La Nouvelle Hypnose : le livre ! (Episode 3)

Suite de votre « série de l’été » sur l’origine et les techniques de la Nouvelle Hypnose, selon le livre de son fondateur, Daniel Araoz, paru en 1985.

Nous avions terminé d’explorer les premières pages du livre, qui résumaient bien l’esprit et l’historique de cette nouvelle manière de pratiquer l’Hypnose… Voici donc ce qui nous attend pour la suite :

La « Partie I » du livre, aussitôt après les avant-propos, préface et introduction, s’intitule « Validation » :
– Les chapitres 1 et 2 vont aborder respectivement « L’influence de la Nouvelle Ecole de Nancy » puis « Le paradoxe de la Nouvelle Hypnose », sur une trentaine de pages.
– Le chapitre 3 sera le début de la présentation des « Techniques pour la transformation intérieure », qui ne fera que 24 pages et viendra conclure cette première partie du livre…

La « Partie II » s’intitule « Caractéristiques » et commence avec :
– Le chapitre 4 : « Orientation sur la personne » (« Client Centeredness ») suivi du chapitre 5 sur les « Expériences personnelles » d’Araoz (son apport sur l’auto-suggestion négative).

On aura alors couvert l’historique de la Nouvelle Hypnose, ses techniques et ses caractéristiques en 86 page exactement. Les 104 pages suivantes seront consacrées aux discussions autour de la Nouvelle Hypnose sur la Thérapie Familiale, l’Auto-hypnose, et 2 récits de cas, avant l’épilogue…
Le livre fait 214 pages, sans compter les annexes (sommaire, index, bibliographie, etc.).

L’INFLUENCE DE LA NOUVELLE ECOLE DE NANCY

(Voir la page de titre) Araoz commence par rappeler ce qu’était l’Ecole de Nancy, opposée à l’Ecole de La Salpêtrière de Charcot, à Paris. Il précise le fait que Bernheim insistait sur l’importance de la suggestion, de là à dire « Il n’y a pas d’hypnotisme, seulement de la suggestion« . La suggestion étant le fait de chercher à influencer l’inconscient de la personne, ici dans une visée thérapeutique : on peut effectivement aussi faire des suggestions en-dehors de l’état d’hypnose, dans la vie ordinaire, ce que tentent de faire la politique ou la publicité, tout comme n’importe quel professeur, pour mieux faire comprendre ses cours, ou manager, pour mieux diriger son équipe.
Ce que veut donc dire Bernheim, c’est qu’avec le meilleur état d’hypnose, si ce que le thérapeute dit est nul, l’effet thérapeutique sera nul. Le plus important (et ce qui fait « la thérapie ») est donc bien, en ce sens, la suggestion et non l’hypnose… ce que nous viendront modérer dans un moment.

Profitons-en pour rappeler quelques basiques : le livre que vous voyez en couverture ci-dessus (cliquez ici pour accéder au livre en ligne) présente un « néologisme » : un nouveau mot dans le vocabulaire français. « Psychothérapie ». Le livre date de 1891. Voyons d’où il sort et ce qu’il désigne…
En 1853, le chirurgien anglais Walter Cooper Dendy introduit le mot « psycho-therapeia » pour décrire l’influence des paroles et du comportement du médecin sur le moral de ses patients. Un peu plus tard, en 1872, Daniel Hack Tuke, un autre médecin anglais spécialiste de la santé mentale, avait ensuite utilisé le mot « psycho-therapeutic » pour désigner le soin par le magnétisme animal. Et c’est Hippolyte Bernheim qui popularisa (en France et dans ses travaux édités en anglais) le terme « psychothérapie » dans le sens de « utiliser son esprit pour soigner le corps à travers l’hypnotisme« , bien avant la publication de son livre en 1891. D’ailleurs, Charles Lloyd Tuckey publia dès 1889 son livre « Psycho-therapeutics, or Treatment by Hypnotism and Suggestion » pour faire connaître en langue anglaise les travaux de la Nouvelle Ecole de Nancy !

Bref, on voit le crescendo historique : « influencer le moral » => « soin par magnétisme animal » => « soin par la suggestion hypnotique » qui correspond bien à l’évolution historique qui mena à la « psychothérapie »… Et ne fallut que quelques années à peine avant que les premières variantes de psychothérapie surviennent et que le terme se mettent à regrouper les différentes filles et petites-filles de l’Hypnose : de la Psychanalyse aux 400 formes différentes de soin par la parole et l’esprit qui existent aujourd’hui !

Le Dr Liebault et ses patients, en 1873

Revenons-en à notre Ecole de Nancy. Araoz nous rappelle qu’elle a pris le qualificatif de « Nouvelle » pour se différencier des idées de Charcot (Ecole de la Salpêtrière) que suivait la majorité des hypnotiseurs (à l’époque, le terme désignait uniquement des thérapeutes, donc on n’était pas obligé de préciser comme aujourd’hui : « hypnothérapeute »).
Bernheim et ses associés Liébeault, Liégeois et Beaunis mettent donc en avant que les mots utilisés pendant la séance d’hypnose sont plus importants que l’état d’hypnose lui-même. Ils estiment que l’hypnose est produite par l’imagination de la personne (suivant en cela les « imaginationnistes », Hénin de Cuvillers, Faria, etc., précurseurs de l’Hypnose) et son auto-suggestion. En gros, que c’est parce que la personne joue un jeu, tant et si bien, qu’elle finit par réaliser ce qu’on lui demande, par elle-même. Les paroles de l’hypnotiseur ne sont là que pour la guider dans son jeu avec elle-même…
D’un autre côté, Charcot, également neurologue comme Bernheim, pensait qu’il y avait un réel « état modifié de conscience » (ce que la science actuelle a confirmé) et il voyait en l’hypnose un état variant de l’hystérie : ce qui n’est pas faux non plus, si on prend le terme au sens psychologique (et non pas pathologique) : « une réaction hystérique », donc une réaction exagérée, due à l’hypersensibilité de la personne.

La guerre entre Bernheim et Charcot n’a pas duré longtemps, puisque Charcot est mort en août 1893, à peine trois ans après les heurts avec l’Ecole de Nancy.

Bernheim vécu jusqu’en février 1919 mais finit par abandonner l’hypnose, puisqu’il estimait que « ce qu’on appelle hypnotisme n’est autre chose que la mise en activité d’une propriété normale du cerveau, la suggestibilité, c’est-à-dire l’aptitude à être influencé par une idée acceptée et à en rechercher la réalisation » ce qui est une confusion malheureuse entre les deux domaines, qui lui valu de nombreuses remarques, à commencer par Freud, pourtant fidèle de longue date (qui n’admettait pas que la suggestion soit à la fois toute-puissante et restait non-expliquée) et Pierre Janet, père de la Psychologie clinique française (« Je ne suis pas disposé à croire que la suggestion puisse expliquer tout et en particulier qu’elle puisse s’expliquer elle-même« ).

L’état cérébral d’hypnose est aujourd’hui identifié et connu, donc il est bien réel (comme le pensait Charcot), et qu’il ne se résout pas à la suggestion, bien réelle aussi, mais qui est différente de l’état d’hypnose, puisqu’on peut faire des suggestions à tout moment de la vie…
Conclusion : les deux neurologues avaient donc raison, chacun pour une partie de leurs convictions ! 🙂

Allez, on se fait la bise et on fait la paix !

La Nouvelle Hypnose reprend ainsi les idées de Bernheim sur l’importance de la suggestion et y ajoute l’état d’hypnose, sans lequel la plupart des phénomènes ne peuvent pas être obtenus. Par exemple : une personne convaincue de pouvoir soulager son mal de dent, met sa main sur sa joue douloureuse… en vain, puisque la douleur reste. Le soulagement est léger, seulement émotionnel… Mettez-la en état d’hypnose, demandez-lui à nouveau de mettre sa « main guérisseuse » (la même qu’avant !) sur sa joue… et là, o miracle ! la douleur disparaît ! L’hypnose seule ne sert à rien, mais la suggestion seule non plus. L’alliance des deux, par contre, fait des miracles.

Araoz traduit dans son livre, en langage moderne, les 3 idées de base de la Nouvelle Ecole de Nancy, sans parler du fait que Bernheim avait abandonné l’hypnose puisque, lui, Araoz, comptait bien utiliser cet état modifié de conscience, pour ses avantages…

  1. « Le changement efficace est apporté par une expérience réalisée au travers d’une activité cerveau droit. » Autrement dit : « C’est l’imagination qui produit le changement. »
  2.  « Importance de l’auto-suggestion. L’hétéro-suggestion fonctionne seulement si elle fait écho à ce que l’individu se suggère à lui-même, au fond de lui. » « Le thérapeute aide l’individu à apprendre à utiliser l’auto-suggestion efficacement.« 
  3. « L’auto-suggestion agit au niveau non-conscient de la pensée ou à ce que l’on comprend maintenant comme une pensée cerveau droit ou expérientielle.« 

Suite à cela, Araoz passe en revue une série de références de recherches (noms, dates) sur la suggestion et l’aspect « expérientiel » de l’Hypnose (principalement Barber et des gens de son époque, donc autour des années 1970)…
Il explique également en quelques lignes les trois types de suggestions (théoriques) établis par Baudouin (1922) : spontanée, induite et réflexive (ce qui est différent des formes de suggestions, beaucoup plus nombreuses, utilisées en thérapie).
Et cette partie sur la Nouvelle Ecole de Nancy se conclut avec un lien vers le présent et le futur de l’Hypnose : « La Nouvelle Hypnose améliore et enrichit, avec l’aide des récentes recherches, ce que la Nouvelle Ecole de Nancy nous a appris il y a un siècle« … Le nom de Barber revient et celui d’Erickson aussi, pour « son autre manière d’utiliser l’Hypnose. »

Et Araoz termine en déclarant : « La Nouvelle Hypnose n’est pas une nouvelle école de psychothérapie, mais une méthode systématique à l’intérieur de laquelle toute psychothérapie valide peut fonctionner. » Ce qui est prémonitoire de sa propre perte, comme nous le découvrirons plus tard…

LE PARADOXE DE LA NOUVELLE HYPNOSE

Le chapitre 2 du livre d’Araoz commence par une suite fastidieuse de noms et de dates (jugez-en par vous-même !)… L’auteur cherche à justifier à la fois son attachement à Bernheim (suggestion) mais aussi à l’Hypnose (travaux de Barber, plus récents).
Il en vient à citer Kuhner, un dentiste qui pratiquait l’Hypnose et qui est l’auteur de l’expression « hypnose sans hypnose » (1962) pour désigner la manière de pratiquer en « hypnose conversationnelle« . Expression étonnante et qui peut certes attirer l’attention, mais que son auteur a dû regretter lui-même par la suite et qui a disparu du vocabulaire anglophone ( « hypnosis without hypnosis » est introuvable sur Google, ailleurs que dans l’article en lien ci-dessus et sur quelques sites de magiciens, sans rapport avec notre sujet). En France, elle est devenue à la mode, mais source de confusion et/ou sert de justificatif à des personnes n’arrivant pas à pratiquer l’Hypnose :
« Mais, je n’étais pas en transe !
– Mais si ! Seulement, c’était « du conversationnel », donc vous ne vous en êtes pas rendu compte ! »
L’excuse parfaite !… 😀

Bien entendu, la véritable « hypnose conversationnelle », comme son appellation l’indique, reste de l’hypnose, donc l’atteinte d’un état modifié de conscience, tangible et observable par toute personne présente (cf. article dédié). Araoz le précise bien dans son livre, lorsqu’il cite cette « hypnose sans hypnose, lorsque celle-ci survient dans le développement naturel de la relation dans laquelle le patient a besoin de l’hypnose et le thérapeute lui apporte les conditions pour rendre cette expérience possible. »

Bref, au début de ce chapitre, Araoz tourne autour de cette idée : faire de l’Hypnose mais sans les rituels de l’Hypnose traditionnelle (dite « Classique » en France), donc différemment de la pratique des anciens hypnothérapeutes, mais différemment aussi d’Erickson qui, lorsqu’il n’était pas « classique », jouait surtout avec des leviers psychologiques pour arriver à ses fins thérapeutiques. C’est cela, sa « Nouvelle Hypnose ».
Plusieurs pages passent ainsi sur les principes d’hypnotisabilité (encore Barber, puis Erickson, Rossi et Watzlawick, pour arriver à l’idée que « toute personne normale est capable d’utiliser l’Hypnose« ), de profondeur de transe (pour en arriver à dire que la Nouvelle Hypnose préfère « accroître l’implication imaginative » de la personne)… et conclut sur la pratique de l’auto-hypnose (afin que la personne soit autonome et son thérapeute juste une aide ponctuelle).

