La Nouvelle Hypnose : le livre ! (Episode 5/5)

Les deux dernières parties du livre, III et IV, ne sont faites que de discussions et d’exemples de séances sur les applications en thérapie familiale et en sexothérapie, les deux domaines d’Araoz. Je vais vous les résumer dans ce dernier article, qui fera aussi le lien avec la Nouvelle Hypnose francophone, telle qu’on la pratique actuellement.

L’HYPNOSE EN THÉRAPIE FAMILIALE

La « Partie III » commence par un long chapitre sur « l’Hypnothérapie familiale », Araoz étant thérapeute familial de formation.
Apparemment, Araoz se laisse emporter par sa passion dans ce domaine et abandonne le sujet principal de son livre : la Nouvelle Hypnose ! Pendant quelques lignes, il commence à parler du « modèle d’Erickson » en thérapie familiale, présenté (dixit Araoz) dans « Un thérapeute hors du commun » (Haley, 1973), le livre qui a fait connaître Erickson (mais qui parle en réalité de toutes sortes de cas d’Erickson, pas seulement de thérapie familiale, loin de là)… Et juste après, Araoz avoue qu’Erickson « ne travaillait qu’avec un membre de la famille d’origine » – donc, pas du tout comme on le fait en thérapie familiale, où l’on reçoit toute la famille, pour observer les interactions entre individus.
Bref, Araoz passe assez rapidement à d’autres sources, hypnotiques ou non, souvent très récentes – à l’époque de l’écriture du livre (Morrison, 1981, Lovern & Zohn, 1982, Ritterman, 1983, Calof, 1985)…En une page et demi, on est déjà bien loin de la Nouvelle Hypnose… et le sous-chapitre suivante s’intitule d’ailleurs : « Applications traditionnelles de l’Hypnose avec les familles« , donc de l’Hypnose Classique. Araoz semble avoir été marqué par les travaux récents d’un certain Braun (1984), qu’il résume pour écrire son chapitre…

Il donne un exemple d’induction hypnotique :
« Je demande à la famille de commencer avec les yeux fermés et de les ouvrir et fermer rapidement à chaque fois que je compterai un chiffre. Entre chaque compte pour une plus profonde relaxation, des suggestions sont faites pour qu’au final les yeux restent fermés, alors qu’une plus profonde relaxation est atteinte avec chaque compte. Différents membres de la famille vont arrêter d’ouvrir leurs yeux, à différents moments, mais finalement tous seront relaxés avec les yeux fermés. A ce point, un autre travail peut être accompli, selon votre fantaisie. »

Voilà, donc du « très classique », un brin simpliste même ! Rien à voir avec notre Nouvelle Hypnose… Une autre page est encore consacrée à cette manière très directe de procéder.

Ensuite, Araoz se lance dans des explications sur les méthodes paradoxales de suggestion, comme on en pratique en Hypnose Ericksonienne ou en thérapie stratégique. A nouveau, les références sont plutôt récentes (principalement Weeks & L’Abate, 1982) mais restent bien loin de la Nouvelle Hypnose proprement dite, puisque les explications données proviennent de la Psychothérapie Paradoxale (cf. lien ci-dessus). A nouveau, Araoz cite rapidement le livre d’Haley sur Erickson, pour dire qu’il contient beaucoup d’exemples de suggestions paradoxales (ce qui est vrai)…

Après cela, Araoz se lance dans un long sous-chapitre (9 pages !) sur le fait que les familles utilisent sans le savoir l’hypnose et donc que les techniques hypnotiques pourraient agir sur ces leviers naturels pour aider les familles. Cela reste à nouveau très théorique, avec beaucoup de publications citées, et de noms, comme si Araoz voulait se justifier. C’est une démarche très universitaire, compréhensible quand on cherche à paraître sérieux, mais de peu d’aide lorsqu’on cherche plutôt des techniques : comment faire ? Aucune rien n’est présenté concrètement.
Enfin, Araoz conclut ce chapitre « familial » sur sa pratique, en relatant pendant 8 autres pages quelques exemples parmi les cas qu’il a accompagné. A nouveau, pas de techniques, outre l’application de ce qu’il a déjà expliqué dans le livre. Cela tourne beaucoup autour de son OLDC (Observe, Lead, Discuss, Check)… On comprend que l’hypnose pourrait être bénéfique aux familles, que l’on doit pouvoir faire beaucoup pour elles, en hypnose, mais Araoz reste évasif quant à sa pratique : il dit ce qu’il a fait, mais pas comment il l’a fait. Donc, on n’apprend rien de spécial sur la Nouvelle Hypnose telle qu’il l’a décrite en technique (cf. article précédent).

NOTRE GUÉRISSEUR INTÉRIEUR

Ce très long chapitre 7 est consacré à notre « Docteur intérieur » (« The Doctor Within », Bennett, 1981). A nouveau pas vraiment de rapport avec la Nouvelle Hypnose : Araoz va passer 20 pages à nous expliquer que nous avons un pouvoir de guérison intérieur. C’est intéressant, même si on s’en doutait un peu, et on se trouve à nouveau à côté du sujet principal du livre.

Après 3 pages d’histoire et de théorie, Araoz donne quand même un exemple d’activation de notre « guérisseur intérieur » (« inner healer ») :
« Sans forcer votre respiration, imaginez simplement ces vagues de santé dans votre corps, qui suivent le rythme de votre respiration. Vérifiez si vous notez quelque chose d’autre dans ces vagues de santé, actives dans votre corps. Y a-t-il un changement dans leur couleur ? Un son ou une musique ? Combien loin peuvent-elles aller à l’intérieur de votre corps ? Doucement, mais très efficacement, vont-elles atteindre la zone de votre corps qui à le plus besoin d’elles ?
Continuez de penser à cette merveilleuse réalité à l’intérieur de votre corps, alors que vous respirez et que vous dites à vous-même : Les forces de santé en moi peuvent devenir de plus en plus fortes (« stronger and stronger »). Je veux avoir plaisir à cette pensée et y revenir de nombreuses fois après l’hypnose. Je veux penser de plus en plus aux vagues de santé en moi, plusieurs fois par jour…Les forces de santé deviennent plus fortes… Les forces de santé… grandissantes, plus fortes avec chaque respiration que je prends. »

Cela ressemble beaucoup à la méthode Coué (dont Araoz parlait en début de livre) ! Le but d’Araoz est de remplacer les auto-suggestions négatives de la personne par ses suggestions hypnotiques positives. L’ensemble est très proche de ce que l’on pourrait s’imaginer de l’Hypnose Classique.

Bref, Araoz nous sort une autre ration de références (plus d’une page !) pour prouver que les gens sont souvent en train de se parler, mentalement, et que sa méthode est donc logique pour les aider à aller mieux. Puis, il conclut par une citation avant-gardiste de Bowers (1977), célèbre hypnothérapeute classique, qui dit : « Plutôt que de penser que l’esprit affecte le corps (deux entités de différentes natures interagissant), nous pourrions penser en termes de processus d’information«  ! Ce qui rappelle ce que l’on explique aussi en Hypnose Humaniste.
Le rapport avec le sujet du chapitre n’est pas évident, mais la citation est sympa 🙂 Araoz en donne d’ailleurs une autre à la suite, de Bowers et Kelly cette fois (1979) : « Si nous supposons que le corps et l’esprit sont liés par des processus informationnels, à la place d’être séparés par un abysse philosophique, la guérison hypnotique pourrait davantage être vue comme une voie d’accéder à ces processus, plutôt qu’à un affrontement ancestral entre deux réalités séparées. »
Superbe hypothèse de ces ténors de l’Hypnose Classique, à qui il ne manquait plus qu’une pratique non-dissociante pour accéder concrètement à ces fameux « processus informationnels », comme on apprend à le faire en Hypnose Humaniste !

Mais ce n’est pas le sujet d’Araoz, qui comprend les deux citations de manière superficielle (bien que juste, malgré tout) : « La conséquence de ceci (ci-dessus) est importante. A commencer par le fait que les affirmations d’un médecin, ou les mots utilisés pour décrire un cancer (ou toute autre maladie, d’ailleurs) et son traitement médical, peuvent agir comme de puissantes suggestions hypnotiques qui pourraient affecter le cours de la maladie : des « entrées » verbales (« input », selon le jargon informatique) décodées en « sorties » (« output ») somatiques. »
En fait, cela va même bien plus loin qu’Araoz ne l’imagine… mais, à nouveau, ce n’est pas le sujet de son livre, et l’époque de ces applications plus poussées n’était pas encore venue.

Cela permet tout de même à Araoz de revenir sur l’importance des mots, et donc de reparler de Bernheim et son Ecole de Nancy, dont il cite les hypothèses (Bernheim, 1888) :

  1. La nature du corps humain est d’être en bonne santé et fonctionnel.
  2. Le corps humain a de puissantes ressources pour maintenir sa santé,combattre les pathogènes et se soigner lui-même.
  3. Le corps humain pourra mieux gérer sa guérison si la nutrition et les exercices sont surveillés et améliorés.
  4. Se sentir bien et positif à propos de soi-même est bénéfique au corps humain ; le concept démodé de bonheur facilite la guérison, alors que les émotions négatives sont des obstacles aux forces intérieures de santé.
  5. L’auto-hypnose est un outil mental efficace pour générer des émotions positives à propos de soi.

On comprend là qu’Araoz a quelque peu « modernisé » les propos de Bernheim, ne serait-ce que parce que l’auto-hypnose n’existait pas encore en 1888 sous sa forme actuelle (elle a été formalisée par Oskar Vogt, vers 1900, pendant ses recherches sur le sommeil et l’hypnose, qui furent aussi à l’origine du Training Autogène de son élève, Schultz).
On retrouve aussi dans l’énoncé de Bernheim des principes dictés par Claude Bernard (1850) dans les travaux qui mèneront plus tard au concept d’homéostasie.

Tout ceci amène Araoz à un sous-chapitre sur l’auto-hypnose négative dans lequel il nous parle, entre autres choses, du stress, un notion assez récente à l’époque (Selye, 1976)… Il explique que : « La Nouvelle Hypnose est aidante pour faire glisser notre attention de la maladie vers la santé » (il parle de l’effet des suggestions hypnotiques censées remplacer les auto-suggestions négatives de la personne) mais précise que : « L’auto-hypnose positive ne sera pas efficace dans l’auto-guérison si la personne ne corrige pas les abus qui pourraient influer sur le cours naturel du processus de guérison. Les abus communs tournent autour de la diète, de piètres habitudes de travail et d’un manque d’exercices adéquats. Il est très important d’insister auprès de nos clients sur le besoin de contrôler le tabagisme excessif ou l’alcoolisme, aussi bien que la conscience d’un régime général nécessaire à leur bon équilibre. »

Même si ces conseils semblent logiques, il parait curieux qu’un hypnothérapeute demande à ses patients de veiller à leur alimentation (même si, bien sûr, c’est important, cela n’a rien à voir avec la psychothérapie) ou de tenter de contrôler consciemment des « mauvaises habitudes », addictions ou compulsions… Mais, sans doute, à l’époque, les hypnothérapeutes n’avaient pas encore de bons protocoles pour les aider en hypnose, sur ces points ?
Toujours est-il qu’Araoz insiste sur l’importance des pensées positives en disant : « La triste vérité est que ce négativisme outrepasse les pensées négatives. » Et Araoz dit que « cette vérité était aussi connue des anciens » et cite ensuite différents livres, tels que le Livre des Morts tibétains, la sagesse Zen, qu’il oppose au « dictat cartésien« … Bref, on sent que les années hippies et le New-Age ne sont pas loin 😉

Araoz commence alors un sous-chapitre sur « Une attitude de santé » en parlant de la vision de l’Inconscient d’Erickson : « La vision bienveillante de notre esprit inconscient est une caractéristique de la vision non-psychanalytique prônée par les successeurs d’Erickson. (Pour eux) Si l’hypnose est une activité de notre esprit, naturelle et bonne pour la santé, alors la partie de notre système nerveux responsable de l’expérience d’hypnose est considérée comme positive. »
J’étais en train de songer que cette description était un peu simpliste, lorsqu’Araoz recadre à la suite ces propos : il explique que cette vision éricksonienne peut certes sembler « naïve » (c’est son qualificatif), mais il reprend ce qui a déjà été dit sur la capacité naturelle d’auto-guérison de notre corps et la met en parallèle… pour arriver à la conclusion intelligente que : « L’appel à un Inconscient bienveillant est une tentative de restaurer son influence bénéfique et positive, plutôt que d’assumer qu’il est intact. Ce que la plupart des thérapies tentent de faire est de purifier l’Inconscient de manière à ce que la personne puisse bénéficier de ces fonctions bienveillantes originelles. »
C’est ce que j’écrivais aussi dans l’introduction de mon livre « Hypnose » (2001), à propos de la nouvelle hypnothérapie : « Il s’agit simplement de la remise en route ou la stimulation de processus naturels d’évolution, provisoirement stoppés ou freinés. »

La Nouvelle Hypnose ne voit pas l’Inconscient comme « tout noir » (Freud) ou « tout blanc » (Erickson), mais avec lucidité, comme un grand « nous-même intérieur », à l’origine naturellement bienveillant, mais qui peut devenir nocif ou négatif à cause des blessures de la vie… En soignant notre Inconscient, en lui permettant de retrouver l’espace de son auto-guérison, aussi, il reprend le cours naturel de ses activités protectrices, et tout va alors mieux dans notre vie !
« Ma méthode de Nouvelle Hypnose assume la nature bienveillante de l’Inconscient et tente de restaurer ses fonctions originelles » écrit Araoz.

Il donne ensuite deux exemples de phrasé qui s’appuient sur cette idée :

(Après l’induction hypnotique) « Maintenant que vous êtes relaxé, notez la douceur de votre respiration. Votre corps a trouvé son propre rythme confortable de respiration. Il est possible que vous en profitiez encore plus. Chaque respiration peut être agréable. Pensez à votre respiration comme connectée à votre énergie de santé. Imaginez vos énergies de santé devenir plus fortes, plus actives à chaque respiration. Vous pouvez devenir curieux à propos de cette énergie de santé. Comment apparaît-elle dans votre esprit ? (Laissez la personne répondre) Quelle sorte de force est-ce, qui s’écoule à travers votre corps ? Maintenant au travail dans chaque partie de vous. » (Etc.)

