La Nouvelle Hypnose : le livre ! (Episode 5/5)

Les deux dernières parties du livre, III et IV, ne sont faites que de discussions et d’exemples de séances sur les applications en thérapie familiale et en sexothérapie, les deux domaines d’Araoz. Je vais vous les résumer dans ce dernier article, qui fera aussi le lien avec la Nouvelle Hypnose francophone, telle qu’on la pratique actuellement.

L’HYPNOSE EN THÉRAPIE FAMILIALE

La « Partie III » commence par un long chapitre sur « l’Hypnothérapie familiale », Araoz étant thérapeute familial de formation.
Apparemment, Araoz se laisse emporter par sa passion dans ce domaine et abandonne le sujet principal de son livre : la Nouvelle Hypnose ! Pendant quelques lignes, il commence à parler du « modèle d’Erickson » en thérapie familiale, présenté (dixit Araoz) dans « Un thérapeute hors du commun » (Haley, 1973), le livre qui a fait connaître Erickson (mais qui parle en réalité de toutes sortes de cas d’Erickson, pas seulement de thérapie familiale, loin de là)… Et juste après, Araoz avoue qu’Erickson « ne travaillait qu’avec un membre de la famille d’origine » – donc, pas du tout comme on le fait en thérapie familiale, où l’on reçoit toute la famille, pour observer les interactions entre individus.
Bref, Araoz passe assez rapidement à d’autres sources, hypnotiques ou non, souvent très récentes – à l’époque de l’écriture du livre (Morrison, 1981, Lovern & Zohn, 1982, Ritterman, 1983, Calof, 1985)…En une page et demi, on est déjà bien loin de la Nouvelle Hypnose… et le sous-chapitre suivante s’intitule d’ailleurs : « Applications traditionnelles de l’Hypnose avec les familles« , donc de l’Hypnose Classique. Araoz semble avoir été marqué par les travaux récents d’un certain Braun (1984), qu’il résume pour écrire son chapitre…

Il donne un exemple d’induction hypnotique :
« Je demande à la famille de commencer avec les yeux fermés et de les ouvrir et fermer rapidement à chaque fois que je compterai un chiffre. Entre chaque compte pour une plus profonde relaxation, des suggestions sont faites pour qu’au final les yeux restent fermés, alors qu’une plus profonde relaxation est atteinte avec chaque compte. Différents membres de la famille vont arrêter d’ouvrir leurs yeux, à différents moments, mais finalement tous seront relaxés avec les yeux fermés. A ce point, un autre travail peut être accompli, selon votre fantaisie. »

Voilà, donc du « très classique », un brin simpliste même ! Rien à voir avec notre Nouvelle Hypnose… Une autre page est encore consacrée à cette manière très directe de procéder.

Ensuite, Araoz se lance dans des explications sur les méthodes paradoxales de suggestion, comme on en pratique en Hypnose Ericksonienne ou en thérapie stratégique. A nouveau, les références sont plutôt récentes (principalement Weeks & L’Abate, 1982) mais restent bien loin de la Nouvelle Hypnose proprement dite, puisque les explications données proviennent de la Psychothérapie Paradoxale (cf. lien ci-dessus). A nouveau, Araoz cite rapidement le livre d’Haley sur Erickson, pour dire qu’il contient beaucoup d’exemples de suggestions paradoxales (ce qui est vrai)…

Après cela, Araoz se lance dans un long sous-chapitre (9 pages !) sur le fait que les familles utilisent sans le savoir l’hypnose et donc que les techniques hypnotiques pourraient agir sur ces leviers naturels pour aider les familles. Cela reste à nouveau très théorique, avec beaucoup de publications citées, et de noms, comme si Araoz voulait se justifier. C’est une démarche très universitaire, compréhensible quand on cherche à paraître sérieux, mais de peu d’aide lorsqu’on cherche plutôt des techniques : comment faire ? Aucune rien n’est présenté concrètement.
Enfin, Araoz conclut ce chapitre « familial » sur sa pratique, en relatant pendant 8 autres pages quelques exemples parmi les cas qu’il a accompagné. A nouveau, pas de techniques, outre l’application de ce qu’il a déjà expliqué dans le livre. Cela tourne beaucoup autour de son OLDC (Observe, Lead, Discuss, Check)… On comprend que l’hypnose pourrait être bénéfique aux familles, que l’on doit pouvoir faire beaucoup pour elles, en hypnose, mais Araoz reste évasif quant à sa pratique : il dit ce qu’il a fait, mais pas comment il l’a fait. Donc, on n’apprend rien de spécial sur la Nouvelle Hypnose telle qu’il l’a décrite en technique (cf. article précédent).

NOTRE GUÉRISSEUR INTÉRIEUR

Ce très long chapitre 7 est consacré à notre « Docteur intérieur » (« The Doctor Within », Bennett, 1981). A nouveau pas vraiment de rapport avec la Nouvelle Hypnose : Araoz va passer 20 pages à nous expliquer que nous avons un pouvoir de guérison intérieur. C’est intéressant, même si on s’en doutait un peu, et on se trouve à nouveau à côté du sujet principal du livre.

Après 3 pages d’histoire et de théorie, Araoz donne quand même un exemple d’activation de notre « guérisseur intérieur » (‘inner healer ») :
« Sans forcer votre respiration, imaginez simplement ces vagues de santé dans votre corps, qui suivent le rythme de votre respiration. Vérifiez si vous notez quelque chose d’autre dans ces vagues de santé, actives dans votre corps. Y a-t-il un changement dans leur couleur ? Un son ou une musique ? Combien loin peuvent-elles aller à l’intérieur de votre corps ? Doucement, mais très efficacement, vont-elles atteindre la zone de votre corps qui à le plus besoin d’elles ?
Continuez de penser à cette merveilleuse réalité à l’intérieur de votre corps, alors que vous respirez et que vous dites à vous-même : Les forces de santé en moi peuvent devenir de plus en plus fortes (« stronger and stronger »). Je veux avoir plaisir à cette pensée et y revenir de nombreuses fois après l’hypnose. Je veux penser de plus en plus aux vagues de santé en moi, plusieurs fois par jour…Les forces de santé deviennent plus fortes… Les forces de santé… grandissantes, plus fortes avec chaque respiration que je prends. »

Cela ressemble beaucoup à la méthode Coué (dont Araoz parlait en début de livre) ! Le but d’Araoz est de remplacer les auto-suggestions négatives de la personne par ses suggestions hypnotiques positives. L’ensemble ressemble quand même beaucoup à ce que l’on pourrait s’imaginer de l’Hypnose Classique.

Bref, Araoz nous sort une autre ration de références (plus d’une page !) pour prouver que les gens sont souvent en train de se parler, mentalement, et que sa méthode est donc logique pour les aider à aller mieux. Puis, il conclut par une citation avant-gardiste de Bowers (1977), célèbre hypnothérapeute classique, qui dit : « Plutôt que de penser que l’esprit affecte le corps (deux entités de différentes natures interagissant), nous pourrions penser en termes de processus d’information«  ! Ce qui rappelle ce que l’on explique aussi en Hypnose Humaniste.
Le rapport avec le sujet du chapitre n’est pas évident, mais la citation est sympa 🙂 Araoz en donne d’ailleurs une autre à la suite, de Bowers et Kelly cette fois (1979) : « Si nous supposons que le corps et l’esprit sont liés par des processus informationnels, à la place d’être séparés par un abysse philosophique, la guérison hypnotique pourrait davantage être vue comme une voie d’accéder à ces processus, plutôt qu’à un affrontement ancestral entre deux réalités séparées. »
Superbe hypothèse de ces ténors de l’Hypnose Classique, à qui il ne manquait plus qu’une pratique non-dissociante pour accéder concrètement à ces fameux « processus informationnels », comme on apprend à le faire en Hypnose Humaniste !

Mais ce n’est pas le sujet d’Araoz, qui comprend les deux citations de manière superficielle (bien que juste, malgré tout) : « La conséquence de ceci (ci-dessus) est importante. A commencer par le fait que les affirmations d’un médecin, ou les mots utilisés pour décrire un cancer (ou toute autre maladie, d’ailleurs) et son traitement médical, peuvent agir comme de puissantes suggestions hypnotiques qui pourraient affecter le cours de la maladie : des « entrées » verbales (« input », selon le jargon informatique) décodées en « sorties » (« output ») somatiques. »
En fait, cela va même bien plus loin qu’Araoz ne l’imagine… mais, à nouveau, ce n’est pas le sujet de son livre, et l’époque de ces applications plus poussées n’était pas encore venue.

Cela permet tout de même à Araoz de revenir sur l’importance des mots, et donc de reparler de Bernheim et son Ecole de Nancy, dont il cite les hypothèses (Bernheim, 1888) :

  1. La nature du corps humain est d’être en bonne santé et fonctionnel.
  2. Le corps humain a de puissantes ressources pour maintenir sa santé,combattre les pathogènes et se soigner lui-même.
  3. Le corps humain pourra mieux gérer sa guérison si la nutrition et les exercices sont surveillés et améliorés.
  4. Se sentir bien et positif à propos de soi-même est bénéfique au corps humain ; le concept démodé de bonheur facilite la guérison, alors que les émotions négatives sont des obstacles aux forces intérieures de santé.
  5. L’auto-hypnose est un outil mental efficace pour générer des émotions positives à propos de soi.

On comprend là qu’Araoz a quelque peu « modernisé » les propos de Bernheim, ne serait-ce que parce que l’auto-hypnose n’existait pas encore en 1888 sous sa forme actuelle (elle a été formalisée par Oskar Vogt, vers 1900, pendant ses recherches sur le sommeil et l’hypnose, qui furent aussi à l’origine du Training Autogène de son élève, Schultz).
On retrouve aussi dans l’énoncé de Bernheim des principes dictés par Claude Bernard (1850) dans les travaux qui mèneront plus tard au concept d’homéostasie.

Tout ceci amène Araoz à un sous-chapitre sur l’auto-hypnose négative dans lequel il nous parle, entre autres choses, du stress, un notion assez récente à l’époque (Selye, 1976)… Il explique que : « La Nouvelle Hypnose est aidante pour faire glisser notre attention de la maladie vers la santé » (il parle de l’effet des suggestions hypnotiques censées remplacer les auto-suggestions négatives de la personne) mais précise que : « L’auto-hypnose positive ne sera pas efficace dans l’auto-guérison si la personne ne corrige pas les abus qui pourraient influer sur le cours naturel du processus de guérison. Les abus communs tournent autour de la diète, de piètres habitudes de travail et d’un manque d’exercices adéquats. Il est très important d’insister auprès de nos clients sur le besoin de contrôler le tabagisme excessif ou l’alcoolisme, aussi bien que la conscience d’un régime général nécessaire à leur bon équilibre. »

Même si ces conseils semblent logiques, il parait curieux qu’un hypnothérapeute demande à ses patients de veiller à leur alimentation (même si, bien sûr, c’est important, cela n’a rien à voir avec la psychothérapie) ou de tenter de contrôler consciemment des « mauvaises habitudes », addictions ou compulsions… Mais, sans doute, à l’époque, les hypnothérapeutes n’avaient pas encore de bons protocoles pour les aider en hypnose, sur ces points ?
Toujours est-il qu’Araoz insiste sur l’importance des pensées positives en disant : « La triste vérité est que ce négativisme outrepasse les pensées négatives. » Et Araoz dit que « cette vérité était aussi connue des anciens » et cite ensuite différents livres, tels que le Livre des Morts tibétains, la sagesse Zen, qu’il oppose au « dictat cartésien« … Bref, on sent que les années hippies et le New-Age ne sont pas loin 😉

Araoz commence alors un sous-chapitre sur « Une attitude de santé » en parlant de la vision de l’Inconscient d’Erickson : « La vision bienveillante de notre esprit inconscient est une caractéristique de la vision non-psychanalytique prônée par les successeurs d’Erickson. (Pour eux) Si l’hypnose est une activité de notre esprit, naturelle et bonne pour la santé, alors la partie de notre système nerveux responsable de l’expérience d’hypnose est considérée comme positive. »
J’étais en train de songer que cette description était un peu simpliste, lorsqu’Araoz recadre à la suite ces propos : il explique que cette vision éricksonienne peut certes sembler « naïve » (c’est son qualificatif), mais il reprend ce qui a déjà été dit sur la capacité naturelle d’auto-guérison de notre corps et la met en parallèle… pour arriver à la conclusion intelligente que : « L’appel à un Inconscient bienveillant est une tentative de restaurer son influence bénéfique et positive, plutôt que d’assumer qu’il est intact. Ce que la plupart des thérapies tentent de faire est de purifier l’Inconscient de manière à ce que la personne puisse bénéficier de ces fonctions bienveillantes originelles. »
C’est ce que j’écrivais aussi dans l’introduction de mon livre « Hypnose » (2001), à propos de la nouvelle hypnothérapie : « Il s’agit simplement de la remise en route ou la stimulation de processus naturels d’évolution, provisoirement stoppés ou freinés. »

La Nouvelle Hypnose ne voit pas l’Inconscient comme « tout noir » (Freud) ou « tout blanc » (Erickson), mais avec lucidité, comme un grand « nous-même intérieur », à l’origine naturellement bienveillant, mais qui peut devenir nocif ou négatif à cause des blessures de la vie… En soignant notre Inconscient, en lui permettant de retrouver l’espace de son auto-guérison, aussi, il reprend le cours naturel de ses activités protectrices, et tout va alors mieux dans notre vie !
« Ma méthode de Nouvelle Hypnose assume la nature bienveillante de l’Inconscient et tente de restaurer ses fonctions originelles » écrit Araoz.

Il donne ensuite deux exemples de phrasé qui s’appuient sur cette idée :

(Après l’induction hypnotique) « Maintenant que vous êtes relaxé, notez la douceur de votre respiration. Votre corps a trouvé son propre rythme confortable de respiration. Il est possible que vous en profitiez encore plus. Chaque respiration peut être agréable. Pensez à votre respiration comme connectée à votre énergie de santé. Imaginez vos énergies de santé devenir plus fortes, plus actives à chaque respiration. Vous pouvez devenir curieux à propos de cette énergie de santé. Comment apparaît-elle dans votre esprit ? (Laissez la personne répondre) Quelle sorte de force est-ce, qui s’écoule à travers votre corps ? Maintenant au travail dans chaque partie de vous. » (Etc.)