A la suite de cela, un sous-chapitre s’ouvre sur les techniques d’induction hypnotique. Araoz explique de suite que la Nouvelle Hypnose cherche à être plus douce et moins ritualisée que l’ancienne Hypnose. Elle se veut « naturaliste, comme l’était l’approche d’Erickson » – à la différence qu’Araoz demande beaucoup à la personne de participer, contrairement à Erickson, ce dont il ne semble pas se rendre compte lui-même !

Jugez-en par vous-même : dans « Un Séminaire avec Milton Erickson » (un séminaire enregistré quelques mois avant la mort d’Erickson), page 39-40. Erickson fait une induction à une participante, Christine. Il lui dit :
« Très bien. Appuyez-vous sur le dossier de la chaise et fixez ce cheval (en montrant une miniature posée dans sa bibliothèque). Le voyez-vous ?
– Oui
– Regardez seulement dans cette direction générale. Je veux que vous m’écoutiez tous et que vous notiez ce que je suis en train de dire. Maintenant, Christine, regardez seulement ce cheval… (Christine réajuste sa position). Vous n’avez pas besoin de bouger. Vous n’avez pas besoin de parler. Je vais vous rappeler quelque chose que vous avez appris il y a très longtemps. Quand vous êtes allée à l’école pour la première fois et que le professeur vous a demandé d’apprendre à écrire les lettres de l’alphabet, cela semblait un travail terriblement difficile (Erickson décrit un moment les formes des lettres, Christine cligne des yeux). Et alors que je suis en train de vous parler, votre respiration a changé. Votre rythme cardiaque a changé. Votre pression sanguine a changé. Votre tonus musculaire a changé. Vos réflexes moteurs ont changé. Et maintenant (Christine ferme les yeux), je veux que vous gardiez vos yeux fermés et je veux que vous vous sentiez très confortable. Et le plus confortable vous vous sentirez, le plus profondément en transe vous irez. J’aimerais que vous alliez si profondément en transe qu’il vous semblera que vous n’aurez même plus de corps. Vous vous sentirez juste comme un esprit sans corps. Un esprit flottant dans l’espace. Flottant dans le temps. Et des mémoires d’il y a longtemps vous reviendront. Des mémoires que vous aviez oubliées depuis longtemps. »

Etc. On sent qu’Erickson est en fin de vie, car jamais auparavant il n’abordait les thèmes de « l’esprit flottant dans l’espace ». On est alors début août 1979 et il mourut en mars 1980… Vous constatez tout de même qu’il est toujours très direct ! Comme il l’a été toute sa vie, dans toutes les inductions que l’on a de lui. Les subtilités sont dans les allusions qu’il peut faire, les leviers psychologiques sur lesquels il appuie parfois. On reconnaît aussi en début d’induction sa fameuse « référence aux apprentissages précoces », qu’il utilisait souvent.

Bref, voyons maintenant le court exemple d’induction qu’Araoz propose dans son livre :
« Une induction typique pourrait ressembler à quelque chose comme cela : Notez le poids de vos mains sur votre poitrine… Qu’est-ce que vos mains peuvent noter d’autres ?… Vérifiez maintenant… une sensation de chaleur, peut-être. Un léger souffle dans l’air. La température de la pièce… Si vous vouliez séparer vos mains maintenant, vous pourriez noter d’autres sensations intéressantes, comme l’une qui se ressent plus légère que l’autre. Laquelle est-ce ? »

Araoz parle à la personne, mais dans le sens de la faire participer. Elle doit « noter » des choses. Erickson parlait à la personne pour l’informer de ce qui lui arrivait. Cela n’a rien à voir.
Araoz parle moins, fait plus de pauses (les « … ») et conduit la personne du mode associé (« Notez le poids de vos mains ») au mode dissocié (« l’une des mains se ressent plus légère que l’autre »). Ce n’est pas la même manière de parler. Et c’est beaucoup moins directif, à côté d’un Erickson qui annonce : « Je veux que vous m’écoutiez. Vous n’avez pas besoin de bouger. Je veux que vous gardiez vos yeux fermés, etc. »

Plus loin dans le livre, Araoz parle de se caler sur la respiration de la personne (synchronisation). Il évoque les possibilités naturelles de changement de la personne, sans rien lui obliger. Il essaie de faire « devenir la personne plus consciente de son intérieur » (inner self)… Bref, Araoz décrit une manière de conduire l’induction hypnotique qui ressemble à ce que l’on pratique actuellement en hypnothérapie !

« Le praticien de la Nouvelle Hypnose observe la personne soigneusement et respectueusement, en utilisant chacun des éléments fournis par la personne elle-même« . Araoz cite 3 catégories d’éléments à synchroniser : le corps (gestuel, expressions faciales, etc.), le style de langage (et son « système de représentation intérieur », le VAKO) et enfin les affirmations importantes que la personne a faite durant l’anamnèse.

Araoz explique ensuite les bases de l’accompagnement de la personne : noter ses phrases clés, ses métaphores, pour les réutiliser durant la séance d’hypnose, sans les interpréter ni déformer. Et aussi, apprendre à la personne à entrer en état d’hypnose, tout en faisant en sorte de l’aider : « double tâche de l’hypnothérapeute : aider les clients à devenir familier avec ce mode de relation à eux-mêmes et produire les conditions favorables au changement ».

Puis il énonce diverses manière de procéder à l’accompagnement hypnotique. Je cite :

  1. Devenir pleinement conscient de ses sensations corporelles et alors se focaliser sur elles (ex. la respiration) jusqu’à ce que le matériau inconscient émerge.
  2. Répéter une affirmation importante jusqu’à ce que les processus intérieurs inconscients émergent à la conscience.
  3. Revivre en esprit une expérience passée, au lieu de simplement en parler.
  4. Devenir conscient de son énergie physique jusqu’à ressentir les forces vitales qui activent le système nerveux parasympathique.
  5. Focaliser en esprit sur un objectif possible, positif et constructif pour son avenir.
  6. Simplement permettre à la personne d’être silencieuse, en suggérant que l’Inconscient peut commencer à travailler pendant ce moment de « ne rien faire », sans que l’esprit conscient ne le sache (« without the awareness of the conscious mind »).

Ce qu’il appelle des « inductions non-ritualisées« … (Bon, la 4ème est étrange ! 😉 )
Lesquelles inductions « deviennent une invitation naturelle à connecter son soi intérieur, son soi inconscient. »

Toujours est-il que l’on note une grande différence par rapport à la manière de faire d’Erickson !

Araoz conclut ce chapitre sur ses idées à propos de l’aspect « utilisationnel » éricksonien, qu’il estime très important :
« En Hypnose traditionnelle, il y a souvent une réelle tentative de reprogrammer l’esprit du client par l’usage excessif de suggestions directes. Il est curieux que la Programmation Neuro-Linguistique (PNL) prétende suivre les enseignements d’Erickson, alors qu’il détestait que l’on applique le modèle cybernétique aux humains. »
Apparemment Araoz n’est pas très ami avec la PNL… ?

« L’utilisation n’est pas la programmation. C’est plutôt l’utilisation efficace de l’expérience hypnotique au bénéfice du client » assène Araoz, sans toutefois donner d’exemple concret. Mais l’idée est là. Erickson la professait aussi, bien que ses démonstrations d’induction hypnotique, même à la fin de sa vie (on l’a lu ci-dessus) ne reflétaient pas ses belles paroles…
L’important est qu’il nous ait montré la voie et que nous en ayons fait l’Hypnose d’aujourd’hui !

~oOo~

Ces deux premiers chapitres nous ont montré le lien entre les idées de Bernheim, la Nouvelle Ecole de Nancy, et la Nouvelle Hypnose, baptisée ainsi en son hommage.
J’en ai profité pour vous rappeler le travail de Bernheim, l’importance de la suggestion, les idées de Charcot, et le fait, un siècle après, que toute cette « guerre de clocher » n’avait plus lieu d’être, car les deux spécialistes avaient chacun en partie raison.

Puis Araoz est un peu entré dans « la technique », avec la position de l’hypnothérapeute, sa manière de pratiquer les inductions, l’aspect utilisationnel, et j’en ai profité pour vous faire comparer une induction éricksonienne et les méthodes de la Nouvelle Hypnose.

Il est possible que vous ayez jusque-là baptisé « éricksonienne » ce qui, en réalité, vous l’avez découvert à travers le livre d’Araoz, est de la Nouvelle Hypnose.

Le prochain chapitre traitera plus avant des techniques.
Vous découvrirez qu’il y en a « très peu » (et c’est un euphémisme !)… ce qui vous permettra de comparer avec la Nouvelle Hypnose francophone, telle qu’on la pratique en France depuis 1995.

Il y a encore quelques points intéressants à découvrir dans ce livre. C’est donc…

A suivre !

Milton Erickson passe dans Sciences & Vie !

…en juillet 1965 !

La célèbre revue de vulgarisation scientifique avait faite de l’Hypnose sa « Une » pour le numéro estival, avec un long article de 16 pages (quelque chose qui ne se fait plus à notre époque) et un invité prestigieux : Milton Erickson, lui-même, interviewé lors de son passage en France pour un congrès international.

Voici pour vous le PDF de cet article (clic gauche pour lire en ligne ou clic droit, puis « Enregistrer » pour sauvegarder) et son résumé :
« L’Hypnose vient de faire officiellement sa réapparition dans la médecine française. A la fin du siècle dernier, Paris était la capitale de l’hypnotisme. Mais, depuis plus de cinquante ans, tant que les recherches se poursuivaient dans le monde entier, chez nous c’était le silence.
Pour la première fois au cours de ce siècle, un « Congrès International d’Hypnose et de Médecine Psychosomatique » s’est tenu à Paris, du 28 au 30 avril 1965. Il était placé sous la présidence d’honneur du Ministre de la Santé Publique, 500 spécialistes (médecins, psychiatres, anesthésiologistes, chirurgiens, physiologistes) représentant 28 pays, y participaient. »

Milton Erickson y était présent, sans doute pour la première fois en France, en tant que « vedette du congrès ». Le journaliste raconte que sa « communication, ce matin-là, avait déclenché une ovation dans la grande salle » où il n’y avait eu jusque-là « que le maigre crépitement d’applaudissements académiques » ! Et qu’Erickson était « un personnage étonnant,venu de phoenix, dans l’Arizona, pour galvaniser ses confrères hypnotistes du monde entier réunis à Paris. »

Le journaliste explique qu’il avait tenté de demandé à Erickson « son avis sur le mécanisme fondamental de ce pouvoir étrange de l’homme sur l’homme. » et qu’Erickson l’avait « écouté avec une bonne volonté que rarement les spécialistes accordent au questionneur… Un sourire… Puis, il avait passé outre à ma question.
– I’ll tell you a story. »

C’est alors qu’il avait commencé le récit, avec la verve qu’on lui connait, du terrible cas de « La Hurleuse », une femme atteinte ici d’un cancer du sein droit qui avait gagné les poumons et le bassin d’un cancer des os en phase terminal, à qui il avait fait une anesthésie, d’une manière aussi peu orthodoxe que l’on peut s’attendre d’Erickson !