Ou avec la métaphore du « docteur intérieur » :
« Connectez-vous à votre docteur intérieur. Ok ? D’abord, relaxez-vous, juste comme ça… vos yeux fermés et laissez chaque respiration vous amener plus près de votre docteur intérieur à vous. Laissez-le venir à votre aide. Êtes-vous en contact avec lui ? (La personne hoche la tête) Focalisez-vous maintenant sur votre douleur. Laissez le docteur intérieur donner à votre douleur une personnalité, une vie propre. Vous êtes encore avec moi ? (Le patient hoche la tête une fois de plus) Maintenant, vous pouvez parler directement à votre douleur. Ok ? Demandez-lui ce qu’elle fait ici. Sa présence est-elle un message ? Prenez votre temps. Ecoutez votre voix intérieure. Votre docteur intérieur est au travail en ce moment même. Posez-lui la même question encore. Comment puis-je sortir de cette douleur maintenant ? Comment puis-je faire ? Que dois-je faire pour stopper cette douleur ? »

Dans le premier exemple, on voit que la syntaxe est toujours très « classique », avec des phrases affirmatives (« votre corps a trouvé son propre rythme ») voire impératives (« Notez » ceci, « Pensez » à cela, « Imaginez »…). De nos jours, en Nouvelle Hypnose, on serait plus doux et aussi beaucoup plus technique dans le langage – ce qu’Araoz prônait mais n’appliquait pas, d’après ce que l’on peut lire des différents exemples de son livre (cf. aussi les articles précédents).

Et dans le deuxième exemple, Araoz personnalise la douleur, un peu comme on le fait aussi en Hypnose Humaniste. Mais on voit qu’il a des problèmes à faire parler la personne, à ce qu’elle prenne conscience ou juste qu’elle réussisse à garder conscience (« Vous êtes encore avec moi ? ») et donc que la personne peine à obtenir sa réponse (« Posez-lui la même question encore« )…
C’est formidable qu’Araoz ait eu cette idée de personnaliser la douleur, mais tenter cela avec une induction hypnotique dissociante (qui « endort » la personne, par séparation du conscient et de l’inconscient) et ensuite lui demander de prendre conscience d’un mécanisme inconscient (sic !)… c’est se mettre soi-même dans les ennuis – même si, bien sûr, on comprend qu’il ne pouvait pas faire autrement, à l’époque, puisque les inductions associantes n’existaient pas encore…

En Nouvelle Hypnose, tout comme en Hypnose Classique ou Ericksonienne, on ne demande pas à la personne d’agir sur elle-même (sinon, à quoi sert de faire de l’Hypnose ?), on active son Inconscient afin qu’il fasse le travail grâce à des capacités et ressources inaccessibles à la personne : essayez de stopper volontairement une douleur ou de faire partir un eczéma par la force de votre volonté !… Pourtant ce sont des choses faisables en hypnose, en laissant agir l’Inconscient.

Et voilà qui termine ces deux chapitres et la « Partie III ».
La « Partie IV », composée de deux longs chapitres de 25 pages, est faite du récit de deux cas traités par Araoz en Nouvelle Hypnose : « Une famille modèle » (chapitre 8) et « Un papa comme aucun autre » (chapitre 9). On n’y apprend rien de nouveau, si ce n’est lire Araoz à l’oeuvre. Je vous ferai donc grâce du détail de ces longues pages de transcriptions de séances, surtout utiles lorsqu’on apprend à pratiquer.

Enfin, l’Épilogue permet à Araoz de remercier encore ceux qui l’ont aidé dans la réalisation de sa Nouvelle Hypnose et d’écrire : « La Nouvelle Hypnose est un toast personnel aux rêves brisés et aux nouveaux arcs-en-ciel. C’est la révélation de mon travail et mon héritage professionnel. Bien qu’il n’y ait « rien de nouveau sous le soleil », une nouvelle construction sur une ancienne a le pouvoir de l’enrichir. La Nouvelle Hypnose essaie de montrer cette possibilité d’enrichissement à ceux qui ont pour tâche d’aider les autres à aller au travers du processus de metanoia. »

FIN

🙂

 

UNE BELLE IDÉE SANS SUITE ?

Qu’est devenue la Nouvelle Hypnose d’Araoz ? L’avenir nous montre qu’il n’a pas su développer, ni propager, ses bonnes idées d’Hypnose collaborative, sophistiquée au niveau du langage, moderne et prenant en compte les émotions de la personne, son développement personnel et son autonomie (à travers l’auto-hypnose, etc.)…

Vous avez pu lire dans cette série d’articles combien Araoz a établi les concepts, les théories, mais trop peu d’applications pratiques au final. Il nous propose 12 techniques, certaines simplistes, d’autres peu utilisables aujourd’hui, et d’autres encore très bonnes mais qu’il ne semble pas maîtriser du tout (les métaphores, par exemple)… Pourtant, l’idée d’une Nouvelle Hypnose est bien là !

Daniel Araoz en 2008

Suite à l’écriture du livre « The New Hypnosis« , sujet de cet article, la pratique d’Araoz ne « décollera » donc pas, peut-être à cause de son âge (55 ans au moment de l’écriture du livre). D’un côté, il n’a pas su en faire la promotion, et de l’autre, la figure emblématique d’Erickson est devenue au même moment « légendaire », de là à masquer les autres formes de travail thérapeutique en Hypnose.
André Weitzenhoffer, célèbre hypnothérapeute, chercheur en hypnose, collègue et ami d’Erickson écrivait cela : « Au fil des années, depuis sa mort, Erickson est de plus en plus devenu une légende vivante, et comme cela se produit avec les légendes, une quantité croissante de faits plus ou moins fictifs a commencé à s’accumuler à son sujet. »

Toujours cantonnée aux USA, s’en suit pour la Nouvelle Hypnose d’Araoz une longue période d’absence jusqu’en 1998 (Araoz a alors 68 ans) où le terme « New Hypnosis » est cité dans un congrès éricksonien comme un équivalent de l’Hypnose Ericksonienne : !?? Ce qui est contraire aux idées d’Araoz (cf. l’épisode 2 de cet article)…
Araoz a dû finir par se faire engloutir par la masse grandissante des « éricksoniens » à la mode à l’époque – lesquels avaient peut-être déjà aussi commencé à reprendre à leur compte les principes d’Araoz, pour une pratique plus douce et actualisée de l’Hypnose (ce qui a participé au succès de la soi-disant « hypnose éricksonienne »).
Pourtant, cette même année, était publié aux USA le livre d’Araoz « The New Hypnosis in Sex Therapy« , avec des exemples de séances dont le protocole sous-jacent, reconnaissable mais pas identifié par Araoz, ressemble beaucoup (en plus simple et plus flou) à la THI utilisée aujourd’hui en Nouvelle Hypnose francophone (inspirée de la TCC)…

Puis le terme « New Hypnosis » disparut à nouveau, dans son sens originel (décrit dans le livre et dans cet article), cette fois-ci complètement.

~oOo~

Aujourd’hui, le terme « New Hypnosis » a disparu aux USA. On ne trouve en recherchant sur Google qu’un institut de « new hypnosis » à San Rafael, en Californie, qui présente un mélange d’hypnose new-age, de PNL, de chamanisme et de travail sur les chakras, sans jamais citer Araoz (et pour cause, leur pratique n’a aucun rapport avec lui ! 😉 )…
Et Amazon n’affiche aucun livre de « new hypnosis« , autre que quelques vieux livres d’Araoz, d’occasion.

A la fin des années 1990, Daniel Araoz, ne voyant pas « décoller » sa pratique, et la vieillesse venant (puisqu’il est né en 1930), avait fini par céder aux sirènes de la mode éricksonienne et par abandonner ses idées sur Bernheim, le langage, une hypnose modernisée et le fait que « la Nouvelle Hypnose doive beaucoup à Erickson, bien sûr. Mais elle est beaucoup plus que « Ericksonienne ». » On le voit invité dans quelques congrès éricksoniens, ce qui achève de dissoudre dans l’esprit des gens la différence qu’il souhaitait établir pour sa Nouvelle Hypnose.
Les tenants de l’Hypnose Classique et surtout les praticiens de plus en plus nombreux à l’époque de l’approche d’Erickson, avaient absorbé et fait disparaître les idées novatrices du bon Araoz, malgré ce qu’en disait Ernest Rossi lui-même en 1985 : « Mes 12 ans d’études avec Milton H. Erickson (ont été) comme une route personnelle vers la Nouvelle Hypnose » (cf. article 1)…

Heureusement pour la Nouvelle Hypnose, depuis le début des années 1990, ayant acheté le livre d’Araoz, ma pratique de jeune hypnothérapeute s’était naturellement appuyée sur ses belles idées… Faute de techniques précises décrites dans le livre, j’avais développé pour mon usage en thérapie un langage hypnotique efficace, doux et plus conforme aux attentes de mes patients.
C’est le langage en apparence simple et pourtant techniquement assez sophistiqué que l’on connait aujourd’hui en Hypnose, qui s’est diffusé naturellement lorsque j’ai commencé à donner des formations, en 1995, d’abord à quelques collègues proches, puis de villes en villes, jusqu’à toucher de plus en plus de monde !

Ce nouveau langage hypnotique, présenté dans mon livre « Hypnose » (écrit en 1999-2000 et publié en 2001), est un mélange des anciennes suggestions chères à Bernheim, modernisées, et des astuces et exceptions de langage repérées chez Erickson par la PNL (Milton-modèle), remises en forme et surtout adaptées par mes soins à la pratique de la Nouvelle Hypnose en français.
Ajoutez ensuite quelques techniques personnelles de communication hypnotiques (métaphores sur 7 niveaux, saupoudrage complexe, etc.), enveloppées d’un esprit humaniste provenant de ma pratique de l’Hypnose (antérieure à ma découverte d’Araoz et d’Erickson) et vous voilà avec la recette de la Nouvelle Hypnose à ma façon.

Cette « Nouvelle Hypnose francophone » en devenir se construisait tranquillement, au gré de mes consultations, suivant les réactions de mes patients (à l’époque, beaucoup de personnes handicapées : moteurs, mentaux, non-voyants, accidentées, etc.).
Les techniques d’induction hypnotique devaient également être remises au goût du jour, sur la base, bien sûr, de l’Hypnose Classique. Il n’existait pas d’autres inductions, puisqu’Erickson utilisait soit des inductions classiques, soit il improvisait ; de plus, il ne souhaitait pas établir de protocoles ou de techniques fixes (aspec « utilisationnel »).
Là aussi, ces inductions centenaires étaient modernisées, adoucies, assorties de certaines des ruses d’Erickson (approche naturaliste) et aussi des idées collaboratives d’Araoz, dans un esprit proche du « développement personnel » apparu dans les années 1970-1980 et dont on ne se passerait plus : métaphores, beaux voyages intérieurs, régressions dans le temps (sans limites !), travail sur les émotions, etc.

De même, j’avais aussi modifié les structures que j’avais apprises en PNL pour les rendre « hypnotiques » car, à l’époque, utilisées telles qu’elles, mes patients les trouvaient « bizarres » et peu efficaces (ce n’est pas faute d’avoir essayé !). Les gens ordinaires, en thérapie, ne sont pas tous prêts à parler à leurs mains ou à modifier des images « en haut à gauche » en imagination ! Mais, laisser l’hypnothérapeute activer leurs ressources profondes, laisser leur Inconscient les soigner, ça c’était facile et agréable.
Apparaissent donc des protocoles : la Nouvelle Hypnose francophone propose ainsi des « méthodes à suivre », des procédures, comme Rossi en avait fait connaître le premier dans l’Histoire de l’Hypnose (alors qu’il travaillait pourtant encore avec Erickson, l’homme anti-protocoles !), mais plus complets (car ceux de Rossi faisaient toujours 3 points, en 3 questions).
La PNL et certains courants New-age avaient aussi commencé à utiliser de telles structures d’intervention, faciles à suivre pour un débutant. Il ne manquait plus qu’à faire de même pour la pratique de l’Hypnothérapie, autrefois difficile d’accès. Donc, simplifier la pratiquer, oui, mais toujours avec des protocoles de niveau professionnel, utilisables en thérapie, par des thérapeutes, auprès de cas parfois difficiles…
La Nouvelle Hypnose francophone allait ainsi rendre accessibles à la compréhension et à la pratique du plus grand nombre les techniques de travail en Hypnose, grâce à des « guides de pratique » en plusieurs points, adaptés aux différents cas de figure rencontrés en thérapie ou en coaching !

Cela aussi s’est propagé et, aujourd’hui, bien rares sont les écoles d’Hypnose qui ne proposent pas, même renommées autrement, l’un des protocoles présentés depuis 1995 dans les toutes premières formations de l’IFHE et, comme je vous l’écrivais plus haut, dans mon livre « Hypnose« .
Ce livre, qui dépasse au moment de l’écriture de cet article les 150.000 exemplaires vendus, diffuse toujours en France et dans les pays francophones cette nouvelle approche de l’Hypnose, plus douce, certes pratiquée dans un esprit de développement personnel, mais avec une grande rigueur et sophistication technique, qui participe grandement à son efficacité.
Après la sortie de ce livre, la Nouvelle Hypnose francophone remplaça quasi immédiatement, dans la pratique des hypnothérapeutes francophones et de beaucoup de pnlistes, l’approche classique et celle, certes efficace mais peu reproductible (et parfois brutale), du « sage de Phoenix » ou les structures simples de la PNL, accessibles mais souvent limitées dans la pratique réelle (professionnelle) de la thérapie.