Ou avec la métaphore du « docteur intérieur » :
« Connectez-vous à votre docteur intérieur. Ok ? D’abord, relaxez-vous, juste comme ça… vos yeux fermés et laissez chaque respiration vous amener plus près de votre docteur intérieur à vous. Laissez-le venir à votre aide. Êtes-vous en contact avec lui ? (La personne hoche la tête) Focalisez-vous maintenant sur votre douleur. Laissez le docteur intérieur donner à votre douleur une personnalité, une vie propre. Vous êtes encore avec moi ? (Le patient hoche la tête une fois de plus) Maintenant, vous pouvez parler directement à votre douleur. Ok ? Demandez-lui ce qu’elle fait ici. Sa présence est-elle un message ? Prenez votre temps. Ecoutez votre voix intérieure. Votre docteur intérieur est au travail en ce moment même. Posez-lui la même question encore. Comment puis-je sortir de cette douleur maintenant ? Comment puis-je faire ? Que dois-je faire pour stopper cette douleur ? »

Dans le premier exemple, on voit que la syntaxe est toujours très « classique », avec des phrases affirmatives (« votre corps a trouvé son propre rythme ») voire impératives (« Notez » ceci, « Pensez » à cela, « Imaginez »…). De nos jours, en Nouvelle Hypnose, on serait plus doux et aussi beaucoup plus technique dans le langage – ce qu’Araoz prônait mais n’appliquait pas, d’après ce que l’on peut lire des différents exemples de son livre (cf. aussi les articles précédents).

Et dans le deuxième exemple, Araoz personnalise la douleur, un peu comme on le fait aussi en Hypnose Humaniste. Mais on voit qu’il a des problèmes à faire parler la personne, à ce qu’elle prenne conscience ou juste qu’elle réussisse à garder conscience (« Vous êtes encore avec moi ? ») et donc que la personne peine à obtenir sa réponse (« Posez-lui la même question encore« )…
C’est formidable qu’Araoz ait eu cette idée de personnaliser la douleur, mais tenter cela avec une induction hypnotique dissociante (qui « endort » la personne, par séparation du conscient et de l’inconscient) et ensuite lui demander de prendre conscience d’un mécanisme inconscient (sic !)… c’est se mettre soi-même dans les ennuis – même si, bien sûr, on comprend qu’il ne pouvait pas faire autrement, à l’époque, puisque les inductions associantes n’existaient pas encore…

En Nouvelle Hypnose, tout comme en Hypnose Classique ou Ericksonienne, on ne demande pas à la personne d’agir sur elle-même (sinon, à quoi sert de faire de l’Hypnose ?), on active son Inconscient afin qu’il fasse le travail grâce à des capacités et ressources inaccessibles à la personne : essayez de stopper volontairement une douleur ou de faire partir un eczéma par la force de votre volonté !… Pourtant ce sont des choses faisables en hypnose, en laissant agir l’Inconscient.

Et voilà qui termine ces deux chapitres et la « Partie III ».
La « Partie IV », composée de deux longs chapitres de 25 pages, est faite du récit de deux cas traités par Araoz en Nouvelle Hypnose : « Une famille modèle » (chapitre 8) et « Un papa comme aucun autre » (chapitre 9). On n’y apprend rien de nouveau, si ce n’est lire Araoz à l’oeuvre. Je vous ferai donc grâce du détail de ces longues pages de transcriptions de séances, surtout utiles lorsqu’on apprend à pratiquer.

Enfin, l’Épilogue permet à Araoz de remercier encore ceux qui l’ont aidé dans la réalisation de sa Nouvelle Hypnose et d’écrire : « La Nouvelle Hypnose est un toast personnel aux rêves brisés et aux nouveaux arcs-en-ciel. C’est la révélation de mon travail et mon héritage professionnel. Bien qu’il n’y ait « rien de nouveau sous le soleil », une nouvelle construction sur une ancienne a le pouvoir de l’enrichir. La Nouvelle Hypnose essaie de montrer cette possibilité d’enrichissement à ceux qui ont pour tâche d’aider les autres à aller au travers du processus de metanoia. »

FIN

🙂

 

UNE BELLE IDÉE SANS SUITE ?

Qu’est devenue la Nouvelle Hypnose d’Araoz ? L’avenir nous montre qu’il n’a pas su développer, ni propager, ses bonnes idées d’Hypnose collaborative, sophistiquée au niveau du langage, moderne et prenant en compte les émotions de la personne, son développement personnel et son autonomie (à travers l’auto-hypnose, etc.)…

Vous avez pu lire dans cette série d’articles combien Araoz a établi les concepts, les théories, mais trop peu d’applications pratiques au final. Il nous propose 12 techniques, certaines simplistes, d’autres peu utilisables aujourd’hui, et d’autres encore très bonnes mais qu’il ne semble pas maîtriser du tout (les métaphores, par exemple)… Pourtant, l’idée d’une Nouvelle Hypnose est bien là !

Daniel Araoz en 2008

Suite à l’écriture du livre « The New Hypnosis« , sujet de cet article, la pratique d’Araoz ne « décollera » donc pas, peut-être à cause de son âge (55 ans au moment de l’écriture du livre). D’un côté, il n’a pas su en faire la promotion, et de l’autre, la figure emblématique d’Erickson est devenue au même moment « légendaire », de là à masquer les autres formes de travail thérapeutique en Hypnose.
André Weitzenhoffer, célèbre hypnothérapeute, chercheur en hypnose, collègue et ami d’Erickson écrivait cela : « Au fil des années, depuis sa mort, Erickson est de plus en plus devenu une légende vivante, et comme cela se produit avec les légendes, une quantité croissante de faits plus ou moins fictifs a commencé à s’accumuler à son sujet. »

Toujours cantonnée aux USA, s’en suit pour la Nouvelle Hypnose d’Araoz une longue période d’absence jusqu’en 1998 (Araoz a alors 68 ans) où le terme « New Hypnosis » est cité dans un congrès éricksonien comme un équivalent de l’Hypnose Ericksonienne : !?? Ce qui est contraire aux idées d’Araoz (cf. l’épisode 2 de cet article)…
Araoz a dû finir par se faire engloutir par la masse grandissante des « éricksoniens » à la mode à l’époque – lesquels avaient peut-être déjà aussi commencé à reprendre à leur compte les principes d’Araoz, pour une pratique plus douce et actualisée de l’Hypnose (ce qui a participé au succès de la soi-disant « hypnose éricksonienne »).
Pourtant, cette même année, était publié aux USA le livre d’Araoz « The New Hypnosis in Sex Therapy« , avec des exemples de séances dont le protocole sous-jacent, reconnaissable mais pas identifié par Araoz, ressemble beaucoup (en plus simple et plus flou) à la THI utilisée aujourd’hui en Nouvelle Hypnose francophone (inspirée de la TCC)…

Puis le terme « New Hypnosis » disparut à nouveau, dans son sens originel (décrit dans le livre et dans cet article), cette fois-ci complètement.

~oOo~

Aujourd’hui, le terme « New Hypnosis » a disparu aux USA. On ne trouve en recherchant sur Google qu’un institut de « new hypnosis » à San Rafael, en Californie, qui présente un mélange d’hypnose new-age, de PNL, de chamanisme et de travail sur les chakras, sans jamais citer Araoz (et pour cause, leur pratique n’a aucun rapport avec lui ! 😉 )…
Et Amazon n’affiche aucun livre de « new hypnosis« , autre que quelques vieux livres d’Araoz, d’occasion.

A la fin des années 1990, Daniel Araoz, ne voyant pas « décoller » sa pratique, et la vieillesse venant (puisqu’il est né en 1930), avait fini par céder aux sirènes de la mode éricksonienne et par abandonner ses idées sur Bernheim, le langage, une hypnose modernisée et le fait que « la Nouvelle Hypnose doive beaucoup à Erickson, bien sûr. Mais elle est beaucoup plus que « Ericksonienne ». » On le voit invité dans quelques congrès éricksoniens, ce qui achève de dissoudre dans l’esprit des gens la différence qu’il souhaitait établir pour sa Nouvelle Hypnose.
Les tenants de l’Hypnose Classique et surtout les praticiens de plus en plus nombreux à l’époque de l’approche d’Erickson, avaient absorbé et fait disparaître les idées novatrices du bon Araoz, malgré ce qu’en disait Ernest Rossi lui-même en 1985 : « Mes 12 ans d’études avec Milton H. Erickson (ont été) comme une route personnelle vers la Nouvelle Hypnose » (cf. article 1)…

Heureusement pour la Nouvelle Hypnose, depuis le début des années 1990, ayant acheté le livre d’Araoz, ma pratique de jeune hypnothérapeute s’était naturellement appuyée sur ses belles idées… Faute de techniques précises décrites dans le livre, j’avais développé pour mon usage en thérapie un langage hypnotique efficace, doux et plus conforme aux attentes de mes patients.
C’est le langage en apparence simple et pourtant techniquement assez sophistiqué que l’on connait aujourd’hui en Hypnose, qui s’est diffusé naturellement lorsque j’ai commencé à donner des formations, en 1995, d’abord à quelques collègues proches, puis de villes en villes, jusqu’à toucher de plus en plus de monde !

Ce nouveau langage hypnotique, présenté dans mon livre « Hypnose » (écrit en 1999-2000 et publié en 2001), est un mélange des anciennes suggestions chères à Bernheim, modernisées, et des astuces et exceptions de langage repérées chez Erickson par la PNL (Milton-modèle), remises en forme et surtout adaptées par mes soins à la pratique de la Nouvelle Hypnose en français.
Ajoutez ensuite quelques techniques personnelles de communication hypnotiques (métaphores sur 7 niveaux, saupoudrage complexe, etc.), enveloppées d’un esprit humaniste provenant de ma pratique de l’Hypnose (antérieure à ma découverte d’Araoz et d’Erickson) et vous voilà avec la recette de la Nouvelle Hypnose à ma façon.

Cette « Nouvelle Hypnose francophone » en devenir se construisait tranquillement, au gré de mes consultations, suivant les réactions de mes patients (à l’époque, beaucoup de personnes handicapées : moteurs, mentaux, non-voyants, etc.).
Les techniques d’induction hypnotique devaient également être remises au goût du jour, sur la base, bien sûr, de l’Hypnose Classique. Il n’existait pas d’autres inductions, puisqu’Erickson utilisait soit des inductions classiques, soit il improvisait ; de plus, il ne souhaitait pas établir de protocoles ou de techniques fixes (aspec « utilisationnel »).
Là aussi, ces inductions centenaires étaient modernisées, adoucies, assorties de certaines des ruses d’Erickson (approche naturaliste) et aussi des idées collaboratives d’Araoz, dans un esprit proche du « développement personnel » apparu dans les années 1970-1980 et dont on ne se passerait plus : métaphores, beaux voyages intérieurs, régressions dans le temps (sans limites !), travail sur les émotions, etc.

De même, j’avais aussi modifié les structures que j’avais apprises en PNL pour les rendre « hypnotiques » car, utilisées telles qu’elles, mes patients les trouvaient « bizarres » et peu efficaces (ce n’est pas faute d’avoir essayé !). Les gens ordinaires, en thérapie, ne sont pas tous prêts à parler à leurs mains ou à modifier des images intérieures ! Mais, activer ses ressources profondes, laisser faire son Inconscient, ça c’était facile et agréable.
Apparaissent donc des protocoles : la Nouvelle Hypnose francophone propose ainsi des « méthodes à suivre », des procédures, comme Rossi en avait fait connaître le premier dans l’Histoire de l’Hypnose (alors qu’il travaillait pourtant encore avec Erickson, l’homme anti-protocoles !), mais plus complets (car ceux de Rossi faisaient toujours 3 points, en 3 questions).
La PNL et certains courants New-age avaient aussi commencé à utiliser de telles structures d’intervention, faciles à suivre pour un débutant. Il ne manquait plus qu’à faire de même pour la pratique de l’Hypnothérapie, autrefois difficile d’accès. Donc, simplifier la pratiquer, oui, mais toujours avec des protocoles de niveau professionnel, utilisables en thérapie auprès de cas parfois difficiles…
La Nouvelle Hypnose francophone allait ainsi rendre accessibles à la compréhension et à la pratique du plus grand nombre les techniques de travail en Hypnose, grâce à des « guides de pratique » en plusieurs points, adaptés aux différents cas de figure rencontrés en thérapie ou en coaching !

Cela aussi s’est propagé et, aujourd’hui, bien rares sont les écoles d’Hypnose qui ne proposent pas, même renommées autrement, l’un des protocoles présentés depuis 1995 dans les toutes premières formations de l’IFHE et, comme je vous l’écrivais plus haut, dans mon livre « Hypnose« .
Ce livre, qui dépasse aujourd’hui les 150.000 exemplaires vendus, diffuse toujours en France et dans les pays francophones, cette nouvelle approche de l’Hypnose, plus douce, certes pratiquée dans un esprit de développement personnel, mais avec une grande rigueur et sophistication technique, qui participe grandement à son efficacité.
Après la sortie de ce livre, la Nouvelle Hypnose francophone remplaça quasi immédiatement, dans la pratique des hypnothérapeutes francophones et de beaucoup de pnlistes, l’approche certes efficace mais peu reproductible (et parfois brutale) du « sage de Phoenix » ou les structures simples de la PNL, accessibles mais souvent limitées.

L’approche d’Erickson que j’avais connue dans les années 1990, enseignée au compte-gouttes aux professionnels de la santé (dans des instituts le plus souvent fermés au grand public), a fait place à une pratique plus facile, plus douce, plus adaptée à la thérapie ordinaire, en laissant au monde médical la partie difficile : tout ce qui concerne les maladies physiques lourdes ou la psychiatrie.
Aujourd’hui, l’IFHE forme en moyenne 1000 personnes par an, essentiellement pour leur développement personnel, bien qu’un grand nombre continue l’apprentissage jusqu’au niveau nécessaire pour pratiquer l’hypnothérapie, professionnellement. Les groupes sont hétéroclites, majoritairement féminins, de toutes professions ou toutes origines sociales… L’Hypnose s’est démocratisée !