« Je vais vous faire mal… dit Erickson.
– Pourquoi voulez-vous me faire mal ?
– Je veux vous aider.
La patiente reprit sa plainte. Je recommençai mes menaces.
Elle céda plus vite cette fois.
– Comment allez-vous m’aider ?
Je ne répondis pas. Elle était couchée sur le côté droit, toute recroquevillée. Elle se mit à psalmodier :
– Ne me retournez pas… Ne me retournez pas.
Et moi :
– je vais vous retourner ! Je vais vous retourner ! »

Erickson finit par mettre la patiente en transe hypnotique. « Elle se sentait réellement sur son côté gauche, face au mur. Elle ne me voyait plus. Il m’avait fallu une heure et demie pour induire ainsi cette désorientation totale. Comme je voulais qu’elle me voie pour la suite de la séance, je lui suggérai « qu’elle s’était de nouveau retournée sur le flanc droit ». J’y mis une heure. Elle s’enfonça encore plus profondément dans la transe. »

Erickson commence alors un dialogue avec la patiente, sur sa douleur, son opération, son espoir, ses déceptions de plus en plus lourdes…
Puis Erickson lui demanda de façon répété que la patiente lui rende un service :
« il faut que vous ressentiez une douleur terrible, terrible, à votre pied droit… Vous n’aimerez pas cela… Vous préféreriez que votre talon vous démange… Mais il faut que vous ayez une douleur terrible au talon droit. »

La patiente demanda alors à Erickson de l’excuser, car « elle n’avait pas pu ressentir cette douleur au talon droit, mais seulement une démangeaison. »
Erickson suggéra alors à la patiente de transformer cette démangeaison en engourdissement, puis de faire « monter l’engourdissement jusqu’à la cheville, le long de la jambe, de la cuisse, jusqu’à la hanche, puis dans l’autre jambe. » Erickson conclut en disant qu' »à ce moment, j’avais endormi tout le corps, de la taille aux pieds. Plus de douleur dans tout ce territoire conquis à la suggestion d’un engourdissement total. »

Le récit du cas de prolonge avec les détails sur la manière qu’utilisa Erickson pour faire manger la patiente (bien trop maigre) : il utilisa le fait qu’elle était très pieuse pour parler « d’enfer et damnation » (et autres blasphèmes) si elle ne mangeait pas un bifteck pour la dernière fois ! La patiente finit par admettre qu’elle pourrait manger un bifteck, pour faire cesser les blasphèmes d’Erickson.

Erickson finit ensuite le récit de son cas avec la description de la « démangeaison comme celle d’une piqûre de moustique. Pas une sensation pénible, pas une sensation qui fait peur, mais simplement une sensation un peu désagréable » qu’il avait placé au niveau de la poitrine de la personne, en rappel de son intervention, afin de consolider et maintenir (d’après Erickson) l’anesthésie hypnotique qu’il avait créé pour elle.
« Je terminai cette longue séance, qui dura quatre heures à peu près, en lui suggérant qu’à son réveil, elle conserverait tous les souvenirs agréables de cette visite, tous ceux qu’elle désirait conserver. Je soulignai que ces souvenirs devaient comprendre la disparition de la douleur, la relation personnelle entre nous, mais que mes blasphèmes devaient être oubliés. Je lui dis également de se rappeler que je lui avais fait mes excuses pour la piqûre de moustique. »

Erickson raconte que la patiente avait environ deux mois de survie (estimés par son médecin), mais qu’elle survécu presque cinq mois suite à sa longue séance et à quelles autres courtes visites de rappel. Qu’elle avait pu faire une dernière fois le tour de sa maison et qu’elle mourut paisiblement en perdant conscience, « sans avoir souffert un seul instant depuis la séance, sinon d’un piqûre de moustique rebelle… »

Le journaliste explique qu’il n’avait pas réussi à interrompre Erickson pour se faire expliquer la séance, le pourquoi de son attitude brutale. Mais il conclut de lui-même que « bien des secrets de l’hypnose, et aussi de la psychiatrie » devaient être contenus dans le récit d’Erickson.
C’est ainsi que ce dernier bâtit sa réputation : avec des récits de cas extraordinaires mais pratiquement impossibles à reproduire, et sans jamais donner d’explication concrète sur ce qu’il faisait, mais en montrant que l’on pouvait être libre et créatif avec les personnes que l’on devait aider.

~oOo~

Le journaliste partit donc à la découverte des autres praticiens et se fit hypnotiser par un spécialiste français présent au congrès, afin de mieux décrire ses impressions personnelles (ce que les journaliste actuels pourraient prendre en exemple !)…

James Braid, fondateur de l’Hypnose (1841)

Beaucoup de spécialistes différents sont nommés et interrogés dans cet article. L’auteur décrit aussi les méthodes (de l’époque) pour créer l’hypnose (les différentes inductions) et les « réactions » grâce auxquelles on reconnait que la personne est bien hypnotisée.

L’article parle ensuite du fait d’être « hypnotisable ou non » (l’époque était encore aux « échelle d’hypnotisabilité ») et décrit les traits qui permettent de reconnaître une personne qui entrera plus facilement en hypnose, ainsi que les signes à quoi on reconnaitra une personne « résistante »…

A la suite de cela, le journaliste raconte un film, diffusé pendant le Congrès, et qui montrait une anesthésie réalisée pour un accouchement. Le pratique (le prof Kroger) y avait « réveillé » (façon de parler, explique le journaliste, puisqu’il ne s’agit pas de sommeil) la patiente en plein accouchement, et on avait vu son visage se crisper brusquement de douleur… avant que le médecin ne réinduise l’anesthésie hypnotique : preuve flagrante de la réalité du phénomène !
Le film montre ensuite une opération de la thyroïde, également réalisée sous anesthésie hypnotique.

L’article discute ensuite de la psychosomatique, de la différence entre « supprimer un symptôme, sans en retirer la cause » et « soigner la personne » (donc traiter la cause). Sydney Rosen, proche d’Erickson, insistera alors sur le fait qu’un hypnothérapeute doivent bien connaître la psychologie et la psychopathologie afin de pratiquer de manière sérieuse et sécure pour ses patients. Il pointe également l’importance de l’anamnèse et la nécessité, parfois, de renvoyer la personne auprès de son médecin, pour vérifier qu’un trouble ne soit pas de cause physique. Toutes choses sur lesquelles on insiste à longueur d’année en formation…

Le Dr Hartland fera une démonstration d’hypnose utilisée en psychothérapie, selon les méthodes de l’époque :
« Le docteur Hartland emploie une technique d’induction classique : « Mettez-vous bien à l’aise, détendez-vous, respirez paisiblement… Dormez… » Il obtient une relaxation complète « pieds, chevilles, ventre, épaules, bras… » puis consolide la transe par la respiration et des comptages.
Ensuite, pendant 8 à 10 minutes, il suggère la fortification du « moi ». La séance se termine par la suggestion directe de suppression des symptômes et le réveil. La technique de fortification du moi utilise toutes les possibilités du rythme de la parole, des répétitions, du relief sonore. Les suggestions elles-mêmes font penser à celles de la jadis célèbre méthode Coué : « Chaque jour, vous deviendrez plus fort, plus sain… Vous deviendrez beaucoup moins facilement fatigué, beaucoup moins déprimé… Chaque jour, vous deviendrez beaucoup plus alerte, chaque jour vous deviendrez de plus en plus profondément intéressé à votre travail… »
Un dosage adéquat des différentes suggestions, l’insistance sur les thèmes positifs, « chaque jour », « de plus en plus », etc. tout cela rend de très gros services, même (dit le docteur Hartland) dans des situations analytiques. »

Vous noterez la différence entre cette manière de pratiquer l’hypnose et l’exemple donné par Erickson en début d’article !!! Il y eut une sorte de révolution lorsque les thérapeutes commencèrent à créer du sur-mesure pour leurs patients, même si les cas d’Erickson n’étaient pas reproductibles (et certains largement « améliorés » pour les besoins de la démonstration pédagogique)…

Pour autant, on était encore à l’époque du « thérapeute qui agit sur le patient », très loin de la future Nouvelle Hypnose.

~oOo~

L’article continue donc sur un court passage à propos de l’auto-hypnose, abordée par un spécialiste anglais, puis reprend sur le sujet de la psychosomatique, notamment sur des cas de sexologie, puis d’alcoolisme et d’obésité.

Le journaliste commente : « Pratiquement, il m’a paru que les Américains, toujours portés au pragmatisme, s’étaient avancés le plus dans la voie de la psychothérapie par l’hypnose, ou tout au mois qu’ils étaient ceux qui actuellement s’en servaient le plus volontiers.
A côté d’eux, Russes, Japonais, Anglais, Scandinaves explorent activement ce domaine. Il n’y a guère que la France qui, jusqu’à ce congrès, semble s’en être désintéressée presque totalement. Il y a à cela des raisons historiques bien françaises : querelles d’écoles et d’idées capables de masquer et d’étouffer une réalité pourtant passionnante.
Le docteur Léon Chertok, de Paris, un de nos rares spécialistes de l’hypnose, a retracé son histoire dans la communication d’ouverture du congrès. En un mot, c’est parce que nos savants ont été incapables, de Mesmer à nos jours, de définir la nature du phénomène hypnotique, qu’ils ont cru devoir le négliger ou même le réfuter.
Avec ce congrès, cependant, où les praticiens français ont eu l’occasion de rencontrer leurs confrères étrangers, semble se dégager une attitude plus réaliste : en attentant d’éclaircir les problèmes fondamentaux de l’hypnose, on peut étudier avec profit son maniement et ses possibilités. »

Eh bien voilà ! 🙂

Le journaliste aborde ensuite l’hypnose de music-hall, pour expliquer la mauvaise image de l’Hypnose auprès du grand public : « de là à penser qu’un hypnotiseur habile puisse forcer les gens à lui obéir dans la vie courante, en dehors de la scène, il n’y a qu’un pas. » Il cite quelques hypothèses de manipulations possibles en hypnose, plus ou moins graves, avec ce qu’il devrait être possible d’y faire pour y remédier… Bien sûr, c’est là que réapparait l’ancestrale supplique de certains de réglementer l’enseignement et la pratique de l’hypnotisme par des lois internationales. Ce à quoi l’auteur de l’article réplique intelligemment que l’Hypnose ne doit pas être « cadenassée » au prétexte qu’elle pourrait être « dangereuse entre des mains criminelles« , mais au contraire que « son enseignement doit être répandu », « les moyens trouvés de faciliter son emploi et de la généraliser, en serait-ce qu’à cause de son extraordinaire action sur la douleur ».
Et de préciser à juste titre « que cette technique, pour être appliquée avec le maximum de succès, demande non seulement des connaissances approfondies, mais encore une grande intelligence des hommes ».

En formation, pour illustrer cette idée, j’utilise la métaphore d’un couteau qui s’aiguise avec le savoir-faire de la personne : un débutant ou un maladroit n’aura qu’un couteau pour enfant, à bout rond et sans aucun tranchant (donc inoffensif) et il faut bien connaître la psychologie et le maniement de l’hypnose pour réussir à avoir un couteau bien tranchant (donc des techniques efficaces). Sachant que toutes les techniques hypnotiques ont été conçues par des thérapeutes pour faire du bien, une personne malfaisante devrait, pour faire du mal avec l’hypnose et en plus de savoir correctement s’en servir (donc bien connaître la psyché humaine, au sens positif) faire ensuite l’effort d’inverser toutes les techniques, pour les rendre négatives, malfaisantes au lieu de bénéfiques.
Il est fort peu probable que de telles personnes existent. Si quelqu’un souhaite faire le mal, il y a des moyens bien plus rapides et plus faciles que de passer des années à apprendre à soigner son prochain, pour ensuite décortiquer toutes les techniques, les inverser et inventer des protocoles « négatifs »…

Le journaliste conclut son article avec une histoire d’Erickson, afin de boucler sur les « nouvelles manières de pratiquer en thérapie ». Erickson raconte le cas d’une jeune femme qui avait perdu l’usage de la parole suite à un accident de voiture. Après avoir étudié son dossier, Erickson demanda au mari de lui confier sa femme « pendant un certain temps, avec la personne qui s’est occupée d’elle jusqu’ici. Il faut que cette personne accepte et promette d’appliquer à la lettre toutes les instructions que je lui donnerai. »
Vous reconnaissez-là le début d’une thérapie stratégique par prescription de tâche, pratique très courante chez Erickson (39,5% de ses cas) bien que sans hypnose.

