… »
Un dosage adéquat des différentes suggestions, l’insistance sur les thèmes positifs, « chaque jour », « de plus en plus », etc. tout cela rend de très gros services, même (dit le docteur Hartland) dans des situations analytiques. »

Vous noterez la différence entre cette manière de pratiquer l’hypnose et l’exemple donné par Erickson en début d’article !!! Il y eut une sorte de révolution lorsque les thérapeutes commencèrent à créer du sur-mesure pour leurs patients, même si les cas d’Erickson n’étaient pas reproductibles (et certains largement « améliorés » pour les besoins de la démonstration pédagogique)…

Pour autant, on était encore à l’époque du « thérapeute qui agit sur le patient », très loin de la future Nouvelle Hypnose.

~oOo~

L’article continue donc sur un court passage à propos de l’auto-hypnose, abordée par un spécialiste anglais, puis reprend sur le sujet de la psychosomatique, notamment sur des cas de sexologie, puis d’alcoolisme et d’obésité.

Le journaliste commente : « Pratiquement, il m’a paru que les Américains, toujours portés au pragmatisme, s’étaient avancés le plus dans la voie de la psychothérapie par l’hypnose, ou tout au mois qu’ils étaient ceux qui actuellement s’en servaient le plus volontiers.
A côté d’eux, Russes, Japonais, Anglais, Scandinaves explorent activement ce domaine. Il n’y a guère que la France qui, jusqu’à ce congrès, semble s’en être désintéressée presque totalement. Il y a à cela des raisons historiques bien françaises : querelles d’écoles et d’idées capables de masquer et d’étouffer une réalité pourtant passionnante.
Le docteur Léon Chertok, de Paris, un de nos rares spécialistes de l’hypnose, a retracé son histoire dans la communication d’ouverture du congrès. En un mot, c’est parce que nos savants ont été incapables, de Mesmer à nos jours, de définir la nature du phénomène hypnotique, qu’ils ont cru devoir le négliger ou même le réfuter.
Avec ce congrès, cependant, où les praticiens français ont eu l’occasion de rencontrer leurs confrères étrangers, semble se dégager une attitude plus réaliste : en attentant d’éclaircir les problèmes fondamentaux de l’hypnose, on peut étudier avec profit son maniement et ses possibilités. »

Eh bien voilà ! 🙂

Le journaliste aborde ensuite l’hypnose de music-hall, pour expliquer la mauvaise image de l’Hypnose auprès du grand public : « de là à penser qu’un hypnotiseur habile puisse forcer les gens à lui obéir dans la vie courante, en dehors de la scène, il n’y a qu’un pas. » Il cite quelques hypothèses de manipulations possibles en hypnose, plus ou moins graves, avec ce qu’il devrait être possible d’y faire pour y remédier… Bien sûr, c’est là que réapparait l’ancestrale supplique de certains de réglementer l’enseignement et la pratique de l’hypnotisme par des lois internationales. Ce à quoi l’auteur de l’article réplique intelligemment que l’Hypnose ne doit pas être « cadenassée » au prétexte qu’elle pourrait être « dangereuse entre des mains criminelles« , mais au contraire que « son enseignement doit être répandu », « les moyens trouvés de faciliter son emploi et de la généraliser, en serait-ce qu’à cause de son extraordinaire action sur la douleur ».
Et de préciser à juste titre « que cette technique, pour être appliquée avec le maximum de succès, demande non seulement des connaissances approfondies, mais encore une grande intelligence des hommes ».

En formation, pour illustrer cette idée, j’utilise la métaphore d’un couteau qui s’aiguise avec le savoir-faire de la personne : un débutant ou un maladroit n’aura qu’un couteau pour enfant, à bout rond et sans aucun tranchant (donc inoffensif) et il faut bien connaître la psychologie et le maniement de l’hypnose pour réussir à avoir un couteau bien tranchant (donc des techniques efficaces). Sachant que toutes les techniques hypnotiques ont été conçues par des thérapeutes pour faire du bien, une personne malfaisante devrait, pour faire du mal avec l’hypnose et en plus de savoir correctement s’en servir (donc bien connaître la psyché humaine, au sens positif) faire ensuite l’effort d’inverser toutes les techniques, pour les rendre négatives, malfaisantes au lieu de bénéfiques.
Il est fort peu probable que de telles personnes existent. Si quelqu’un souhaite faire le mal, il y a des moyens bien plus rapides et plus faciles que de passer des années à apprendre à soigner son prochain, pour ensuite décortiquer toutes les techniques, les inverser et inventer des protocoles « négatifs »…

Le journaliste conclut son article avec une histoire d’Erickson, afin de boucler sur les « nouvelles manières de pratiquer en thérapie ». Erickson raconte le cas d’une jeune femme qui avait perdu l’usage de la parole suite à un accident de voiture. Après avoir étudié son dossier, Erickson demanda au mari de lui confier sa femme « pendant un certain temps, avec la personne qui s’est occupée d’elle jusqu’ici. Il faut que cette personne accepte et promette d’appliquer à la lettre toutes les instructions que je lui donnerai. »
Vous reconnaissez-là le début d’une thérapie stratégique par prescription de tâche, pratique très courante chez Erickson (39,5% de ses cas) bien que sans hypnose.

Erickson raconte comment il mit en place « un véritable système de torture mentale, poursuivit implacablement jour après jour », afin de provoquer chez la patiente « une réaction de colère suffisamment violente pour faire une brêche dans la barrière du silence. »
Pour se faire, Erickson demanda à la garde-malade d’annoncer à la patiente qu’elle se réveillerait à 8h, pour prendre sa douche à 8h15 et être en tenue de gymnastique à 8h20 et à la gym à 8h30 « pour une séance de rééducation absolument indispensable. » Bien sûr, le lendemain matin, la garde-malade réveilla la patiente à 7h30, en la grondant parce qu’elle était en retard : « On vous a bien dit de vous lever à 7h15, il est déjà 8h ! Passez vite à la douche ! » A peine la malade arrivait-elle à la douche qu’on lui disait qu’il était trop tard, qu’il fallait déjeuner. Arrivée à table, elle découvrait que l’heure du déjeuner était passée et sa garde la ramenait dans sa chambre en lui expliquant que par sa faute et sa négligence elle avait manqué la séance de rééducation qui était si importante. »

De même : « La garde demandait à la malade si elle aimerait pour le petit-déjeuner du lendemain des oeufs au bacon avec du café et du pain grillé. Ravie, la malade faisait oui de la tête. Le lendemain, arrivant à table, elle voyait sur son assiette un navet cru et dans sa tasse de l’eau claire. Devant sa grimace, la garde-malade lui disait : « Mangez vite votre brioche et votre confiture ! » Et ainsi de suite tous les jours à toutes les heures, vexations et frustrations se succédaient à un rythme accéléré et de manière de plus en plus révoltante. Jusqu’au jour où la malade, excédée, éclata : « I don’t care! »
Il avait fallu deux semaines pour arracher ces premiers mots.
Dès lors, le contact étant établi, le docteur Erickson, utilisant l’hypnose pour accélérer sa psychothérapie, réapprit à parler à la malade en l’espace de six mois (…) Par la suite, quelques séances d’hypnose convenablement échelonnées lui permirent de conserver parfaitement l’usage de la parole.
Conjuguant leurs effets, l’hypnose et une psychothérapie habille avaient réussi là où aucun traitement n’avait pu le faire. »

~oOo~

Ainsi se termine ce bel et long article de présentation de l’Hypnose, qui plus est en français et dans une revue de vulgarisation scientifique.

J’espère qu’il vous aura permis de prendre la mesure de ce qu’était l’Hypnose avant Erickson, de pointer la manière unique d’Erickson de travailler avec les patients, et ainsi mieux faire la différence avec la Nouvelle Hypnose, née 20 ans plus tard, après la mort d’Erickson, et qui représente aujourd’hui l’hypnothérapie la plus pratiquée.