~oOo~

J’espère que cet article vous a permis de mieux cerner ce qu’est la Nouvelle Hypnose, telle qu’Araoz l’avait souhaitée, de comprendre ses origines, sa philosophie, et par-là même de mieux mesure la différence avec les autres formes d’Hypnose : le « saut quantique » qu’Araoz a su engendrer entre les « hypnoses appliquées sur la personne » (classique et éricksonienne) et la pratique moderne de la Nouvelle Hypnose, collaborative, structurée et technique – et même sans perte de conscience, avec l’Hypnose Humaniste, née avec le nouveau millénaire.

Vous n’avez donc plus de raison de vous mélanger et d’appeler improprement « éricksonienne » une Nouvelle Hypnose apparue après la mort d’Erickson, que celui-ci n’a jamais pratiqué et qui est, en plus, bien loin de sa manière de penser !

En vous souhaitant succès et bonheur dans votre pratique de la Nouvelle Hypnose, que ce soit pour votre usage personnel (ou familial) ou auprès de vos patients.

La Nouvelle Hypnose : le livre ! (Episode 4/5)

Abordons maintenant le chapitre 3, sur « Les techniques de transformation intérieure » …

(Voir la première page du chapitre) « Le but ultime de toute intervention hypnotique en thérapie est le changement. Mais puisque le changement, pour être efficace, doit venir de notre « soi intérieur », je préfère l’ancienne expression grecque de metanoia… »

Araoz commence par nous redire ce qui doit être, selon lui, la source du changement. Il utilise le terme grec de metanoia dans une acceptation « arrangée », car l’originale peut avoir une connotation de « repentir », très judéochrétienne.
La version d’Araoz est plus saine et, aussi, assez simple : « La metanoia signifie un changement drastique de la perception de soi-même et de son monde. C’est un changement dans son image du monde, l’élément constant à la racine de tous les problèmes émotionnels humains. »

Araoz, suivant Watzlawick (1978), propose donc : « La solution (…) est un changement dans notre image du monde qui, doucement, doit devenir plus en harmonie avec le monde extérieur, aussi longtemps que l’on assume que ce dernier ne peut pas être changé. » Ce qui est une idée très épicurienne du changement : parvenir à accepter ce que l’on a… (à l’opposé des humanistes, hédonistes, qui ont une philosophie du plaisir, mise en contexte dans un mécanisme d’évolution, donc de changement, du monde).

La Nouvelle Hypnose, selon Araoz, propose ainsi 12 techniques, qui peuvent être classées en 2 catégories, les techniques somatiques et les techniques mentales :

Extrait du livre « The New Hypnosis » (Araoz, 1985)

  • Techniques somatiques : Relaxation, Pont somatique, Biofeedback subjectif
  • Techniques mentales :
    • Dissociantes : Dissociation, Activation de parties de la  personnalité, Matérialisation
    • Modifications du temps : Transfert de ressources intérieures, Pont émotionnel, Revécu, Recherche mentale
    • Paradoxales : Paradoxes, Paraboles

Avant d’expliquer en quoi consistent ces techniques plus ou moins nouvelles, Araoz nous rappelle que, selon Kaplan (1976), il y a 3 niveaux d’intervention « pour toutes formes de psychothérapie orientée vers le changement » et que de « les omettre ne pourrait qu’entraîner confusion et perte de temps » :

  1. Le niveau du symptôme : et Araoz précise que la plupart des techniques de Nouvelle Hypnose seront efficaces à ce niveau et que « selon (son) expérience, plus de 80% de tous les cas de thérapie peuvent être résolus à ce niveau. » Et si ce niveau ne règle pas la situation, il faut « bouger vers le niveau suivant » :
  2. Le niveau de l’Insight I (prise de conscience de surface) : où le thérapeute aide la personne à faire les liens entre son symptôme et certains éléments évidents de sa vie, ce qui, toujours d’après Araoz, devrait régler 12-15% des problèmes qui auraient résisté au premier niveau de traitement. Et « seulement si ces deux premiers niveaux ne produisent aucun résultat, alors le thérapeute doit bouger vers le niveau suivant » :
  3. Le niveau de l’Insight II (prise de conscience profonde) : où le thérapeute aide la personne à faire les liens « entre sa psychodynamique et son histoire personnelle. »

Araoz prévient que le « biais de la psychanalyse est d’ignorer les deux premiers niveaux, ce qui prolongera souvent inutilement l’intervention thérapeutique. »
On reconnait là l’influence de la TCC et d’Erickson : « Pourquoi, on s’en fiche ; seul importe comment changer ! »
Araoz explique, comme le font les gens de la TCC et de la PNL, que les substitutions de symptôme (si on ne prend pas en compte la cause d’un problème) « primo, sont loin d’être universelles et, secundo, que si on ignore les deux premiers niveaux d’intervention, on exclut souvent la croissance personnelle chez le client. »

On reconnait bien l’école américaine, moins influencée que nous, en Europe, par la Psychanalyse et le goût de comprendre. Ces idées sont connues dans le domaine de la Thérapie brève, mais le fait d’ignorer la cause ne s’applique que dans le strict cadre de la « thérapie » : le traitement de problèmes simples, fonctionnels, sans cause psychologique profonde (émotionnelle), ni familiale, ni relationnelle… La personne retrouve le bien-être, mais sans changer elle-même.
Essayez de faire de la « psychothérapie » (aider une personne à aller mieux grâce à un changement en profondeur) sans quelle ne comprenne rien à sa vie (pas de prise de conscience, donc pas de changement personnel) et par une simple action mécanique sur l’Inconscient (type arrêt du tabac, pipi au lit, etc. avec des suggestions ou des métaphores)… Si vous trouvez le moyen de faire cela, je veux bien le récit détaillé du cas en question ! 😀 En l’état actuel, ce n’est pas possible.
Donc, l’affirmation d’Araoz est à modérer : oui, on peut travailler sans se soucier de la cause d’une situation, tant que l’on reste dans le cadre de la thérapie.

Ensuite, la seconde idée d’Araoz, sur le fait que comprendre (faire des liens profonds entre le symptôme et son histoire personnelle) irait contre la « croissance personnelle » du patient… ??… Cela aurait été intéressant qu’il développe sa logique, car cette seule affirmation n’a pas vraiment de sens. D’où provient cette curieuse idée ? On ne comprend pas trop car c’est justement la prise de conscience qui fait l’évolution de la personne. D’autant qu’Araoz dit juste avant dans son livre que le véritable changement doit se faire par une transformation profonde de la personne !

Bon. Quoi qu’il en soit, Araoz explique enfin ses « techniques » de Nouvelle Hypnose

TECHNIQUES SOMATIQUES

Il y en a donc trois :

  • La Relaxation
    Très classique depuis les années 1970 où l’Hypnose et la Sophrologie étaient présentées dans les mêmes livres (cf. ouvrages du Prof. Cherchève, en France). Araoz décrit une induction basée sur l’observation de sa respiration et sur des suggestions directes : « Alors que vous respirez, pensez à la relaxation… comme si vous étiez en train d’observer votre corps entier, votre corps entier se relaxe… se r-e-l-a-x-e réellement… Profitez de la relaxation… Laissez-la arriver. Maintenant (« right now »). » Donc, une approche très classique et très directe. Araoz rappelle les bénéfices de la relaxation, en expliquant que la majorité des personnes que l’on recevra en thérapie en aura besoin et en précisant que « le principal n’est pas tant la relaxation musculaire que la paix intérieure. »
    Pour les personnes particulièrement stressées, Araoz préconise l’induction classique par « contraction-relaxation » (enseignée en Praticien 1 à l’IFHE). Araoz explique comment le lien peut être fait entre relaxation musculaire et relaxation intérieure : « Alors que vous laissez votre respiration souffler au-dehors vos tensions – comme de petites particules de poussière quittant la tension de vos muscles – laissez votre respiration remplir votre esprit de bonnes pensées. Laissez votre respiration vous remplir de paix et de sécurité intérieure. »
  • Le Pont somatique
    Comme on pouvait s’en douter à l’intitulé, Araoz explique que sa technique dérive du « pont affectif » de Watkins (1971) mais qu’au lieu de s’en servir pour aller à la recherche d’un ancien événement de la vie de la personne, sa technique est « similaire au taitoku oriental ou au body-thinking. » Grosso modo : Araoz explique que le thérapeute va guider la personne à faire un lien entre ses sensations physiques (liées au symptôme ou à la plainte) et des causes émotionnelles supposées (alors que dans le « pont affectif » d’origine, on demande à l’Inconscient de faire ce travail de recherche, en explorant les événements passés, et de donner ensuite le résultat au conscient). Je n’ai pas pu trouver d’information pertinente sur le « body-thinking » et rien du tout sur le « taitoku »… Araoz explique que sa technique « est un moyen d’utiliser la conscience de son corps pour faciliter la conscientisation d’émotions refoulées. » Il explique aussi que « le Pont somatique est efficace avec les personnes qui sont trop cerveau gauche ou qui n’ont jamais développé de capacités intuitives, symboliques ou émotionnelles, cerveau droit. » A première vue, il parait curieux de demander à des personnes qui, justement, ne sont pas portées sur l’intuition… d’avoir de l’intuition (le « pont affectif » original ne demande aucun prérequis et fonctionne chez tous) ! Mais bon, voyons la suite.Voici l’exemple de phrasé que donne Araoz : « L’hypnothérapeute invite la personne à simplement s’asseoir et à porter attention à son corps : « Le but ici n’est pas de parler, mais d’expérimenter. De quelles parties de votre corps êtes-vous conscient, maintenant ?… Devenez simplement conscient d’une partie. Restez dans cette conscience. Ne parlez pas. Ne faites rien. Laissez la distraction aller et venir. Juste, entrez dans la conscience de votre corps plus pleinement. »
    – 
    Seulement lorsque le client est impliqué dans la conscience du corps, il peut décrire ce qu’il a expérimenté. Alors, l’hypnothérapeute peut continuer : « Maintenant, laissez la conscience de votre corps vous guider vers quelque chose qui est caché dans les recoins de votre esprit. Demandez-vous juste ce qui va arriver : des mémoires, des images, des joies, des peines. Tout ce qui survient est OK. Votre esprit intérieur va vous parler d’une nouvelle manière à travers votre corps. Prenez votre temps. Laissez ça arriver et vous apprendrez d’importantes choses à propos de vous. Vous serez agréablement surpris
    . »
    Araoz dit que : « Fréquemment, une foule de mémoires pleines de sens et de connexions psychologiques se précipitent à la conscience, donnant au client du matériel thérapeutique significatif avec lequel travailler. » Araoz parle ensuite du fait qu’à peine les gens ont eu la conscience de quelques symboles intérieurs, il veulent en connaître le sens, ce qu’il met sur le compte de « l’inconfort de simplement être et expérimenter. » Ce à quoi il répond : « Vous saurez bien assez tôt. Maintenant, restez simplement avec ça. Ce respect sensible pour tout matériel venant de l’esprit inconscient n’est pas une forme d’anti-intellectualisme mais plutôt une approche holistique d’être vivant. La compréhension vient après l’expérience. »
    Araoz conclut ensuite que le Pont somatique est à utiliser lors de cas… somatiques (!)… tels que « de la fatigue, une légère douleur, un mal de tête ou tout ce qui est similaire. » Il rappelle l’importance d’un diagnostic médical préliminaire et le fait de ne pas utiliser cette technique chez des personnes psychotiques. « L’hypnothérapeute expérimenté évaluera la force psychologique de ses clients avant de leur présenter cette technique somatique ou une autre. »
  • Le Biofeedback subjectif
    « Cette technique commence avec une image mentale ou une mémoire, provenant du client. L’attention est alors portée sur la manière dont le corps réagit à l’activité mentale. Finalement, du sens va émerger de cette connexion. »
    Araoz demande ensuite au lecteur d’en faire l’expérience : de penser à quelque chose de triste et d’observer comment son corps réagit. Puis de penser à une expérience joyeuse et de noter la différence. Et conclure ensuite que la séparation « corps-esprit » n’est que théorique, puis « à la fin, de vérifier si un quelconque sens émerge de cette connexion spontanée. Si non, répétez l’expérience jusqu’à ce que l’esprit conscient devienne conscient (« aware ») de ce lien et comprenne d’une manière subjective unique ce que cette connexion signifie pour vous. »
    Alors, cela ressemble beaucoup à la « suggestion ouverte » de l’Hypnose classique, où l’on demande à la personne, de façon non-spécifique, de noter une réaction physique ou psychologique, en suggérant discrètement que celle-ci va en entraîner d’autres, qui auront un sens profond pour elle (mais sans lui dire quoi, ni quel sens, bien sûr).
    – 
    A nouveau, Araoz nous rappelle que les Occidentaux ne sont pas familiers des expériences vécues et qu’ils préfèrent l’intellectualisation. Il cite Ignace de Loyola, lorsque celui-ci expliquait que : « Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui rassasie et satisfait l’âme, mais de sentir et de goûter les choses intérieurement. » Araoz pense que cette technique permet à une personne trop dans le mental de renouer avec ses émotions, ce qui est évidemment toujours bénéfique. Pas sûr que sa technique suffise à réassocier une personne habituée à vivre dans le mental, mais bon, si elle pratique tous les jours et que faire attention à ses intuitions devient une habitude, ça ne peut que lui faire du bien.Araoz raconte ensuite le cas d’un jeune homme, reçu en sexothérapie (le métier d’Araoz) pour un blocage. Le jeune homme en hypnose fut conduit à penser qu’il y avait un lien entre son sexe, son cœur et sa tête : « Ils sont tous connectés (…) Expérimentez pleinement cette connexion (…) Dites-vous que votre esprit profond a trouvé une connexion entre votre tête, votre cœur et votre pénis. Faites confiance à votre esprit intérieur. Dans les prochains jours, vous en comprendrez plus sur cette connexion. Accueillez tout ce que votre esprit intérieur veut faire avec cette connexion. » Le tout, suivi de quantités de suggestions directes de renforcement du moi, stipulant que le jeune homme va bientôt pouvoir profiter de sa vie sexuelle.
    Alors, le mécanisme thérapeutique n’est pas évident, mais si le jeune homme accepte les suggestions d’améliorations, il est compréhensible que cela ait pu lui faire du bien et débloquer sa situation (après 8 séances, sur deux mois, quand même).
    Araoz pense que « le client a expérimenté un changement en croissance (« growthful change ») sans compréhension de la dynamique qui a permis cela. » Je ne suis pas certain que le jeune homme ait réellement « grandi », même s’il va mieux, surtout s’il n’a pas compris ce qui lui est arrivé. Araoz exagère un petit peu l’impact de sa technique (l’enthousiasme, sans doute !).