Erickson raconte comment il mit en place « un véritable système de torture mentale, poursuivit implacablement jour après jour », afin de provoquer chez la patiente « une réaction de colère suffisamment violente pour faire une brêche dans la barrière du silence. »
Pour se faire, Erickson demanda à la garde-malade d’annoncer à la patiente qu’elle se réveillerait à 8h, pour prendre sa douche à 8h15 et être en tenue de gymnastique à 8h20 et à la gym à 8h30 « pour une séance de rééducation absolument indispensable. » Bien sûr, le lendemain matin, la garde-malade réveilla la patiente à 7h30, en la grondant parce qu’elle était en retard : « On vous a bien dit de vous lever à 7h15, il est déjà 8h ! Passez vite à la douche ! » A peine la malade arrivait-elle à la douche qu’on lui disait qu’il était trop tard, qu’il fallait déjeuner. Arrivée à table, elle découvrait que l’heure du déjeuner était passée et sa garde la ramenait dans sa chambre en lui expliquant que par sa faute et sa négligence elle avait manqué la séance de rééducation qui était si importante. »

De même : « La garde demandait à la malade si elle aimerait pour le petit-déjeuner du lendemain des oeufs au bacon avec du café et du pain grillé. Ravie, la malade faisait oui de la tête. Le lendemain, arrivant à table, elle voyait sur son assiette un navet cru et dans sa tasse de l’eau claire. Devant sa grimace, la garde-malade lui disait : « Mangez vite votre brioche et votre confiture ! » Et ainsi de suite tous les jours à toutes les heures, vexations et frustrations se succédaient à un rythme accéléré et de manière de plus en plus révoltante. Jusqu’au jour où la malade, excédée, éclata : « I don’t care! »
Il avait fallu deux semaines pour arracher ces premiers mots.
Dès lors, le contact étant établi, le docteur Erickson, utilisant l’hypnose pour accélérer sa psychothérapie, réapprit à parler à la malade en l’espace de six mois (…) Par la suite, quelques séances d’hypnose convenablement échelonnées lui permirent de conserver parfaitement l’usage de la parole.
Conjuguant leurs effets, l’hypnose et une psychothérapie habille avaient réussi là où aucun traitement n’avait pu le faire. »

~oOo~

Ainsi se termine ce bel et long article de présentation de l’Hypnose, qui plus est en français et dans une revue de vulgarisation scientifique.

J’espère qu’il vous aura permis de prendre la mesure de ce qu’était l’Hypnose avant Erickson, de pointer la manière unique d’Erickson de travailler avec les patients, et ainsi mieux faire la différence avec la Nouvelle Hypnose, née 20 ans plus tard, après la mort d’Erickson, et qui représente aujourd’hui l’hypnothérapie la plus pratiquée.

La Nouvelle Hypnose : le livre ! (Episode 2)

Nous voilà à la préface du livre, écrite par Theodore Xenophon Barber, PhD. (1927-2005), un expert en Hypnose plus ancien que son homonyme, Joseph Barber, PhD., célèbre quant à lui pour ses travaux sur le traitement de la douleur en Hypnose…

LA PREFACE DU LIVRE

Theodore X. Barber (dont je n’ai pas pu trouver une photo) s’est fait connaître en 1969 pour son livre « Hypnosis: A Scientific Approach » qui a participé aux lettres de noblesse universitaires de l’Hypnose, avec d’autres grands nom de l’époque comme Martin Orne ou Ernest Hilgard.
Barber était, comme Erickson, un « super sceptique », l’un de ces matérialistes extrémistes, membre actif du Committee for Skeptical Inquiry (CSI) et aujourd’hui au Panthéon des Sceptiques (Pantheon of Skeptics) – eh oui, cela existe !!… Donc, pas la personne la plus ouverte d’esprit qui soit !…

Il a le mérite d’avoir participé avec ses collègues à sortir l’Hypnose du flot de superstitions dans lequel elle pouvait encore baigner, à cette époque. Il est donc édifiant qu’Araoz l’ait invité à préfacer son livre, clair hommage à l’Hypnose Classique, et plus encore que T.X. Barber ait accepté, gage de sérieux pour la Nouvelle Hypnose.

Les travaux de Barber l’ont amené à penser que l’Hypnose (l’EMC) n’était pas le vecteur principal du changement (par exemple, thérapeutique) et que la suggestion (donc, les mots, les paroles) était ce qui comptait le plus.
De fait, il ne parlait plus d’Hypnose… mais « d’approche hypnosuggestive ». Il faut le savoir quand on lit sa préface (cf. extraits ci-dessous).

Bon, mis à part cela, Barber ne nous apprend pas grand chose de nouveau à travers sa préface (voir la première page de la préface). Il nous rappelle que « l’approche hypnosuggestive » des années 1980 est désormais centrée sur la personne, au contraire des anciennes formes d’Hypnose où l’importance du thérapeute était centrale (c’était lui qui avait le savoir et qui agissait). Il rappelle aussi les noms du trio de chercheurs qui ont (re)lancé les recherches scientifiques sur l’Hypnose (Orne, Hilgard et lui-même), ce qui avait attiré d’autres grands noms de la psychologie à travailler sur l’Hypnose (il cite Weitzenhoffer, Spanos, Sarbin ou encore Fromm, Bowers et d’autres)… avec pour résultat plus de 1000 nouveaux articles de recherches innovantes sur l’Hypnose.

Et toute sa préface détaille cette évolution de perception de l’Hypnose, devenue « approche scientifique sérieuse » à travers les années 50, 60 et 70. Il dit notamment que « bien que le grand public ait une conception encore rigide de l’Hypnose, cette ancienne vision n’est plus acceptée par aucun chercheur sérieux actuel. » (S’il pouvait avoir raison, même en 2018 !! 😀 )…

Barber explique aussi ce qui a fait l’évolution vers la Nouvelle Hypnose, partant de l’Amérique des années 40-50, est « une Amérique des années 80 plus démocratique, avec un accroissement marqué du niveau moyen d’éducation des américains, une expansion significative des sources d’information, spécialement la télévision, etc. » (c’est lui qui le dit !). Il fait le lien avec « la prise de conscience croissante d’une large partie de la population pour les actions militaires américaines continuelles et inutiles, ainsi que pour la constante menace de l’holocauste nucléaire, qui a provoqué des mouvements de protestation et une plus grande disposition à la défiance des autorités existantes« …

Il semble donc à Barber que la population (américaine, mais on peut étendre l’idée) n’était plus à même d’accepter une forme « d’aide » où un thérapeute tout-puissant manipulait la personne, certes pour son bien, mais sans son accord éclairé (sans que la personne ait les détails pour approuver ou non l’action du thérapeute).
La voie pour une Nouvelle Hypnose collaborative était donc naturellement ouverte.

John Watkins, à 98 ans (créateur, entre autres choses, du « pont affectif » utilisé pendant la RHV, en Nouvelle Hypnose)

Enfin, Barber parle de l’évolution des autres formes de thérapie : Gestalt, thérapie existentielle, TCC et l’ensemble des « thérapies humanistes » qui faisaient désormais partie de la boite à outil des thérapeutes des années 80… Il cite aussi les « innovateurs comme Erickson, Sacerdote, Spiegel et Watkins, devenus moins ritualistes et plus centrés sur la personne »… Avant de conclure qu’il était donc normal, d’après lui, que l’Hypnose, grand-mère de ces approches, évolue elle aussi vers une approche « plus résiliente, créative, permissive et collaborative. »

Bien sûr, comme on s’en serait douté, Barber termine en expliquant que « la Nouvelle Hypnose codifie tous ces nouveaux principes de base et présente des exemples aidants de leur mise en application », qu’elle « clarifie le rôle des nouveaux hypnothérapeutes comme professeurs et guides » dans une relation de collaboration avec la personne, « pour l’aider à expérimenter de nouvelles voies« . Et que les nouveaux hypnothérapeutes (praticiens de la Nouvelle Hypnose) seront désormais « pleinement engagés avec leurs clients et communiqueront avec eux (en donnant des suggestions) pas seulement de façon verbale et intellectuelle, mais avec feeling, émotion, participation et engagement. »

Il précise que « l’ancienne hypnose était trop accrochée aux procédures et aux inductions ritualisée, à l’obtention de transe profonde, et que les thérapeutes étaient dérangés et préoccupés lorsque leurs patients n’étaient pas assez hypnotisés » (Barber a participé à la création d’échelle d’hypnotisabilité, comme Weitzenhoffer)… Alors que « les nouveaux hypnothérapeutes sont conscients du côté fallacieux des hypothèses qui sous-tendent l’intérêt à la transe profonde et, comme le précise Araoz (plus tard dans le livre), qu’ils mettent l’emphase sur le fait d’aider la personne à apprendre de nouvelles compétences en utilisant l’hypnosuggestion, pour la paix de l’esprit, la tranquillité et l’amélioration personnelle ».

Là, Barber annonce en quelques lignes ce que l’on apprendra dans le livre : la prise de conscience des auto-suggestions négatives (chères à Araoz) et des bienfaits de l’auto-hypnose… avant de conclure : « La Nouvelle Hypnose nous apprend à tous à utiliser l’hypnose pour atteindre la paix de l’esprit et pour fonctionner avec une conscience accrue et  plus de compétences dans notre vie de tous les jours. Ce livre indique ainsi la voie d’amélioration de nos savoir-faire thérapeutiques et aussi de l’amélioration de nos vies, la nôtre et celle de nos clients ».

Belle fin de préface, venant d’un expert extrêmement exigeant, peu enclin à jouer des émotions pour faire passer une idée ou à enjoliver une pratique. La Nouvelle Hypnose a donc dû bien l’impressionner pour qu’il écrive un texte pareil… ce qui donne envie de plonger dans l’introduction du livre, écrite par l’auteur lui-même !

Les livres étaient comme les films de l’époque : un long générique de début… pour nous mettre dans l’impatience du commencement des choses concrètes !

L’INTRODUCTION PAR ARAOZ

On lit enfin Araoz, qui nous raconte qu’il avait intitulé « New Hypnosis » un chapitre de son précédent livre (« Hypnosis and Sex Therapy », 1982). Il avait présenté dans ce chapitre sa vision d’une nouvelle manière de pratiquer l’Hypnose, ce que « de nombreuses personnes que je respecte pour leur professionnalisme » lui ont demandé d’étendre… Ce qui fut donc à l’origine du livre « The New Hypnosis », sujet de ce long article. (Voir la première page de l’introduction)

Araoz dit que la réaction de ses collègues lui fit prendre conscience que ses concepts d’une « Nouvelle Hypnose » le dépassaient, que cette nouvelle approche avait une vraie réalité, qu’il convenait de présenter plus longuement (ce qui m’arriva aussi, en mon temps, avec « ma façon à moi de faire de l’hypnose, mais sans dissociation », dont la description pour mes élèves finit par être si longue et complète qu’elle prit la forme d’un gros livre de plus de 500 pages… et que l’on dut baptiser ce qui était, en fin de compte, bien plus qu’une simple « approche personnelle » : l’Hypnose Humaniste !)…

Voici ce qu’écrit Araoz ensuite :

« Ce livre est la présentation de la méthode la plus efficace pour aider les gens à atteindre des buts qui, bien que désirés, semblaient auparavant inatteignables. Cette méthode est désignée comme la « Nouvelle Hypnose » parce qu’elle est enracinée dans des concepts et principes associés à l’Hypnose scientifique, telle que documentée depuis l’époque de Mesmer (environ 1775).
La Nouvelle Hypnose, d’un côté, touche et s’étend au-delà du domaine de l’Hypnose traditionnelle, et de l’autre côté s’élance au-delà de l’étroit focus de la soi-disant Hypnose Ericksonienne, avec ses rejetons tels que la Programmation Neuro-Linguistique.