L’approche d’Erickson que j’avais connue dans les années 1990, enseignée au compte-gouttes aux professionnels de la santé (dans des instituts le plus souvent fermés au grand public), a fait place à une pratique plus facile, plus douce, plus adaptée à la thérapie ordinaire, en laissant au monde médical la partie difficile : tout ce qui concerne les maladies physiques lourdes ou la psychiatrie.
Aujourd’hui, l’IFHE forme en moyenne 1000 personnes par an, essentiellement pour leur développement personnel, bien qu’un grand nombre continue l’apprentissage jusqu’au niveau nécessaire pour pratiquer l’hypnothérapie, professionnellement. Les groupes sont hétéroclites, majoritairement féminins, de toutes professions ou toutes origines sociales… L’Hypnose s’est démocratisée !

~oOo~

J’espère que cet article vous a permis de mieux cerner ce qu’est la Nouvelle Hypnose, telle qu’Araoz l’avait souhaitée, de comprendre ses origines, sa philosophie, et par-là même de mieux mesure la différence avec les autres formes d’Hypnose : le « saut quantique » qu’Araoz a su engendrer entre les « hypnoses appliquées sur la personne » (classique et éricksonienne) et la pratique moderne de la Nouvelle Hypnose, collaborative, structurée et technique – et même sans perte de conscience, avec l’Hypnose Humaniste, née avec le nouveau millénaire.

Vous n’avez donc plus de raison de vous mélanger et d’appeler improprement « éricksonienne » une Nouvelle Hypnose apparue après la mort d’Erickson, que celui-ci n’a jamais pratiqué et qui est, en plus, bien loin de sa manière de penser !

En vous souhaitant succès et bonheur dans votre pratique de la Nouvelle Hypnose, que ce soit pour votre usage personnel (ou familial) ou auprès de vos patients.

La Nouvelle Hypnose : le livre ! (Episode 4/5)

Abordons maintenant le chapitre 3, sur « Les techniques de transformation intérieure » …

(Voir la première page du chapitre) « Le but ultime de toute intervention hypnotique en thérapie est le changement. Mais puisque le changement, pour être efficace, doit venir de notre « soi intérieur », je préfère l’ancienne expression grecque de metanoia… »

Araoz commence par nous redire ce qui doit être, selon lui, la source du changement. Il utilise le terme grec de metanoia dans une acceptation « arrangée », car l’originale peut avoir une connotation de « repentir », très judéochrétienne.
La version d’Araoz est plus saine et, aussi, assez simple : « La metanoia signifie un changement drastique de la perception de soi-même et de son monde. C’est un changement dans son image du monde, l’élément constant à la racine de tous les problèmes émotionnels humains. »

Araoz, suivant Watzlawick (1978), propose donc : « La solution (…) est un changement dans notre image du monde qui, doucement, doit devenir plus en harmonie avec le monde extérieur, aussi longtemps que l’on assume que ce dernier ne peut pas être changé. » Ce qui est une idée très épicurienne du changement : parvenir à accepter ce que l’on a… (à l’opposé des humanistes, hédonistes, qui ont une philosophie du plaisir, mise en contexte dans un mécanisme d’évolution, donc de changement, du monde).

La Nouvelle Hypnose, selon Araoz, propose ainsi 12 techniques, qui peuvent être classées en 2 catégories, les techniques somatiques et les techniques mentales :

Extrait du livre « The New Hypnosis » (Araoz, 1985)

  • Techniques somatiques : Relaxation, Pont somatique, Biofeedback subjectif
  • Techniques mentales :
    • Dissociantes : Dissociation, Activation de parties de la  personnalité, Matérialisation
    • Modifications du temps : Transfert de ressources intérieures, Pont émotionnel, Revécu, Recherche mentale
    • Paradoxales : Paradoxes, Paraboles

Avant d’expliquer en quoi consistent ces techniques plus ou moins nouvelles, Araoz nous rappelle que, selon Kaplan (1976), il y a 3 niveaux d’intervention « pour toutes formes de psychothérapie orientée vers le changement » et que de « les omettre ne pourrait qu’entraîner confusion et perte de temps » :

  1. Le niveau du symptôme : et Araoz précise que la plupart des techniques de Nouvelle Hypnose seront efficaces à ce niveau et que « selon (son) expérience, plus de 80% de tous les cas de thérapie peuvent être résolus à ce niveau. » Et si ce niveau ne règle pas la situation, il faut « bouger vers le niveau suivant » :
  2. Le niveau de l’Insight I (prise de conscience de surface) : où le thérapeute aide la personne à faire les liens entre son symptôme et certains éléments évidents de sa vie, ce qui, toujours d’après Araoz, devrait régler 12-15% des problèmes qui auraient résisté au premier niveau de traitement. Et « seulement si ces deux premiers niveaux ne produisent aucun résultat, alors le thérapeute doit bouger vers le niveau suivant » :
  3. Le niveau de l’Insight II (prise de conscience profonde) : où le thérapeute aide la personne à faire les liens « entre sa psychodynamique et son histoire personnelle. »

Araoz prévient que le « biais de la psychanalyse est d’ignorer les deux premiers niveaux, ce qui prolongera souvent inutilement l’intervention thérapeutique. »
On reconnait là l’influence de la TCC et d’Erickson : « Pourquoi, on s’en fiche ; seul importe comment changer ! »
Araoz explique, comme le font les gens de la TCC et de la PNL, que les substitutions de symptôme (si on ne prend pas en compte la cause d’un problème) « primo, sont loin d’être universelles et, secundo, que si on ignore les deux premiers niveaux d’intervention, on exclut souvent la croissance personnelle chez le client. »

On reconnait bien l’école américaine, moins influencée que nous, en Europe, par la Psychanalyse et le goût de comprendre. Ces idées sont connues dans le domaine de la Thérapie brève, mais le fait d’ignorer la cause ne s’applique que dans le strict cadre de la « thérapie » : le traitement de problèmes simples, fonctionnels, sans cause psychologique profonde (émotionnelle), ni familiale, ni relationnelle… La personne retrouve le bien-être, mais sans changer elle-même.
Essayez de faire de la « psychothérapie » (aider une personne à aller mieux grâce à un changement en profondeur) sans quelle ne comprenne rien à sa vie (pas de prise de conscience, donc pas de changement personnel) et par une simple action mécanique sur l’Inconscient (type arrêt du tabac, pipi au lit, etc. avec des suggestions ou des métaphores)… Si vous trouvez le moyen de faire cela, je veux bien le récit détaillé du cas en question ! 😀 En l’état actuel, ce n’est pas possible.
Donc, l’affirmation d’Araoz est à modérer : oui, on peut travailler sans se soucier de la cause d’une situation, tant que l’on reste dans le cadre de la thérapie.

Ensuite, la seconde idée d’Araoz, sur le fait que comprendre (faire des liens profonds entre le symptôme et son histoire personnelle) irait contre la « croissance personnelle » du patient… ??… Cela aurait été intéressant qu’il développe sa logique, car cette seule affirmation n’a pas vraiment de sens. D’où provient cette curieuse idée ? On ne comprend pas trop car c’est justement la prise de conscience qui fait l’évolution de la personne. D’autant qu’Araoz dit juste avant dans son livre que le véritable changement doit se faire par une transformation profonde de la personne !

Bon. Quoi qu’il en soit, Araoz explique enfin ses « techniques » de Nouvelle Hypnose

TECHNIQUES SOMATIQUES

Il y en a donc trois :

  • La Relaxation
    Très classique depuis les années 1970 où l’Hypnose et la Sophrologie étaient présentées dans les mêmes livres (cf. ouvrages du Prof. Cherchève, en France). Araoz décrit une induction basée sur l’observation de sa respiration et sur des suggestions directes : « Alors que vous respirez, pensez à la relaxation… comme si vous étiez en train d’observer votre corps entier, votre corps entier se relaxe… se r-e-l-a-x-e réellement… Profitez de la relaxation… Laissez-la arriver. Maintenant (« right now »). » Donc, une approche très classique et très directe. Araoz rappelle les bénéfices de la relaxation, en expliquant que la majorité des personnes que l’on recevra en thérapie en aura besoin et en précisant que « le principal n’est pas tant la relaxation musculaire que la paix intérieure. »
    Pour les personnes particulièrement stressées, Araoz préconise l’induction classique par « contraction-relaxation » (enseignée en Praticien 1 à l’IFHE). Araoz explique comment le lien peut être fait entre relaxation musculaire et relaxation intérieure : « Alors que vous laissez votre respiration souffler au-dehors vos tensions – comme de petites particules de poussière quittant la tension de vos muscles – laissez votre respiration remplir votre esprit de bonnes pensées. Laissez votre respiration vous remplir de paix et de sécurité intérieure. »
  • Le Pont somatique
    Comme on pouvait s’en douter à l’intitulé, Araoz explique que sa technique dérive du « pont affectif » de Watkins (1971) mais qu’au lieu de s’en servir pour aller à la recherche d’un ancien événement de la vie de la personne, sa technique est « similaire au taitoku oriental ou au body-thinking. » Grosso modo : Araoz explique que le thérapeute va guider la personne à faire un lien entre ses sensations physiques (liées au symptôme ou à la plainte) et des causes émotionnelles supposées (alors que dans le « pont affectif » d’origine, on demande à l’Inconscient de faire ce travail de recherche, en explorant les événements passés, et de donner ensuite le résultat au conscient). Je n’ai pas pu trouver d’information pertinente sur le « body-thinking » et rien du tout sur le « taitoku »… Araoz explique que sa technique « est un moyen d’utiliser la conscience de son corps pour faciliter la conscientisation d’émotions refoulées. » Il explique aussi que « le Pont somatique est efficace avec les personnes qui sont trop cerveau gauche ou qui n’ont jamais développé de capacités intuitives, symboliques ou émotionnelles, cerveau droit. » A première vue, il parait curieux de demander à des personnes qui, justement, ne sont pas portées sur l’intuition… d’avoir de l’intuition (le « pont affectif » original ne demande aucun prérequis et fonctionne chez tous) ! Mais bon, voyons la suite.Voici l’exemple de phrasé que donne Araoz : « L’hypnothérapeute invite la personne à simplement s’asseoir et à porter attention à son corps : « Le but ici n’est pas de parler, mais d’expérimenter. De quelles parties de votre corps êtes-vous conscient, maintenant ?… Devenez simplement conscient d’une partie. Restez dans cette conscience. Ne parlez pas. Ne faites rien. Laissez la distraction aller et venir. Juste, entrez dans la conscience de votre corps plus pleinement. »
    – 
    Seulement lorsque le client est impliqué dans la conscience du corps, il peut décrire ce qu’il a expérimenté. Alors, l’hypnothérapeute peut continuer : « Maintenant, laissez la conscience de votre corps vous guider vers quelque chose qui est caché dans les recoins de votre esprit. Demandez-vous juste ce qui va arriver : des mémoires, des images, des joies, des peines. Tout ce qui survient est OK. Votre esprit intérieur va vous parler d’une nouvelle manière à travers votre corps. Prenez votre temps. Laissez ça arriver et vous apprendrez d’importantes choses à propos de vous. Vous serez agréablement surpris
    . »
    Araoz dit que : « Fréquemment, une foule de mémoires pleines de sens et de connexions psychologiques se précipitent à la conscience, donnant au client du matériel thérapeutique significatif avec lequel travailler. » Araoz parle ensuite du fait qu’à peine les gens ont eu la conscience de quelques symboles intérieurs, il veulent en connaître le sens, ce qu’il met sur le compte de « l’inconfort de simplement être et expérimenter. » Ce à quoi il répond : « Vous saurez bien assez tôt. Maintenant, restez simplement avec ça. Ce respect sensible pour tout matériel venant de l’esprit inconscient n’est pas une forme d’anti-intellectualisme mais plutôt une approche holistique d’être vivant. La compréhension vient après l’expérience. »
    Araoz conclut ensuite que le Pont somatique est à utiliser lors de cas… somatiques (!)… tels que « de la fatigue, une légère douleur, un mal de tête ou tout ce qui est similaire. » Il rappelle l’importance d’un diagnostic médical préliminaire et le fait de ne pas utiliser cette technique chez des personnes psychotiques. « L’hypnothérapeute expérimenté évaluera la force psychologique de ses clients avant de leur présenter cette technique somatique ou une autre. »
  • Le Biofeedback subjectif
    « Cette technique commence avec une image mentale ou une mémoire, provenant du client. L’attention est alors portée sur la manière dont le corps réagit à l’activité mentale. Finalement, du sens va émerger de cette connexion. »
    Araoz demande ensuite au lecteur d’en faire l’expérience : de penser à quelque chose de triste et d’observer comment son corps réagit. Puis de penser à une expérience joyeuse et de noter la différence. Et conclure ensuite que la séparation « corps-esprit » n’est que théorique, puis « à la fin, de vérifier si un quelconque sens émerge de cette connexion spontanée. Si non, répétez l’expérience jusqu’à ce que l’esprit conscient devienne conscient (« aware ») de ce lien et comprenne d’une manière subjective unique ce que cette connexion signifie pour vous. »
    Alors, cela ressemble beaucoup à la « suggestion ouverte » de l’Hypnose classique, où l’on demande à la personne, de façon non-spécifique, de noter une réaction physique ou psychologique, en suggérant discrètement que celle-ci va en entraîner d’autres, qui auront un sens profond pour elle (mais sans lui dire quoi, ni quel sens, bien sûr).
    – 
    A nouveau, Araoz nous rappelle que les Occidentaux ne sont pas familiers des expériences vécues et qu’ils préfèrent l’intellectualisation. Il cite Ignace de Loyola, lorsque celui-ci expliquait que : « Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui rassasie et satisfait l’âme, mais de sentir et de goûter les choses intérieurement. » Araoz pense que cette technique permet à une personne trop dans le mental de renouer avec ses émotions, ce qui est évidemment toujours bénéfique. Pas sûr que sa technique suffise à réassocier une personne habituée à vivre dans le mental, mais bon, si elle pratique tous les jours et que faire attention à ses intuitions devient une habitude, ça ne peut que lui faire du bien.Araoz raconte ensuite le cas d’un jeune homme, reçu en sexothérapie (le métier d’Araoz) pour un blocage. Le jeune homme en hypnose fut conduit à penser qu’il y avait un lien entre son sexe, son cœur et sa tête : « Ils sont tous connectés (…) Expérimentez pleinement cette connexion (…) Dites-vous que votre esprit profond a trouvé une connexion entre votre tête, votre cœur et votre pénis. Faites confiance à votre esprit intérieur. Dans les prochains jours, vous en comprendrez plus sur cette connexion. Accueillez tout ce que votre esprit intérieur veut faire avec cette connexion. » Le tout, suivi de quantités de suggestions directes de renforcement du moi, stipulant que le jeune homme va bientôt pouvoir profiter de sa vie sexuelle.
    Alors, le mécanisme thérapeutique n’est pas évident, mais si le jeune homme accepte les suggestions d’améliorations, il est compréhensible que cela ait pu lui faire du bien et débloquer sa situation (après 8 séances, sur deux mois, quand même).
    Araoz pense que « le client a expérimenté un changement en croissance (« growthful change ») sans compréhension de la dynamique qui a permis cela. » Je ne suis pas certain que le jeune homme ait réellement « grandi », même s’il va mieux, surtout s’il n’a pas compris ce qui lui est arrivé. Araoz exagère un petit peu l’impact de sa technique (l’enthousiasme, sans doute !).