Araoz conclut cette première partie technique en disant que l’Hypnose classique aussi utilise ce genre de signaling (Cheek & LeCron) ou de réponse idéomotrice (depuis Bernheim), mais que son approche est « moins artificielle et plus naturelle et spontanée que la réponse traditionnelle avec les doigts (…) et que la Nouvelle Hypnose ne rejette pas ces techniques mais préfère une approche plus naturaliste. »

TECHNIQUES MENTALES

Araoz commence cette seconde partie en expliquant que « bien que toutes les 12 techniques se rapportent essentiellement au mental, c’est-à-dire qu’elles impliquent les capacités mentales, le prochain groupe ne se focalise pas autant sur l’expérience physique que les techniques somatiques. Les techniques mentales sont plus spécifiquement utilisées pour modifier notre perception de nos problèmes et pour faciliter la metanoia » (la transformation intérieure de la personne).

On commence avec…

# Les techniques dissociantes

  • La Dissociation
    Araoz explique cette « technique » par un exemple : il raconte le cas d’une femme que ses enfants avait « abandonné » (selon sa propre expression), suite à son divorce. Ils préféraient rester avec leur père et ne venaient plus la voir, ce qui la faisait souffrir. La « dissociation » consiste, selon Araoz, à apprendre à la personne à se détacher de ses émotions négatives en faisant de « petits voyages en esprit« , des « rêves éveillés plaisants ou amusants » (réalisés en hypnose, avec le thérapeute, puis en auto-hypnose, une fois qu’elle sait faire) « qui lui permettent de laisser derrière elle ses émotions douloureuses« . D’abord, explique Araoz, cela ne fonctionne qu’un temps, et puis avec la pratique, la personne finit par oublier ce qui lui faisait du mal… « Et en moins de deux mois » (explique Araoz) « elle avait décidé que ses enfants étaient émotionnellement toxiques pour elle et qu’elle ne les contacteraient plus. »
    J’imagine que, dans le cadre strict d’une thérapie (retirer une épine douloureuse sans changer la personne), on peut accepter ce genre de « technique »… Mais je comprends aussi qu’apprendre cela à un patient fasse bondir d’horreur les psys traditionnels (ou humanistes), car on vient d’aider la personne à refouler une émotion négative sans la traiter, ce qui est exactement le mécanisme pour créer une future somatisation (une maladie physique provoquée par un souci psychologique non-traité)… D’ailleurs, Araoz ne s’attarde pas trop et la « technique » est bouclée sans autre explication que son cas, en seulement une page.
    – 
  • L’Activation des parties de la personnalité
    « Cette technique, comme le « Pont somatique », est aussi un emprunt à Watkins (1978). Elle pourrait être appelée « la division saine de la personnalité ». Elle consiste à prendre pour habitude de ne pas considérer les émotions, pensées, humeurs ou action comme « émanant de moi » mais comme « venant d’une part de moi. »
    C’est un élargissement de la notion d’Inconscient, en somme. On pourrait expliquer à la personne que ses émotions sont fabriquées par son esprit profond, émotionnel, et que « elle » (consciente) ne fait que les subir ou ressentir – ce qui permet d’en atténuer un peu l’impact ou d’agir sur elle avec un peu plus de distance. « Mon Inconscient souffre, que puis-je faire pour l’aider ? »
    Ici, Araoz, suivant Watkins, mais de manière moins analytique, propose de scinder l’Inconscient en « parties de la personnalité » (ce qui a été repris aussi par la PNL avec le « Modèle des Parties ») et lorsque la personne souffre, elle peut se demander : « Quelle part de moi a quelque chose à dire ? »
    Araoz explique que : « Vérifiez les parties de vous » devient une injonction constante. » Il propose aussi de ne pas simplement parler à la partie de soi, responsable des émotions, mais de devenir elle (restant ainsi congruent avec ce qu’il professait dans la partie « Techniques somatiques »). Il dit que : « Cette technique a beaucoup de possibilités, limitées seulement par l’imagination de l’hypnothérapeute et du client, et la peur de paraître idiot. »
    Courte technique, donc, présentée en moins d’une page, mais dans laquelle on reconnait la future « Reconstruction Hypnotique » de la Nouvelle Hypnose francophone…
    – 
  • La Matérialisation
    « Ceci est une autre forme de dissociation où l’on sépare le client de son problème. Toutefois, la différence est essentielle. Ici, le problème n’est pas laissé derrière mais visualisé et expérimenté différemment. »
    Araoz explique que le thérapeute va partir de l’émotion du client et « en utilisant la Nouvelle Hypnose, il va encourager quelque chose d’expérientiel (cerveau droit) en suggérant que le client imagine son émotion sous une forme matérielle ou comme un objet qui lui est familier. Est-ce que l’émotion devient une brume ou une obscurité profonde ou un son cacophonique ou comme l’expérience de tomber d’une grande hauteur ? Est-ce qu’il y a une image mentale pour cette émotion ? »  On reconnait le début d’un travail symbolique, mais réalisé avec une personne dissociée, avec des suggestions du thérapeute, et dans le but de séparer la personne de son problème, donc pas du tout comme on le ferait en Hypnose Humaniste (technique de « Thérapie Symbolique »).
    – 
    « Habituellement, l’hypnothérapeute donne au client des options pour que ses représentations ou images mentales soient visuelles, kinesthésiques, auditives et même olfactives ou gustatives. Le client entre en contact avec quelque symbole de son état psychologique. Si non, des mémoires surviennent ou d’autres associations sont prêtes à être faites. » »Si le client est capable de produire une image mentale ou un symbole, le thérapeute lui demande de rester avec et de se concentrer sur l’impression et l’expérience intérieure afin de les faire complètement siennes. A ce point, une expansion de conscience (« expansion of consciousness or awareness ») a lieu. »
    C’est ce que l’on peut appeler : de l’optimisme ! 🙂 Les hypnothérapeutes formés à guider la personne dans un travail symbolique vont être effarés des imbroglios, mélanges et raccourcis du bon Araoz, mais il faut se souvenir que l’on est qu’en 1985 et que l’Hypnose qui existait jusque-là était soit la « Classique » (simple et souvent directe) ou l’Ericksonienne (plutôt des ruses de langage, voyez l’explication d’Erickson lui-même, ici)… Il y a donc déjà un grand bond en avant, même si cela reste confus et très superficiel.
    Araoz boucle l’explication de sa technique en une page et donne comme seule directive thérapeutique, ceci : « L’hypnothérapeute expert mélangera et combinera rapidement différentes techniques de manière à atteindre l’effet désiré lequel, pour me répéter, est un changement de sa propre perception ou de l’image du monde, de manière à être capable de réagir différemment aux situations ou soucis que produisent le problème ou les symptômes. »
    😀 😀 😀 Brillante démonstration de langage non-spécifique (creux)…

Voyons donc la catégorie de techniques suivantes :

# Les techniques de modification temporelle

Araoz explique que « ces techniques utilisent la distorsion du temps, d’une manière ou d’une autre. Trois d’entre elles se réfèrent au passé et un au futur. » On verra ci-après qu’il s’agit plutôt de régressions hypnotiques et d’un pont sur le futur (type PNL).

  • Le Transfert de ressources intérieures
    Cette technique « consiste à se focaliser sur des situations passées pendant lesquelles la personne a agit extraordinairement bien ou s’est senti inhabituellement bien. Cette situation est vécue sous hypnose, revécu avec beaucoup de détails, afin de provoquer le plus possible d’émotions positives, et de répéter l’expérience plusieurs fois si nécessaire. »
    La présupposition est que la personne va s’emplir de ressources qu’elle pourra appliquer dans sa vie future, mais cela reste non-dit. Le thérapeute doit seulement « demander à la personne de vérifier à nouveau si l’une des ressources intérieures utilisées dans cette situation positive pourrait avoir quelque valeur dans sa situation présente, qui la fait se sentir sans aide, découragée ou, en général, négative. » Disons que la formulation n’est pas idéale…
    – 
    Araoz précise aussi en quelques lignes « une autre manière d’utiliser cette technique de transfert est de partir de la situation négative et de l’émotion qu’elle provoque, et d’aller alors à la situation positive passée qui engendre toutes les bonnes émotions, et finalement revenir à la scène négative avec certaines des ressources qui, par le passé, avaient fait que la personne se sente bien et positive. » Vous aurez reconnu le « transfert de compétence » de la Nouvelle Hypnose (quasi similaire à celui de la PNL, l’état d’hypnose en plus) auquel il manque juste une vraie technique de régression et un bon ancrage pour être pleinement efficace.
    – 
  • Le Pont émotionnel
    A nouveau, Araoz emprunte le « pont affectif » de Watkins (1971) mais explique qu’il l’a renommé afin de ne pas l’appeler « le pont affectif modifié de Watkins ». Au moins, il cite ses sources ! On retrouve donc le pont affectif (ou « passerelle affective », la traduction en français varie selon les auteurs) de Watkins, quasiment comme son auteur le pratique, mais d’une manière moins analytique quant aux explications. C’est donc la version que l’on utilise toujours actuellement en Nouvelle Hypnose, par exemple dans la RHV (une régression thérapeutique), à la différence qu’Araoz ne pose pas d’ancrage (il n’avait pas intégré la PNL à sa Nouvelle Hypnose, contrairement à ce que l’on fait aujourd’hui), donc l’évocation de la dernière fois où la personne a vécu son symptôme reste seulement verbale.
    Si vous ne connaissez pas cette technique, Watkins avait découvert qu’en « accrochant » les émotions provoquées par une origine profonde, inconsciente, on pouvait aider la personne à remonter en état d’hypnose jusqu’à ladite origine (donc à en reprendre conscience), afin de la traiter.
    – 
    Araoz ne propose pas non plus de manière de traiter l’origine découverte. Il stipule seulement : « Permettez à votre esprit intérieur de connecter cette émotion avec d’autres émotions du passé. Prenez votre temps, relaxez-vous, et laissez juste l’émotion – ici et dans le passé – absorber tout votre être. »  (Ce qui peut paraître « un peu léger » dans les situations où l’on a à utiliser une telle régression !)
    Araoz explique que « La connexion avec une précédente expérience émotionnelle similaire conduit soit à séparer les deux » (la cause et l’effet dans le présent, j’imagine ?) « soit à apprendre comment gérer la situation présente en suivante la manière dont la précédente a été gérée. » Donc, Araoz espère que l’Inconscient connecte une ressource et l’applique à la situation qui provoque le symptôme.
    C’est en effet un exercice de base du Technicien en Hypnose, à l’IFHE, mais aussitôt que les élèves en ont le niveau, on apprendra à agir de manière plus sûrement efficace sur cette « situation profonde à l’origine du symptôme. »
    – 
  • Le Revécu
    Araoz parle ici de catharsis, une technique de régression largement utilisée autrefois, décrite par Weitzenhoffer (1957) et Wolberg (1964) qui consistait à faire revivre à la personne en transe l’expérience traumatique passée, en espérant que l’Inconscient se nettoie de ses mauvaises émotions, comme on vide un abcès.
    Cette technique n’est plus utilisée (ou alors par quelques rares thérapeutes), car elle est violente et on a aujourd’hui des manières bien plus douces d’aider la personne.
    Araoz explique qu’il a renommé la technique « Reliving » (« Revivre » ou « vivre à nouveau ») mais qu’il s’agit en tous points de la même… Aussi, son descriptif ne fait qu’une demi-page dans le livre.
  • La Recherche mentale
    Cette technique ressemble comme deux gouttes d’eau au « pont sur le futur » de la PNL (il faudrait trouver sa date d’arrivée en PNL, pour savoir qui en est le créateur, Araoz ou Bandler et Grinder). Araoz explique qu’il s’agit de « faire l’effort d’imagination pour expérimenter son soi-même du futur » ce qui est curieux en Hypnose, où justement on profite de l’état modifié de conscience pour faire agir l’Inconscient…
    Voici l’exemple de phrasé qu’il donne : « Maintenant, sautez en avant et expérimentez en imagination celui que vous êtes, sans les problèmes que vous avez. Le problème est parti, résolu, terminé. Vous êtes maintenant sans ce problème. Vous êtes OK maintenant. Comment vous sentez-vous ? Vérifiez la manière dont votre corps réagit à cette nouvelle manière de vivre. »
    La technique n’a donc rien à voir avec la « futurisation » en Hypnose : comme une régression, mais vers le futur. La personne explore ce que son cerveau lui pronostique pour l’avenir… Ici, il s’agit de programmer son Inconscient en lui faisant vivre ce que l’on attend de lui pour le futur, donc comme on le ferait avec un « pont sur le futur » en PNL. Comme Araoz ne cite que rarement la PNL, on ne sait pas s’il s’en est inspiré.
    De plus, les praticiens actuels de la Nouvelle Hypnose auront remarqué le phrasé d’Araoz plutôt négatif, avec des tournures et des mots que l’on éviterait aujourd’hui…

Bref, on arrive aux deux dernières techniques :

# Les techniques paradoxales

Araoz commence en expliquant que ces techniques cherchent à communiquer directement avec « le cerveau droit » de la personne (ce que l’on appellerait simplement « son Inconscient », aujourd’hui) et il renvoie vers les travaux de Watzlawick (Le langage du Changement, 1978) pour mieux découvrir ce « langage de notre esprit inconscient » (en passant, ce n’est pas vraiment un livre sur le langage de l’Inconscient, mais plutôt un petit livre sur le fonctionnement de notre cerveau).