La Nouvelle Hypnose : le livre ! (Episode 2/5)

Nous voilà à la préface du livre, écrite par Theodore Xenophon Barber, PhD. (1927-2005), un expert en Hypnose plus ancien que son homonyme, Joseph Barber, PhD., célèbre quant à lui pour ses travaux sur le traitement de la douleur en Hypnose…

LA PREFACE DU LIVRE

Theodore X. Barber (dont je n’ai pas pu trouver une photo) s’est fait connaître en 1969 pour son livre « Hypnosis: A Scientific Approach » qui a participé aux lettres de noblesse universitaires de l’Hypnose, avec d’autres grands nom de l’époque comme Martin Orne ou Ernest Hilgard.
Barber était, comme Erickson, un « super sceptique », l’un de ces matérialistes extrémistes, membre actif du Committee for Skeptical Inquiry (CSI) et aujourd’hui au Panthéon des Sceptiques (Pantheon of Skeptics) – eh oui, cela existe !!… Donc, pas la personne la plus ouverte d’esprit qui soit !…

Il a le mérite d’avoir participé avec ses collègues à sortir l’Hypnose du flot de superstitions dans lequel elle pouvait encore baigner, à cette époque. Il est donc édifiant qu’Araoz l’ait invité à préfacer son livre, clair hommage à l’Hypnose Classique, et plus encore que T.X. Barber ait accepté, gage de sérieux pour la Nouvelle Hypnose.

Les travaux de Barber l’ont amené à penser que l’Hypnose (l’EMC) n’était pas le vecteur principal du changement (par exemple, thérapeutique) et que la suggestion (donc, les mots, les paroles) était ce qui comptait le plus.
De fait, il ne parlait plus d’Hypnose… mais « d’approche hypnosuggestive ». Il faut le savoir quand on lit sa préface (cf. extraits ci-dessous).

Bon, mis à part cela, Barber ne nous apprend pas grand chose de nouveau à travers sa préface (voir la première page de la préface). Il nous rappelle que « l’approche hypnosuggestive » des années 1980 est désormais centrée sur la personne, au contraire des anciennes formes d’Hypnose où l’importance du thérapeute était centrale (c’était lui qui avait le savoir et qui agissait). Il rappelle aussi les noms du trio de chercheurs qui ont (re)lancé les recherches scientifiques sur l’Hypnose (Orne, Hilgard et lui-même), ce qui avait attiré d’autres grands noms de la psychologie à travailler sur l’Hypnose (il cite Weitzenhoffer, Spanos, Sarbin ou encore Fromm, Bowers et d’autres)… avec pour résultat plus de 1000 nouveaux articles de recherches innovantes sur l’Hypnose.

Et toute sa préface détaille cette évolution de perception de l’Hypnose, devenue « approche scientifique sérieuse » à travers les années 50, 60 et 70. Il dit notamment que « bien que le grand public ait une conception encore rigide de l’Hypnose, cette ancienne vision n’est plus acceptée par aucun chercheur sérieux actuel. » (S’il pouvait avoir raison, même en 2018 !! 😀 )…

Barber explique aussi ce qui a fait l’évolution vers la Nouvelle Hypnose, partant de l’Amérique des années 40-50, est « une Amérique des années 80 plus démocratique, avec un accroissement marqué du niveau moyen d’éducation des américains, une expansion significative des sources d’information, spécialement la télévision, etc. » (c’est lui qui le dit !). Il fait le lien avec « la prise de conscience croissante d’une large partie de la population pour les actions militaires américaines continuelles et inutiles, ainsi que pour la constante menace de l’holocauste nucléaire, qui a provoqué des mouvements de protestation et une plus grande disposition à la défiance des autorités existantes« …

Il semble donc à Barber que la population (américaine, mais on peut étendre l’idée) n’était plus à même d’accepter une forme « d’aide » où un thérapeute tout-puissant manipulait la personne, certes pour son bien, mais sans son accord éclairé (sans que la personne ait les détails pour approuver ou non l’action du thérapeute).
La voie pour une Nouvelle Hypnose collaborative était donc naturellement ouverte.

John Watkins, à 98 ans (créateur, entre autres choses, du « pont affectif » utilisé pendant la RHV, en Nouvelle Hypnose)

Enfin, Barber parle de l’évolution des autres formes de thérapie : Gestalt, thérapie existentielle, TCC et l’ensemble des « thérapies humanistes » qui faisaient désormais partie de la boite à outil des thérapeutes des années 80… Il cite aussi les « innovateurs comme Erickson, Sacerdote, Spiegel et Watkins, devenus moins ritualistes et plus centrés sur la personne »… Avant de conclure qu’il était donc normal, d’après lui, que l’Hypnose, grand-mère de ces approches, évolue elle aussi vers une approche « plus résiliente, créative, permissive et collaborative. »

Bien sûr, comme on s’en serait douté, Barber termine en expliquant que « la Nouvelle Hypnose codifie tous ces nouveaux principes de base et présente des exemples aidants de leur mise en application », qu’elle « clarifie le rôle des nouveaux hypnothérapeutes comme professeurs et guides » dans une relation de collaboration avec la personne, « pour l’aider à expérimenter de nouvelles voies« . Et que les nouveaux hypnothérapeutes (praticiens de la Nouvelle Hypnose) seront désormais « pleinement engagés avec leurs clients et communiqueront avec eux (en donnant des suggestions) pas seulement de façon verbale et intellectuelle, mais avec feeling, émotion, participation et engagement. »

Il précise que « l’ancienne hypnose était trop accrochée aux procédures et aux inductions ritualisée, à l’obtention de transe profonde, et que les thérapeutes étaient dérangés et préoccupés lorsque leurs patients n’étaient pas assez hypnotisés » (Barber a participé à la création d’échelle d’hypnotisabilité, comme Weitzenhoffer)… Alors que « les nouveaux hypnothérapeutes sont conscients du côté fallacieux des hypothèses qui sous-tendent l’intérêt à la transe profonde et, comme le précise Araoz (plus tard dans le livre), qu’ils mettent l’emphase sur le fait d’aider la personne à apprendre de nouvelles compétences en utilisant l’hypnosuggestion, pour la paix de l’esprit, la tranquillité et l’amélioration personnelle ».

Là, Barber annonce en quelques lignes ce que l’on apprendra dans le livre : la prise de conscience des auto-suggestions négatives (chères à Araoz) et des bienfaits de l’auto-hypnose… avant de conclure : « La Nouvelle Hypnose nous apprend à tous à utiliser l’hypnose pour atteindre la paix de l’esprit et pour fonctionner avec une conscience accrue et  plus de compétences dans notre vie de tous les jours. Ce livre indique ainsi la voie d’amélioration de nos savoir-faire thérapeutiques et aussi de l’amélioration de nos vies, la nôtre et celle de nos clients ».

Belle fin de préface, venant d’un expert extrêmement exigeant, peu enclin à jouer des émotions pour faire passer une idée ou à enjoliver une pratique. La Nouvelle Hypnose a donc dû bien l’impressionner pour qu’il écrive un texte pareil… ce qui donne envie de plonger dans l’introduction du livre, écrite par l’auteur lui-même !

Les livres étaient comme les films de l’époque : un long générique de début… pour nous mettre dans l’impatience du commencement des choses concrètes !