Araoz conclut cette première partie technique en disant que l’Hypnose classique aussi utilise ce genre de signaling (Cheek & LeCron) ou de réponse idéomotrice (depuis Bernheim), mais que son approche est « moins artificielle et plus naturelle et spontanée que la réponse traditionnelle avec les doigts (…) et que la Nouvelle Hypnose ne rejette pas ces techniques mais préfère une approche plus naturaliste. »

TECHNIQUES MENTALES

Araoz commence cette seconde partie en expliquant que « bien que toutes les 12 techniques se rapportent essentiellement au mental, c’est-à-dire qu’elles impliquent les capacités mentales, le prochain groupe ne se focalise pas autant sur l’expérience physique que les techniques somatiques. Les techniques mentales sont plus spécifiquement utilisées pour modifier notre perception de nos problèmes et pour faciliter la metanoia » (la transformation intérieure de la personne).

On commence avec…

# Les techniques dissociantes

  • La Dissociation
    Araoz explique cette « technique » par un exemple : il raconte le cas d’une femme que ses enfants avait « abandonné » (selon sa propre expression), suite à son divorce. Ils préféraient rester avec leur père et ne venaient plus la voir, ce qui la faisait souffrir. La « dissociation » consiste, selon Araoz, à apprendre à la personne à se détacher de ses émotions négatives en faisant de « petits voyages en esprit« , des « rêves éveillés plaisants ou amusants » (réalisés en hypnose, avec le thérapeute, puis en auto-hypnose, une fois qu’elle sait faire) « qui lui permettent de laisser derrière elle ses émotions douloureuses« . D’abord, explique Araoz, cela ne fonctionne qu’un temps, et puis avec la pratique, la personne finit par oublier ce qui lui faisait du mal… « Et en moins de deux mois » (explique Araoz) « elle avait décidé que ses enfants étaient émotionnellement toxiques pour elle et qu’elle ne les contacteraient plus. »
    J’imagine que, dans le cadre strict d’une thérapie (retirer une épine douloureuse sans changer la personne), on peut accepter ce genre de « technique »… Mais je comprends aussi qu’apprendre cela à un patient fasse bondir d’horreur les psys traditionnels (ou humanistes), car on vient d’aider la personne à refouler une émotion négative sans la traiter, ce qui est exactement le mécanisme pour créer une future somatisation (une maladie physique provoquée par un souci psychologique non-traité)… D’ailleurs, Araoz ne s’attarde pas trop et la « technique » est bouclée sans autre explication que son cas, en seulement une page.
    – 
  • L’Activation des parties de la personnalité
    « Cette technique, comme le « Pont somatique », est aussi un emprunt à Watkins (1978). Elle pourrait être appelée « la division saine de la personnalité ». Elle consiste à prendre pour habitude de ne pas considérer les émotions, pensées, humeurs ou action comme « émanant de moi » mais comme « venant d’une part de moi. »
    C’est un élargissement de la notion d’Inconscient, en somme. On pourrait expliquer à la personne que ses émotions sont fabriquées par son esprit profond, émotionnel, et que « elle » (consciente) ne fait que les subir ou ressentir – ce qui permet d’en atténuer un peu l’impact ou d’agir sur elle avec un peu plus de distance. « Mon Inconscient souffre, que puis-je faire pour l’aider ? »
    Ici, Araoz, suivant Watkins, mais de manière moins analytique, propose de scinder l’Inconscient en « parties de la personnalité » (ce qui a été repris aussi par la PNL avec le « Modèle des Parties ») et lorsque la personne souffre, elle peut se demander : « Quelle part de moi a quelque chose à dire ? »
    Araoz explique que : « Vérifiez les parties de vous » devient une injonction constante. » Il propose aussi de ne pas simplement parler à la partie de soi, responsable des émotions, mais de devenir elle (restant ainsi congruent avec ce qu’il professait dans la partie « Techniques somatiques »). Il dit que : « Cette technique a beaucoup de possibilités, limitées seulement par l’imagination de l’hypnothérapeute et du client, et la peur de paraître idiot. »
    Courte technique, donc, présentée en moins d’une page, mais dans laquelle on reconnait la future « Reconstruction Hypnotique » de la Nouvelle Hypnose francophone…
    – 
  • La Matérialisation
    « Ceci est une autre forme de dissociation où l’on sépare le client de son problème. Toutefois, la différence est essentielle. Ici, le problème n’est pas laissé derrière mais visualisé et expérimenté différemment. »
    Araoz explique que le thérapeute va partir de l’émotion du client et « en utilisant la Nouvelle Hypnose, il va encourager quelque chose d’expérientiel (cerveau droit) en suggérant que le client imagine son émotion sous une forme matérielle ou comme un objet qui lui est familier. Est-ce que l’émotion devient une brume ou une obscurité profonde ou un son cacophonique ou comme l’expérience de tomber d’une grande hauteur ? Est-ce qu’il y a une image mentale pour cette émotion ? »  On reconnait le début d’un travail symbolique, mais réalisé avec une personne dissociée, avec des suggestions du thérapeute, et dans le but de séparer la personne de son problème, donc pas du tout comme on le ferait en Hypnose Humaniste (technique de « Thérapie Symbolique »).
    – 
    « Habituellement, l’hypnothérapeute donne au client des options pour que ses représentations ou images mentales soient visuelles, kinesthésiques, auditives et même olfactives ou gustatives. Le client entre en contact avec quelque symbole de son état psychologique. Si non, des mémoires surviennent ou d’autres associations sont prêtes à être faites. » »Si le client est capable de produire une image mentale ou un symbole, le thérapeute lui demande de rester avec et de se concentrer sur l’impression et l’expérience intérieure afin de les faire complètement siennes. A ce point, une expansion de conscience (« expansion of consciousness or awareness ») a lieu. »
    C’est ce que l’on peut appeler : de l’optimisme ! 🙂 Les hypnothérapeutes formés à guider la personne dans un travail symbolique vont être effarés des imbroglios, mélanges et raccourcis du bon Araoz, mais il faut se souvenir que l’on est qu’en 1985 et que l’Hypnose qui existait jusque-là était soit la « Classique » (simple et souvent directe) ou l’Ericksonienne (plutôt des ruses de langage, voyez l’explication d’Erickson lui-même, ici)… Il y a donc déjà un grand bond en avant, même si cela reste confus et très superficiel.
    Araoz boucle l’explication de sa technique en une page et donne comme seule directive thérapeutique, ceci : « L’hypnothérapeute expert mélangera et combinera rapidement différentes techniques de manière à atteindre l’effet désiré lequel, pour me répéter, est un changement de sa propre perception ou de l’image du monde, de manière à être capable de réagir différemment aux situations ou soucis que produisent le problème ou les symptômes. »
    😀 😀 😀 Brillante démonstration de langage non-spécifique (creux)…

Voyons donc la catégorie de techniques suivantes :

# Les techniques de modification temporelle

Araoz explique que « ces techniques utilisent la distorsion du temps, d’une manière ou d’une autre. Trois d’entre elles se réfèrent au passé et un au futur. » On verra ci-après qu’il s’agit plutôt de régressions hypnotiques et d’un pont sur le futur (type PNL).

  • Le Transfert de ressources intérieures
    Cette technique « consiste à se focaliser sur des situations passées pendant lesquelles la personne a agit extraordinairement bien ou s’est senti inhabituellement bien. Cette situation est vécue sous hypnose, revécu avec beaucoup de détails, afin de provoquer le plus possible d’émotions positives, et de répéter l’expérience plusieurs fois si nécessaire. »
    La présupposition est que la personne va s’emplir de ressources qu’elle pourra appliquer dans sa vie future, mais cela reste non-dit. Le thérapeute doit seulement « demander à la personne de vérifier à nouveau si l’une des ressources intérieures utilisées dans cette situation positive pourrait avoir quelque valeur dans sa situation présente, qui la fait se sentir sans aide, découragée ou, en général, négative. » Disons que la formulation n’est pas idéale…
    – 
    Araoz précise aussi en quelques lignes « une autre manière d’utiliser cette technique de transfert est de partir de la situation négative et de l’émotion qu’elle provoque, et d’aller alors à la situation positive passée qui engendre toutes les bonnes émotions, et finalement revenir à la scène négative avec certaines des ressources qui, par le passé, avaient fait que la personne se sente bien et positive. » Vous aurez reconnu le « transfert de compétence » de la Nouvelle Hypnose (quasi similaire à celui de la PNL, l’état d’hypnose en plus) auquel il manque juste une vraie technique de régression et un bon ancrage pour être pleinement efficace.
    – 
  • Le Pont émotionnel
    A nouveau, Araoz emprunte le « pont affectif » de Watkins (1971) mais explique qu’il l’a renommé afin de ne pas l’appeler « le pont affectif modifié de Watkins ». Au moins, il cite ses sources ! On retrouve donc le pont affectif (ou « passerelle affective », la traduction en français varie selon les auteurs) de Watkins, quasiment comme son auteur le pratique, mais d’une manière moins analytique quant aux explications. C’est donc la version que l’on utilise toujours actuellement en Nouvelle Hypnose, par exemple dans la RHV (une régression thérapeutique), à la différence qu’Araoz ne pose pas d’ancrage (il n’avait pas intégré la PNL à sa Nouvelle Hypnose, contrairement à ce que l’on fait aujourd’hui), donc l’évocation de la dernière fois où la personne a vécu son symptôme reste seulement verbale.
    Si vous ne connaissez pas cette technique, Watkins avait découvert qu’en « accrochant » les émotions provoquées par une origine profonde, inconsciente, on pouvait aider la personne à remonter en état d’hypnose jusqu’à ladite origine (donc à en reprendre conscience), afin de la traiter.
    – 
    Araoz ne propose pas non plus de manière de traiter l’origine découverte. Il stipule seulement : « Permettez à votre esprit intérieur de connecter cette émotion avec d’autres émotions du passé. Prenez votre temps, relaxez-vous, et laissez juste l’émotion – ici et dans le passé – absorber tout votre être. »  (Ce qui peut paraître « un peu léger » dans les situations où l’on a à utiliser une telle régression !)
    Araoz explique que « La connexion avec une précédente expérience émotionnelle similaire conduit soit à séparer les deux » (la cause et l’effet dans le présent, j’imagine ?) « soit à apprendre comment gérer la situation présente en suivante la manière dont la précédente a été gérée. » Donc, Araoz espère que l’Inconscient connecte une ressource et l’applique à la situation qui provoque le symptôme.
    C’est en effet un exercice de base du Technicien en Hypnose, à l’IFHE, mais aussitôt que les élèves en ont le niveau, on apprendra à agir de manière plus sûrement efficace sur cette « situation profonde à l’origine du symptôme. »
    – 
  • Le Revécu
    Araoz parle ici de catharsis, une technique de régression largement utilisée autrefois, décrite par Weitzenhoffer (1957) et Wolberg (1964) qui consistait à faire revivre à la personne en transe l’expérience traumatique passée, en espérant que l’Inconscient se nettoie de ses mauvaises émotions, comme on vide un abcès.
    Cette technique n’est plus utilisée (ou alors par quelques rares thérapeutes), car elle est violente et on a aujourd’hui des manières bien plus douces d’aider la personne.
    Araoz explique qu’il a renommé la technique « Reliving » (« Revivre » ou « vivre à nouveau ») mais qu’il s’agit en tous points de la même… Aussi, son descriptif ne fait qu’une demi-page dans le livre.
  • La Recherche mentale
    Cette technique ressemble comme deux gouttes d’eau au « pont sur le futur » de la PNL (il faudrait trouver sa date d’arrivée en PNL, pour savoir qui en est le créateur, Araoz ou Bandler et Grinder). Araoz explique qu’il s’agit de « faire l’effort d’imagination pour expérimenter son soi-même du futur » ce qui est curieux en Hypnose, où justement on profite de l’état modifié de conscience pour faire agir l’Inconscient…
    Voici l’exemple de phrasé qu’il donne : « Maintenant, sautez en avant et expérimentez en imagination celui que vous êtes, sans les problèmes que vous avez. Le problème est parti, résolu, terminé. Vous êtes maintenant sans ce problème. Vous êtes OK maintenant. Comment vous sentez-vous ? Vérifiez la manière dont votre corps réagit à cette nouvelle manière de vivre. »
    La technique n’a donc rien à voir avec la « futurisation » en Hypnose : comme une régression, mais vers le futur. La personne explore ce que son cerveau lui pronostique pour l’avenir… Ici, il s’agit de programmer son Inconscient en lui faisant vivre ce que l’on attend de lui pour le futur, donc comme on le ferait avec un « pont sur le futur » en PNL. Comme Araoz ne cite que rarement la PNL, on ne sait pas s’il s’en est inspiré.
    De plus, les praticiens actuels de la Nouvelle Hypnose auront remarqué le phrasé d’Araoz plutôt négatif, avec des tournures et des mots que l’on éviterait aujourd’hui…

Bref, on arrive aux deux dernières techniques :

# Les techniques paradoxales

Araoz commence en expliquant que ces techniques cherchent à communiquer directement avec « le cerveau droit » de la personne (ce que l’on appellerait simplement « son Inconscient », aujourd’hui) et il renvoie vers les travaux de Watzlawick (Le langage du Changement, 1978) pour mieux découvrir ce « langage de notre esprit inconscient » (en passant, ce n’est pas vraiment un livre sur le langage de l’Inconscient, mais plutôt un petit livre sur le fonctionnement de notre cerveau).