  • Le paradoxe
    Araoz explique que le paradoxe a pour avantage d’être efficace là où une technique directe ne l’aurait pas été (à noter qu’il existe beaucoup d’autres formes de suggestions indirectes en Hypnose, depuis l’Hypnose Classique et avec l’apport d’Erickson, en plus du paradoxe). Puis, il explique que la Nouvelle Hypnose rend le paradoxe expérientiel (on sent qu’Araoz tient à insister sur ce qu’il espère être une particularité de la Nouvelle Hypnose !)… En gros, le paradoxe ne se contente pas d’être verbal, on cherche à le faire vivre à la personne.
    Pour nous faire comprendre cela, Araoz raconte quelques cas, comme celui d’une dame que sa sœur cherche à faire hospitaliser en psychiatrie. Elle dit à Araoz qu’elle se sent « tomber en morceaux, comme dans un vrai trou« . Araoz lui suggère alors de « se voir elle-même, à travers ses propres yeux, devenir folle, tomber en lambeaux. » Ce qu’elle fit pendant quelques minutes, avant de dire très fermement : « Je ne vais pas lui donner le plaisir de me voir folle. Je ne suis pas folle. Je suis très perturbée mais je peux gérer ça. » L’injonction d’Araoz était paradoxale dans le sens où un thérapeute ne devrait logiquement pas demander à sa patiente de s’imaginer folle… Et la patiente réagit comme attendu en activant ses capacités de résistance (positives). On retrouve souvent cette manœuvre chez Erickson et les thérapeutes stratégiques.
    – 
    Araoz cite un autre exemple : un homme qui voulait quitter sa femme pour sa maîtresse. Araoz lui demande d’imaginer en détails la rupture, les papiers de divorce, le déménagement, etc. Après quoi, le patient décida qu’il n’était « pas prêt à prendre la décision de quitter sa femme. »
    Araoz passe ensuite une page à tenter d’expliquer de manière plus ou moins claire le mécanisme psychologique à la base du fonctionnement d’une suggestion ou injonction paradoxale (ce que d’autres ont déjà fait mieux que lui, comme il le dit lui-même en début de chapitre).
    Il conclut en décrivant le mécanisme supposé (ou espéré par Araoz ?) : « en atteignant l’Inconscient, cette approche va souvent produire une nouvelle connexion entre l’esprit intérieur et le conscient, apportant cette dynamique inconnue à la conscience. Mais cette conscience survient généralement après l’expérience d’hypnose. La compréhension suit l’expérience. Grâce à cette nouvelle conscience, l’individu est capable de prendre de nouvelles décisions, ce qui produira un changement en croissance, tel que les deux exemples ci-dessus l’ont montré. »
    – 
    ? Voilà. Araoz ne semble pas comprendre le fonctionnement d’une suggestion, active justement au niveau inconscient, donc sans aucune prise de conscience (ce qu’il fallait éviter, de toute façon, selon Erickson). Araoz semble croire que les gens font exprès d’avoir leurs symptômes et peuvent donc arrêter de les avoir volontairement, ce qui n’est bien sûr absolument pas le cas : une suggestion paradoxale peut faire partir de l’eczéma (Arcas, 1997), ce que la personne ne peut pas faire consciemment (ni le faire venir, ni le faire partir).
    On retient que la Nouvelle Hypnose d’Araoz utilise les suggestions et injonctions paradoxales, mais qu’Araoz donne peut de détails sur la mise en pratique.
    – 
  • La parabole
    Cette partie technique s’achève sur une demi-page de présentation des paraboles. Araoz commence par dire que « certains auteurs appellent cela des métaphores (Gordon, 1978). » Le Pnliste David Gordon est en effet le père de l’isomorphisme, la technique encore utilisée actuellement pour créer des métaphores en Nouvelle Hypnose et en PNL.
    Araoz prévient à juste titre que « l’hypnothérapeute doit être très sensible aux besoins du client avant d’utiliser ce très délicat outil, puisque la parabole est toujours une forme subtile d’interprétation de ce que le client expérimente, de manière à lui présenter du matériel qui « connectera » avec cet état d’esprit. »
    En effet, les paraboles (on dit plutôt « métaphores », aujourd’hui) amènent à la personne une solution que le thérapeute pense être la bonne, mais camouflée dans une histoire de manière à ce que, si la solution est la bonne, les cordes sensibles de la personne seront touchées et la technique lui profitera… et si la solution proposée de manière déguisée n’est pas la bonne, les cordes sensibles de la personne ne vibreront pas, l’histoire « ne lui parlera pas », et le thérapeute n’aura pas fait de bêtise (pas de projection personnelle, ce qui est l’ennemi n°1 de la thérapie).
    – 
    Araoz cite plusieurs sortent de « paraboles » : les anecdotes d’Erickson (le thérapeute semble raconter sa vie), les contes poétiques (fantastiques, par exemple), plus ou moins long. Araoz donne l’exemple connu d’Erickson racontant à une patiente frigide (comme on le disait à l’époque) comment il « dégivrait » son réfrigérateur (ce qui ne passerait plus, aujourd’hui ! Puisqu’il faut que la personne ne comprenne pas le sens caché de l’histoire qui, là, vous parait certainement évident !).
    Bref, Araoz termine sa courte présentation des métaphores en disant que « Le plus cultivé sera l’hypnothérapeute, le plus riche sera son répertoire de paraboles possibles. Ces histoires qui ont survécu à travers les siècles portent des vérités éternelles qui peuvent être utilisées efficacement en thérapie plutôt que les histoires ineptes que certains thérapeutes créaient sur le moment en essayant de prononcer des vérités profondes. »
    – 
    Malheureusement pour Araoz, actuellement les praticiens de la Nouvelle Hypnose savent créer de véritables métaphores thérapeutiques efficaces, et pas forcément en s’appuyant sur des récits populaires ou mythologiques qu’il faudrait, de toute façon, modifier afin qu’ils soient hypnotiquement efficaces… Araoz trahit plutôt l’opinion de quelqu’un qui ne sait pas lui-même faire de bonnes métaphores et tente de faire passer l’exercice pour une pratique de haut-vol, réservée à l’élite 😉 (On apprend les métaphores en « Praticien 2 HE », à l’IFHE).
    – 
    Araoz confirme cela par sa conclusion : « J’ai trouvé aussi que les paraboles pouvaient être utilisées symboliquement. Par exemple, dans le cas d’un handicap, la lévitation du bras devient une analogie pleine de sens de la manière dont l’esprit intérieur peut influencer la conduite de son corps. » Point final. Il n’y a rien d’autre de précisé après. Alors 🙂 Araoz mélange « symbole », « métaphore » et « analogie ».
    Oui, la lévitation du bras montre à la personne comment notre esprit profond, inconscient et automatique, dirige notre corps. C’est une bonne démonstration pour elle, ou une analogie, si on veut, mais pas du tout une métaphore et encore moins un symbole.
    Une métaphore est une histoire, une expérience. Un symbole est un objet, une forme, etc. La lévitation du bras peut être la métaphore de la libération, de l’élévation, de la liberté… Le fait que le bras aille vers « le haut » est un symbole : d’élévation (au sens spirituel), de lumière, de pureté, etc. tout ce que l’Humanité associe au ciel, à ce qui est « en haut ».
    Notre bon Araoz a bien saisi quelques concepts, mais il les mélange et ne les maîtrise pas. Ce qui explique sa seule demi-page sur cette technique.

LES CARACTÉRISTIQUES

La « Partie II » du livre d’Araoz (chapitres 4 et 5) présente les deux caractéristiques de la Nouvelle Hypnose pour Araoz : « être centrée sur le client » et les idées personnelles d’Araoz sur les auto-suggestions négatives, ce qu’il nomme l’auto-hypnose négative, et l’interaction client-thérapeute. Je vous les présente rapidement avant de terminer ce long article…

Être centré sur la personne

En résumé, Araoz place le fait d’être orienté sur la personne comme une caractéristique essentielle de la Nouvelle Hypnose – on l’aura compris au titre du chapitre !
Il commence par le récit d’une thérapie, sensée nous montrer la structure de son intervention, qu’il schématise ainsi : OLDC… ce qui signifie Observe (observer), Lead (diriger), Discuss (discuter) et Check (vérifier). Bien sûr, Araoz cite Rogers et ses successeurs en référence…

  • Observe est le fait de « calibrer » la personne (selon le terme en PNL et Nouvelle Hypnose actuelle) : son style de langage, ses affirmations, son langage corporel, etc. Cette étape est similaire aux mirroring et pacing de la synchronisation.
  • Lead (diriger) consiste à guider la personne selon les modalités de la Nouvelle Hypnose (pas d’explication, ni interprétation, analyse ou insight intellectuel), le focus est mis sur l’activité « cerveau droit ». C’est la phase de leading de la synchronisation.
  • Discuss (discuter) correspond au debriefing actuel de la séance, donc une fois l’expérience d’hypnose terminée. Araoz parle de cette étape comme d’une véritable discussion avec la personne (alors qu’en Nouvelle Hypnose actuelle, on évite de remettre en conscience des choses qui seraient destinées à l’Inconscient, donc tout n’est pas forcément abordé avec la personne).
  • Check (vérifier) est une étape dirigée par le thérapeute, qui revient sur l’étape de Lead pour confirmer à la personne, par ses réactions physiques ou émotionnelles, qu’elle a bien intégré la séance. Cela ressemble à un dernier effet de suggestion, qui doit asseoir l’efficacité de la séance.

Cette partie reste de peu d’intérêt dans la pratique globale (moderne) de la Nouvelle Hypnose, qui ne va pas forcément suivre ce genre de protocole tout fait… (bien qu’on retrouve des similarités, bien sûr).

L’expérience personnelle

C’est ici qu’Araoz aborde ses apports personnels : ses idées sur l’Auto-Hypnose Négative (AHN), la pratique de l’Auto-Hypnose, et quelques mots sur l’interaction Client-Thérapeute…
Il commence par répéter ses caractéristiques clés pour sa Nouvelle Hypnose : le fait qu’elle soit « éminemment expérientielle, en prêtant attention aux sensations corporelles en tant que voie d’intégration des éléments conscients et inconscients de la personnalité. » On l’aura compris ! 😉 Même si cela reste plus théorique que pratique…

  • L’Auto-Hypnose Négative (AHN)
    Araoz explique que son concept est « intimement relié au concept de prophétie auto-réalisante« , ces idées que l’on tend à réaliser par le fait même que l’on y croit soi-même… Araoz explique la force de l’auto-suggestion et ses dégâts si elle est négative. Il dit qu’il faut alors « déshypnotiser » la personne de ses propres auto-suggestions, ce qu’il montrera dans un des cas qu’il citera en fin de livre. Il ne donne pas de technique toute faite pour agir sur cette AHN mais on comprend que le thérapeute remplacera les idées négatives de la personne par d’autres idées (suggestions) positives durant la séance.
  • L’Auto-Hypnose
    Ici, Araoz cite de nombreuses références pour preuve des bénéfices pour la personne de pratiquer l’Auto-Hypnose. Il en profite pour placer un peu de marketing : « En Nouvelle Hypnose, le client fait le travail, pas le thérapeute. » Ce qui est faux, si vous avez lu les techniques décrites ci-dessus dans cet article, mais cela sonne bien et fait toujours plaisir à lire ! (Mais cela deviendra vrai dans la pratique de l’Hypnose Humaniste, 20 ans plus tard…)
    En s’appuyant sur son affirmation, Araoz explique alors que la séance guidée par le thérapeute est aussi une forme d’auto-hypnose : il incite les hypnothérapeutes à présenter leur travail comme de l’auto-hypnose, afin de réduire la résistance de la personne, ce qui est effectivement une ruse efficace ! Mais il explique aussi que lui-même « n’introduit pas l’Hypnose aux clients de manière formelle. L’Hypnose est le modus operandi si on est ok pour l’accepter. Je dis aux clients que leur thérapie est basée sur le fait de s’expérimenter différemment, pas par la parole (Zilberg, 1983). » Ah, ce futé d’Araoz, qui attend la fin de son chapitre pour nous dévoiler cela ! 🙂
    Et il passe une pleine page à se justifier, en disant que la plupart des gens sont habitués à une thérapie plus traditionnelle, mais que si on ne pratique que cela avec eux, on aura toujours les mêmes vieux résultats (c’est-à-dire : rien, puisqu’ils sont toujours en recherche d’une solution !)… Et il parle aussi du fait que le mot « hypnose », à l’époque encore, faisait peur aux gens, ou que certains attendraient des miracles de manière passive, si on leur disait qu’on allait « faire de l’hypnose » avec eux… Donc, Araoz évite le mot « hypnose » ou bien parle d’auto-hypnose.
  • L’interaction Client-Thérapeute
    Araoz termine par un long texte sur l’importance de la relation humaine en hypnothérapie (il aurait pu élargir à toutes formes de thérapie !), en citant pour s’appuyer de nombreuses références de tous horizons. Donc, un chapitre théorique, qui catégorise les idées de grands noms sur la relation « client-thérapeute ». Beaucoup de remplissage, sur plusieurs pages, pour aucune application pratique réelle et la répétition du leitmotiv d’Araoz : la Nouvelle Hypnose est expérientielle ! « La Nouvelle Hypnose est un état d’être indescriptible. Elle peut seulement être expérimentée et, en tant que praticien de la Nouvelle Hypnose, nous devons l’expérimenter, à la fois en nous-mêmes et pour nous-mêmes, avant de guider et faciliter l’expérience de nos clients. » Ok ! 😉

EN CONCLUSION…

Avec les trois premiers articles de cette série, vous avez pu vous faire une bonne idée des fondations de la Nouvelle Hypnose, de ses influences historiques et philosophiques. Et avec ce quatrième article, vous avez la présentation pratique des techniques. Ce qui vous permet déjà de prendre la mesure de la différence immense entre les « anciennes hypnoses » (classique et éricksonienne) et ce que deviendront les nouvelles pratiques de l’Hypnose (nouvelle et humaniste).

La Nouvelle Hypnose d’Araoz a permis de faire le saut entre des pratiques où « le thérapeute agit sur la personne » vers des pratiques où « le thérapeute agit avec la personne. » Même si, après plus de 30 ans d’évolution de l’Hypnose, l’approche d’Araoz peut sembler incomplète, brouillonne et parfois confuse, elle était révolutionnaire à l’époque !

Suite et fin dans l’Episode 5/5

La Nouvelle Hypnose : le livre ! (Episode 3/5)

Suite de votre « série de l’été » sur l’origine et les techniques de la Nouvelle Hypnose, selon le livre de son fondateur, Daniel Araoz, paru en 1985.