L’INTRODUCTION PAR ARAOZ

On lit enfin Araoz, qui nous raconte qu’il avait intitulé « New Hypnosis » un chapitre de son précédent livre (« Hypnosis and Sex Therapy », 1982). Il avait présenté dans ce chapitre sa vision d’une nouvelle manière de pratiquer l’Hypnose, ce que « de nombreuses personnes que je respecte pour leur professionnalisme » lui ont demandé d’étendre… Ce qui fut donc à l’origine du livre « The New Hypnosis », sujet de ce long article. (Voir la première page de l’introduction)

Araoz dit que la réaction de ses collègues lui fit prendre conscience que ses concepts d’une « Nouvelle Hypnose » le dépassaient, que cette nouvelle approche avait une vraie réalité, qu’il convenait de présenter plus longuement (ce qui m’arriva aussi, en mon temps, avec « ma façon à moi de faire de l’hypnose, mais sans dissociation », dont la description pour mes élèves finit par être si longue et complète qu’elle prit la forme d’un gros livre de plus de 500 pages… et que l’on dut baptiser ce qui était, en fin de compte, bien plus qu’une simple « approche personnelle » : l’Hypnose Humaniste !)…

Voici ce qu’écrit Araoz ensuite :

« Ce livre est la présentation de la méthode la plus efficace pour aider les gens à atteindre des buts qui, bien que désirés, semblaient auparavant inatteignables. Cette méthode est désignée comme la « Nouvelle Hypnose » parce qu’elle est enracinée dans des concepts et principes associés à l’Hypnose scientifique, telle que documentée depuis l’époque de Mesmer (environ 1775).
La Nouvelle Hypnose, d’un côté, touche et s’étend au-delà du domaine de l’Hypnose traditionnelle, et de l’autre côté s’élance au-delà de l’étroit focus de la soi-disant Hypnose Ericksonienne, avec ses rejetons tels que la Programmation Neuro-Linguistique.

La Nouvelle Hypnose accroît l’efficacité de l’Hypnose traditionnelle en étant plus expérientielle (NDR : c’est-à-dire fondée sur l’expérience, la recherche d’émotions et de sensations), plus centrée sur le client, et moins liée aux concepts expérimentaux relayés par les laboratoires. Elle intègre aussi des applications purement cliniques de l’Hypnose, tel que dans la plupart des travaux publiés par Erickson (NDR : donc des applications non-vérifiées en labo, mais tirées de l’expérience en thérapie), ajoutées aux preuves réunies par T.X. Barber et ses associés sur l’efficacité de l’Hypnose clinique non-traditionnelle (cf. plus haut, l’apport de Barber sur les mots, la parole, et donc pas seulement sur l’utilisation de l’état d’hypnose seul).

Je ne fais pas d’équivalence entre la Nouvelle Hypnose et l’approche éricksonienne de l’Hypnose (…) Le culte grandissant développé autour d’Erickson, de part et d’autre des USA et même à l’étranger devint une grave préoccupation. Je ne voulais pas prendre part à la dévotion de Milton H. Erickson car le culte est auto-limitant. (Voir la page 2 de l’introduction d’Araoz)

Milton Erickson

Erickson a enseigné quelque chose de beaucoup plus grand que son travail personnel en utilisant ses particularités et son humour, ses méthodes et paraboles peu orthodoxes.
Certains essayent maintenant de l’imiter au point de ressembler à lui (au « vieux Milton », attention !), répétant ses anecdotes comme si elles avaient une valeur sacrée, utilisant le paradoxe juste parce que cela ressemble plus à Erickson (ou plutôt « à Milton »).

Le culte est un inconvénient avec tous les grands maîtres, en religion et en philosophie comme en psychothérapie. Mais ses adorateurs manquent l’essentiel de l’héritage d’Erickson. Son travail nous a appris que le thérapeute doit se concentrer attentivement et totalement sur les besoins et les expériences du client. C’est seulement dans ce cadre que le thérapeute peut être lui-même et adapter son approche en conséquence.
Le culte ericksonien contredit son enseignement principal. La Nouvelle Hypnose doit beaucoup à Erickson, bien sûr. Mais elle est beaucoup plus que « Ericksonienne ». Elle inclut les techniques de nombreux chercheurs et cliniciens dans le domaine de l’Hypnose traditionnelle. Elle s’appuie également sur des éléments théoriques et méthodologiques de la psychothérapie existentielle, humaniste, de la Thérapie Cognitivo-Comportementale et de la thérapie expérientielle.

Enfin, la Nouvelle Hypnose se développe à partir des recherches menées en dehors du domaine de l’Hypnose traditionnelle dans les domaines de l’imagination, de la bilatéralité cérébrale et du changement humain, avec ses multiples ramifications dans la théorie des valeurs, de la perception et de l’image du monde. »

Voilà… pour ceux qui pensaient qu’il y avait un lien entre l’Hypnose Ericksonienne et la Nouvelle Hypnose, vous avez les idées sur le sujet du fondateur de la Nouvelle Hypnose. En pratique, si ce n’est l’inspiration apportée par Erickson (un « esprit pratique », centré sur la personne, qui a influencé toutes les formes de psychothérapie, pas seulement l’Hypnose) et les particularités de langage, certes repérées chez Erickson, mais ensuite largement améliorées en Nouvelle Hypnose (sur la base du « Milton-modèle » PNL) en un nouveau langage hypnotique, inconnu chez Erickson lui-même : les techniques des deux approches sont très éloignées !
On ne pratique en Nouvelle Hypnose rien de ce qu’Erickson faisait spécifiquement (donc rien qui lui soit propre), tout comme on n’utilise pas en Hypnose Ericksonienne les protocoles, le langage et les techniques de la Nouvelle Hypnose, tout simplement car Erickson lui-même rejetait toutes théories et tous protocoles… et que la Nouvelle Hypnose n’existait pas de son vivant !

UN TÉMOIGNAGE EXTÉRIEUR

David Calof, élève d’Erickson

Pour compléter ce que dit Araoz dans son introduction, voici un extrait du prologue du livre de David Calof, ancien et dernier élève d’Erickson pendant 5 ans, et pionnier de la Nouvelle Hypnose. Après avoir décrit un cas d’hypnothérapie, il explique :

« Contrairement à la vieille image de l’hypnose, (en Nouvelle Hypnose) nous ne réalisons pas les thérapies en exerçant un pouvoir sur le patient. Nous ne faisons pas quelque chose au client pour produire une « cure ». Au lieu de cela, nous travaillons avec lui, dans une relation de confiance et d’échanges, pour solliciter sa propre capacité à guérir et à résoudre ses problèmes.

Paradoxalement, bien que je doive à Milton Erickson les bases de ma pratique, je me suis progressivement écarté de ses techniques (…) Pendant les cinq ou six premières années de ma pratique, je vénérai Erickson et j’imitai son style de travail. Mais alors que moi et ma pratique parvenions ensemble à maturité, (…) je développai peu à peu ce que je pense être une manière de travailler plus « transparente ». J’écoute davantage ; je travaille plus lentement ; le plus souvent, je laisse le client dicter le rythme et la direction.

Erickson perçut que je m’écartais de ses techniques directives et m’y encouragea ; de manière subtile, il me dissuada de revenir, suggérant qu’il était temps pour moi d’établir mon indépendance. » (Extrait de « Monsieur ma femme, Madame mon mari », 1996)

LA NOUVELLE ECOLE DE NANCY

Le prof. Bernheim, de la Nouvelle Ecole de Nancy

Après avoir expliqué la différence entre l’Hypnose d’Erickson et la Nouvelle Hypnose, Araoz poursuit son introduction en détaillant le prochain contenu de son livre. Notamment, il pointe la différence entre les thérapies qui recherchent une prise de conscience chez la personne et la Nouvelle Hypnose « en tant que manière puissante d’aider les gens à changer librement et profondément. » 

Il explique que l’on n’a pas encore pu prouver qu’une prise de conscience, au sens de « compréhension intellectuel du problème » ait jamais fait changer qui que ce soit, et que le changement provient la plupart du temps, quelles que soient les références que l’on prenne, d’une expérience personnelle, profonde.