  • Le paradoxe
    Araoz explique que le paradoxe a pour avantage d’être efficace là où une technique directe ne l’aurait pas été (à noter qu’il existe beaucoup d’autres formes de suggestions indirectes en Hypnose, depuis l’Hypnose Classique et avec l’apport d’Erickson, en plus du paradoxe). Puis, il explique que la Nouvelle Hypnose rend le paradoxe expérientiel (on sent qu’Araoz tient à insister sur ce qu’il espère être une particularité de la Nouvelle Hypnose !)… En gros, le paradoxe ne se contente pas d’être verbal, on cherche à le faire vivre à la personne.
    Pour nous faire comprendre cela, Araoz raconte quelques cas, comme celui d’une dame que sa sœur cherche à faire hospitaliser en psychiatrie. Elle dit à Araoz qu’elle se sent « tomber en morceaux, comme dans un vrai trou« . Araoz lui suggère alors de « se voir elle-même, à travers ses propres yeux, devenir folle, tomber en lambeaux. » Ce qu’elle fit pendant quelques minutes, avant de dire très fermement : « Je ne vais pas lui donner le plaisir de me voir folle. Je ne suis pas folle. Je suis très perturbée mais je peux gérer ça. » L’injonction d’Araoz était paradoxale dans le sens où un thérapeute ne devrait logiquement pas demander à sa patiente de s’imaginer folle… Et la patiente réagit comme attendu en activant ses capacités de résistance (positives). On retrouve souvent cette manœuvre chez Erickson et les thérapeutes stratégiques.
    – 
    Araoz cite un autre exemple : un homme qui voulait quitter sa femme pour sa maîtresse. Araoz lui demande d’imaginer en détails la rupture, les papiers de divorce, le déménagement, etc. Après quoi, le patient décida qu’il n’était « pas prêt à prendre la décision de quitter sa femme. »
    Araoz passe ensuite une page à tenter d’expliquer de manière plus ou moins claire le mécanisme psychologique à la base du fonctionnement d’une suggestion ou injonction paradoxale (ce que d’autres ont déjà fait mieux que lui, comme il le dit lui-même en début de chapitre).
    Il conclut en décrivant le mécanisme supposé (ou espéré par Araoz ?) : « en atteignant l’Inconscient, cette approche va souvent produire une nouvelle connexion entre l’esprit intérieur et le conscient, apportant cette dynamique inconnue à la conscience. Mais cette conscience survient généralement après l’expérience d’hypnose. La compréhension suit l’expérience. Grâce à cette nouvelle conscience, l’individu est capable de prendre de nouvelles décisions, ce qui produira un changement en croissance, tel que les deux exemples ci-dessus l’ont montré. »
    – 
    ? Voilà. Araoz ne semble pas comprendre le fonctionnement d’une suggestion, active justement au niveau inconscient, donc sans aucune prise de conscience (ce qu’il fallait éviter, de toute façon, selon Erickson). Araoz semble croire que les gens font exprès d’avoir leurs symptômes et peuvent donc arrêter de les avoir volontairement, ce qui n’est bien sûr absolument pas le cas : une suggestion paradoxale peut faire partir de l’eczéma (Arcas, 1997), ce que la personne ne peut pas faire consciemment (ni le faire venir, ni le faire partir).
    On retient que la Nouvelle Hypnose d’Araoz utilise les suggestions et injonctions paradoxales, mais qu’Araoz donne peut de détails sur la mise en pratique.
    – 
  • La parabole
    Cette partie technique s’achève sur une demi-page de présentation des paraboles. Araoz commence par dire que « certains auteurs appellent cela des métaphores (Gordon, 1978). » Le Pnliste David Gordon est en effet le père de l’isomorphisme, la technique encore utilisée actuellement pour créer des métaphores en Nouvelle Hypnose et en PNL.
    Araoz prévient à juste titre que « l’hypnothérapeute doit être très sensible aux besoins du client avant d’utiliser ce très délicat outil, puisque la parabole est toujours une forme subtile d’interprétation de ce que le client expérimente, de manière à lui présenter du matériel qui « connectera » avec cet état d’esprit. »
    En effet, les paraboles (on dit plutôt « métaphores », aujourd’hui) amènent à la personne une solution que le thérapeute pense être la bonne, mais camouflée dans une histoire de manière à ce que, si la solution est la bonne, les cordes sensibles de la personne seront touchées et la technique lui profitera… et si la solution proposée de manière déguisée n’est pas la bonne, les cordes sensibles de la personne ne vibreront pas, l’histoire « ne lui parlera pas », et le thérapeute n’aura pas fait de bêtise (pas de projection personnelle, ce qui est l’ennemi n°1 de la thérapie).
    – 
    Araoz cite plusieurs sortent de « paraboles » : les anecdotes d’Erickson (le thérapeute semble raconter sa vie), les contes poétiques (fantastiques, par exemple), plus ou moins long. Araoz donne l’exemple connu d’Erickson racontant à une patiente frigide (comme on le disait à l’époque) comment il « dégivrait » son réfrigérateur (ce qui ne passerait plus, aujourd’hui ! Puisqu’il faut que la personne ne comprenne pas le sens caché de l’histoire qui, là, vous parait certainement évident !).
    Bref, Araoz termine sa courte présentation des métaphores en disant que « Le plus cultivé sera l’hypnothérapeute, le plus riche sera son répertoire de paraboles possibles. Ces histoires qui ont survécu à travers les siècles portent des vérités éternelles qui peuvent être utilisées efficacement en thérapie plutôt que les histoires ineptes que certains thérapeutes créaient sur le moment en essayant de prononcer des vérités profondes. »
    – 
    Malheureusement pour Araoz, actuellement les praticiens de la Nouvelle Hypnose savent créer de véritables métaphores thérapeutiques efficaces, et pas forcément en s’appuyant sur des récits populaires ou mythologiques qu’il faudrait, de toute façon, modifier afin qu’ils soient hypnotiquement efficaces… Araoz trahit plutôt l’opinion de quelqu’un qui ne sait pas lui-même faire de bonnes métaphores et tente de faire passer l’exercice pour une pratique de haut-vol, réservée à l’élite 😉 (On apprend les métaphores en « Praticien 2 HE », à l’IFHE).
    – 
    Araoz confirme cela par sa conclusion : « J’ai trouvé aussi que les paraboles pouvaient être utilisées symboliquement. Par exemple, dans le cas d’un handicap, la lévitation du bras devient une analogie pleine de sens de la manière dont l’esprit intérieur peut influencer la conduite de son corps. » Point final. Il n’y a rien d’autre de précisé après. Alors 🙂 Araoz mélange « symbole », « métaphore » et « analogie ».
    Oui, la lévitation du bras montre à la personne comment notre esprit profond, inconscient et automatique, dirige notre corps. C’est une bonne démonstration pour elle, ou une analogie, si on veut, mais pas du tout une métaphore et encore moins un symbole.
    Une métaphore est une histoire, une expérience. Un symbole est un objet, une forme, etc. La lévitation du bras peut être la métaphore de la libération, de l’élévation, de la liberté… Le fait que le bras aille vers « le haut » est un symbole : d’élévation (au sens spirituel), de lumière, de pureté, etc. tout ce que l’Humanité associe au ciel, à ce qui est « en haut ».
    Notre bon Araoz a bien saisi quelques concepts, mais il les mélange et ne les maîtrise pas. Ce qui explique sa seule demi-page sur cette technique.

LES CARACTÉRISTIQUES

La « Partie II » du livre d’Araoz (chapitres 4 et 5) présente les deux caractéristiques de la Nouvelle Hypnose pour Araoz : « être centrée sur le client » et les idées personnelles d’Araoz sur les auto-suggestions négatives, ce qu’il nomme l’auto-hypnose négative, et l’interaction client-thérapeute. Je vous les présente rapidement avant de terminer ce long article…

Être centré sur la personne

En résumé, Araoz place le fait d’être orienté sur la personne comme une caractéristique essentielle de la Nouvelle Hypnose – on l’aura compris au titre du chapitre !
Il commence par le récit d’une thérapie, sensée nous montrer la structure de son intervention, qu’il schématise ainsi : OLDC… ce qui signifie Observe (observer), Lead (diriger), Discuss (discuter) et Check (vérifier). Bien sûr, Araoz cite Rogers et ses successeurs en référence…

  • Observe est le fait de « calibrer » la personne (selon le terme en PNL et Nouvelle Hypnose actuelle) : son style de langage, ses affirmations, son langage corporel, etc. Cette étape est similaire aux mirroring et pacing de la synchronisation.
  • Lead (diriger) consiste à guider la personne selon les modalités de la Nouvelle Hypnose (pas d’explication, ni interprétation, analyse ou insight intellectuel), le focus est mis sur l’activité « cerveau droit ». C’est la phase de leading de la synchronisation.
  • Discuss (discuter) correspond au debriefing actuel de la séance, donc une fois l’expérience d’hypnose terminée. Araoz parle de cette étape comme d’une véritable discussion avec la personne (alors qu’en Nouvelle Hypnose actuelle, on évite de remettre en conscience des choses qui seraient destinées à l’Inconscient, donc tout n’est pas forcément abordé avec la personne).
  • Check (vérifier) est une étape dirigée par le thérapeute, qui revient sur l’étape de Lead pour confirmer à la personne, par ses réactions physiques ou émotionnelles, qu’elle a bien intégré la séance. Cela ressemble à un dernier effet de suggestion, qui doit asseoir l’efficacité de la séance.

Cette partie reste de peu d’intérêt dans la pratique globale (moderne) de la Nouvelle Hypnose, qui ne va pas forcément suivre ce genre de protocole tout fait… (bien qu’on retrouve des similarités, bien sûr).

L’expérience personnelle

C’est ici qu’Araoz aborde ses apports personnels : ses idées sur l’Auto-Hypnose Négative (AHN), la pratique de l’Auto-Hypnose, et quelques mots sur l’interaction Client-Thérapeute…
Il commence par répéter ses caractéristiques clés pour sa Nouvelle Hypnose : le fait qu’elle soit « éminemment expérientielle, en prêtant attention aux sensations corporelles en tant que voie d’intégration des éléments conscients et inconscients de la personnalité. » On l’aura compris ! 😉 Même si cela reste plus théorique que pratique…

  • L’Auto-Hypnose Négative (AHN)
    Araoz explique que son concept est « intimement relié au concept de prophétie auto-réalisante« , ces idées que l’on tend à réaliser par le fait même que l’on y croit soi-même… Araoz explique la force de l’auto-suggestion et ses dégâts si elle est négative. Il dit qu’il faut alors « déshypnotiser » la personne de ses propres auto-suggestions, ce qu’il montrera dans un des cas qu’il citera en fin de livre. Il ne donne pas de technique toute faite pour agir sur cette AHN mais on comprend que le thérapeute remplacera les idées négatives de la personne par d’autres idées (suggestions) positives durant la séance.
  • L’Auto-Hypnose
    Ici, Araoz cite de nombreuses références pour preuve des bénéfices pour la personne de pratiquer l’Auto-Hypnose. Il en profite pour placer un peu de marketing : « En Nouvelle Hypnose, le client fait le travail, pas le thérapeute. » Ce qui est faux, si vous avez lu les techniques décrites ci-dessus dans cet article, mais cela sonne bien et fait toujours plaisir à lire ! (Mais cela deviendra vrai dans la pratique de l’Hypnose Humaniste, 20 ans plus tard…)
    En s’appuyant sur son affirmation, Araoz explique alors que la séance guidée par le thérapeute est aussi une forme d’auto-hypnose : il incite les hypnothérapeutes à présenter leur travail comme de l’auto-hypnose, afin de réduire la résistance de la personne, ce qui est effectivement une ruse efficace ! Mais il explique aussi que lui-même « n’introduit pas l’Hypnose aux clients de manière formelle. L’Hypnose est le modus operandi si on est ok pour l’accepter. Je dis aux clients que leur thérapie est basée sur le fait de s’expérimenter différemment, pas par la parole (Zilberg, 1983). » Ah, ce futé d’Araoz, qui attend la fin de son chapitre pour nous dévoiler cela ! 🙂
    Et il passe une pleine page à se justifier, en disant que la plupart des gens sont habitués à une thérapie plus traditionnelle, mais que si on ne pratique que cela avec eux, on aura toujours les mêmes vieux résultats (c’est-à-dire : rien, puisqu’ils sont toujours en recherche d’une solution !)… Et il parle aussi du fait que le mot « hypnose », à l’époque encore, faisait peur aux gens, ou que certains attendraient des miracles de manière passive, si on leur disait qu’on allait « faire de l’hypnose » avec eux… Donc, Araoz évite le mot « hypnose » ou bien parle d’auto-hypnose.
  • L’interaction Client-Thérapeute
    Araoz termine par un long texte sur l’importance de la relation humaine en hypnothérapie (il aurait pu élargir à toutes formes de thérapie !), en citant pour s’appuyer de nombreuses références de tous horizons. Donc, un chapitre théorique, qui catégorise les idées de grands noms sur la relation « client-thérapeute ». Beaucoup de remplissage, sur plusieurs pages, pour aucune application pratique réelle et la répétition du leitmotiv d’Araoz : la Nouvelle Hypnose est expérientielle ! « La Nouvelle Hypnose est un état d’être indescriptible. Elle peut seulement être expérimentée et, en tant que praticien de la Nouvelle Hypnose, nous devons l’expérimenter, à la fois en nous-mêmes et pour nous-mêmes, avant de guider et faciliter l’expérience de nos clients. » Ok ! 😉

EN CONCLUSION…

Avec les trois premiers articles de cette série, vous avez pu vous faire une bonne idée des fondations de la Nouvelle Hypnose, de ses influences historiques et philosophiques. Et avec ce quatrième article, vous avez la présentation pratique des techniques. Ce qui vous permet déjà de prendre la mesure de la différence immense entre les « anciennes hypnoses » (classique et éricksonienne) et ce que deviendront les nouvelles pratiques de l’Hypnose (nouvelle et humaniste).