La Nouvelle Hypnose accroît l’efficacité de l’Hypnose traditionnelle en étant plus expérientielle (NDR : c’est-à-dire fondée sur l’expérience, la recherche d’émotions et de sensations), plus centrée sur le client, et moins liée aux concepts expérimentaux relayés par les laboratoires. Elle intègre aussi des applications purement cliniques de l’Hypnose, tel que dans la plupart des travaux publiés par Erickson (NDR : donc des applications non-vérifiées en labo, mais tirées de l’expérience en thérapie), ajoutées aux preuves réunies par T.X. Barber et ses associés sur l’efficacité de l’Hypnose clinique non-traditionnelle (cf. plus haut, l’apport de Barber sur les mots, la parole, et donc pas seulement sur l’utilisation de l’état d’hypnose seul).

Je ne fais pas d’équivalence entre la Nouvelle Hypnose et l’approche éricksonienne de l’Hypnose (…) Le culte grandissant développé autour d’Erickson, de part et d’autre des USA et même à l’étranger devint une grave préoccupation. Je ne voulais pas prendre part à la dévotion de Milton H. Erickson car le culte est auto-limitant. (Voir la page 2 de l’introduction d’Araoz)

Milton Erickson

Erickson a enseigné quelque chose de beaucoup plus grand que son travail personnel en utilisant ses particularités et son humour, ses méthodes et paraboles peu orthodoxes.
Certains essayent maintenant de l’imiter au point de ressembler à lui (au « vieux Milton », attention !), répétant ses anecdotes comme si elles avaient une valeur sacrée, utilisant le paradoxe juste parce que cela ressemble plus à Erickson (ou plutôt « à Milton »).

Le culte est un inconvénient avec tous les grands maîtres, en religion et en philosophie comme en psychothérapie. Mais ses adorateurs manquent l’essentiel de l’héritage d’Erickson. Son travail nous a appris que le thérapeute doit se concentrer attentivement et totalement sur les besoins et les expériences du client. C’est seulement dans ce cadre que le thérapeute peut être lui-même et adapter son approche en conséquence.
Le culte ericksonien contredit son enseignement principal. La Nouvelle Hypnose doit beaucoup à Erickson, bien sûr. Mais elle est beaucoup plus que « Ericksonienne ». Elle inclut les techniques de nombreux chercheurs et cliniciens dans le domaine de l’Hypnose traditionnelle. Elle s’appuie également sur des éléments théoriques et méthodologiques de la psychothérapie existentielle, humaniste, de la Thérapie Cognitivo-Comportementale et de la thérapie expérientielle.

Enfin, la Nouvelle Hypnose se développe à partir des recherches menées en dehors du domaine de l’Hypnose traditionnelle dans les domaines de l’imagination, de la bilatéralité cérébrale et du changement humain, avec ses multiples ramifications dans la théorie des valeurs, de la perception et de l’image du monde. »

Voilà… pour ceux qui pensaient qu’il y avait un lien entre l’Hypnose Ericksonienne et la Nouvelle Hypnose, vous avez les idées sur le sujet du fondateur de la Nouvelle Hypnose. En pratique, si ce n’est l’inspiration apportée par Erickson (un « esprit pratique », centré sur la personne, qui a influencé toutes les formes de psychothérapie, pas seulement l’Hypnose) et les particularités de langage, certes repérées chez Erickson, mais ensuite largement améliorées en Nouvelle Hypnose (sur la base du « Milton-modèle » PNL) en un nouveau langage hypnotique, inconnu chez Erickson lui-même : les techniques des deux approches sont très éloignées !
On ne pratique en Nouvelle Hypnose rien de ce qu’Erickson faisait spécifiquement (donc rien qui lui soit propre), tout comme on n’utilise pas en Hypnose Ericksonienne les protocoles, le langage et les techniques de la Nouvelle Hypnose, tout simplement car Erickson lui-même rejetait toutes théories et tous protocoles… et que la Nouvelle Hypnose n’existait pas de son vivant !

UN TÉMOIGNAGE EXTÉRIEUR

David Calof, élève d’Erickson

Pour compléter ce que dit Araoz dans son introduction, voici un extrait du prologue du livre de David Calof, ancien et dernier élève d’Erickson pendant 5 ans, et pionnier de la Nouvelle Hypnose. Après avoir décrit un cas d’hypnothérapie, il explique :

« Contrairement à la vieille image de l’hypnose, (en Nouvelle Hypnose) nous ne réalisons pas les thérapies en exerçant un pouvoir sur le patient. Nous ne faisons pas quelque chose au client pour produire une « cure ». Au lieu de cela, nous travaillons avec lui, dans une relation de confiance et d’échanges, pour solliciter sa propre capacité à guérir et à résoudre ses problèmes.

Paradoxalement, bien que je doive à Milton Erickson les bases de ma pratique, je me suis progressivement écarté de ses techniques (…) Pendant les cinq ou six premières années de ma pratique, je vénérai Erickson et j’imitai son style de travail. Mais alors que moi et ma pratique parvenions ensemble à maturité, (…) je développai peu à peu ce que je pense être une manière de travailler plus « transparente ». J’écoute davantage ; je travaille plus lentement ; le plus souvent, je laisse le client dicter le rythme et la direction.

Erickson perçut que je m’écartais de ses techniques directives et m’y encouragea ; de manière subtile, il me dissuada de revenir, suggérant qu’il était temps pour moi d’établir mon indépendance. » (Extrait de « Monsieur ma femme, Madame mon mari », 1996)

LA NOUVELLE ECOLE DE NANCY

Le prof. Bernheim, de la Nouvelle Ecole de Nancy

Après avoir expliqué la différence entre l’Hypnose d’Erickson et la Nouvelle Hypnose, Araoz poursuit son introduction en détaillant le prochain contenu de son livre. Notamment, il pointe la différence entre les thérapies qui recherchent une prise de conscience chez la personne et la Nouvelle Hypnose « en tant que manière puissante d’aider les gens à changer librement et profondément. » 

Il explique que l’on n’a pas encore pu prouver qu’une prise de conscience, au sens de « compréhension intellectuel du problème » ait jamais fait changer qui que ce soit, et que le changement provient la plupart du temps, quelles que soient les références que l’on prenne, d’une expérience personnelle, profonde.

C’est là qu’arrivent les références à la Nouvelle Ecole de Nancy, d’Hyppolite Bernheim (nommée ainsi pour contraster avec l’Ecole de la Salpêtrière, de Charcot). Araoz raconte :

« En étudiant soigneusement la position tenue par l’Ecole de Nancy en hypnose (spécialement la Nouvelle Ecole de Nancy), on découvre que beaucoup de ce qu’ils avaient compris sur la suggestion et l’auto-suggestion entre dans le champ des « expériences intérieures », opposées aux prises de conscience intellectuelles ou aux convictions raisonnées. » Et là, Araoz part dans un rappel des « Lois de Suggestion », selon l’Ecole de Nancy (qui a beaucoup étudié cela, Bernheim étant celui qui a insisté sur l’importance des mots et paroles choisis) et une explication de la différence entre « volonté » et « imagination »…

Pour rappel, Milton Erickson travaillait surtout grâce à des ruses psychologiques, le langage était secondaire (« artfully vague » : vague et rusé, malicieux, astucieux). Les deux fondateurs de la PNL, Bandler et Grinder, ont cru découvrir dans les structures profondes du langage (grammaire transformationnelle, Chomski, 1957) le secret des succès thérapeutiques d’Erickson, comme Jay Haley avant eux avait cru le faire par le prisme de la thérapie systémique et stratégique.
En vain, car la réussite d’Erickson ne tenait finalement ni à sa « position paternelle » par rapport à ses patients (hypothèse de Jay Haley dans son livre « Un thérapeute hors du commun »), ni à son langage, pratiquement identique au langage simple des hypnotiseurs classiques, ni même aux exceptions de langage révélées par la PNL (Milton-modèle), que l’on connait bien maintenant, que l’on a généralisé et amélioré en Nouvelle Hypnose pour faire le Milton-modèle francophone actuel… Tout cela sans réussir à vraiment imiter Erickson !
Le secret tenait en fait à ses interactions, aux processus qu’il enclenchait chez les gens, donc à des ruses interactionnelles, telles qu’on en retrouve en Psychologie Sociale (cf. Milton-modèle 4, livre « Hypnose« , 4ème édition, 2013).

Bref, le langage avait été mis de côté par les hypnothérapeutes classiques ordinaires (Charcot, Janet et suivants), puis par les éricksoniens (qui privilégiaient les actions créées sur-mesure pour la personne, les prescriptions de tâche, ou restaient dans une hypnose, certes très bien faite, mais toujours très classique)… Pourtant Bernheim avait insisté sur l’importance des suggestions, en vain il faut croire, comme si l’époque n’était pas encore prête à cela.

Les choses ayant évolué, comme le faisait remarquer Barber dans sa préface, la Nouvelle Hypnose des années 80 retrouvaient l’importance des phrases bien faites. Ce sera le début des « accompagnements touchants, des jolies métaphores, des émotions retrouvées » de l’hypnothérapie telle qu’on la pratique aujourd’hui…
« A cause du lien sous-jacent avec la Nouvelle Ecole de Nancy » nous dit Araoz, « la désignation de Nouvelle Hypnose semblait plus appropriée qu’une autre, telle que « moderne », « naturaliste », « ericksonienne » ou « indirecte »… « Nouvelle » reflète aussi le but recherché dans ce livre, à savoir le changement humain, le renouveau – lequel est le sujet, au moins théoriquement, de toutes formes de psychothérapie.

Mais parce que le changement « humain » suit des règles définies relatives aux fonctions de l’hémisphère droit, « hypnose » est gardé dans le titre, même si de nombreux hypnotiseurs traditionnels seront en fort désaccord avec ma compréhension de l’Hypnose. Grâce aux preuves accumulées dans la dernière décennie, il est maintenant irréfutable que l’hypnose est reliée au fonctionnement du cerveau droit (NDR : Araoz précise au début de son livre qu’il parlera de « cerveau droit / cerveau gauche » comme d’une métaphore, non-scientifique, le sachant, mais parce que le terme est plus pratique à utiliser pour un livre grand public) Toutefois, le terme « hypnose » doit être pris dans un sens plus vaste que celui que lui donnent les traditionnalistes, en incluant tout activité mentale qui contourne le fonctionnement cerveau gauche, qu’il soit induit ou spontané. »

Araoz termine ensuite son introduction en expliquant que « la Nouvelle Hypnose a des applications dans tous les domaines du changement humain« , que son livre n’est pas restreint à la seule psychothérapie individuelle mais s’ouvre à la thérapie familiale (puisqu’Araoz est lui-même thérapeute familial) ainsi qu’au développement personnel. Souvenez-vous que l’Hypnose, jusque-là, se cantonnait au domaine médical, depuis James Braid (chirurgien), Bernheim et Charcot (neurologues), Erickson (psychiatre), etc. « Les gens ont tous bénéfices à apprendre à utiliser leur esprit » ajoute Araoz en se citant lui-même (Araoz, 1981).