C’est là qu’arrivent les références à la Nouvelle Ecole de Nancy, d’Hyppolite Bernheim (nommée ainsi pour contraster avec l’Ecole de la Salpêtrière, de Charcot). Araoz raconte :

« En étudiant soigneusement la position tenue par l’Ecole de Nancy en hypnose (spécialement la Nouvelle Ecole de Nancy), on découvre que beaucoup de ce qu’ils avaient compris sur la suggestion et l’auto-suggestion entre dans le champ des « expériences intérieures », opposées aux prises de conscience intellectuelles ou aux convictions raisonnées. » Et là, Araoz part dans un rappel des « Lois de Suggestion », selon l’Ecole de Nancy (qui a beaucoup étudié cela, Bernheim étant celui qui a insisté sur l’importance des mots et paroles choisis) et une explication de la différence entre « volonté » et « imagination »…

Pour rappel, Milton Erickson travaillait surtout grâce à des ruses psychologiques, le langage était secondaire (« artfully vague » : vague et rusé, malicieux, astucieux). Les deux fondateurs de la PNL, Bandler et Grinder, ont cru découvrir dans les structures profondes du langage (grammaire transformationnelle, Chomski, 1957) le secret des succès thérapeutiques d’Erickson, comme Jay Haley avant eux avait cru le faire par le prisme de la thérapie systémique et stratégique.
En vain, car la réussite d’Erickson ne tenait finalement ni à sa « position paternelle » par rapport à ses patients (hypothèse de Jay Haley dans son livre « Un thérapeute hors du commun »), ni à son langage, pratiquement identique au langage simple des hypnotiseurs classiques, ni même aux exceptions de langage révélées par la PNL (Milton-modèle), que l’on connait bien maintenant, que l’on a généralisé et amélioré en Nouvelle Hypnose pour faire le Milton-modèle francophone actuel… Tout cela sans réussir à vraiment imiter Erickson !
Le secret tenait en fait à ses interactions, aux processus qu’il enclenchait chez les gens, donc à des ruses interactionnelles, telles qu’on en retrouve en Psychologie Sociale (cf. Milton-modèle 4, livre « Hypnose« , 4ème édition, 2013).

Bref, le langage avait été mis de côté par les hypnothérapeutes classiques ordinaires (Charcot, Janet et suivants), puis par les éricksoniens (qui privilégiaient les actions créées sur-mesure pour la personne, les prescriptions de tâche, ou restaient dans une hypnose, certes très bien faite, mais toujours très classique)… Pourtant Bernheim avait insisté sur l’importance des suggestions, en vain il faut croire, comme si l’époque n’était pas encore prête à cela.

Les choses ayant évolué, comme le faisait remarquer Barber dans sa préface, la Nouvelle Hypnose des années 80 retrouvaient l’importance des phrases bien faites. Ce sera le début des « accompagnements touchants, des jolies métaphores, des émotions retrouvées » de l’hypnothérapie telle qu’on la pratique aujourd’hui…
« A cause du lien sous-jacent avec la Nouvelle Ecole de Nancy » nous dit Araoz, « la désignation de Nouvelle Hypnose semblait plus appropriée qu’une autre, telle que « moderne », « naturaliste », « ericksonienne » ou « indirecte »… « Nouvelle » reflète aussi le but recherché dans ce livre, à savoir le changement humain, le renouveau – lequel est le sujet, au moins théoriquement, de toutes formes de psychothérapie.

Mais parce que le changement « humain » suit des règles définies relatives aux fonctions de l’hémisphère droit, « hypnose » est gardé dans le titre, même si de nombreux hypnotiseurs traditionnels seront en fort désaccord avec ma compréhension de l’Hypnose. Grâce aux preuves accumulées dans la dernière décennie, il est maintenant irréfutable que l’hypnose est reliée au fonctionnement du cerveau droit (NDR : Araoz précise au début de son livre qu’il parlera de « cerveau droit / cerveau gauche » comme d’une métaphore, non-scientifique, le sachant, mais parce que le terme est plus pratique à utiliser pour un livre grand public) Toutefois, le terme « hypnose » doit être pris dans un sens plus vaste que celui que lui donnent les traditionnalistes, en incluant tout activité mentale qui contourne le fonctionnement cerveau gauche, qu’il soit induit ou spontané. »

Araoz termine ensuite son introduction en expliquant que « la Nouvelle Hypnose a des applications dans tous les domaines du changement humain« , que son livre n’est pas restreint à la seule psychothérapie individuelle mais s’ouvre à la thérapie familiale (puisqu’Araoz est lui-même thérapeute familial) ainsi qu’au développement personnel. Souvenez-vous que l’Hypnose, jusque-là, se cantonnait au domaine médical, depuis James Braid (chirurgien), Bernheim et Charcot (neurologues), Erickson (psychiatre), etc. « Les gens ont tous bénéfices à apprendre à utiliser leur esprit » ajoute Araoz en se citant lui-même (Araoz, 1981).

Il faut faire l’effort de se remettre dans le contexte de l’époque pour se rendre compte de l’évolution. A cette époque, Erickson était mort depuis 5 ans. Il n’a jamais connu cette utilisation de l’Hypnose. Il serait abusif et faux de qualifier d’ericksonienne une pratique qu’Erickson lui-même n’a jamais connu ! « En ce sens, apprendre aux gens, depuis leur enfance, la valeur des suggestions constructives et positives (NDR : « suggestion » en hypnose, signifie « phrase » ou « pensée ») à utiliser dans toutes les activités humaines, cette éducation, véritablement, est une des voies naturelles de la Nouvelle Hypnose. » Alors qu’Erickson refusait d’enseigner l’Hypnose à ses propres enfants avant qu’ils ne soient en fac de Médecine !! On peut pratiquement parler de « révolution » ! Il y aura un « avant » et un « après » la Nouvelle Hypnose

Ce qui rappellera à certains la « mission » de l’IFHE, depuis sa création en 1995…

Pourtant, Bernheim avait tenté de lancer ce courant d’éducation sociale, mais sans doute trop en avance : « Depuis les toutes premières contributions de l’Ecole de Nancy, « l’application générale de la doctrine des suggestions », comme l’appelait Bernheim en 1887, a inclus l’éducation. Baudoin, une autre figure importante de l’Ecole de Nancy, consacrait un chapitre de son livre publié en 1913 à « la suggestion dans l’éducation des enfants ». Aujourd’hui, nous parlerions de développement personne (« self-help approach »), c’est-à-dire du fait que les gens apprennent à utiliser l’Hypnose pour améliorer leur vie. »

Il y avait d’autres prémices de ce courant, dans les années 70, notamment chez Leslie Lecron (qui a créé le signaling, avec son élève David Check) et son célèbre livre d’avant-garde (à l’époque) sur l’auto-hypnose… Araoz dit que cette volonté d’éducation permet de « voir l’Hypnose comme une méthode pratique d’amélioration personnelle, facile à apprendre par tout individu normal, plutôt que comme une technique médicale hautement spécialisée, dangereuse quand elle n’est pas utilisée sans la supervision directe d’un professionnel.
La Nouvelle Hypnose (…) est une habileté mentale, dans les mains de toute personne normale bien motivée, qui veut apprendre comment l’utiliser pour son développement personnel. L’Hypnose peut être apprise par « une personne ordinaire », sans se préoccuper de sa soi-disant hypnotisabilité. Effectivement, l’usage régulier de l’Hypnose pourra grandement bénéficier aux individus comme à la société. »

Un esprit très « humaniste » chez Araoz, longtemps avant l’arrivée de l’hypnose associante, qui parachèvera cette recherche d’une clé d’évolution personnelle, disponible à tout un chacun et bénéfique à la société tout entière (en Hypnose Humaniste, il n’y a plus aucune technique de langage, contrairement à la Nouvelle Hypnose, donc plus aucun risque d’influence par le thérapeute, même involontaire, et bien sûr aucune perte de conscience, puisqu’on cherche au contraire à « gagner en conscience »)…

Et Araoz de conclure par ces mots :
« La Nouvelle Hypnose n’est pas seulement une méthode de thérapie. Elle inclut une attitude, la volonté de reconnaître de manière pratique l’influence de notre esprit profond – l’Inconscient – dans tous les aspects de la vie personnelle, et un effort pour apprendre comment utiliser cette influence de l’Inconscient à notre meilleur avantage. »

Un esprit de développement personnel inconnu chez les hypnothérapeutes précédents…

~oOo~

Eh voilà, nous en avons fini avec l’avant-propos (Rossi), le prologue (Barber) et l’introduction (Araoz)… Le début du livre dit l’essentiel à savoir sur l’origine théorique et technique, et l’esprit qui anime la Nouvelle Hypnose.
Le corps du livre, proprement dit, rentrera dans le détail, donc comme dans un cours. Je vous en résumerai l’essentiel, afin que les articles suivants ne soient pas trop fastidieux (voyez déjà le nombre de concepts et de références de ce début de livre !)…

A suivre, donc ! (Episode 3/5) 🙂

Milton Erickson était-il une sorte de guérisseur ou de chaman ?