La Nouvelle Hypnose d’Araoz a permis de faire le saut entre des pratiques où « le thérapeute agit sur la personne » vers des pratiques où « le thérapeute agit avec la personne. » Même si, après plus de 30 ans d’évolution de l’Hypnose, l’approche d’Araoz peut sembler incomplète, brouillonne et parfois confuse, elle était révolutionnaire à l’époque !

Suite et fin dans l’Episode 5/5

La Nouvelle Hypnose : le livre ! (Episode 1/5)

Daniel Araoz en 1982, conseiller familial et sexothérapeute

Daniel Araoz (1930-), Doctorate in Education (EdD, Columbia University, 1969), Licensed Psychologist (Illinois, 1972) est l’inventeur du terme « New Hypnosis », aux USA, en 1985.

L’idée de départ était bonne, et nous allons la détailler plus loin, mais Araoz n’en a malheureusement pas fait grand chose. Et c’est curieusement en Europe que cette approche douce et participative de l’Hypnose va se développer.
Pour preuve, Google sort 78500 résultats à la recherche du terme « Nouvelle Hypnose », alors qu’il n’y en a que 40500 pour sa version anglaise « New Hypnosis »…

Dr Jean Godin

Ce n’était pourtant pas évident au départ, car – hasard de l’Histoire – lorsque le Dr Jean Godin introduisit l’Hypnose Ericksonienne en France, également au début des années 80, il dut faire face aux réticences de l’époque par rapport à l’hypnothérapie et eut l’idée de parler de « nouvelle hypnose » pour qualifier l’Hypnose de Milton Erickson et la distinguer de l’Hypnose Classique… sans savoir que le terme désignait une toute autre approche aux USA.

Publié en 1992

Lorsqu’en 1992 Jean Godin publia son livre qui présentait l’Hypnose Ericksonienne, c’est tout naturellement qu’il l’intitula « La nouvelle hypnose », créant involontairement le début d’une belle confusion française…

Car, depuis, l’erreur d’attribution se répète régulièrement en France, où l’on qualifie volontiers l’Hypnose Ericksonienne de « nouvelle hypnose »… ce qui n’est pas le cas, par exemple, chez nos voisins de Belgique qui, eux, ont les bonnes définitions !

Cela ne porterait pas à conséquence si la Nouvelle Hypnose, la vraie, n’avait pas entre-temps traversé l’Atlantique pour transformer radicalement la pratique de l’Hypnose francophone !

LE LIVRE FONDATEUR

Publié en 1985

« The New Hypnosis », le livre à l’origine de la Nouvelle Hypnose, publié en 1985, est depuis longtemps épuisé. Cet article n’a donc pas pour but de vous présenter la Nouvelle Hypnose telle qu’on la pratique aujourd’hui (j’en ai déjà donné des exemples sur ce site) mais de vous faire plonger dans les pages de ce livre fondateur, introuvable.

Avant cela, je laisse le Dr Mairlot, qui dirige l’Institut de Nouvelle Hypnose à Bruxelles, vous résumer cette Nouvelle Hypnose (et donc, en quelques sortes, le livre)…

Extrait de son site internet :

« La Nouvelle Hypnose est une pratique visant à :

  • Collaborer avec le patient expert de son problème et propriétaire de ses capacités de changement. La nouvelle hypnose s’oppose donc complètement à l’hypnotiseur autoritaire qui produit le changement ainsi qu’au côté « je sais tout et je peux vous faire changer à votre insu » d’une partie du travail de Milton Erickson.
  • Intégrer les idées et les stratégies des hypnothérapeutes qui continuent de faire évoluer l’hypnose depuis la mort de Milton Erickson en 1980.
  • Utiliser certaines stratégies des TCC (thérapies cognitivo-comportementales), principalement celles qui travaillent avec les idées négatives et les fausses croyances, source d’auto-suggestions négatives (ASN).
  • Intégrer l’auto-hypnose négative (AHN) dans le processus de construction de certains problèmes ou maladies.
  • Apprendre l’auto-hypnose au patient pour qu’il soit autonome dès que possible. »

Le premier point est essentiel, car la collaboration hypnothérapeute-patient est emblématique de la scission qui apparut à cette époque entre les anciennes formes d’hypnose (classique, éricksonienne) et celles qui se développeront à l’avenir (nouvelle, humaniste).
Avant la Nouvelle Hypnose, le thérapeute « faisait » la thérapie « sur » le patient, même avec les techniques éricksoniennes, qui utilisaient les flux psychologiques de la personne, mais sans qu’elle en soit consciente…
Avec l’apparition de la Nouvelle Hypnose, l’hypnothérapie devient collaborative : « Pensez à un souvenir agréable » (phrase qu’Erickson n’aurait jamais prononcé, car il préférait induire ce souvenir à la personne). S’il n’y avait qu’un point à retenir, ce serait celui-ci, car il représente la différence principale et la plus reconnaissable entre l’hypnose d’Erickson et la Nouvelle Hypnose.

L’autre apport de la Nouvelle Hypnose est son aspect « intégratif », au sens où le mélange de différentes approches, complémentaires à l’Hypnose, sont utilisées pendant la séance… On ira même plus loin, avec l’évolution de la Nouvelle Hypnose en France, au début des années 1990, en modifiant les protocoles issus d’autres approches thérapeutiques afin qu’ils soient pratiqués en Etat Modifié de Conscience
C’est ce que présentera mon livre « Hypnose », publié en 2000, et qui permettra à l’Hypnose thérapeutique de gagner le succès que l’on sait auprès du grand public et de se répandre jusqu’à aujourd’hui.

Araoz intégrera à sa Nouvelle Hypnose les techniques connues dans le milieu universitaire (TCC) ainsi que des bases de PNL. C’est ce dernier aspect que j’ai optimisé en langue française et qui a donné les protocoles hypnotiques utilisés par la majorité des hypnothérapeutes francophones actuels…
Aux USA, on trouve intégrés à la Nouvelle Hypnose de l’EFT ou de l’EMDR, de l’énergétique, des protocoles issus du chamanisme ou des thérapies transpersonnelles… Bref, des pratiques aussi variées qu’hétéroclites ! Le point commun de tout cela étant l’état d’hypnose (dissociant, bien sûr, donc « traditionnel », puisqu’il faut des techniques d’inductions spéciales pour atteindre un état d’hypnose associant, comme en Hypnose Humaniste)…

Enfin, dernière caractéristique de la Nouvelle Hypnose d’Araoz : l’idée d’auto-hypnose négative (AHN), qu’il utilisera de temps à autre pour distinguer sa pratique : comme si la personne, par ses pensées inconscientes, maintenait involontairement son état pathologique. Araoz proposera une méthode très simple et directe pour annuler cette AHN : en hypnose, après avoir repéré la structure des pensées négatives de la personne, et puisque cette dernière en EMC confond ses pensées et les paroles de l’hypnothérapeute (comme pendant un rêve, lorsqu’on confond un bruit extérieur avec un bruit survenir dans notre rêve), Araoz remplaçait lui-même les pensées par leur équivalent positif : « Je ne suis qu’un idiot » devenant « je suis quelqu’un de bien »…
Disons que c’était quelque peu intrusif et pas très subtil. On ne pratique plus du tout cela de nos jours !

AVANT-PROPOS D’ERNEST ROSSI

Découvrons ensemble ce que fut cette première « Nouvelle Hypnose », qui posa les fondations de notre pratique francophone.

Le livre s’ouvre sur la page de titre : « The New Hypnosis, by Daniel L. Araoz, Ed.D. » Le livre est publié, comme bien d’autres livres américains de référence en Hypnose, par Brunner/Mazel, Publishers, New York. (Cliquez ici pour voir la page)
Au dos, comme dans chaque livre, la page de copyright indique le nom de l’auteur (Araoz), rappelle le titre du livre « The New Hypnosis » et la date de copyright (1985), ce qui nous donne une « date de naissance » pour cette approche, même si on se doute bien que l’auteur la pratiquait depuis plusieurs années (il indique « 7 ans » dans la conclusion du livre), tout comme James Braid, de son temps, n’a pas inventé l’Hypnose (et son nom) au moment de l’écriture du livre de 1843 : il pratiquait bien avant ! (Cliquez ici pour voir la page)

Puis vient le sommaire, que vous trouverez ici en PDF… Et enfin, le livre commence !

C’est Ernest L. Rossi lui-même qui écrit l’avant-propos : le bras droit d’Erickson, celui qui a co-écrit tous les livres d’Erickson (puisque ce dernier n’a écrit en solo que des articles). Autant dire une sommité, que l’on qualifierait volontiers d’ericksonien, étant donné son expérience auprès d’Erickson… Pourtant, les historiens de l’Hypnose l’indiquent comme « grand-père » de la Nouvelle Hypnose ! Pourquoi ? Parce que c’est chez lui que l’on trouve les premiers protocoles hypnotiques (petit 1, petit 2, petit 3) qui n’existaient pas chez Erickson (« pas de théorie, tout est improvisé ») ni en Hypnose Classique (que des scripts, au mieux, mais pas de directives fixes)…
Et c’est chez Rossi aussi que l’on trouve les premières références à une collaboration « conscient-inconscient », chose impossible chez Erickson qui, bien au contraire, faisait son possible pour « dépotentialiser le conscient », pour montrer à la personne que le conscient était faible et, paradoxalement, pour Erickson, également source de tous ses ennuis !… Bref, pas de collaboration « conscient-inconscient » chez Erickson (et les Classiques ne se préoccupaient pas vraiment de l’Inconscient !)…

(Cliquez ici pour voir la première page de l’avant-propos) On découvre donc une facette inédite d’Ernest Rossi (du moins en France).
Celui-ci débute son avant-propos en expliquant que la Nouvelle Hypnose est l’union (« tapestry ») des formes d’hypnose classique et moderne, qu’elle intègre autant les apports d’Erickson que ceux des experts classiques comme Barber ou Hilgard, « d’une manière surprenante », en allant de la psycho-neuro-immunologie (chère à Rossi, auteur du livre « Psychobiologie ») à la thérapie familiale (formation initiale d’Araoz).

Rossi explique aussi que la Nouvelle Hypnose se distingue de la « programmation » (clin d’oeil aux anciennes suggestions directes et à la PNL, toute nouvelle à l’époque) et « utilise les processus mentaux individuels et naturels de la personne afin d’activer ses propres et uniques ressources et potentiels, pour résoudre ses problèmes à sa manière personnelle ! »
Cela ne vous dit rien, ça ? On dirait la description actuelle de… l’Hypnose Ericksonienne… Et c’est Ernest Rossi, plus proche collaborateur d’Erickson, donc quelqu’un qui sait parfaitement ce qu’est l’Hypnose Ericksonienne, qui vous parle d’une « nouvelle manière de faire de l’hypnose » (donc différente de celle d’Erickson) qui donne cette définition de la Nouvelle Hypnose.

Commencez-vous à percevoir que ce que l’on appelle souvent « Hypnose Ericksonienne » en France n’est qu’une appellation à la mode mais erronée (car l’Hypnose Ericksonienne est très différente) de la Nouvelle Hypnose ? Ce qu’aiment les gens, c’est cette nouvelle façon de « faire de l’hypnose », plus douce et moins médicale : la Nouvelle Hypnose… Mais attendez un peu, d’autres que moi vous le confirmeront !

La page 2, l’avant-propos de Rossi se poursuit alors qu’il explique que « la Nouvelle Hypnose embrasse toutes les approches qui font glisser le contenu de la conscience hors de son conditionnement ordinaire et des limites de ses cadres de référence » (toujours dans le cadre des seules pratiques connues à l’époque, donc dissociantes). Il précise alors la descendance de nombreuses formes de psychothérapie : des pratiques de Freud et Jung, formés à l’origine en Hypnose, jusqu’aux nombreuses formes de psychothérapies existants aujourdhui (il cite la thérapie centrée sur la personne, la Gestalt, l’analyse transactionnelle, etc.) et conclue en disant que c’était « comme si la Nouvelle Hypnose était une mère éperdue qui rappelait à elle ses enfants-psychothérapies perdus, errants dans un monde sauvage et incompréhensible, luttant pour s’unir dans une famille grincheuse mais féconde »… ce qui pointe bien l’essence intégrative de la Nouvelle Hypnose !

Rossi poursuit en indiquant que « les fondements de la Nouvelle Hypnose se retrouvent dans les nouvelles visions et les savoir-faire qu’elle requière des hypnothérapeutes » : des compétences en observation et en communication, à un niveau supérieur à ce qui était exigé dans l’ancienne pratique de l’Hypnose.
« Le challenge d’apprendre la Nouvelle Hypnose nécessitera d’augmenter le niveau de conscience et la compétence de tous les thérapeutes, quel que soit leur niveau d’entraînement ou leur école de pensée ». Et c’est le meilleur éricksonien vivant à l’époque qui vous dit ça !… Avant d’ajouter que la difficulté principale sera « de ne pas se faire déborder par cette explosion d’innovations, qui pourrait nous tenter de prendre la voie facile: celle de rester dans le dogme des quelques approches que l’on connait déjà et de faire taire le reste avant d’avoir profondément compris le nouveau champ… »

Ce qui est, pourtant, ce qui s’est malheureusement fait, où la plupart des gens (praticiens ou non de l’Hypnose) en sont restés soit à l’ancienne Hypnose Classique ou à la réputation de l’Hypnose Ericksonienne, juste pour le nom… en s’appropriant un peu des nouveautés de la Nouvelle Hypnose, mais sans la déclarer comme telle, donc sans l’approfondir vraiment.