Nous avions terminé d’explorer les premières pages du livre, qui résumaient bien l’esprit et l’historique de cette nouvelle manière de pratiquer l’Hypnose… Voici donc ce qui nous attend pour la suite :

La « Partie I » du livre, aussitôt après les avant-propos, préface et introduction, s’intitule « Validation » :
– Les chapitres 1 et 2 vont aborder respectivement « L’influence de la Nouvelle Ecole de Nancy » puis « Le paradoxe de la Nouvelle Hypnose », sur une trentaine de pages.
– Le chapitre 3 sera le début de la présentation des « Techniques pour la transformation intérieure », qui ne fera que 24 pages et viendra conclure cette première partie du livre…

La « Partie II » s’intitule « Caractéristiques » et commence avec :
– Le chapitre 4 : « Orientation sur la personne » (« Client Centeredness ») suivi du chapitre 5 sur les « Expériences personnelles » d’Araoz (son apport sur l’auto-suggestion négative).

On aura alors couvert l’historique de la Nouvelle Hypnose, ses techniques et ses caractéristiques en 86 page exactement. Les 104 pages suivantes seront consacrées aux discussions autour de la Nouvelle Hypnose sur la Thérapie Familiale, l’Auto-hypnose, et 2 récits de cas, avant l’épilogue…
Le livre fait 214 pages, sans compter les annexes (sommaire, index, bibliographie, etc.).

L’INFLUENCE DE LA NOUVELLE ECOLE DE NANCY

(Voir la page de titre) Araoz commence par rappeler ce qu’était l’Ecole de Nancy, opposée à l’Ecole de La Salpêtrière de Charcot, à Paris. Il précise le fait que Bernheim insistait sur l’importance de la suggestion, de là à dire « Il n’y a pas d’hypnotisme, seulement de la suggestion« . La suggestion étant le fait de chercher à influencer l’inconscient de la personne, ici dans une visée thérapeutique : on peut effectivement aussi faire des suggestions en-dehors de l’état d’hypnose, dans la vie ordinaire, ce que tentent de faire la politique ou la publicité, tout comme n’importe quel professeur, pour mieux faire comprendre ses cours, ou manager, pour mieux diriger son équipe.
Ce que veut donc dire Bernheim, c’est qu’avec le meilleur état d’hypnose, si ce que le thérapeute dit est nul, l’effet thérapeutique sera nul. Le plus important (et ce qui fait « la thérapie ») est donc bien, en ce sens, la suggestion et non l’hypnose… ce que nous viendront modérer dans un moment.

Profitons-en pour rappeler quelques basiques : le livre que vous voyez en couverture ci-dessus (cliquez ici pour accéder au livre en ligne) présente un « néologisme » : un nouveau mot dans le vocabulaire français. « Psychothérapie ». Le livre date de 1891. Voyons d’où il sort et ce qu’il désigne…
En 1853, le chirurgien anglais Walter Cooper Dendy introduit le mot « psycho-therapeia » pour décrire l’influence des paroles et du comportement du médecin sur le moral de ses patients. Un peu plus tard, en 1872, Daniel Hack Tuke, un autre médecin anglais spécialiste de la santé mentale, avait ensuite utilisé le mot « psycho-therapeutic » pour désigner le soin par le magnétisme animal. Et c’est Hippolyte Bernheim qui popularisa (en France et dans ses travaux édités en anglais) le terme « psychothérapie » dans le sens de « utiliser son esprit pour soigner le corps à travers l’hypnotisme« , bien avant la publication de son livre en 1891. D’ailleurs, Charles Lloyd Tuckey publia dès 1889 son livre « Psycho-therapeutics, or Treatment by Hypnotism and Suggestion » pour faire connaître en langue anglaise les travaux de la Nouvelle Ecole de Nancy !

Bref, on voit le crescendo historique : « influencer le moral » => « soin par magnétisme animal » => « soin par la suggestion hypnotique » qui correspond bien à l’évolution historique qui mena à la « psychothérapie »… Et ne fallut que quelques années à peine avant que les premières variantes de psychothérapie surviennent et que le terme se mettent à regrouper les différentes filles et petites-filles de l’Hypnose : de la Psychanalyse aux 400 formes différentes de soin par la parole et l’esprit qui existent aujourd’hui !

Le Dr Liebault et ses patients, en 1873

Revenons-en à notre Ecole de Nancy. Araoz nous rappelle qu’elle a pris le qualificatif de « Nouvelle » pour se différencier des idées de Charcot (Ecole de la Salpêtrière) que suivait la majorité des hypnotiseurs (à l’époque, le terme désignait uniquement des thérapeutes, donc on n’était pas obligé de préciser comme aujourd’hui : « hypnothérapeute »).
Bernheim et ses associés Liébeault, Liégeois et Beaunis mettent donc en avant que les mots utilisés pendant la séance d’hypnose sont plus importants que l’état d’hypnose lui-même. Ils estiment que l’hypnose est produite par l’imagination de la personne (suivant en cela les « imaginationnistes », Hénin de Cuvillers, Faria, etc., précurseurs de l’Hypnose) et son auto-suggestion. En gros, que c’est parce que la personne joue un jeu, tant et si bien, qu’elle finit par réaliser ce qu’on lui demande, par elle-même. Les paroles de l’hypnotiseur ne sont là que pour la guider dans son jeu avec elle-même…
D’un autre côté, Charcot, également neurologue comme Bernheim, pensait qu’il y avait un réel « état modifié de conscience » (ce que la science actuelle a confirmé) et il voyait en l’hypnose un état variant de l’hystérie : ce qui n’est pas faux non plus, si on prend le terme au sens psychologique (et non pas pathologique) : « une réaction hystérique », donc une réaction exagérée, due à l’hypersensibilité de la personne.

La guerre entre Bernheim et Charcot n’a pas duré longtemps, puisque Charcot est mort en août 1893, à peine trois ans après les heurts avec l’Ecole de Nancy.

Bernheim vécu jusqu’en février 1919 mais finit par abandonner l’hypnose, puisqu’il estimait que « ce qu’on appelle hypnotisme n’est autre chose que la mise en activité d’une propriété normale du cerveau, la suggestibilité, c’est-à-dire l’aptitude à être influencé par une idée acceptée et à en rechercher la réalisation » ce qui est une confusion malheureuse entre les deux domaines, qui lui valu de nombreuses remarques, à commencer par Freud, pourtant fidèle de longue date (qui n’admettait pas que la suggestion soit à la fois toute-puissante et restait non-expliquée) et Pierre Janet, père de la Psychologie clinique française (« Je ne suis pas disposé à croire que la suggestion puisse expliquer tout et en particulier qu’elle puisse s’expliquer elle-même« ).

L’état cérébral d’hypnose est aujourd’hui identifié et connu, donc il est bien réel (comme le pensait Charcot), et qu’il ne se résout pas à la suggestion, bien réelle aussi, mais qui est différente de l’état d’hypnose, puisqu’on peut faire des suggestions à tout moment de la vie…
Conclusion : les deux neurologues avaient donc raison, chacun pour une partie de leurs convictions ! 🙂

Allez, on se fait la bise et on fait la paix !

La Nouvelle Hypnose reprend ainsi les idées de Bernheim sur l’importance de la suggestion et y ajoute l’état d’hypnose, sans lequel la plupart des phénomènes ne peuvent pas être obtenus. Par exemple : une personne convaincue de pouvoir soulager son mal de dent, met sa main sur sa joue douloureuse… en vain, puisque la douleur reste. Le soulagement est léger, seulement émotionnel… Mettez-la en état d’hypnose, demandez-lui à nouveau de mettre sa « main guérisseuse » (la même qu’avant !) sur sa joue… et là, o miracle ! la douleur disparaît ! L’hypnose seule ne sert à rien, mais la suggestion seule non plus. L’alliance des deux, par contre, fait des miracles.

Araoz traduit dans son livre, en langage moderne, les 3 idées de base de la Nouvelle Ecole de Nancy, sans parler du fait que Bernheim avait abandonné l’hypnose puisque, lui, Araoz, comptait bien utiliser cet état modifié de conscience, pour ses avantages…

  1. « Le changement efficace est apporté par une expérience réalisée au travers d’une activité cerveau droit. » Autrement dit : « C’est l’imagination qui produit le changement. »
  2.  « Importance de l’auto-suggestion. L’hétéro-suggestion fonctionne seulement si elle fait écho à ce que l’individu se suggère à lui-même, au fond de lui. » « Le thérapeute aide l’individu à apprendre à utiliser l’auto-suggestion efficacement.« 
  3. « L’auto-suggestion agit au niveau non-conscient de la pensée ou à ce que l’on comprend maintenant comme une pensée cerveau droit ou expérientielle.« 

Suite à cela, Araoz passe en revue une série de références de recherches (noms, dates) sur la suggestion et l’aspect « expérientiel » de l’Hypnose (principalement Barber et des gens de son époque, donc autour des années 1970)…
Il explique également en quelques lignes les trois types de suggestions (théoriques) établis par Baudouin (1922) : spontanée, induite et réflexive (ce qui est différent des formes de suggestions, beaucoup plus nombreuses, utilisées en thérapie).
Et cette partie sur la Nouvelle Ecole de Nancy se conclut avec un lien vers le présent et le futur de l’Hypnose : « La Nouvelle Hypnose améliore et enrichit, avec l’aide des récentes recherches, ce que la Nouvelle Ecole de Nancy nous a appris il y a un siècle« … Le nom de Barber revient et celui d’Erickson aussi, pour « son autre manière d’utiliser l’Hypnose. »

Et Araoz termine en déclarant : « La Nouvelle Hypnose n’est pas une nouvelle école de psychothérapie, mais une méthode systématique à l’intérieur de laquelle toute psychothérapie valide peut fonctionner. » Ce qui est prémonitoire de sa propre perte, comme nous le découvrirons plus tard…

LE PARADOXE DE LA NOUVELLE HYPNOSE

Le chapitre 2 du livre d’Araoz commence par une suite fastidieuse de noms et de dates (jugez-en par vous-même !)… L’auteur cherche à justifier à la fois son attachement à Bernheim (suggestion) mais aussi à l’Hypnose (travaux de Barber, plus récents).
Il en vient à citer Kuhner, un dentiste qui pratiquait l’Hypnose et qui est l’auteur de l’expression « hypnose sans hypnose » (1962) pour désigner la manière de pratiquer en « hypnose conversationnelle« . Expression étonnante et qui peut certes attirer l’attention, mais que son auteur a dû regretter lui-même par la suite et qui a disparu du vocabulaire anglophone ( « hypnosis without hypnosis » est introuvable sur Google, ailleurs que dans l’article en lien ci-dessus et sur quelques sites de magiciens, sans rapport avec notre sujet). En France, elle est devenue à la mode, mais source de confusion et/ou sert de justificatif à des personnes n’arrivant pas à pratiquer l’Hypnose :
« Mais, je n’étais pas en transe !
– Mais si ! Seulement, c’était « du conversationnel », donc vous ne vous en êtes pas rendu compte ! »
L’excuse parfaite !… 😀

Bien entendu, la véritable « hypnose conversationnelle », comme son appellation l’indique, reste de l’hypnose, donc l’atteinte d’un état modifié de conscience, tangible et observable par toute personne présente (cf. article dédié). Araoz le précise bien dans son livre, lorsqu’il cite cette « hypnose sans hypnose, lorsque celle-ci survient dans le développement naturel de la relation dans laquelle le patient a besoin de l’hypnose et le thérapeute lui apporte les conditions pour rendre cette expérience possible. »

Bref, au début de ce chapitre, Araoz tourne autour de cette idée : faire de l’Hypnose mais sans les rituels de l’Hypnose traditionnelle (dite « Classique » en France), donc différemment de la pratique des anciens hypnothérapeutes, mais différemment aussi d’Erickson qui, lorsqu’il n’était pas « classique », jouait surtout avec des leviers psychologiques pour arriver à ses fins thérapeutiques. C’est cela, sa « Nouvelle Hypnose ».
Plusieurs pages passent ainsi sur les principes d’hypnotisabilité (encore Barber, puis Erickson, Rossi et Watzlawick, pour arriver à l’idée que « toute personne normale est capable d’utiliser l’Hypnose« ), de profondeur de transe (pour en arriver à dire que la Nouvelle Hypnose préfère « accroître l’implication imaginative » de la personne)… et conclut sur la pratique de l’auto-hypnose (afin que la personne soit autonome et son thérapeute juste une aide ponctuelle).

A la suite de cela, un sous-chapitre s’ouvre sur les techniques d’induction hypnotique. Araoz explique de suite que la Nouvelle Hypnose cherche à être plus douce et moins ritualisée que l’ancienne Hypnose. Elle se veut « naturaliste, comme l’était l’approche d’Erickson » – à la différence qu’Araoz demande beaucoup à la personne de participer, contrairement à Erickson, ce dont il ne semble pas se rendre compte lui-même !

Jugez-en par vous-même : dans « Un Séminaire avec Milton Erickson » (un séminaire enregistré quelques mois avant la mort d’Erickson), page 39-40. Erickson fait une induction à une participante, Christine. Il lui dit :
« Très bien. Appuyez-vous sur le dossier de la chaise et fixez ce cheval (en montrant une miniature posée dans sa bibliothèque). Le voyez-vous ?
– Oui
– Regardez seulement dans cette direction générale. Je veux que vous m’écoutiez tous et que vous notiez ce que je suis en train de dire. Maintenant, Christine, regardez seulement ce cheval… (Christine réajuste sa position). Vous n’avez pas besoin de bouger. Vous n’avez pas besoin de parler. Je vais vous rappeler quelque chose que vous avez appris il y a très longtemps. Quand vous êtes allée à l’école pour la première fois et que le professeur vous a demandé d’apprendre à écrire les lettres de l’alphabet, cela semblait un travail terriblement difficile (Erickson décrit un moment les formes des lettres, Christine cligne des yeux). Et alors que je suis en train de vous parler, votre respiration a changé. Votre rythme cardiaque a changé. Votre pression sanguine a changé. Votre tonus musculaire a changé. Vos réflexes moteurs ont changé. Et maintenant (Christine ferme les yeux), je veux que vous gardiez vos yeux fermés et je veux que vous vous sentiez très confortable. Et le plus confortable vous vous sentirez, le plus profondément en transe vous irez. J’aimerais que vous alliez si profondément en transe qu’il vous semblera que vous n’aurez même plus de corps. Vous vous sentirez juste comme un esprit sans corps. Un esprit flottant dans l’espace. Flottant dans le temps. Et des mémoires d’il y a longtemps vous reviendront. Des mémoires que vous aviez oubliées depuis longtemps. »

Etc. On sent qu’Erickson est en fin de vie, car jamais auparavant il n’abordait les thèmes de « l’esprit flottant dans l’espace ». On est alors début août 1979 et il mourut en mars 1980… Vous constatez tout de même qu’il est toujours très direct ! Comme il l’a été toute sa vie, dans toutes les inductions que l’on a de lui. Les subtilités sont dans les allusions qu’il peut faire, les leviers psychologiques sur lesquels il appuie parfois. On reconnaît aussi en début d’induction sa fameuse « référence aux apprentissages précoces », qu’il utilisait souvent.