Il y a quelques temps, Betty Alice Erickson a publié un livre dans lequel elle décrit son père comme un « guérisseur », avec des allusions au chamanisme !…

Selon le dictionnaire, un « guérisseur » est : une personne, généralement dépourvue de diplôme médical, qui guérit, ou prétend guérir, en dehors de l’exercice légal de la médecine, par des moyens empiriques ou magiques, en vertu de dons particuliers supposés ou à l’aide de recettes personnelles.

EricksonQuel rapport avec Milton Erickson ou même l’Hypnose thérapeutique en général ??? Aucun, bien sûr !

Si on peut comprendre qu’une fille idéalise son père, lui attribuant après coup les idées et qualités qu’elle aurait aimé qu’il ait – et surtout dans un contexte où il est facile et tentant d’idéaliser un thérapeute disparu pour en faire un « modèle », une sorte de « gourou » – le moins que l’on puisse dire est que le choix des mots est maladroit.

L’insistance a vouloir imposer cette « drôle d’idée », guidée par des intérêts financiers évidents (puisqu’elle donne des formations, en parlant de son père comme d’un « guérisseur », attirant ainsi un public naïf), devrait éveiller les soupçons – même si dans l’idéal d’un « monde parfait » on aurait pu espérer que cette dame respecte la mémoire de son père… Après tout, bien d’autres qu’elle ont idéalisé Milton Erickson, lui attribuant une pratique qui correspondait à une recherche fantasmée et non à une réalité.

Le docteur Erickson doit donc se retourner dans sa tombe, à lire des choses pareilles sur lui !… Lui qui faisait partie du cercle des « sceptiques », ces ultra-rationnels qui ne croient qu’au matérialisme le plus dur !… Lui qui a influencé les courants de pensée les plus rigoureux (Ecole de Palo Alto). Lui qui n’aimait pas la Psychologie (il détestait les théories sur l’humain et disait régulièrement beaucoup de mal sur les autres formes de psychothérapie ou sur la psychanalyse). Lui qui voulait réserver l’hypnose aux seuls médecins (il le répète assez dans ses livres, et même à ses « sujets » alors même qu’ils sont en état d’hypnose !)…

Carol Erickson, sa fille aînée, que j’ai connue personnellement, raconte qu’il ne voulait même pas parler d’hypnose avec ses propres enfants tant qu’ils n’auraient pas leur doctorat en médecine (pourtant aucun ne le devint)… Et le voilà aujourd’hui baptisé « guérisseur » – et par un de ses enfants en plus ! Il aurait pris cela pour une insulte.

L’HYPNOSE ERICKSONIENNE

Jusqu’à il y a une quinzaine d’années, l’Hypnose Ericksonienne était considérée comme une approche psychothérapique assez « dure », réservée aux seuls médecins, selon les voeux d’Erickson lui-même. Les personnes qui se formaient alors en Hypnose Ericksonienne avaient une culture psychologique et souvent psychiatrique, une bonne connaissance de la psychothérapie en général ; ils connaissaient la vie et l’oeuvre d’Erickson, ses « manières » et techniques thérapeutiques, les personnes qu’il avait côtoyées (souvent des grands noms de la thérapie, comme les fondateurs de l’Ecole de Palo Alto). Ils avaient beaucoup lu avant même d’arriver en formation…

Bref, l’Hypnose Ericksonienne était une pratique élitiste et masculine. On croisait peu de femmes en formations, tant la matière paraissait aride.
Dans les années 1995-2000, les groupes de formation IFHE ne comptaient pratiquement que des hommes, tellement le sujet paraissait mécanique et « dépourvu d’âme » aux femmes, davantage portées sur l’intuition et le travail sur les émotions… Mais, on y était habitué, et c’était cela, l’Hypnose Ericksonienne.

Les professionnels sérieux de l’Hypnose Ericksonienne, qui connaissent la pratique telle qu’elle existait du temps d’Erickson (par lecture des écrits d’Erickson, et non ceux d’autres personnes), ne peuvent que s’effrayer des dérives décrédibilisant l’Hypnose Ericksonienne. Faire passer la pratique d’Erickson pour les soins d’un « guérisseur » ou d’un « chaman »… lui qui était le plus extrémiste des « pro-médecins », c’est une violation complète de la mémoire d’Erickson, un irrespect total du travail qu’il a mené sa vie durant !

Erickson a lutté toute sa vie contre ceux qu’il appelait « les charlatans », c’est-à-dire, selon son opinion : les thérapeutes « non-médecins »… Qu’elle aurait été sa réaction, d’après vous, si on l’avait traité lui-même de « guérisseur » ou de « chaman » ?… Imaginez le scandale !

Mais il n’y a pas à s’offusquer de la réelle personnalité d’Erickson : à son époque, de telles idées étaient normales. Après tout, il encourageait aussi la lobotomie (alors, technique de pointe, si on ose ce jeu de mot !) et était partisan des électrochocs.
L’époque était aux « femmes à la cuisine ». Monsieur le maire et monsieur le curé étaient, avec le docteur, les personnes importantes du village.
Il faut se remettre dans le contexte historique…

Aujourd’hui, les temps ont changé. Aussi, peut-on conserver une pratique, sans pour autant chercher à cacher ou falsifier ce qui était, pour l’ancien temps, normal.

Evidemment, lorsqu’une personne est décédée, on peut tout se permettre en son nom… Et, bien sûr, certains formateurs peu scrupuleux se sont précipités sur l’aubaine d’enseigner une hypnose soi-disant « Ericksonienne », avec l’appui inespéré d’une des filles d’Erickson, « gage de vérité » auprès du public non-averti !
Plus besoin de réelles connaissances techniques, moins de travail et pas ou peu de compréhension psychologique, sous couvert « d’intuition », de « spontanéité », de « chamanisme » ou autre jargon new-age…

TRANSMETTRE UN SAVOIR

groupe-hypnoseEnseigner l’Hypnose, tel que je le conçois et le pratique (moi et les Enseignants que je forme), c’est être le garant d’une tradition. L’Enseignant peut ne pas être d’accord avec une théorie ou une pratique : peu importe, c’est à lui qu’il revient d’entretenir une mémoiresans la falsifier, la modifier ou même l’embellir… L’Enseignant en Hypnose doit être capable d’être « éricksonien » lorsqu’il enseigne l’Hypnose Ericksonienne, ou d’être « humaniste » lorsqu’il enseigne l’Hypnose Humaniste (deux pratiques techniquement et philosophiquement opposées, mais bien utiles chacune dans leur contexte). Il doit savoir ce qu’il pratique et l’enseigner pour tel, sans mélanger les genre – sous peine de tout pervertir…

C’est seulement ainsi que nous pourrons continuer de savoir ce qu’est vraiment l’Hypnose Ericksonienne dans les années à venir…

Et si on souhaite faire évoluer une pratique, on la rebaptise : c’est ce qu’ont fait les hypnothérapeutes américains dans les années 80, à la toute fin de la vie d’Erickson, qui n’a fait qu’entr’apercevoir cette évolution, qu’il a constaté et dit ne pas pouvoir empêcher (lire « M. ma femme, Mme mon mari » de David Calof, dernier élève d’Erickson, dans l’introduction du livre). On appelle aujourd’hui la pratique actualisée de l’Hypnose thérapeutique : « Nouvelle Hypnose » (et cela, depuis 1979). C’est ce que pratiquent quasiment tous les hypnothérapeutes à notre époque, même lorsqu’ils continuent d’utiliser le terme « hypnose éricksonienne ».