Il faut faire l’effort de se remettre dans le contexte de l’époque pour se rendre compte de l’évolution. A cette époque, Erickson était mort depuis 5 ans. Il n’a jamais connu cette utilisation de l’Hypnose. Il serait abusif et faux de qualifier d’ericksonienne une pratique qu’Erickson lui-même n’a jamais connu ! « En ce sens, apprendre aux gens, depuis leur enfance, la valeur des suggestions constructives et positives (NDR : « suggestion » en hypnose, signifie « phrase » ou « pensée ») à utiliser dans toutes les activités humaines, cette éducation, véritablement, est une des voies naturelles de la Nouvelle Hypnose. » Alors qu’Erickson refusait d’enseigner l’Hypnose à ses propres enfants avant qu’ils ne soient en fac de Médecine !! On peut pratiquement parler de « révolution » ! Il y aura un « avant » et un « après » la Nouvelle Hypnose

Ce qui rappellera à certains la « mission » de l’IFHE, depuis sa création en 1995…

Pourtant, Bernheim avait tenté de lancer ce courant d’éducation sociale, mais sans doute trop en avance : « Depuis les toutes premières contributions de l’Ecole de Nancy, « l’application générale de la doctrine des suggestions », comme l’appelait Bernheim en 1887, a inclus l’éducation. Baudoin, une autre figure importante de l’Ecole de Nancy, consacrait un chapitre de son livre publié en 1913 à « la suggestion dans l’éducation des enfants ». Aujourd’hui, nous parlerions de développement personne (« self-help approach »), c’est-à-dire du fait que les gens apprennent à utiliser l’Hypnose pour améliorer leur vie. »

Il y avait d’autres prémices de ce courant, dans les années 70, notamment chez Leslie Lecron (qui a créé le signaling, avec son élève David Check) et son célèbre livre d’avant-garde (à l’époque) sur l’auto-hypnose… Araoz dit que cette volonté d’éducation permet de « voir l’Hypnose comme une méthode pratique d’amélioration personnelle, facile à apprendre par tout individu normal, plutôt que comme une technique médicale hautement spécialisée, dangereuse quand elle n’est pas utilisée sans la supervision directe d’un professionnel.
La Nouvelle Hypnose (…) est une habileté mentale, dans les mains de toute personne normale bien motivée, qui veut apprendre comment l’utiliser pour son développement personnel. L’Hypnose peut être apprise par « une personne ordinaire », sans se préoccuper de sa soi-disant hypnotisabilité. Effectivement, l’usage régulier de l’Hypnose pourra grandement bénéficier aux individus comme à la société. »

Un esprit très « humaniste » chez Araoz, longtemps avant l’arrivée de l’hypnose associante, qui parachèvera cette recherche d’une clé d’évolution personnelle, disponible à tout un chacun et bénéfique à la société tout entière (en Hypnose Humaniste, il n’y a plus aucune technique de langage, contrairement à la Nouvelle Hypnose, donc plus aucun risque d’influence par le thérapeute, même involontaire, et bien sûr aucune perte de conscience, puisqu’on cherche au contraire à « gagner en conscience »)…

Et Araoz de conclure par ces mots :
« La Nouvelle Hypnose n’est pas seulement une méthode de thérapie. Elle inclut une attitude, la volonté de reconnaître de manière pratique l’influence de notre esprit profond – l’Inconscient – dans tous les aspects de la vie personnelle, et un effort pour apprendre comment utiliser cette influence de l’Inconscient à notre meilleur avantage. »

Un esprit de développement personnel inconnu chez les hypnothérapeutes précédents…

~oOo~

Eh voilà, nous en avons fini avec l’avant-propos (Rossi), le prologue (Barber) et l’introduction (Araoz)… Le début du livre dit l’essentiel à savoir sur l’origine théorique et technique, et l’esprit qui anime la Nouvelle Hypnose.
Le corps du livre, proprement dit, rentrera dans le détail, donc comme dans un cours. Je vous en résumerai l’essentiel, afin que les articles suivants ne soient pas trop fastidieux (voyez déjà le nombre de concepts et de références de ce début de livre !)…

A suivre, donc ! 🙂

La Nouvelle Hypnose : le livre ! (Episode 1)

Daniel Araoz en 1982, conseiller familial et sexothérapeute

Daniel Araoz (1930-), Doctorate in Education (EdD, Columbia University, 1969), Licensed Psychologist (Illinois, 1972) est l’inventeur du terme « New Hypnosis », aux USA, en 1985.

L’idée de départ était bonne, et nous allons la détailler plus loin, mais Araoz n’en a malheureusement pas fait grand chose. Et c’est curieusement en Europe que cette approche douce et participative de l’Hypnose va se développer.
Pour preuve, Google sort 78500 résultats à la recherche du terme « Nouvelle Hypnose », alors qu’il n’y en a que 40500 pour sa version anglaise « New Hypnosis »…

Dr Jean Godin

Ce n’était pourtant pas évident au départ, car – hasard de l’Histoire – lorsque le Dr Jean Godin introduisit l’Hypnose Ericksonienne en France, également au début des années 80, il dut faire face aux réticences de l’époque par rapport à l’hypnothérapie et eut l’idée de parler de « nouvelle hypnose » pour qualifier l’Hypnose de Milton Erickson et la distinguer de l’Hypnose Classique… sans savoir que le terme désignait une toute autre approche aux USA.

Publié en 1992

Lorsqu’en 1992 Jean Godin publia son livre qui présentait l’Hypnose Ericksonienne, c’est tout naturellement qu’il l’intitula « La nouvelle hypnose », créant involontairement le début d’une belle confusion française…

Car, depuis, l’erreur d’attribution se répète régulièrement en France, où l’on qualifie volontiers l’Hypnose Ericksonienne de « nouvelle hypnose »… ce qui n’est pas le cas, par exemple, chez nos voisins de Belgique qui, eux, ont les bonnes définitions !

Cela ne porterait pas à conséquence si la Nouvelle Hypnose, la vraie, n’avait pas entre-temps traversé l’Atlantique pour transformer radicalement la pratique de l’Hypnose francophone !

LE LIVRE FONDATEUR

Publié en 1985

« The New Hypnosis », le livre à l’origine de la Nouvelle Hypnose, publié en 1985, est depuis longtemps épuisé. Cet article n’a donc pas pour but de vous présenter la Nouvelle Hypnose telle qu’on la pratique aujourd’hui (j’en ai déjà donné des exemples sur ce site) mais de vous faire plonger dans les pages de ce livre fondateur, introuvable.

Avant cela, je laisse le Dr Mairlot, qui dirige l’Institut de Nouvelle Hypnose à Bruxelles, vous résumer cette Nouvelle Hypnose (et donc, en quelques sortes, le livre)…

Extrait de son site internet :

« La Nouvelle Hypnose est une pratique visant à :

  • Collaborer avec le patient expert de son problème et propriétaire de ses capacités de changement. La nouvelle hypnose s’oppose donc complètement à l’hypnotiseur autoritaire qui produit le changement ainsi qu’au côté « je sais tout et je peux vous faire changer à votre insu » d’une partie du travail de Milton Erickson.
  • Intégrer les idées et les stratégies des hypnothérapeutes qui continuent de faire évoluer l’hypnose depuis la mort de Milton Erickson en 1980.
  • Utiliser certaines stratégies des TCC (thérapies cognitivo-comportementales), principalement celles qui travaillent avec les idées négatives et les fausses croyances, source d’auto-suggestions négatives (ASN).
  • Intégrer l’auto-hypnose négative (AHN) dans le processus de construction de certains problèmes ou maladies.
  • Apprendre l’auto-hypnose au patient pour qu’il soit autonome dès que possible. »

Daniel Araoz en 2008

Le premier point est essentiel, car la collaboration hypnothérapeute-patient est emblématique de la scission qui apparut à cette époque entre les anciennes formes d’hypnose (classique, éricksonienne) et celles qui se développeront à l’avenir (nouvelle, humaniste).
Avant la Nouvelle Hypnose, le thérapeute « faisait » la thérapie « sur » le patient, même avec les techniques éricksoniennes, qui utilisaient les flux psychologiques de la personne, mais sans qu’elle en soit consciente…
Avec l’apparition de la Nouvelle Hypnose, l’hypnothérapie devient collaborative : « Pensez à un souvenir agréable » (phrase qu’Erickson n’aurait jamais prononcé, car il préférait induire ce souvenir à la personne). S’il n’y avait qu’un point à retenir, ce serait celui-ci, car il représente la différence principale et la plus reconnaissable entre l’hypnose d’Erickson et la Nouvelle Hypnose.

L’autre apport de la Nouvelle Hypnose est son aspect « intégratif », au sens où le mélange de différentes approches, complémentaires à l’Hypnose, sont utilisées pendant la séance… On ira même plus loin, avec l’évolution de la Nouvelle Hypnose en France, au début des années 1990, en modifiant les protocoles issus d’autres approches thérapeutiques afin qu’ils soient pratiqués en Etat Modifié de Conscience
C’est ce que présentera mon livre « Hypnose », publié en 2000, et qui permettra à l’Hypnose thérapeutique de gagner le succès que l’on sait auprès du grand public et de se répandre jusqu’à aujourd’hui.

Araoz intégrera à sa Nouvelle Hypnose les techniques connues dans le milieu universitaire (TCC) ainsi que des bases de PNL. C’est ce dernier aspect que j’ai optimisé en langue française et qui a donné les protocoles hypnotiques utilisés par la majorité des hypnothérapeutes francophones actuels…
Aux USA, on trouve intégrés à la Nouvelle Hypnose de l’EFT ou de l’EMDR, de l’énergétique, des protocoles issus du chamanisme ou des thérapies transpersonnelles… Bref, des pratiques aussi variées qu’hétéroclites ! Le point commun de tout cela étant l’état d’hypnose (dissociant, bien sûr, donc « traditionnel », puisqu’il faut des techniques d’inductions spéciales pour atteindre un état d’hypnose associant, comme en Hypnose Humaniste)…

Enfin, dernière caractéristique de la Nouvelle Hypnose d’Araoz : l’idée d’auto-hypnose négative (AHN), qu’il utilisera de temps à autre pour distinguer sa pratique : comme si la personne, par ses pensées inconscientes, maintenait involontairement son état pathologique. Araoz proposera une méthode très simple et directe pour annuler cette AHN : en hypnose, après avoir repéré la structure des pensées négatives de la personne, et puisque cette dernière en EMC confond ses pensées et les paroles de l’hypnothérapeute (comme pendant un rêve, lorsqu’on confond un bruit extérieur avec un bruit survenir dans notre rêve), Araoz remplaçait lui-même les pensées par leur équivalent positif : « Je ne suis qu’un idiot » devenant « je suis quelqu’un de bien »…
Disons que c’était quelque peu intrusif et pas très subtil. On ne pratique plus du tout cela de nos jours !

AVANT-PROPOS D’ERNEST ROSSI

Découvrons ensemble ce que fut cette première « Nouvelle Hypnose », qui posa les fondations de notre pratique francophone.

Le livre s’ouvre sur la page de titre : « The New Hypnosis, by Daniel L. Araoz, Ed.D. » Le livre est publié, comme bien d’autres livres américains de référence en Hypnose, par Brunner/Mazel, Publishers, New York. (Cliquez ici pour voir la page)
Au dos, comme dans chaque livre, la page de copyright indique le nom de l’auteur (Araoz), rappelle le titre du livre « The New Hypnosis » et la date de copyright (1985), ce qui nous donne une « date de naissance » pour cette approche, même si on se doute bien que l’auteur la pratiquait depuis plusieurs années (il indique « 7 ans » dans la conclusion du livre), tout comme James Braid, de son temps, n’a pas inventé l’Hypnose (et son nom) au moment de l’écriture du livre de 1843 : il pratiquait bien avant ! (Cliquez ici pour voir la page)

Puis vient le sommaire, que vous trouverez ici en PDF… Et enfin, le livre commence !

C’est Ernest L. Rossi lui-même qui écrit l’avant-propos : le bras droit d’Erickson, celui qui a co-écrit tous les livres d’Erickson (puisque ce dernier n’a écrit en solo que des articles). Autant dire une sommité, que l’on qualifierait volontiers d’ericksonien, étant donné son expérience auprès d’Erickson… Pourtant, les historiens de l’Hypnose l’indiquent comme « grand-père » de la Nouvelle Hypnose ! Pourquoi ? Parce que c’est chez lui que l’on trouve les premiers protocoles hypnotiques (petit 1, petit 2, petit 3) qui n’existaient pas chez Erickson (« pas de théorie, tout est improvisé ») ni en Hypnose Classique (que des scripts, au mieux, mais pas de directives fixes)…
Et c’est chez Rossi aussi que l’on trouve les premières références à une collaboration « conscient-inconscient », chose impossible chez Erickson qui, bien au contraire, faisait son possible pour « dépotentialiser le conscient », pour montrer à la personne que le conscient était faible et, paradoxalement, pour Erickson, également source de tous ses ennuis !… Bref, pas de collaboration « conscient-inconscient » chez Erickson (et les Classiques ne se préoccupaient pas vraiment de l’Inconscient !)…

(Cliquez ici pour voir la première page de l’avant-propos) On découvre donc une facette inédite d’Ernest Rossi (du moins en France).
Celui-ci débute son avant-propos en expliquant que la Nouvelle Hypnose est l’union (« tapestry ») des formes d’hypnose classique et moderne, qu’elle intègre autant les apports d’Erickson que ceux des experts classiques comme Barber ou Hilgard, « d’une manière surprenante », en allant de la psycho-neuro-immunologie (chère à Rossi, auteur du livre « Psychobiologie ») à la thérapie familiale (formation initiale d’Araoz).