Rossi conclut son avant-propos en racontant son expérience, et c’est là le plus édifiant :
« Il s’est passé exactement 12 ans depuis que j’ai commencé mes études avec Milton H. Erickson, comme une route personnelle vers la Nouvelle Hypnose. Ces années n’ont pas été faciles. Abandonner les hypothèses profondément ancrées par ma formation académique initiale (théorie et béhaviorisme), puis par mes formations suivantes en analyse freudienne et jungienne, a été continuellement perturbant et à certains moments décourageant.
Apprendre à utiliser une approche aussi radicalement différente (…) m’a tenu dans un vertige pour une assez longue période. Encore et encore, j’ai été forcé d’éliminer les racines profondes de mes apprentissages d’hier. Et même aujourd’hui, je lutte pour passer outre les limites de mes apprentissages, pour atteindre un meilleur niveau de compréhension thérapeutique et de fonctionnement.
Ainsi, bien que la présentation d’Araoz de la Nouvelle Hypnose soit exaltante, nous devons reconnaître qu’elle demandera un sérieux effort de notre part pour l’intégrer avec intégrité. A un niveau personnel, cela demandera une reconnaissance croissante de votre besoin de continuellement devoir vous re-éveiller, pour grandir encore en compréhension et en savoir-faire. Et à un niveau professionnel, cela vous demandera l’humilité de reconnaître l’horizon encore limité de vos connaissances et le besoin de soutenir et d’étendre les recherches empiriques et expérimentales nécessaires. »

Rossi lui-même considère donc son expérience avec Erickson comme un chemin qui l’a mené à la Nouvelle Hypnose, qui serait ainsi la suite et l’évolution de l’Hypnose Ericksonienne – ce que nous confirmera Araoz lui-même, dans son introduction.

~oOo~

Nous continuerons cette plongée dans le livre fondateur de la Nouvelle Hypnose, dans le deuxième épisode de cet article un peu spécial, avec la préface que Theodore Barber, prestigieux nom de l’Hypnose Classique, a écrit pour le livre !

A suivre (Episode 2/5)

Exemples d’induction de Nouvelle Hypnose

Daniel-Araoz-hypnosisC’est en 1979 que Daniel Araoz, un sexothérapeute américain, crée le terme « Nouvelle Hypnose » en clin d’œil à la « Nouvelle École » de Nancy, de Bernheim (lire l’article dédié). A la belle époque, ce dernier et Charcot (École de la Salpêtrière) se battaient pour savoir si l’Hypnose était un état pathologique ou naturel. Le professeur de médecine, Hippolyte Bernheim, soutenait que l’Hypnose était une capacité naturelle, propre à chaque être vivant… Il mettait également beaucoup d’importance sur la notion de suggestion, sur l’usage technique de la parole – ce que reprend donc la « Nouvelle Hypnose » d’Araoz.

Cette approche désigne ainsi l’utilisation des techniques originelles de l’Hypnose Classique, modernisées et améliorées, mêlée à certaines techniques de Milton Erickson, auxquelles s’ajoutent des compléments comme des éléments de PNL, l’apport des neurosciences, de la sociologie, etc. Tout ceci dans le cadre de la thérapie, mais aussi du développement personnel, du coaching, d’une meilleure et saine qualité de vie – toutes choses qui sont désormais largement demandées par les personnes qui consultent, mais à l’époque inexistantes dans la pratique d’Erickson, qui était avant tout médecin-psychiatre.

La Nouvelle Hypnose s’appuie donc sur d’anciennes bases techniques et y ajoute ce que le monde moderne peut apporter d’aidant, de meilleures techniques, un langage sophistiqué, l’importance du développement personnel, de la qualité de vie, des émotions de la personne…
Les interventions de la Nouvelle Hypnose sont donc bien différentes de celles, plus strictes et « médicales » (même en psychothérapie) de Milton Erickson, dont la pratique était, jusqu’à la fin de sa vie, très « classique ».
L’époque d’Erickson n’est pas si ancienne – mais le monde a tellement évolué depuis que l’esprit qui guidait sa pratique est désormais tout à fait dépassé. Plus personne n’accepterait un thérapeute aux manières parfois brutales, intransigeantes, à la morale figée sur des principes d’un autre temps et, surtout, sans aucune disposition à la psychothérapie et à ce que l’on appelle aujourd’hui le « développement personnel ». Pas de soin de l’esprit profond de la personne, chez Erickson : si la personne souffre de « qui elle est », de son éducation, etc. on n’a pas d’outil d’aide en Hypnose Ericksonienne. Pas de coaching ou d’idée d’évolution personnelle non plus du temps d’Erickson ! La vie n’était pas aussi facile qu’aujourd’hui et les familles se préoccupaient essentiellement d’assurer leur subsistance. Le docteur, monsieur le maire, le prêtre et l’instituteur étaient rois. La santé était le seul domaine d’intervention d’un thérapeute.

Ce qui fait dire à Daniel Araoz : « nous devons beaucoup à Erickson, mais nous ne sommes pas éricksoniens »… Et Ernest Rossi, plus ancien élève d’Erickson de confirmer (dans la préface du livre « New Hypnosis », d’Araoz, en 1980) : « mes années avec Erickson n’ont servi qu’à me préparer à la Nouvelle Hypnose ».

Daniel Araoz

Différence importante, la Nouvelle Hypnose est la première forme participative d’Hypnose : la personne a enfin la parole ! En Hypnose Ericksonienne, on la laissait répondre aux questions du thérapeute, mais c’est tout… Bien sûr, la santé est toujours la base de toute thérapie, mais les patients d’aujourd’hui se préoccupent aussi de leur qualité de vie ! Les intérêts ont évolué et la pratique de l’Hypnose ne pouvait plus rester la même qu’à l’ancien temps.

L’évolution technique est nette :
– En Hypnose Classique, même si les métaphores et les suggestions indirectes existaient déjà (elles viennent de là, cf. le livre de James Braid de 1843), Bernheim expliquait que la parole était comme un médicament que l’on donnait à la personne (1891). On pensait la psychothérapie comme de la chimie ou de la chirurgie, les émotions de la personne n’étaient pas prises en compte.

– En Hypnose Ericksonienne (moderne), l’hypnothérapeute amène son patient en transe par biais, par techniques détournées, en suractivant les mécanismes inconscients, grâce à des suggestions cachées, des sous-entendus, des paroles subliminales… et toujours sans demander son avis à la personne. C’est l’hypnose « permissive » : qui laisse croire à la personne qu’elle est libre (illusion de contrôle, afin d’obtenir de la « soumission librement consentie »). La personne accepte de se laisser faire, c’est sa seule (mais importante) participation.

– En Nouvelle Hypnose, pour la première fois de l’histoire de l’Hypnose, on demande à la personne de « choisir un bon souvenir », de nous décrire « comment ce serait d’être en transe », de répondre réellement à des questions (pas pour l’influencer ou la diriger, mais pour savoir ce qu’elle pense), d’imaginer et de faire des choses durant la séance. Bref, le rôle de la personne cesse d’être passif et devient essentiel ! On lui demande de faire ceci ou cela durant les protocoles… Le thérapeute n’a plus la main-mise sur toutes les étapes. La personne a sa part de créativité.

Ainsi, pratiquement tout ce qui fait que vous, visiteur de ce site, êtes attiré par « l’Hypnose Ericksonienne » est certainement en réalité de la « Nouvelle Hypnose »… Même si la première appellation est passée dans le langage commun, ce n’est plus ce que l’on pratique. Les techniques et l’esprit ont largement évolués.
La Nouvelle Hypnose répond à nos attentes, elle est aussi plus douce et plus pédagogique : l’hypnothérapeute décrit en permanence à la personne ce qui se passe. Le modèle d’intervention est moins « médical », l’autonomie de la personne est encore plus travaillée : le soignant n’administre plus un traitement, comme en Hypnose Ericksonienne, il tâche de rendre la personne responsable aussi de sa santé (et de sa vie) afin que le « mal » ne revienne jamais plus.

LockertPour pratiquer la Nouvelle Hypnose, vous apprendrez tout autant les techniques de l’Hypnose Classique que celles de l’Hypnose Ericksonienne. Ce sont souvent les mêmes. Et puis, vous irez plus loin, en améliorant considérablement ces techniques de bases, pour les utiliser d’une manière qui sera la vôtre, praticien du 21ème siècle : bien plus technique, mais aussi plus douce, plus enveloppante, plus imaginative et ludique, tenant compte du confort de vie, des besoins émotionnels, voire spirituels, de la personne, du désir que nous avons désormais de ne pas vivre « pour rien », d’avoir une « raison de vivre », un but, etc.

Cette évolution technique est mon apport, langage et protocoles thérapeutiques, depuis le milieu des années 1990. C’est ce qui a permis à l’Hypnose de plaire autant et de se développer en France à grande vitesse, en quelques années, à partir de la parution du livre « Hypnose » (qui regroupe ces évolutions techniques) début 2000 et les milliers d’élèves formés à cette nouvelle manière de pratiquer l’hypnothérapie (lire aussi ici).

Comme indiqué pour les autres formes, il y a tellement de façon de mener une induction hypnotique en Nouvelle Hypnose que les exemples ci-dessous pourraient vous induire en erreur, vous limiter, quant à la vraie nature de cette hypnose moderne. Gardez donc à l’esprit que les exemples ne sont que les reflets, fragmentés, d’une pratique infiniment plus vaste – d’autant qu’en situation réelle, elle s’adapte au coup par coup à chaque personne reçue, sur le mode de l’improvisation et de l’intuition.

« Bien. Je vais vous demander de fixer votre main… C’est ainsi que fonctionne l’hypnose : on commence par fixer un point, votre main, un objet dans la pièce… peu importe.
Vous savez ce qu’est un ancrage ? C’est comme la musique qui passait lorsque vous avez rencontré l’homme
 (la femme) de votre vie. Maintenant, à chaque fois que vous entendez cette musique, c’est « vôtre » musique, la musique de votre rencontre… C’est un peu comme cette bonne odeur de gâteau, chez le boulanger, qui me rappelle la cuisine de ma grand-mère et les bonnes pâtisseries qu’elle me faisait… En fixant votre main, vous savez, tout cela va s’accrocher à vous, tant et si bien que, chaque jour, sans que vous sachiez, cette main, elle va voleter comme d’habitude devant vos yeux, sans que vous n’y prêtiez attention (début de la dissociation)… Et maintenant, elle réactivera, sans que vous n’ayez quoi que ce soit à faire, tout ce que vous allez inconsciemment déclencher de positif aujourd’hui… Cela s’entretiendra… et grandira dans votre vie… 

Alors fixez juste cette main… Voyez ! Depuis que je vous parle, il y a déjà un doigt qui ne touche plus le tissu de votre pantalon… Vous l’avez vu quand il s’est soulevé ? Non ? (ratification de la dissociation) Et il y a tellement d’autres choses comme ça qui changent sans qu’on sache…
Regardez mieux, voulez-vous ? Regardez bien la main… c’est imperceptible… D’abord, vous avez commencé à la fixer du regard et, vous avez bien entendu, je n’ai pas demandé à la main de bouger… et vous avez bien vu comme elle a mis longtemps à bouger… parce que pendant quelques minutes : plus rien ne bougeait ! C’est curieux, ça ?… Et je ne sais pas si vous savez ce que vous avez appris sans le savoir, là… En tous cas, je sais que votre esprit profond a appris quelque chose d’important…
Vous voulez que je vous dise ?… Tout les petits mouvements nerveux, saccadés, parasites, qui secouaient tout le temps les doigts, avant… même quand vous dormez… il y avait tout le temps ça… et là : plus rien ! Tout est parti… Et vous ne vous êtes pas concentré – ce n’est pas une question de volonté : on ne peut pas guérir ou changer par la volonté – non, vous avez juste fixé la main… et tout est parti, tout les trucs parasites… toutes ces choses dont vous ne vouliez pas et qui avaient envahi insidieusement votre vie… Parti !… 

Et maintenant, je vois un autre doigt encore qui découvre sa légèreté, comme si une part subtile de vous, profond en vous, a retrouvé – vous voyez ! [un troisième doigt vient de se soulever] ça se fait tout seul… de plus en plus… [les paupières de la personne clignent lentement et restent un moment fermées ; elle prend une profonde inspiration] C’est très très bien… très très bien… Et vous pouvez juste laisser les paupières se fermer confortablement tranquillement… maintenant… car on voit beaucoup mieux… dedans… les paupières fermées…
Voilà, c’est bien comme ça… et découvrir en vous le chemin qui mène aussi bien plus profond encore en vous… Juste une faille, peut-être, une porte lumineuse dans l’obscurité sécurisante du rideau des paupières… Et votre esprit peut voyager vers cette lumière… pour aller apprendre comment 
[nommer l’objectif donné par la personne] alors que l’Inconscient continue par ailleurs son travail… De plus en plus tellement si légère [la main a entièrement décollé : c’est une « lévitation du bras »]… au fur et à mesure où l’Inconscient fait bien tout cela… complètement… en tenant compte de tout, et même de tout ce dont nous n’avons pas parlé… et peut-être précisément de cette chose importante, dont nous n’avons pas parlé… je le sais… et il le sait aussi…
Et vous n’avez rien à faire pour que… la vie change… Juste… rejoindre cette lumière et… découvrir… ce qu’il y a là… Oui ? » 
(la personne exprime en quelques mots les images, sentiments ou perceptions qui lui viennent)
La partie thérapeutique commence…

On pourra conclure en permettant à la main qui flotte en l’air de redescendre au contact de la jambe seulement au rythme où tout les acquis de la séance se mettent en place consciemment et inconsciemment dans la vie de la personne.