Il est donc possible d’évoluer, mais il ne faut pas en cela entacher une pratique précédente et savoir la préserver, la transmettre telle qu’elle était.
C’est un devoir de mémoire.

LA FRATRIE ERICKSON…

Il faut savoir que Milton Erickson a eu 8 enfants : trois d’un premier mariage (jusqu’en 1933) et cinq autres d’un second mariage (à partir de 1936). Betty Alice Erickson étant le quatrième enfant d’Erickson, en faisant au plus rapide après le mariage avec Elizabeth Erickson, elle n’a pas pu naître avant 1937. Elle est donc plus jeune d’au moins 13 ans par rapport à sa grande soeur, Carol Erickson (née en 1924).

Milton Erickson a arrêté de travailler à l’hôpital en 1949, en raison de sa faible santé. Il reçoit en consultations libérales à partir de cette date, mais arrête aussi en 1951, suite à sa rechute de polio. Il se consacre ensuite (1953) à donner de temps en temps des petits séminaires en Hypnose, à travers le pays, sa pratique thérapeutique n’étant plus qu’occasionnelle, en raison de sa santé fragile.

C’est ainsi qu’Erickson se fait connaître et diffuse son savoir-faire, jusqu’à la rencontre avec Jay Haley (1955) qui écrira un livre de cas qui le rendra célèbre (1967) et avec Bandler et Grinder (1973) qui modélisent Erickson et donneront naissance à la PNL.

Betty Alice Erickson avait donc au maximum 14 ans quand son père a arrêté de pratiquer l’hypnose en consultations… Que voulez-vous qu’elle ait retenu du peu dont elle a pu être témoin ?… sachant que, bien sûr, son père ne recevait pas ses patients devant ses enfants !… Ajoutez à cela que, de la bouche de sa grande soeur Carol, leur père ne leur parlait jamais d’hypnose, et vous comprendrez aisément que Betty Alice n’est pas la mieux placée pour décrire ce que Milton Erickson pratiquait en thérapie.

D’ailleurs, Erickson parle parfois de ses enfants dans ses écrits (Robert, Roxie, Carol, le plus souvent) et parfois donc aussi de Betty Alice, mais il en parle comme de ses enfants, présents pour telle ou telle occasion ou qui ont eu telle ou telle réflexion d’enfant… Il n’en parle bien sûr pas comme de ses « assistants » ou « collaborateurs », puisqu’ils étaient tous trop jeunes. Même si Betty Alice a pu assister aux formations que donnait son père dans ses dernières années de vie, elle en a appris autant que les autres participants (lire « Un séminaire avec Milton Erickson », qui retranscrit intégralement une de ces formations).

Carol-EricksonCarol Erickson, l’ainée des enfants d’Erickson, auprès de qui je me suis formé dans les années 90, avait 27 ans quand son père s’est mis a donner des formations (et plus de 50 ans à sa mort), un âge plus adapté à comprendre une pratique thérapeutique comme l’hypnose.

TEL PERE, TEL FILLE ?…

Anecdote amusante, et qui montre que les enfants ne sont (heureusement) jamais comme leurs parents : dans ses séminaires, dont on a la trace enregistrée et écrite, Milton Erickson critiquait régulièrement la psychanalyse, la gestalt, l’analyse transactionnelle et, en général, toute pratique thérapeutique basée sur la psychologie. Il prônait une approche individualisée, « par personne », selon des principes thérapeutiques mécanistes (agir sur le symptôme sans rechercher la cause)… Et Carol Erickson, qui dirigeait pourtant un « Institut Erickson » adore… l’analyse transactionnelle !!

En formation, elle aimait annoncer la fin des pauses ou des exercices en chantant des chansonnettes d’enfant. Elle s’asseyait sur le bord d’une table, les jambes battant la mesure. Et quand on l’interrogeait sur cette curieuse attitude, elle vous répondait : « je laisse mon Enfant Intérieur s’exprimer » ! Ce qui n’a absolument rien d’éricksonien, puisque le concept d’Enfant Intérieur vient de Jung, de ses élèves, puis a été repris par l’Analyse Transactionnelle. Toutes choses qu’Erickson détestait au plus haut point !…

On a donc une fille d’Erickson qui pratique l’hypnose mais aime une pratique que son père a dénigré toute sa vie ! 🙂

Carol porte le nom de « Erickson » mais n’est pas « éricksonienne » au sens technique. Elle le dit elle-même : « le seul éricksonien, c’était papa ! » On peut donc imaginer une autre fille d’Erickson, fan de chamanisme… sans pour autant que l’on essaie de nous faire croire que son père l’était aussi !!

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RESUME & CONCLUSION

Aujourd’hui, l’observation de la pratique d’Erickson a servi à créer une forme d’hypnose améliorée et plus douce. Cette « nouvelle hypnothérapie » est une pratique rigoureuse, encadrée, sérieuse, d’ailleurs de plus en plus utilisée en médecine, en thérapie comme en entreprise…

Toutefois, par respect pour la mémoire de Milton Erickson, cette utilisation modernisée des techniques choisies d’Erickson a été rebaptisée « Nouvelle Hypnose » (Araoz, 1979), car Erickson lui-même n’a jamais pratiqué l’Hypnose comme on le fait actuellement. La Nouvelle Hypnose s’est ouverte à un plus grand nombre, même « non-professionnels », qui découvrent en elle une clé de connaissance de soi…

En 1995, lorsque j’ai commencé à donner des formations en Hypnose Ericksonienne, les groupes comportaient 96% d’hommes… Aujourd’hui, grâce à la Nouvelle Hypnose, il y a 50/50 hommes et femmes dans les groupes, et même régulièrement davantage de femmes que d’hommes – ce qui témoigne de l’évolution de l’Hypnose thérapeutique, plus féminine, intuitive, douce, touchant les domaines de la psyché profonde et plus seulement de la thérapie (« réparer ce qui est cassé »)…

Milton Erickson avait perçu cette évolution de sa pratique – chose qu’il disait regretter mais « ne pas pouvoir empêcher » (Calof, 1978). Il parait donc normal de ne pas nommer « éricksonienne » une pratique qu’Erickson n’a jamais exercé, ni même connu de son vivant, pour la plus grande part.

La rigueur avec laquelle la Nouvelle Hypnose est enseignée et pratiquée n’empêche pas l’humanisme et l’intuition – preuve en est de l’enseignement diffusé à l’Institut Français d’Hypnose Humaniste et Ericksonienne (iFHE) où cohabitent avec bonheur Hypnose Ericksonienne, PNL, Nouvelle Hypnose, Hypnose Humaniste et même Hypnose Classique, Psychopathologie, Analyse jungienne, Symbologie, etc.

L’IFHE a d’ailleurs été la première école a ajouter le travail de l’intuition aux formations professionnelles en Hypnose Ericksonienne. C’est même la première chose que tout élève en Hypnose apprend dans nos cours, dès la première matinée de formation. Il s’agit, comme le préconisait Milton Erickson, de « faire confiance à son Inconscient »…

Mais comme le précisait à juste titre Richard Bandler, fondateur de la PNL qui a observé le travail d’Erickson durant ses dernières années de vie : « Faire confiance à son Inconscient, oui… mais un Inconscient qui a énormément travaillé !« , car Milton Erickson était un acharné du travail. Il passait des heures et des heures à étudier, pratiquer puis peaufiner, améliorer et simplifier, avec l’aide de son épouse, les séances d’Hypnose qu’il avait faites à ses patients…

Les formations professionnelles IFHE en Hypnose sont donc très structurées. Leur continuum a été mainte et mainte fois étudié, retravaillé et amélioré. Il est en constante évolution. Comme dans tout domaine, on n’atteint pas un niveau technique correct sans travail – il ne faut pas se leurrer. Et il faut beaucoup de travail avant de pouvoir « lâcher les feuilles de cours » et « improviser intuitivement », même sans prétendre atteindre le niveau du virtuosité de Milton Erickson.