Rossi explique aussi que la Nouvelle Hypnose se distingue de la « programmation » (clin d’oeil aux anciennes suggestions directes et à la PNL, toute nouvelle à l’époque) et « utilise les processus mentaux individuels et naturels de la personne afin d’activer ses propres et uniques ressources et potentiels, pour résoudre ses problèmes à sa manière personnelle ! »
Cela ne vous dit rien, ça ? On dirait la description actuelle de… l’Hypnose Ericksonienne… Et c’est Ernest Rossi, plus proche collaborateur d’Erickson, donc quelqu’un qui sait parfaitement ce qu’est l’Hypnose Ericksonienne, qui vous parle d’une « nouvelle manière de faire de l’hypnose » (donc différente de celle d’Erickson) qui donne cette définition de la Nouvelle Hypnose.

Commencez-vous à percevoir que ce que l’on appelle souvent « Hypnose Ericksonienne » en France n’est qu’une appellation à la mode mais erronée (car l’Hypnose Ericksonienne est très différente) de la Nouvelle Hypnose ? Ce qu’aiment les gens, c’est cette nouvelle façon de « faire de l’hypnose », plus douce et moins médicale : la Nouvelle Hypnose… Mais attendez un peu, d’autres que moi vous le confirmeront !

La page 2, l’avant-propos de Rossi se poursuit alors qu’il explique que « la Nouvelle Hypnose embrasse toutes les approches qui font glisser le contenu de la conscience hors de son conditionnement ordinaire et des limites de ses cadres de référence » (toujours dans le cadre des seules pratiques connues à l’époque, donc dissociantes). Il précise alors la descendance de nombreuses formes de psychothérapie : des pratiques de Freud et Jung, formés à l’origine en Hypnose, jusqu’aux nombreuses formes de psychothérapies existants aujourdhui (il cite la thérapie centrée sur la personne, la Gestalt, l’analyse transactionnelle, etc.) et conclue en disant que c’était « comme si la Nouvelle Hypnose était une mère éperdue qui rappelait à elle ses enfants-psychothérapies perdus, errants dans un monde sauvage et incompréhensible, luttant pour s’unir dans une famille grincheuse mais féconde »… ce qui pointe bien l’essence intégrative de la Nouvelle Hypnose !

Rossi poursuit en indiquant que « les fondements de la Nouvelle Hypnose se retrouvent dans les nouvelles visions et les savoir-faire qu’elle requière des hypnothérapeutes » : des compétences en observation et en communication, à un niveau supérieur à ce qui était exigé dans l’ancienne pratique de l’Hypnose.
« Le challenge d’apprendre la Nouvelle Hypnose nécessitera d’augmenter le niveau de conscience et la compétence de tous les thérapeutes, quel que soit leur niveau d’entraînement ou leur école de pensée ». Et c’est le meilleur éricksonien vivant à l’époque qui vous dit ça !… Avant d’ajouter que la difficulté principale sera « de ne pas se faire déborder par cette explosion d’innovations, qui pourrait nous tenter de prendre la voie facile: celle de rester dans le dogme des quelques approches que l’on connait déjà et de faire taire le reste avant d’avoir profondément compris le nouveau champ… »

Ce qui est, pourtant, ce qui s’est malheureusement fait, où la plupart des gens (praticiens ou non de l’Hypnose) en sont restés soit à l’ancienne Hypnose Classique ou à la réputation de l’Hypnose Ericksonienne, juste pour le nom… en s’appropriant un peu des nouveautés de la Nouvelle Hypnose, mais sans la déclarer comme telle, donc sans l’approfondir vraiment.

Rossi conclut son avant-propos en racontant son expérience, et c’est là le plus édifiant :
« Il s’est passé exactement 12 ans depuis que j’ai commencé mes études avec Milton H. Erickson, comme une route personnelle vers la Nouvelle Hypnose. Ces années n’ont pas été faciles. Abandonner les hypothèses profondément ancrées par ma formation académique initiale (théorie et béhaviorisme), puis par mes formations suivantes en analyse freudienne et jungienne, a été continuellement perturbant et à certains moments décourageant.
Apprendre à utiliser une approche aussi radicalement différente (…) m’a tenu dans un vertige pour une assez longue période. Encore et encore, j’ai été forcé d’éliminer les racines profondes de mes apprentissages d’hier. Et même aujourd’hui, je lutte pour passer outre les limites de mes apprentissages, pour atteindre un meilleur niveau de compréhension thérapeutique et de fonctionnement.
Ainsi, bien que la présentation d’Araoz de la Nouvelle Hypnose soit exaltante, nous devons reconnaître qu’elle demandera un sérieux effort de notre part pour l’intégrer avec intégrité. A un niveau personnel, cela demandera une reconnaissance croissante de votre besoin de continuellement devoir vous re-éveiller, pour grandir encore en compréhension et en savoir-faire. Et à un niveau professionnel, cela vous demandera l’humilité de reconnaître l’horizon encore limité de vos connaissances et le besoin de soutenir et d’étendre les recherches empiriques et expérimentales nécessaires. »

Rossi lui-même considère donc son expérience avec Erickson comme un chemin qui l’a mené à la Nouvelle Hypnose, qui serait ainsi la suite et l’évolution de l’Hypnose Ericksonienne – ce que nous confirmera Araoz lui-même, dans son introduction.

~oOo~

Nous continuerons cette plongée dans le livre fondateur de la Nouvelle Hypnose, dans le deuxième épisode de cet article un peu spécial, avec la préface que Theodore Barber, prestigieux nom de l’Hypnose Classique, a écrit pour le livre !

A suivre

Exemples d’induction d’Hypnose Ericksonienne

MHEDu nom du psychiatre américain Milton H. Erickson (1901-1980), l’Hypnose Ericksonienne actuelle est multiforme, parfois douce et accompagnante, parfois autoritaire comme Erickson savait l’être. On décrit cette forme d’hypnose comme « artfully vague » (vague, floue et rusée, malicieuse… on dirait « stratégique ») et « naturaliste » ou « utilisationnelle », dans le sens où l’on utilise ce que la personne présente, physiquement ou psychologiquement, pour l’induction hypnotique comme pour la thérapie elle-même.

L’Hypnose Ericksonienne s’appuie sur les techniques de l’Hypnose Classique et y ajoute de nombreuses astuces de langage. Elle est donc plus longue à apprendre et à maîtriser. Cette différence de technicité permet d’utiliser l’Hypnose avec 100% des personnes, ce qui n’est pas forcément possible en Hypnose Classique où l’on ne cache rien, donc si la personne veut « résister », ne pas se laisser faire ou ne pas faire ce qu’on lui demande : elle le peut, ce qui n’est pas forcément le cas en Hypnose Ericksonienne si l’hypnothérapeute est assez rusé ou astucieux !

L’Hypnose Ericksonienne a un caractère essentiellement thérapeutique. Elle n’est pas spectaculaire (les artistes ne l’utilisent pas directement en spectacle)… Les inductions utilisées sont faites soit de manière « formelle » (on sait que l’hypnothérapeute procède à l’induction) soit en « hypnose conversationnelle » (la structure de l’induction est la même, mais intégrée à la conversation ordinaire, souvent en questionnement). Les deux façons de procéder amènent la personne à un état modifié de conscience similaire.
S’il n’y a pas d’état d’hypnose reconnaissable, il s’agit de « communication hypnotique » (pas d’hypnose, mais utilisation des techniques de langage) comme en publicité ou en politique… On ne fait pas de « communication hypnotique » en hypnothérapie (du moins, pas que cela).

Le langage de l’Hypnose Ericksonienne utilise souvent la confusion (afin de saturer les perceptions conscientes et d’ouvrir la communication vers l’Inconscient) ainsi que l’humour, les suggestions indirectes (camouflées) et tout un patchwork d’outils de communication hypnotique destinés à impacter la personne au niveau profond, donc sans qu’elle ne le sache (Inconscient). Une fois que l’état hypnotique est établi chez la personne, un observateur non-averti pourrait se demander comment on en est arrivé là ! Exemple des analgésies hypnotiques que l’on peut installer très rapidement (quelques dizaines de seconde ou moins).

Les inductions faites en conditions réelles de psychothérapie sont ainsi très « étranges » pour le novice, car elles peuvent devenir invisibles (cas des inductions « conversationnelles »). En apparence, il n’y a alors jamais eu d’induction hypnotique… Mais la personne présentera bien sûr les « signes de transe » qui permettent de confirmer qu’elle est bien en état d’hypnose : ce n’est pas juste « une discussion », sinon on ne parlerait pas d’hypnose ! Tous les phénomènes de l’hypnose peuvent être produits.

Il est donc impossible de donner un « modèle » valable d’induction hypnotique éricksonienne car il n’en existe pas de forme toute faite – alors qu’il existe de nombreux protocoles, sur lesquels on peut broder, en Hypnose Classique ou en Nouvelle Hypnose.
Tout est improvisé pour la personne qui se présente pour l’expérience. Seul le langage est reconnaissable par sa technicité. Et chaque induction, bien spéciale, ne sera de toute évidence plus jamais réutilisée par l’hypnothérapeute.

Autre souci : comme tout thérapeute, la pratique de Milton Erickson a changé tout au long de sa vie… Pendant longtemps, Erickson pratiquait ce que nous appelons de l’Hypnose Classique (cf. ci-dessus), puis vers la la fin de sa vie, il utilisait une étrange manière de parler, pleine de sous-entendus, de répétitions, etc. ce qui a marqué les hypnothérapeutes actuels. A tel point que, lorsqu’un hypnothérapeute utilise de manière caricaturale les techniques de langage d’Erickson de cette époque, les américains disent : « Vous faites du vieil Erickson » – par opposition avec la technique plus classique qu’il a utilisé toute sa vie.

Voici donc quelques exemples d’induction hypnotique éricksoniennes, selon l’âge d’Erickson.

Milton-Erickson-young1923, induction par création d’un phénomène hypnotique :

« Je veux que vous vous mettiez à l’aise sur votre chaise et que vous vous détendiez. Maintenant que vous êtes assis, posez vos deux mains à plat sur vos cuisses. Exactement comme cela. Vous allez surveiller vos mains, et vous remarquerez que vous pouvez les observer attentivement. 

Ce que vous allez faire, c’est vous détendre. Vous remarquerez alors que certaines choses se produisent au cours de votre relaxation. Elles se sont toujours produites pendant que vous vous détendiez, mais vous ne les avez pas si bien remarquées auparavant. je vais vous les signaler. je voudrais que vous vous concentriez sur toutes les sensations et impressions que vous ressentirez dans vos mains, quelles qu’elles soient. Peut-être sentirez-vous la lourdeur de votre main posée sur votre cuisse, ou aurez-vous là sensation d’une pression. Peut-être sentirez-vous l’étoffe de vos pantalons contre la paume de votre main, ou la chaleur de votre main sur votre cuisse. Les sensations que vous éprouverez, je veux que vous les observiez. Peut-être ressentirez-vous une sorte de démangeaison. Peu importe les sensations que vous éprouverez, je veux que vous les observiez. Regardez toujours votre main, et vous remarquerez comme elle est tranquille, comme elle reste dans la même position. Il y a des mouvements en elle, mais ils ne sont pas encore perceptibles. je veux que vous gardiez les yeux sur votre main. Votre attention peut se détourner de la main, mais elle reviendra toujours sur la main, et vous gardez les yeux fixés sur la main et vous vous demandez quand les mouvements qui se trouvent en elle vont devenir visibles. 