Bref, voyons maintenant le court exemple d’induction qu’Araoz propose dans son livre :
« Une induction typique pourrait ressembler à quelque chose comme cela : Notez le poids de vos mains sur votre poitrine… Qu’est-ce que vos mains peuvent noter d’autres ?… Vérifiez maintenant… une sensation de chaleur, peut-être. Un léger souffle dans l’air. La température de la pièce… Si vous vouliez séparer vos mains maintenant, vous pourriez noter d’autres sensations intéressantes, comme l’une qui se ressent plus légère que l’autre. Laquelle est-ce ? »

Araoz parle à la personne, mais dans le sens de la faire participer. Elle doit « noter » des choses. Erickson parlait à la personne pour l’informer de ce qui lui arrivait. Cela n’a rien à voir.
Araoz parle moins, fait plus de pauses (les « … ») et conduit la personne du mode associé (« Notez le poids de vos mains ») au mode dissocié (« l’une des mains se ressent plus légère que l’autre »). Ce n’est pas la même manière de parler. Et c’est beaucoup moins directif, à côté d’un Erickson qui annonce : « Je veux que vous m’écoutiez. Vous n’avez pas besoin de bouger. Je veux que vous gardiez vos yeux fermés, etc. »

Plus loin dans le livre, Araoz parle de se caler sur la respiration de la personne (synchronisation). Il évoque les possibilités naturelles de changement de la personne, sans rien lui obliger. Il essaie de faire « devenir la personne plus consciente de son intérieur » (inner self)… Bref, Araoz décrit une manière de conduire l’induction hypnotique qui ressemble à ce que l’on pratique actuellement en hypnothérapie !

« Le praticien de la Nouvelle Hypnose observe la personne soigneusement et respectueusement, en utilisant chacun des éléments fournis par la personne elle-même« . Araoz cite 3 catégories d’éléments à synchroniser : le corps (gestuel, expressions faciales, etc.), le style de langage (et son « système de représentation intérieur », le VAKO) et enfin les affirmations importantes que la personne a faite durant l’anamnèse.

Araoz explique ensuite les bases de l’accompagnement de la personne : noter ses phrases clés, ses métaphores, pour les réutiliser durant la séance d’hypnose, sans les interpréter ni déformer. Et aussi, apprendre à la personne à entrer en état d’hypnose, tout en faisant en sorte de l’aider : « double tâche de l’hypnothérapeute : aider les clients à devenir familier avec ce mode de relation à eux-mêmes et produire les conditions favorables au changement ».

Puis il énonce diverses manière de procéder à l’accompagnement hypnotique. Je cite :

  1. Devenir pleinement conscient de ses sensations corporelles et alors se focaliser sur elles (ex. la respiration) jusqu’à ce que le matériau inconscient émerge.
  2. Répéter une affirmation importante jusqu’à ce que les processus intérieurs inconscients émergent à la conscience.
  3. Revivre en esprit une expérience passée, au lieu de simplement en parler.
  4. Devenir conscient de son énergie physique jusqu’à ressentir les forces vitales qui activent le système nerveux parasympathique.
  5. Focaliser en esprit sur un objectif possible, positif et constructif pour son avenir.
  6. Simplement permettre à la personne d’être silencieuse, en suggérant que l’Inconscient peut commencer à travailler pendant ce moment de « ne rien faire », sans que l’esprit conscient ne le sache (« without the awareness of the conscious mind »).

Ce qu’il appelle des « inductions non-ritualisées« … (Bon, la 4ème est étrange ! 😉 )
Lesquelles inductions « deviennent une invitation naturelle à connecter son soi intérieur, son soi inconscient. »

Toujours est-il que l’on note une grande différence par rapport à la manière de faire d’Erickson !

Araoz conclut ce chapitre sur ses idées à propos de l’aspect « utilisationnel » éricksonien, qu’il estime très important :
« En Hypnose traditionnelle, il y a souvent une réelle tentative de reprogrammer l’esprit du client par l’usage excessif de suggestions directes. Il est curieux que la Programmation Neuro-Linguistique (PNL) prétende suivre les enseignements d’Erickson, alors qu’il détestait que l’on applique le modèle cybernétique aux humains. »
Apparemment Araoz n’est pas très ami avec la PNL… ?

« L’utilisation n’est pas la programmation. C’est plutôt l’utilisation efficace de l’expérience hypnotique au bénéfice du client » assène Araoz, sans toutefois donner d’exemple concret. Mais l’idée est là. Erickson la professait aussi, bien que ses démonstrations d’induction hypnotique, même à la fin de sa vie (on l’a lu ci-dessus) ne reflétaient pas ses belles paroles…
L’important est qu’il nous ait montré la voie et que nous en ayons fait l’Hypnose d’aujourd’hui !

~oOo~

Ces deux premiers chapitres nous ont montré le lien entre les idées de Bernheim, la Nouvelle Ecole de Nancy, et la Nouvelle Hypnose, baptisée ainsi en son hommage.
J’en ai profité pour vous rappeler le travail de Bernheim, l’importance de la suggestion, les idées de Charcot, et le fait, un siècle après, que toute cette « guerre de clocher » n’avait plus lieu d’être, car les deux spécialistes avaient chacun en partie raison.

Puis Araoz est un peu entré dans « la technique », avec la position de l’hypnothérapeute, sa manière de pratiquer les inductions, l’aspect utilisationnel, et j’en ai profité pour vous faire comparer une induction éricksonienne et les méthodes de la Nouvelle Hypnose.

Il est possible que vous ayez jusque-là baptisé « éricksonienne » ce qui, en réalité, vous l’avez découvert à travers le livre d’Araoz, est de la Nouvelle Hypnose.

Le prochain chapitre traitera plus avant des techniques.
Vous découvrirez qu’il y en a peu (une douzaine)… ce qui vous permettra de comparer avec la Nouvelle Hypnose francophone, telle qu’on la pratique en France depuis 1995.

Il y a encore quelques points intéressants à découvrir dans ce livre. C’est donc…

A suivre ! (Episode 4/5)

Milton Erickson passe dans Sciences & Vie !

…en juillet 1965 !

La célèbre revue de vulgarisation scientifique avait faite de l’Hypnose sa « Une » pour le numéro estival, avec un long article de 16 pages (quelque chose qui ne se fait plus à notre époque) et un invité prestigieux : Milton Erickson, lui-même, interviewé lors de son passage en France pour un congrès international.

Voici pour vous le PDF de cet article (clic gauche pour lire en ligne ou clic droit, puis « Enregistrer » pour sauvegarder) et son résumé :
« L’Hypnose vient de faire officiellement sa réapparition dans la médecine française. A la fin du siècle dernier, Paris était la capitale de l’hypnotisme. Mais, depuis plus de cinquante ans, tant que les recherches se poursuivaient dans le monde entier, chez nous c’était le silence.
Pour la première fois au cours de ce siècle, un « Congrès International d’Hypnose et de Médecine Psychosomatique » s’est tenu à Paris, du 28 au 30 avril 1965. Il était placé sous la présidence d’honneur du Ministre de la Santé Publique, 500 spécialistes (médecins, psychiatres, anesthésiologistes, chirurgiens, physiologistes) représentant 28 pays, y participaient. »

Milton Erickson y était présent, sans doute pour la première fois en France, en tant que « vedette du congrès ». Le journaliste raconte que sa « communication, ce matin-là, avait déclenché une ovation dans la grande salle » où il n’y avait eu jusque-là « que le maigre crépitement d’applaudissements académiques » ! Et qu’Erickson était « un personnage étonnant,venu de phoenix, dans l’Arizona, pour galvaniser ses confrères hypnotistes du monde entier réunis à Paris. »

Le journaliste explique qu’il avait tenté de demandé à Erickson « son avis sur le mécanisme fondamental de ce pouvoir étrange de l’homme sur l’homme. » et qu’Erickson l’avait « écouté avec une bonne volonté que rarement les spécialistes accordent au questionneur… Un sourire… Puis, il avait passé outre à ma question.
– I’ll tell you a story. »

C’est alors qu’il avait commencé le récit, avec la verve qu’on lui connait, du terrible cas de « La Hurleuse », une femme atteinte ici d’un cancer du sein droit qui avait gagné les poumons et le bassin d’un cancer des os en phase terminal, à qui il avait fait une anesthésie, d’une manière aussi peu orthodoxe que l’on peut s’attendre d’Erickson !

« Je vais vous faire mal… dit Erickson.
– Pourquoi voulez-vous me faire mal ?
– Je veux vous aider.
La patiente reprit sa plainte. Je recommençai mes menaces.
Elle céda plus vite cette fois.
– Comment allez-vous m’aider ?
Je ne répondis pas. Elle était couchée sur le côté droit, toute recroquevillée. Elle se mit à psalmodier :
– Ne me retournez pas… Ne me retournez pas.
Et moi :
– je vais vous retourner ! Je vais vous retourner ! »

Erickson finit par mettre la patiente en transe hypnotique. « Elle se sentait réellement sur son côté gauche, face au mur. Elle ne me voyait plus. Il m’avait fallu une heure et demie pour induire ainsi cette désorientation totale. Comme je voulais qu’elle me voie pour la suite de la séance, je lui suggérai « qu’elle s’était de nouveau retournée sur le flanc droit ». J’y mis une heure. Elle s’enfonça encore plus profondément dans la transe. »

Erickson commence alors un dialogue avec la patiente, sur sa douleur, son opération, son espoir, ses déceptions de plus en plus lourdes…
Puis Erickson lui demanda de façon répété que la patiente lui rende un service :
« il faut que vous ressentiez une douleur terrible, terrible, à votre pied droit… Vous n’aimerez pas cela… Vous préféreriez que votre talon vous démange… Mais il faut que vous ayez une douleur terrible au talon droit. »

La patiente demanda alors à Erickson de l’excuser, car « elle n’avait pas pu ressentir cette douleur au talon droit, mais seulement une démangeaison. »
Erickson suggéra alors à la patiente de transformer cette démangeaison en engourdissement, puis de faire « monter l’engourdissement jusqu’à la cheville, le long de la jambe, de la cuisse, jusqu’à la hanche, puis dans l’autre jambe. » Erickson conclut en disant qu' »à ce moment, j’avais endormi tout le corps, de la taille aux pieds. Plus de douleur dans tout ce territoire conquis à la suggestion d’un engourdissement total. »

Le récit du cas de prolonge avec les détails sur la manière qu’utilisa Erickson pour faire manger la patiente (bien trop maigre) : il utilisa le fait qu’elle était très pieuse pour parler « d’enfer et damnation » (et autres blasphèmes) si elle ne mangeait pas un bifteck pour la dernière fois ! La patiente finit par admettre qu’elle pourrait manger un bifteck, pour faire cesser les blasphèmes d’Erickson.

Erickson finit ensuite le récit de son cas avec la description de la « démangeaison comme celle d’une piqûre de moustique. Pas une sensation pénible, pas une sensation qui fait peur, mais simplement une sensation un peu désagréable » qu’il avait placé au niveau de la poitrine de la personne, en rappel de son intervention, afin de consolider et maintenir (d’après Erickson) l’anesthésie hypnotique qu’il avait créé pour elle.
« Je terminai cette longue séance, qui dura quatre heures à peu près, en lui suggérant qu’à son réveil, elle conserverait tous les souvenirs agréables de cette visite, tous ceux qu’elle désirait conserver. Je soulignai que ces souvenirs devaient comprendre la disparition de la douleur, la relation personnelle entre nous, mais que mes blasphèmes devaient être oubliés. Je lui dis également de se rappeler que je lui avais fait mes excuses pour la piqûre de moustique. »

Erickson raconte que la patiente avait environ deux mois de survie (estimés par son médecin), mais qu’elle survécu presque cinq mois suite à sa longue séance et à quelles autres courtes visites de rappel. Qu’elle avait pu faire une dernière fois le tour de sa maison et qu’elle mourut paisiblement en perdant conscience, « sans avoir souffert un seul instant depuis la séance, sinon d’un piqûre de moustique rebelle… »

Le journaliste explique qu’il n’avait pas réussi à interrompre Erickson pour se faire expliquer la séance, le pourquoi de son attitude brutale. Mais il conclut de lui-même que « bien des secrets de l’hypnose, et aussi de la psychiatrie » devaient être contenus dans le récit d’Erickson.
C’est ainsi que ce dernier bâtit sa réputation : avec des récits de cas extraordinaires mais pratiquement impossibles à reproduire, et sans jamais donner d’explication concrète sur ce qu’il faisait, mais en montrant que l’on pouvait être libre et créatif avec les personnes que l’on devait aider.

~oOo~

Le journaliste partit donc à la découverte des autres praticiens et se fit hypnotiser par un spécialiste français présent au congrès, afin de mieux décrire ses impressions personnelles (ce que les journaliste actuels pourraient prendre en exemple !)…

James Braid, fondateur de l’Hypnose (1841)

Beaucoup de spécialistes différents sont nommés et interrogés dans cet article. L’auteur décrit aussi les méthodes (de l’époque) pour créer l’hypnose (les différentes inductions) et les « réactions » grâce auxquelles on reconnait que la personne est bien hypnotisée.