Tenter d’égaler ce qu’un génie a mis toute sa vie à créer en « pratiquant intuitivement », sans rigueur et travail, en négligeant l’apprentissage technique ?… C’est simplement n’importe quoi. Imaginez ce que cela donnerait en chirurgie, par exemple.

Souvenez-vous de cette phrase d’Edison : « le génie est fait d’1% d »‘inspiration et de 99% de transpiration » !

L’approche un peu « fleur bleue » que présente Betty Alice Erickson n’a donc rien à voir avec l’Hypnose Ericksonienne.

Carol Erickson, fille aînée de Milton Erickson, frôle aujourd’hui les 90 ans. Je me suis personnellement formé auprès d’elle et celle-ci parraine d’ailleurs l’IFHE depuis toujours. Elle peut en témoigner : contrairement à sa jeune soeur, Carol Erickson a réellement pu voir son père travailler et a une idée plus juste de sa pratique. Elle-même pourrait vous dire qu’elle ignore pour ainsi dire tout de ce que faisait son père – ce qui est honnête de sa part – même si, avec les années, elle est elle-même devenue une praticienne expérimentée de l’Hypnose thérapeutique (Nouvelle Hypnose).

Ainsi, très logiquement, il faut bien admettre : aucun des enfants de Milton Erickson, fusse l’aîné, ne peut réellement expliquer ce que leur père faisait en consultation. D’abord, parce qu’ils n’étaient pas dans le bureau avec leur père lorsqu’il travaillait. Ensuite, parce que leur père (c’était l’époque) ne leur parlait pas et ne leur expliquait certainement pas ce qu’il faisait professionnellement. Enfin, parce que, hormis Carol Erickson qui dirigeait l’Institut Erickson de Berkeley (Californie), aucun d’eux ne s’est intéressé à l’Hypnose avant que leur père ne devienne vraiment populaire, c’est-à-dire pour le grand public français dans les années 1990 !

Alors, quand vous voyez qu’un ou deux des plus jeunes enfants d’Erickson se sont découverts sur le tard des « connaissances en Hypnose Ericksonienne », plus de quinze ans après la mort de leur père… et qu’en plus, dernièrement, Milton Erickson serait devenu « chaman-guérisseur »…   😀  …Il vaut mieux en sourire !…

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Milton-EriksonSi vous souhaitez apprendre ce que faisait Milton Erickson : lisez ses livres et articles :
– Les « Collected Papers of M.H.Erickson« ,
– « Un séminaire avec Milton Erickson« ,
– « Traité Pratique de l’Hypnose » qui sont des cours d’hypnose par Erickson,
– « L’Homme de Février« , le récit d’une thérapie…

Laissez Erickson vous expliquer lui-même son approche de l’Hypnose, plutôt que ce qu’en disent les autres, fussent-ils ses enfants qui, même certainement très bien intentionnés, n’ont forcément jamais su ce que leur père faisait.

imaginez que l’on demande au fils d’un chimiste célèbre de nous expliquer les idées et le savoir de son père ! Ce serait espérer que le fils a le même génie professionnel que son père… ce qui a peu de chances d’arriver.

Les enfants de Milton Erickson peuvent témoigner de l’homme et du père, pas du professionnel et de son savoir-faire.

En lisant les livres d’Erickson, vous découvrirez son vrai visage : un homme certes extrêmement intuitif, mais qui possédait avant tout une logique, un pragmatisme et un sens critique sans faille. L’alliance du coeur ET de la raison.

Qu’est-ce que l’hypnose ?

C’est effectivement la première bonne question ! 🙂

Alors, ce n’est pas l’objet de ce blog de répéter ce qui a déjà été dit ailleurs. Je ne vous donnerai donc ici que les bases et les liens utiles pour en apprendre plus sur le sujet.

De plus, le blog se remplit, semaines après semaines, de nouveaux articles qui vous font découvrir à chaque fois de nouvelles facettes de cette vaste approche.

Définitions de l’Hypnose

Voici ce qu’en disait Milton Erickson, célèbre hypnothérapeute américain du milieu du siècle dernier :

L’hypnose, c’est une relation pleine de vie qui a lieu dans une personne et qui est suscitée par la chaleur d’une autre personne

Dans le livre « Hypnose« , voici ce que j’écrivais en 2001 :

L’Hypnose est un “État Modifié de Conscience” naturel, connu depuis que l’être humain existe. La “conscience” en question est en fait simplement notre esprit conscient, la perception ordinaire que nous avons du monde, avec nos 5 sens. Les techniques utilisées pour modifier l’état de conscience habituel sont multiples et choisies en fonction de l’objectif global à atteindre.

Le terme « hypnose » désigne donc à la fois un « état de conscience » et l’approche qui regroupe les techniques capables de provoquer cet état et qui permettent de l’utiliser.

Pour ne pas confondre, l’état de conscience s’écrit « hypnose » sans majuscule et l’approche technique s’écrit « Hypnose » avec une majuscule.

On fait donc de l’Hypnose pour mettre la personne en état d’hypnose 🙂

Retrouvez d’autres définitions de l’Hypnose sur le site IFHE.

Quatre formes d’Hypnose
Braid

James Braid

Eh oui, il existe plusieurs manières de faire de l’Hypnose. Vous connaissez forcément déjà ce que l’on appelle l’Hypnose Classique, qui est simple et souvent autoritaire. C’est l’Hypnose de nos grand-parents, celle que l’on voit dans les spectacles, mais elle est à la base de toutes les autres formes d’Hypnose thérapeutique, encore actuellement.

erickson

Milton Erickson

L’Hypnose Ericksonienne est apparue dans la première moitié du XXe siècle et s’inspire du travail de Milton Erickson, un psychiatre américain. En réalité, on devrait plutôt parler « d’approche éricksonienne », car Erickson pratiquait une sorte d’Hypnose Classique à peine améliorée (on lui attribue souvent l’origine des suggestions indirectes, alors que James Braid, le médecin qui a inventé le mot « hypnose », les décrit déjà dans son livre en 1843 !). La vraie particularité d’Erickson se situe plutôt dans son approche stratégique, indirecte, « artfully vague » dit-on en anglais (« malicieusement vague ») : il arrivait à obtenir ce qu’il voulait sans le demander directement. C’est surtout cela que l’on a retenu d’Erickson et qui a influencé la psychothérapie et l’hypnothérapie moderne.

Rossi

Ernest Rossi

La Nouvelle Hypnose est née des travaux d’Ernest Rossi, bras droit de Milton Erickson, alors qu’il tentait de comprendre ce que faisait son mentor. C’est lui qui est à l’origine, dans les années 1970, des premières « structures thérapeutiques » en Hypnose (les techniques en plusieurs points que l’on enseigne en formation). Les historiens américains de l’Hypnose disent donc de lui que c’est le grand-père de ce que l’on appelle la Nouvelle Hypnose.

Daniel Araoz

Daniel Araoz

En fait, le terme « Nouvelle Hypnose » n’est apparu qu’en 1979 et fut créé par un sexothérapeute américain : Daniel Araoz, pour désigner l’utilisation choisie et améliorée de certaines techniques éricksoniennes. C’est de l’Hypnose Ericksonienne enrichie et modernisée. Les hypnothérapeutes actuels font donc de la Nouvelle Hypnose, même lorsqu’ils appellent cela de l’Hypnose Ericksonienne…

La Nouvelle Hypnose est dite « intégrative ». Certains y mélange de l’EFT ou de l’EMDR, du New-Age. Personnellement, je la pratique avec des structures PNL, créées par Richard Bandler – puisque cette approche vient essentiellement de la modélisation de Milton Erickson.