Il sera intéressant de voir lequel de vos doigts va bouger le premier. Ce sera peut-être le majeur, ou l’index, ou l’annulaire, ou l’auriculaire, ou le pouce. L’un de vos doigts va tressaillir ou bouger. Vous ne savez pas exactement quand, ni à quelle main. Regardez toujours bien et vous allez remarquer d’a bord un léger tressaillement, peut-être à la main droite. Tenez, le pouce tressaille et bouge. Au début du mouvement, vous remarquerez une chose intéressante. Les espaces compris entre les doigts s’élargissent très lentement, les doigts s’écartent très lentement, et vous noterez que les espaces s’élargissent de plus en plus. Ils vont s’écarter lentement ; les doigts s’écartent de plus en plus, de plus en plus, de plus en plus, exactement comme ça. 

Tandis que les doigts s’écarteront, vous remarquerez que bientôt les doigts voudront se dresser en formant un arc au-dessus de la cuisse, comme s’ils voulaient se lever de plus en plus haut (l’index du patient commence à se dresser légèrement).

Remarquez comme l’index se lève. En même temps, les autres doigts veulent le suivre, les voilà qui se dressent lentement (les autres doigts commencent à se lever). 

Pendant que les doigts se lèveront, vous allez ressentir une impression de légèreté dans la main, une sensation de légèreté, d’autant plus que les doigts se dressent en arc, et toute la main va se soulever et s’élever lentement, comme si c’était une plume, comme lorsqu’un ballon monte en l’air, monte, monte, en l’air, en l’air, en l’air, s’élève de plus en plus haut, de plus en plus haut, la main devient très légère (la main commence à se lever). Quand vous regardez votre main se lever, vous remarquerez que le bras monte, monte en l’air, un peu plus haut, plus haut, plus haut, encore, encore, encore. (Le bras s’est levé d’environ 10 centimètres au-dessus de la cuisse et le patient le regarde fixement.) Regardez toujours la main et le bras qui se dressent et, pendant ce temps, vous ne tarderez pas à sentir combien vos yeux sont devenus somnolents et fatigués. Tandis que votre bras continue à se lever, vous vous sentirez fatigué, détendu, et vous aurez envie de dormir, une grande envie de dormir. Vos yeux se feront lourds et peut-être que vos paupières voudront se fermer. Et pendant que votre bras se lèvera de plus en plus haut, vous voudrez vous sentir de plus en plus détendu, vous aurez de plus en plus sommeil, et vous voudrez éprouver un sentiment de paix et de détente en fermant vos yeux et en vous endormant. 

Votre bras se lève, encore, encore, et vous devenez très somnolent ; vos paupières se font lourdes, votre respiration devient lente et régulière. Respirez profondément – inspirez et expirez. » (Le patient tient le bras tendu droit devant lui, ses yeux clignent, et sa respiration est profonde et régulière.)

 

milton-erickson-middle1945, double induction réalisée par Milton Erickson et Jerome Fink (ils parlent alternativement) :

« Endormez-vous profondément (go sound asleep). Profondément (deep down), profondément endormie (sound asleep). Continuez de dormir. Vous pouvez même fermer les yeux et aller plus profondément, encore plus profondément (deeper, deeper). Continuez de dormir profondément (sleeping deeply) et dormez profondément (and sleep soundly), très profondément, très profondément et très profondément (very soundly, very deeply and very soundly). Pour vous permettre de vous endormir même plus profondément encore, vous devez bloquer (block out)tout sauf les voix du Dr Erickson et moi-même et vous. Allez plus profondément, progressivement plus profondément endormie. Continuez de dormir profondément, profondément (deeply, soundly). Facilement, pro- fondément, profondément endormie (easily, deeply, soundly asleep). Allez même plus profond encore, plus profond, plus profond et protégez ce sommeil. Dormez simplement à votre façon, de manière à ce que vous puissiez (so that you can) accomplir tout ce que vous voulez accomplir. Et dormez paisiblement, dormez en toute confiance, très relaxée. Profondément, profondément endormie (deeply soundly asleep). Stabilisez ce sommeil. Continuez de dormir (continue to sleep), plus profondément et encore plus profondément. 

Et continuez de dormir (keeping to sleep) très profondément. Très profondément, profondément endormie. Nous allons écarter ce stylo afin que vous puissiez (so you can) dormir même encore plus profondément et vous sentir plus confortable (feel more comfortable). Et nous allons écarter cette feuille afin que vous puissiez même dormir plus profondément. Et vous devez avoir une raison à vous endormir. Et vous allez répondre à cette raison d’une manière confortable. Et vous allez réellement dormir profondément afin que vous puissiez entendre seulement le Dr Fink et moi. Avec une vague compréhension que tout cela est bien et va continuer d’être bien. » 

 

1958, induction hypnotique de régression en âge (démonstration filmée) :

« …vous vous sentez aller en transe maintenant. Et je voudrais que vous vous sentiez dans une position différente, dans une position différente dans cette pièce que celle dans laquelle vous êtes maintenant. Et fermez les yeux, et dormez profondément, et sentez-vous dans une position différente dans cette pièce, comme si vous étiez assis de façon quelque peu différente. Et Gregory (Bateson) est toujours là-bas, en train d’actionner cela (la caméra), et je voudrais que vous vous sentiez aller de plus en plus profondément en transe. Je me demande ce que vous auriez envie de faire dans cet état de transe. Vous faisiez de la recherche, je crois, sur les primates.

Patient : Hmm hmm.

Erickson : Et je voudrais que vous pensiez à cela, et ensuite je voudrais que vous vous demandiez quel autre sujet pourrait se présenter, et je me demande si vous auriez envie de regarder pas là, par là. Et je me demande quelle visualisation vous pourriez obtenir en regardant par là. Je me demande si vous pourriez voir un film ou une sorte d’écran.

Patient : Je peux voir un écran, là-bas.

Erickson : Vous pouvez voir un écran. J’aimerais que vous voyiez une bande de statistiques sur cet écran, et j’aimerais que vous vous demandiez ce qu’elles représentent. Elles n’ont probablement pas d’intérêt particulier, et ensuite j’aimerais que vous voyiez quelque chose derrière ces statistiques. Quelque chose d’intéressant ; quelque chose d’agréable. C’est cela. Et commencez à voir quelque chose d’agréable et d’intéressant. Très agréable et très intéressant, qui implique du mouvement et de l’activité. C’est cela. Du mouvement et de l’activité – lesquels se transforment en quelque chose d’autre qui est moins plaisant, un peu désagréable. Et cela continue et je voudrais que vous me disiez quelles sensations ce mouvement vous donne. Qu’est ce que ce mouvement vous semble être ? »

(début du travail thérapeutique)


1961
, induction de transe profonde (en démonstration publique)

« Maintenant, écoutez-moi … Vous pouvez me regarder. Vous avez été dans un état de transe avant et vous le savez. Vous êtes un excellent sujet. Je vais vous suggérer quelque chose, pour vous. Vous pouvez dormir très facilement, aller dans la transe juste en fixant votre attention. Je pense que la meilleure façon pour vous d’apprendre à le faire et de le démontrer pour le public est la suivante :

Comme vous vous tenez là, je vais compter de un à vingt. Je peux compter de un à vingt par un ou deux par deux, par quatre, cinq, ou en dizaines. Au moment où je compterai vingt, vous serez endormi. Quand je serai arrivé à cinq, vous serez à un quart du sommeil. Quand j’arriverai à dix, vous serez à mi-chemin endormi. Quand j’arriverai à quinze, vous serez au trois-quarts du chemin endormi. Et quand j’atteindrai vingt, vous serez pleinement endormi. Vous allez prendre une profonde respiration et aller ainsi, profondément endormi (sound asleep). Allez-vous vous asseoir, s’il vous plaît ?

Maintenant, regardez le public et soyez conscients d’eux, parce que je vais commencer à compter. 1, 2, 3, 4. 5, 6, 7, 8, 10 – à moitié endormi – 11, 12, 13, 14, 15, – et trois-quarts endormi – 16, 17, 18, 19, 20. Prenez un respiration profonde et entrez profond (go deep), profondément endormi (sound asleep), de façon profonde (way deep), un profond sommeil (sound asleep),profond et profond sommeil. Continuez à dormir et profitez-en vraiment.

Je veux que vous dormiez ce qui semble être un très, très long temps, et vous vous sentirez reposé et confortable, comme si vous aviez dormi pendant huit heures, et après je vous réveillerai…. »

 

Milton-Erickson-old1976, induction conversationnelle (exemple donné dans son cours)

« Quelle sorte de transe voulez-vous ?… Combien de temps cela va-t-il vous prendre pour y entrer ? Comment saurez-vous que vous êtes en train de commencer ? Maintenant, pensez-vous vraiment que vous êtes encore complètement éveillé ?
Dans quelle transe sentez-vous que vous êtes déjà ? En combien de temps pensez-vous qu’elle va s’approfondir ? Vous me ferez savoir quand elle sera assez profonde, n’est-ce pas ?
Qu’est-ce que vous aimeriez faire dans cette transe pendant qu’elle s’approfondit ? Ou préférez-vous que ce soit une surprise ? Bientôt ou un peu plus tard ?
Est-ce que vous laisserez votre main bouger quand elle sera chaude ? Et vous ne savez pas combien d’engourdissement vous aimerez garder après votre réveil, n’est-ce pas ? »

L’hypnothérapeute repère les réactions de l’Inconscient et les augmente alors par ratification (il les fait remarquer à haute voix ou bien il les produit lui-même, en miroir), jusqu’à ce que la personne ferme les yeux.

2000, induction éricksonienne moderne, par Robert Dilts

« Asseyez-vous, je vous en prie… » (début du Yes Set).
L’hypnothérapeute se met en synchro avec la personne.

Présuppositions à propos d’états de transe précédents, suggestions subliminales et saupoudrage afin de réveiller les états de transe commune quotidienne de la personne. Par exemple :
« Combien de temps cela vous prend-il habituellement pour entrer dans une transe confortablement profonde ?… Peut-être qu’aujourd’hui vous pourrez entrer en transe plus rapidement que d’habitude… car, bien sûr, il est important de ne pas entrer en transe trop rapidement, seulement à votre rythme… de sorte que vous puissiez vraiment apprécier cette sensation confortable de détente profonde. »

L’hypnothérapeute observe le visage et le corps de la personne, à la recherche des « signes indicateurs de transe » (calibration et ratification).
Une fois les premiers signes de transe, l’hypnothérapeute soulève le bras de la personne et le place en catalepsie (confusion kinesthésique). En même temps, il met son index devant les yeux de la personne et dit : « Laissez-moi prendre ce bras… et laissez-le devenir plus lourd et plus relaxé…  et fixez juste mon doigt… car quand je touche là… les yeux se ferment et les muscles se détendent tranquillement… et vous entrez en transe plus profondément encore. »

Le bras devient lourd de relaxation. L’hypnothérapeute donne des suggestions de bien-être.
Quand la transe s’est approfondie, l’hypnothérapeute appuie son index sur le front de la personne, doucement mais fermement, et repousse la tête vers l’arrière. Il lâche alors en même temps le bras de la personne et, si ses yeux ne se sont pas encore fermés, il les ferme doucement avec ses doigts.

La transe devient plus profonde (début de la phase de travail)…

Conclusion
Les inductions hypnotiques de Milton Erickson étaient donc très proches de celles de l’Hypnose Classique. Cette dernière utilisait déjà les suggestions indirectes et les métaphores. L’apport d’Erickson était de manier les phénomènes hypnotiques avec ruse, en fin connaisseur de la psychologie de la personne et des réactions qu’il pourrait obtenir d’elle.
On dit qu’Erickson n’utilisait l’hypnose que pour 1 patient sur 5. C’est ainsi que sa pratique principale devint « stratégique », hors hypnose, notamment grâce aux prescriptions de tâche (presque 40% de ses séances en comportent)…

Lire aussi :
– L’Hypnose Classique
– La Nouvelle Hypnose
– L’Hypnose Humaniste

Bafouiller avec art !

Pendant que j’y pense, voici une vidéo d’un ancien humoriste, source d’inspiration pour les apprentis hypnothérapeutes éricksoniens, quant il s’agit d’apprendre la confusion – et, en l’occurrence, l’art de bafouiller volontairement ou de faire des phrases incompréhensibles (ce qui est utile dans certains cas) : Pierre Repp !