Autre exemple, utilisant les réactions de la personne, avec suggestion subliminales (en italique) :

« Je ne sais pas si vous avez remarqué comme votre corps est plus détendu, maintenant… et c’est bien comme ça… car vous pouvez profiter de ce moment pour retrouver toutes ces pensées… et laisser encore le regard se défocaliser… comme cela… tranquillement… et comme vous pouvez continuer d’entendre ma voix qui parle… vous n’êtes pas obligé d’écouter… parce qu’il y a une autre partie de vous qui écoute et comprend… ce qu’il y a à comprendre… et je me demande si cela signifie que vous, votre inconscient, êtes prêts à entrer tranquillement, et en toute sécurité, dans ce moment de détente… de rêve… et de liberté retrouvée… parce qu’alors, vous allez vous sentir plus détendu encore, tandis que vos yeux se ferment tranquillement… d’une bonne lourdeur reposante… voilà… comme ça… c’est bien… »

(Suggestions cachées : « Tranquillement, ma voix parle à une autre partie de vous… et… vous entrez tranquillement dans ce moment de rêve… plus détendu… tranquillement… »)

La fermeture des paupières s’obtient généralement assez facilement.

« Et comme vous pouvez continuer… à laisser grandir et s’approfondir ce bien-être et cette détente agréable… comme lorsque vous avez bien travaillé… ou après une longue marche en montagne… et que vous prenez plaisir à prendre un repos bien mérité… et à laisser le corps se ressourcer… vous pouvez rester attentif à ce qui se passe ici… comme vous pouvez laisser l’esprit s’envoler, et vous emmener dans un rêve, dans un rêve… dans un rêve… à la fois ici… et là-bas… pendant que votre Inconscient fait exactement ce qui est nécessaire pour mettre en place les solutions… utiles… maintenant… et tout au long de ce bénéfique voyage intérieur… vous avez tout le temps du monde… et je vais continuer de vous accompagner, silencieusement… alors que s’installent tranquillement les parties de votre esprit… inconscient et conscient… qui vont maintenant découvrir, dans un moment… comment rassembler et mettre bien en place… votre vie de demain. »

(Suggestions cachées ou accentuées : « Continuez !… Vous avez bien travaillé… Et prenez plaisir à laisser ici l’esprit s’envoler… dans un rêve… là-bas… Et les solutions bénéfiques s’installent dans votre vie de demain. »)

Accompagnez ainsi la personne pendant quelques minutes.

« Et vous pouvez laisser faire votre Inconscient… cette facette profonde et cachée de vous-même… et parfois même, il survient alors des choses que l’on savait pouvoir ne pas faire et que l’on fait pourtant parfaitement bien… Des choses que vous avez en vous… sans même savoir comment vous avez appris à vous en servir… comme tout à l’heure… et même maintenant, peut-être… sans savoir du tout comment… vous laissez faire ça en vous… Des choses surprenantes… et agréables… »

Renouvelez les suggestions indirectes (grâce aux silences entre les phrases), placez éventuellement des métaphores, puis concluez :

« Voilà !… et maintenant votre inconscient s’est occupé de tout cela… autant qu’il est possible de le faire maintenant… et comme tout cela commence à s’harmoniser… bien sûr, ce n’est que le tout début… et ces choses-là ont tellement de manières de se manifester… Comment pourrais-je savoir comment ?… votre inconscient fait cela pour vous maintenant… et pour tous les jours de votre vie… Et même vous, peut-être, vous ne savez pas encore comment… vous allez prendre plaisir à découvrir tout cela…

Et quand votre esprit conscient sera d’accord pour reconnaître ce processus intérieur bénéfique… …et qu’il vous permettra de renouveler cette expérience deux à trois fois par jour… au moment le plus profitable… et je me demande si tout cela vous donne le plaisir et l’envie de vous étirer… de vous étendre… bien-être… et d’ouvrir les yeux, paisiblement complètement éveillé… frais et dispos. »

(Suggestions cachées : « Voilà, tout cela est possible maintenant… …Cette expérience profitable donne envie de bien être complètement éveillée. »)

Hypnose-livreLa Nouvelle Hypnose francophone a intégré les structures simples de la PNL dans ses processus hypnotiques, en les améliorant, ce qui permet des interventions autrement impossibles. Ainsi, beaucoup de séances sont construites sur des protocoles éprouvés en thérapie ou en coaching.

– Protocole d’apprentissage rapide, physique ou psychologique, pour dépasser ses limites personnelles (éducation, timidité, etc.).
– Protocole de reconstruction intérieure, en cas de conflit ou même de fractionnement de personnalité.
– Protocole d’activation inconsciente, pour générer de nouveaux processus profonds (faire cesser des compulsions, des addictions, etc.).
– Protocole de régression en âge pour soigner à la base un traumatisme passé qui influence toute la vie de la personne.
– Etc.

De même, la Nouvelle Hypnose francophone propose des métaphores sophistiquées, construites sur la base de protocoles thérapeutiques et intégrant un langage hypnotique très technique. Par exemple (extrait du livre « Hypnose« ) :

« Ainsi, ce jour-là, juste en revenant de chez l’Ancien de sa tribu chez qui il devait apprendre la magie, mais qui n’avait toujours rien de nouveau, notre lutin rouspétait pour lui-même : ‘bon sang ! Il n’y a moyen de rien faire ici ! Si on veut apprendre et repousser la routine… il faut des potions, un grimoire… et tout ça, il faut l’acheter… et en plus elles sont préhistoriques, complètement dépasséesses recettes ! Et il voudrait qu’on l’imite ? s’écria-t-il un peu fort… Pour qui se prend-il !? J’en ai assez, moi, de l’Ancien : je veux créer les charmes du futur… Moi, ce que je veux, c’est avoir une vie hors du commun, extraordinaire ! »

(Suggestions cachées, à lire en italique : « Juste apprendre de nouveaux moyens de faire… Repousser la lâcheté… et dépasser ses limites… Pour créer les charmes du futur et avoir une vie extraordinaire »)

Ou pour une séance qui a lieu un samedi :

« Alors… la sensation de légèreté bienfaisante envahit à nouveau notre lutin inventeur… qui prend tout à coup conscience qu’il y a comme une aura autour de lui… Comme un changement physique aussi : ses deux pieds ne touchent plus le sol et des deux mains, il tient une courte baguette magique… Il regarde l’être et les elfes… Mais,  sont passées les fées ?… « C’est positif » dit un elfe à l’entité. « Il a réussi et il peut en être fier » fait un autre. « Quelle belle aura ! » lance un troisième… « C’était le lieu et l’heure, répond l’être… Il est prêt à rentrer maintenant« … Notre lutin ne sait plus trop bien  il est… Son esprit est limpide, et il n’est pas habitué… Alors, l’un des elfes dit : « Ramenons-le chez lui ! Nous y serons en quelques heures maximum et pourrions voir la joie de sa famille à son retour ». Les autres répondent avec enchantement de leur accord. Le lutin remercie l’être et jette un dernier regard à cette forêt magique qu’il gardera toujours au fond de son cœur. »

(Suggestions cachées, à lire en italique : « Il y aura un changement dès demain… ou l’effet positif aura lieu maintenant… ou lundi maximum… Remercie. »)

Conclusion
La Nouvelle Hypnose, telle qu’on la pratique aujourd’hui en langue francophone, est la forme d’hypnose dissociante (qui plonge la personne dans son Inconscient, laissant le soin au thérapeute de réharmoniser les automatismes psychiques et émotionnelles de la personne) la plus complète à ce jour. C’est celle qui est majoritairement utilisée par les hypnothérapeutes européens.

Lire aussi :
L’Hypnose Classique
L’Hypnose Ericksonienne
L’Hypnose Humaniste

Qu’est-ce que l’hypnose ?

C’est effectivement la première bonne question ! 🙂

Alors, ce n’est pas l’objet de ce blog de répéter ce qui a déjà été dit ailleurs. Je ne vous donnerai donc ici que les bases et les liens utiles pour en apprendre plus sur le sujet.

De plus, le blog se remplit, semaines après semaines, de nouveaux articles qui vous font découvrir à chaque fois de nouvelles facettes de cette vaste approche.

Définitions de l’Hypnose

Voici ce qu’en disait Milton Erickson, célèbre hypnothérapeute américain du milieu du siècle dernier :

L’hypnose, c’est une relation pleine de vie qui a lieu dans une personne et qui est suscitée par la chaleur d’une autre personne

Dans le livre « Hypnose« , voici ce que j’écrivais en 2001 :

L’Hypnose est un “État Modifié de Conscience” naturel, connu depuis que l’être humain existe. La “conscience” en question est en fait simplement notre esprit conscient, la perception ordinaire que nous avons du monde, avec nos 5 sens. Les techniques utilisées pour modifier l’état de conscience habituel sont multiples et choisies en fonction de l’objectif global à atteindre.

Le terme « hypnose » désigne donc à la fois un « état de conscience » et l’approche qui regroupe les techniques capables de provoquer cet état et qui permettent de l’utiliser.

Pour ne pas confondre, l’état de conscience s’écrit « hypnose » sans majuscule et l’approche technique s’écrit « Hypnose » avec une majuscule.

On fait donc de l’Hypnose pour mettre la personne en état d’hypnose 🙂

Retrouvez d’autres définitions de l’Hypnose sur le site IFHE.

Quatre formes d’Hypnose
Braid

James Braid

Eh oui, il existe plusieurs manières de faire de l’Hypnose. Vous connaissez forcément déjà ce que l’on appelle l’Hypnose Classique, qui est simple et souvent autoritaire. C’est l’Hypnose de nos grand-parents, celle que l’on voit dans les spectacles, mais elle est à la base de toutes les autres formes d’Hypnose thérapeutique, encore actuellement.

erickson

Milton Erickson

L’Hypnose Ericksonienne est apparue dans la première moitié du XXe siècle et s’inspire du travail de Milton Erickson, un psychiatre américain. En réalité, on devrait plutôt parler « d’approche éricksonienne », car Erickson pratiquait une sorte d’Hypnose Classique à peine améliorée (on lui attribue souvent l’origine des suggestions indirectes, alors que James Braid, le médecin qui a inventé le mot « hypnose », les décrit déjà dans son livre en 1843 !). La vraie particularité d’Erickson se situe plutôt dans son approche stratégique, indirecte, « artfully vague » dit-on en anglais (« malicieusement vague ») : il arrivait à obtenir ce qu’il voulait sans le demander directement. C’est surtout cela que l’on a retenu d’Erickson et qui a influencé la psychothérapie et l’hypnothérapie moderne.

Rossi

Ernest Rossi

La Nouvelle Hypnose est née des travaux d’Ernest Rossi, bras droit de Milton Erickson, alors qu’il tentait de comprendre ce que faisait son mentor. C’est lui qui est à l’origine, dans les années 1970, des premières « structures thérapeutiques » en Hypnose (les techniques en plusieurs points que l’on enseigne en formation). Les historiens américains de l’Hypnose disent donc de lui que c’est le grand-père de ce que l’on appelle la Nouvelle Hypnose.

Daniel Araoz

Daniel Araoz

En fait, le terme « Nouvelle Hypnose » n’est apparu qu’en 1979 et fut créé par un sexothérapeute américain : Daniel Araoz, pour désigner l’utilisation choisie et améliorée de certaines techniques éricksoniennes. C’est de l’Hypnose Ericksonienne enrichie et modernisée. Les hypnothérapeutes actuels font donc de la Nouvelle Hypnose, même lorsqu’ils appellent cela de l’Hypnose Ericksonienne…

La Nouvelle Hypnose est dite « intégrative ». Certains y mélange de l’EFT ou de l’EMDR, du New-Age. Personnellement, je la pratique avec des structures PNL, créées par Richard Bandler – puisque cette approche vient essentiellement de la modélisation de Milton Erickson.

Richard Bandler

Richard Bandler

Dans les années 1990, je fus ainsi à l’origine des « mises en hypnose » des structures PNL les plus connues : la Transformation Hypnotique Intérieure (THI), la Reconstruction Hypnotique, etc. Ces techniques sont apparues officiellement dans mon livre « Hypnose« , début 2000. Elles sont maintenant utilisées quasiment par tous les hypnothérapeutes, en France et dans le monde, sous divers intitulés selon les pays…

Hypnose-Humaniste

Une clé pour mieux vivre !

L’Hypnose Humaniste est la forme d’Hypnose la plus récente. C’était ma manière de pratiquer à mes débuts, que l’on a formalisé et structuré au début des années 2000, lorsque j’ai commencé à l’enseigner. La particularité de l’Hypnose Humaniste est de permettre à la personne d’accéder à un état modifié de conscience par davantage de conscience (et non plus en plongeant dans l’inconscience) : plus de perte de contrôle, bien au contraire, plus de risque de manipulation par un « thérapeute » maladroit ou mal intentionné, pas d’ingérence dans notre esprit, puisque c’est la personne qui intervient directement sur elle, en état de conscience augmentée, seulement guidée par le thérapeute… Bref : les avantages de l’Hypnose sans ses inconvénients !

Cette dernière forme d’hypnose a un succès croissant. Les médias l’adorent, forcément ! Les patients sont rassurés. Ils changent ou guérissent très vite, facilement, et en toute autonomie. Ainsi, de plus en plus de thérapeutes s’y forment. Elle réconcilie les psys traditionnels avec l’hypnose, car elle allie la « thérapie brève » américaine au travail psychologique, avec l’Inconscient, les symboles, les rêves, etc. de la tradition européenne.

Lisez-en plus sur les différentes formes d’Hypnose sur le site IFHE.
Lisez et écoutez des exemples d’induction hypnotique, selon ces différentes formes d’Hypnose. Vous en retrouverez aussi sur le site MP3-hypnose-gratuit.com.

L’histoire de l’Hypnose

charcot-cours

Charcot à la Salpêtrière

Concluons cette rapide présentation avec un lien pour découvrir l’histoire de l’Hypnose.
Nous avons les premières traces d’utilisation d’un « soin par la parole » il y a plus de 6000 ans, à l’époque sumérienne, mais il y a fort à parier que tout cela existait depuis bien plus longtemps encore…

La page (en lien) que vous pourrez lire résume rapidement les dates clés qui menèrent à la naissance de l’Hypnose, puis les thérapeutes principaux qui la firent grandir. Je vous ferais un peu plus tard un meilleur article, plus complet. Cela vous fait déjà beaucoup de choses à lire !

Si vous avez des questions, visitez donc la FAQ (« foire aux questions ») de l’IFHE ou bien celle du site Hypnose-Humaniste.com.

A bientôt 🙂