Richard Bandler

Richard Bandler

Dans les années 1990, je fus ainsi à l’origine des « mises en hypnose » des structures PNL les plus connues : la Transformation Hypnotique Intérieure (THI), la Reconstruction Hypnotique, etc. Ces techniques sont apparues officiellement dans mon livre « Hypnose« , début 2000. Elles sont maintenant utilisées quasiment par tous les hypnothérapeutes, en France et dans le monde, sous divers intitulés selon les pays…

Hypnose-Humaniste

Une clé pour mieux vivre !

L’Hypnose Humaniste est la forme d’Hypnose la plus récente. C’était ma manière de pratiquer à mes débuts, que l’on a formalisé et structuré au début des années 2000, lorsque j’ai commencé à l’enseigner. La particularité de l’Hypnose Humaniste est de permettre à la personne d’accéder à un état modifié de conscience par davantage de conscience (et non plus en plongeant dans l’inconscience) : plus de perte de contrôle, bien au contraire, plus de risque de manipulation par un « thérapeute » maladroit ou mal intentionné, pas d’ingérence dans notre esprit, puisque c’est la personne qui intervient directement sur elle, en état de conscience augmentée, seulement guidée par le thérapeute… Bref : les avantages de l’Hypnose sans ses inconvénients !

Cette dernière forme d’hypnose a un succès croissant. Les médias l’adorent, forcément ! Les patients sont rassurés. Ils changent ou guérissent très vite, facilement, et en toute autonomie. Ainsi, de plus en plus de thérapeutes s’y forment. Elle réconcilie les psys traditionnels avec l’hypnose, car elle allie la « thérapie brève » américaine au travail psychologique, avec l’Inconscient, les symboles, les rêves, etc. de la tradition européenne.

Lisez-en plus sur les différentes formes d’Hypnose sur le site IFHE.
Lisez et écoutez des exemples d’induction hypnotique, selon ces différentes formes d’Hypnose. Vous en retrouverez aussi sur le site MP3-hypnose-gratuit.com.

L’histoire de l’Hypnose

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Charcot à la Salpêtrière

Concluons cette rapide présentation avec un lien pour découvrir l’histoire de l’Hypnose.
Nous avons les premières traces d’utilisation d’un « soin par la parole » il y a plus de 6000 ans, à l’époque sumérienne, mais il y a fort à parier que tout cela existait depuis bien plus longtemps encore…

La page (en lien) que vous pourrez lire résume rapidement les dates clés qui menèrent à la naissance de l’Hypnose, puis les thérapeutes principaux qui la firent grandir. Je vous ferais un peu plus tard un meilleur article, plus complet. Cela vous fait déjà beaucoup de choses à lire !

Si vous avez des questions, visitez donc la FAQ (« foire aux questions ») de l’IFHE ou bien celle du site Hypnose-Humaniste.com.

A bientôt 🙂

Se former en Hypnose ?

Un moment fort de la vie…
Un cadeau que l’on se fait.

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Comme le mari d’une élève me le disait récemment : « On ne peut pas imaginer que ce soit vrai avant de le vivre« . Sa femme s’était formée en hypnose l’année précédente, et il pensait qu’elle exagérait lorsqu’elle lui décrivait ce qu’elle vivait en formation.
Aujourd’hui, c’est lui qui se forme et qui découvre que, oui : pratiquer l’hypnose dépasse le simple fait d’apprendre une « technique ». On découvre et on intègre une autre manière de vivre et de voir la vie – quelque chose qui change tout…
En mieux ! 🙂

Partir à la découverte de soi

Bien que la formation soit conçue pour aboutir à un exercice professionnel, avec le niveau de sérieux, de qualité et d’exigence qu’on peut imaginer (vérification régulière des acquis, certification à mi-parcours, examen final écrit et pratique), elle est ouverte à tous.

Statistiquement, seulement 5 à 10% des participants viennent pour faire de l’hypnose un métier – certains parce qu’ils sont déjà thérapeutes ou coachs et qu’ils sont là pour apprendre une nouvelle approche – et d’autres, même professionnels, parce qu’ils connaissent déjà les bienfaits possibles de l’hypnose et souhaitent participer à la formation pour eux-même, pour leur confort de vie ou leur développement personnel.

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Il faut savoir qu’en Suisse, en Allemagne, au Canada (et sans doute dans d’autres pays encore), le fait de s’être formé en hypnose permet d’avoir des réductions d’assurance-maladie : les assureurs connaissent les bienfaits de cette approche et savent que leurs assurés auront, suite à leur formation, moins de soucis de santé, d’arrêts maladie, etc.
(quand s’en rendra-t-on compte en France ??)

Dans ces mêmes pays, les mutuels d’assurance remboursent les séances d’hypnose (il faut juste que l’hypnothérapeute atteste d’une formation telle que celle de l’IFHE pour qu’il soit « remboursable »).

Au-delà de ça, un coup d’oeil au Livre d’Or de l’IFHE vous permettra de lire les témoignages des personnes qui se sont déjà formés avec nous. Une réaction qui revient régulièrement, de la part de personnes habituées aux formations d’entreprise, c’est : « Je n’ai jamais vu autant de gens sourire, tout le temps, tous les jours, toute la semaine ! » ou « C’est incroyable que tout le monde soit content ! Il est rare d’observer un tel pourcentage de satisfaction : tout le monde est aux anges ! Comment faites-vous ? » 🙂

Le secret, c’est que nous apprenons des choses importantes pour la vie – tout le monde le ressent et sent le mieux-être – et nous le faisons dans la bonne humeur.
Apprendre des choses sérieuses et importantes en riant. Que demander de plus ?

On n’est pas en thérapie !

Vous entendrez cela régulièrement en formation 😉
C’est vrai, la formation n’est pas le lieu pour étaler ses problèmes aux copains – d’autant que certains ne sont pas encore thérapeutes. La formation en hypnose n’est pas un « groupe de thérapie », le formateur n’est pas là pour vous soigner, vous aurez beaucoup de choses à apprendre, vous pratiquerez tous les jours… et, pour autant (ou grâce à cela) vous ne ressortirez pas de cette formation comme vous en serez arrivé !

Hypnose115x160En formation, sans qu’on le recherche vraiment, les choses bougent en nous : on se met à voir la vie différemment, on comprend mieux les gens, on ressent de plus en plus de choses, on apaise des blessures en soi, on se rassure et on gagne en confiance !
C’est ce processus qui amènera du mieux dans votre vie – c’est une alchimie qui opère doucement, tranquillement, pendant que vous serez occupé par votre apprentissage !

Être heureux soi-même et en bonne santé, c’est le minimum lorsqu’on souhaite faire profession d’aider les autres à recouvrer la santé et à vivre mieux. 🙂
Si vous décidez d’aller jusqu’au bout du parcours diplômant, jusqu’au niveau de « Maître-Praticien », tout à la fin de votre formation nous vous demanderons de participer aux premiers jours du cursus, en tant que « personne ressource », pour aider les nouveaux dans leurs premiers pas.

Nous vous expliquerons en formation ce que cela aura de bénéfique et de pédagogique pour vous – mais je peux déjà vous dire une chose : tous les futurs « Maître-Praticiens » qui font leurs journées de personne ressource ont la même réaction le premier jour. « Oh, mais je n’étais pas comme ça, moi, au début ! »… en prenant conscience de la différence entre ce qu’ils vivent désormais et de la manière de vivre et de penser des nouveaux arrivants.
« Si si, tu étais bien comme ça aussi, au début… Tu te rends compte ? » 😀

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Une de nos élèves, venue de Chine pour devenir « Enseignante en Hypnose » (et elle va bientôt le devenir), me disait dans son français hésitant : « Olivier, vous aidez les gens à changer leur vie. Ils vivent mieux après. En rentrant à la maison, ils mettent du bonheur chez eux. Ils emmènent ce bonheur à leur travail… Finalement, personne après personne, vous changez le monde ! » C’est touchant. Cela fait plaisir – car on voit bien autour de nous que c’est vrai. Et cela encourage à continuer.

Alors… à bientôt ?

Tour-Eiffel-2Découvrez les formations IFHE
données par Olivier Lockert et son équipe