L’article parle ensuite du fait d’être « hypnotisable ou non » (l’époque était encore aux « échelle d’hypnotisabilité ») et décrit les traits qui permettent de reconnaître une personne qui entrera plus facilement en hypnose, ainsi que les signes à quoi on reconnaitra une personne « résistante »…

A la suite de cela, le journaliste raconte un film, diffusé pendant le Congrès, et qui montrait une anesthésie réalisée pour un accouchement. Le pratique (le prof Kroger) y avait « réveillé » (façon de parler, explique le journaliste, puisqu’il ne s’agit pas de sommeil) la patiente en plein accouchement, et on avait vu son visage se crisper brusquement de douleur… avant que le médecin ne réinduise l’anesthésie hypnotique : preuve flagrante de la réalité du phénomène !
Le film montre ensuite une opération de la thyroïde, également réalisée sous anesthésie hypnotique.

L’article discute ensuite de la psychosomatique, de la différence entre « supprimer un symptôme, sans en retirer la cause » et « soigner la personne » (donc traiter la cause). Sydney Rosen, proche d’Erickson, insistera alors sur le fait qu’un hypnothérapeute doivent bien connaître la psychologie et la psychopathologie afin de pratiquer de manière sérieuse et sécure pour ses patients. Il pointe également l’importance de l’anamnèse et la nécessité, parfois, de renvoyer la personne auprès de son médecin, pour vérifier qu’un trouble ne soit pas de cause physique. Toutes choses sur lesquelles on insiste à longueur d’année en formation…

Le Dr Hartland fera une démonstration d’hypnose utilisée en psychothérapie, selon les méthodes de l’époque :
« Le docteur Hartland emploie une technique d’induction classique : « Mettez-vous bien à l’aise, détendez-vous, respirez paisiblement… Dormez… » Il obtient une relaxation complète « pieds, chevilles, ventre, épaules, bras… » puis consolide la transe par la respiration et des comptages.
Ensuite, pendant 8 à 10 minutes, il suggère la fortification du « moi ». La séance se termine par la suggestion directe de suppression des symptômes et le réveil. La technique de fortification du moi utilise toutes les possibilités du rythme de la parole, des répétitions, du relief sonore. Les suggestions elles-mêmes font penser à celles de la jadis célèbre méthode Coué : « Chaque jour, vous deviendrez plus fort, plus sain… Vous deviendrez beaucoup moins facilement fatigué, beaucoup moins déprimé… Chaque jour, vous deviendrez beaucoup plus alerte, chaque jour vous deviendrez de plus en plus profondément intéressé à votre travail… »
Un dosage adéquat des différentes suggestions, l’insistance sur les thèmes positifs, « chaque jour », « de plus en plus », etc. tout cela rend de très gros services, même (dit le docteur Hartland) dans des situations analytiques. »

Vous noterez la différence entre cette manière de pratiquer l’hypnose et l’exemple donné par Erickson en début d’article !!! Il y eut une sorte de révolution lorsque les thérapeutes commencèrent à créer du sur-mesure pour leurs patients, même si les cas d’Erickson n’étaient pas reproductibles (et certains largement « améliorés » pour les besoins de la démonstration pédagogique)…

Pour autant, on était encore à l’époque du « thérapeute qui agit sur le patient », très loin de la future Nouvelle Hypnose.

~oOo~

L’article continue donc sur un court passage à propos de l’auto-hypnose, abordée par un spécialiste anglais, puis reprend sur le sujet de la psychosomatique, notamment sur des cas de sexologie, puis d’alcoolisme et d’obésité.

Le journaliste commente : « Pratiquement, il m’a paru que les Américains, toujours portés au pragmatisme, s’étaient avancés le plus dans la voie de la psychothérapie par l’hypnose, ou tout au mois qu’ils étaient ceux qui actuellement s’en servaient le plus volontiers.
A côté d’eux, Russes, Japonais, Anglais, Scandinaves explorent activement ce domaine. Il n’y a guère que la France qui, jusqu’à ce congrès, semble s’en être désintéressée presque totalement. Il y a à cela des raisons historiques bien françaises : querelles d’écoles et d’idées capables de masquer et d’étouffer une réalité pourtant passionnante.
Le docteur Léon Chertok, de Paris, un de nos rares spécialistes de l’hypnose, a retracé son histoire dans la communication d’ouverture du congrès. En un mot, c’est parce que nos savants ont été incapables, de Mesmer à nos jours, de définir la nature du phénomène hypnotique, qu’ils ont cru devoir le négliger ou même le réfuter.
Avec ce congrès, cependant, où les praticiens français ont eu l’occasion de rencontrer leurs confrères étrangers, semble se dégager une attitude plus réaliste : en attentant d’éclaircir les problèmes fondamentaux de l’hypnose, on peut étudier avec profit son maniement et ses possibilités. »

Eh bien voilà ! 🙂

Le journaliste aborde ensuite l’hypnose de music-hall, pour expliquer la mauvaise image de l’Hypnose auprès du grand public : « de là à penser qu’un hypnotiseur habile puisse forcer les gens à lui obéir dans la vie courante, en dehors de la scène, il n’y a qu’un pas. » Il cite quelques hypothèses de manipulations possibles en hypnose, plus ou moins graves, avec ce qu’il devrait être possible d’y faire pour y remédier… Bien sûr, c’est là que réapparait l’ancestrale supplique de certains de réglementer l’enseignement et la pratique de l’hypnotisme par des lois internationales. Ce à quoi l’auteur de l’article réplique intelligemment que l’Hypnose ne doit pas être « cadenassée » au prétexte qu’elle pourrait être « dangereuse entre des mains criminelles« , mais au contraire que « son enseignement doit être répandu », « les moyens trouvés de faciliter son emploi et de la généraliser, en serait-ce qu’à cause de son extraordinaire action sur la douleur ».
Et de préciser à juste titre « que cette technique, pour être appliquée avec le maximum de succès, demande non seulement des connaissances approfondies, mais encore une grande intelligence des hommes ».

En formation, pour illustrer cette idée, j’utilise la métaphore d’un couteau qui s’aiguise avec le savoir-faire de la personne : un débutant ou un maladroit n’aura qu’un couteau pour enfant, à bout rond et sans aucun tranchant (donc inoffensif) et il faut bien connaître la psychologie et le maniement de l’hypnose pour réussir à avoir un couteau bien tranchant (donc des techniques efficaces). Sachant que toutes les techniques hypnotiques ont été conçues par des thérapeutes pour faire du bien, une personne malfaisante devrait, pour faire du mal avec l’hypnose et en plus de savoir correctement s’en servir (donc bien connaître la psyché humaine, au sens positif) faire ensuite l’effort d’inverser toutes les techniques, pour les rendre négatives, malfaisantes au lieu de bénéfiques.
Il est fort peu probable que de telles personnes existent. Si quelqu’un souhaite faire le mal, il y a des moyens bien plus rapides et plus faciles que de passer des années à apprendre à soigner son prochain, pour ensuite décortiquer toutes les techniques, les inverser et inventer des protocoles « négatifs »…

Le journaliste conclut son article avec une histoire d’Erickson, afin de boucler sur les « nouvelles manières de pratiquer en thérapie ». Erickson raconte le cas d’une jeune femme qui avait perdu l’usage de la parole suite à un accident de voiture. Après avoir étudié son dossier, Erickson demanda au mari de lui confier sa femme « pendant un certain temps, avec la personne qui s’est occupée d’elle jusqu’ici. Il faut que cette personne accepte et promette d’appliquer à la lettre toutes les instructions que je lui donnerai. »
Vous reconnaissez-là le début d’une thérapie stratégique par prescription de tâche, pratique très courante chez Erickson (39,5% de ses cas) bien que sans hypnose.

Erickson raconte comment il mit en place « un véritable système de torture mentale, poursuivit implacablement jour après jour », afin de provoquer chez la patiente « une réaction de colère suffisamment violente pour faire une brêche dans la barrière du silence. »
Pour se faire, Erickson demanda à la garde-malade d’annoncer à la patiente qu’elle se réveillerait à 8h, pour prendre sa douche à 8h15 et être en tenue de gymnastique à 8h20 et à la gym à 8h30 « pour une séance de rééducation absolument indispensable. » Bien sûr, le lendemain matin, la garde-malade réveilla la patiente à 7h30, en la grondant parce qu’elle était en retard : « On vous a bien dit de vous lever à 7h15, il est déjà 8h ! Passez vite à la douche ! » A peine la malade arrivait-elle à la douche qu’on lui disait qu’il était trop tard, qu’il fallait déjeuner. Arrivée à table, elle découvrait que l’heure du déjeuner était passée et sa garde la ramenait dans sa chambre en lui expliquant que par sa faute et sa négligence elle avait manqué la séance de rééducation qui était si importante. »

De même : « La garde demandait à la malade si elle aimerait pour le petit-déjeuner du lendemain des oeufs au bacon avec du café et du pain grillé. Ravie, la malade faisait oui de la tête. Le lendemain, arrivant à table, elle voyait sur son assiette un navet cru et dans sa tasse de l’eau claire. Devant sa grimace, la garde-malade lui disait : « Mangez vite votre brioche et votre confiture ! » Et ainsi de suite tous les jours à toutes les heures, vexations et frustrations se succédaient à un rythme accéléré et de manière de plus en plus révoltante. Jusqu’au jour où la malade, excédée, éclata : « I don’t care! »
Il avait fallu deux semaines pour arracher ces premiers mots.
Dès lors, le contact étant établi, le docteur Erickson, utilisant l’hypnose pour accélérer sa psychothérapie, réapprit à parler à la malade en l’espace de six mois (…) Par la suite, quelques séances d’hypnose convenablement échelonnées lui permirent de conserver parfaitement l’usage de la parole.
Conjuguant leurs effets, l’hypnose et une psychothérapie habille avaient réussi là où aucun traitement n’avait pu le faire. »

~oOo~

Ainsi se termine ce bel et long article de présentation de l’Hypnose, qui plus est en français et dans une revue de vulgarisation scientifique.

J’espère qu’il vous aura permis de prendre la mesure de ce qu’était l’Hypnose avant Erickson, de pointer la manière unique d’Erickson de travailler avec les patients, et ainsi mieux faire la différence avec la Nouvelle Hypnose, née 20 ans plus tard, après la mort d’Erickson, et qui représente aujourd’hui l’hypnothérapie la plus pratiquée.

La Nouvelle Hypnose : le livre ! (Episode 2/5)

Nous voilà à la préface du livre, écrite par Theodore Xenophon Barber, PhD. (1927-2005), un expert en Hypnose plus ancien que son homonyme, Joseph Barber, PhD., célèbre quant à lui pour ses travaux sur le traitement de la douleur en Hypnose…

LA PREFACE DU LIVRE

Theodore X. Barber (dont je n’ai pas pu trouver une photo) s’est fait connaître en 1969 pour son livre « Hypnosis: A Scientific Approach » qui a participé aux lettres de noblesse universitaires de l’Hypnose, avec d’autres grands nom de l’époque comme Martin Orne ou Ernest Hilgard.
Barber était, comme Erickson, un « super sceptique », l’un de ces matérialistes extrémistes, membre actif du Committee for Skeptical Inquiry (CSI) et aujourd’hui au Panthéon des Sceptiques (Pantheon of Skeptics) – eh oui, cela existe !!… Donc, pas la personne la plus ouverte d’esprit qui soit !…

Il a le mérite d’avoir participé avec ses collègues à sortir l’Hypnose du flot de superstitions dans lequel elle pouvait encore baigner, à cette époque. Il est donc édifiant qu’Araoz l’ait invité à préfacer son livre, clair hommage à l’Hypnose Classique, et plus encore que T.X. Barber ait accepté, gage de sérieux pour la Nouvelle Hypnose.

Les travaux de Barber l’ont amené à penser que l’Hypnose (l’EMC) n’était pas le vecteur principal du changement (par exemple, thérapeutique) et que la suggestion (donc, les mots, les paroles) était ce qui comptait le plus.
De fait, il ne parlait plus d’Hypnose… mais « d’approche hypnosuggestive ». Il faut le savoir quand on lit sa préface (cf. extraits ci-dessous).

Bon, mis à part cela, Barber ne nous apprend pas grand chose de nouveau à travers sa préface (voir la première page de la préface). Il nous rappelle que « l’approche hypnosuggestive » des années 1980 est désormais centrée sur la personne, au contraire des anciennes formes d’Hypnose où l’importance du thérapeute était centrale (c’était lui qui avait le savoir et qui agissait). Il rappelle aussi les noms du trio de chercheurs qui ont (re)lancé les recherches scientifiques sur l’Hypnose (Orne, Hilgard et lui-même), ce qui avait attiré d’autres grands noms de la psychologie à travailler sur l’Hypnose (il cite Weitzenhoffer, Spanos, Sarbin ou encore Fromm, Bowers et d’autres)… avec pour résultat plus de 1000 nouveaux articles de recherches innovantes sur l’Hypnose.

Et toute sa préface détaille cette évolution de perception de l’Hypnose, devenue « approche scientifique sérieuse » à travers les années 50, 60 et 70. Il dit notamment que « bien que le grand public ait une conception encore rigide de l’Hypnose, cette ancienne vision n’est plus acceptée par aucun chercheur sérieux actuel. » (S’il pouvait avoir raison, même en 2018 !! 😀 )…

Barber explique aussi ce qui a fait l’évolution vers la Nouvelle Hypnose, partant de l’Amérique des années 40-50, est « une Amérique des années 80 plus démocratique, avec un accroissement marqué du niveau moyen d’éducation des américains, une expansion significative des sources d’information, spécialement la télévision, etc. » (c’est lui qui le dit !). Il fait le lien avec « la prise de conscience croissante d’une large partie de la population pour les actions militaires américaines continuelles et inutiles, ainsi que pour la constante menace de l’holocauste nucléaire, qui a provoqué des mouvements de protestation et une plus grande disposition à la défiance des autorités existantes« …

Il semble donc à Barber que la population (américaine, mais on peut étendre l’idée) n’était plus à même d’accepter une forme « d’aide » où un thérapeute tout-puissant manipulait la personne, certes pour son bien, mais sans son accord éclairé (sans que la personne ait les détails pour approuver ou non l’action du thérapeute).
La voie pour une Nouvelle Hypnose collaborative était donc naturellement ouverte.

John Watkins, à 98 ans (créateur, entre autres choses, du « pont affectif » utilisé pendant la RHV, en Nouvelle Hypnose)

Enfin, Barber parle de l’évolution des autres formes de thérapie : Gestalt, thérapie existentielle, TCC et l’ensemble des « thérapies humanistes » qui faisaient désormais partie de la boite à outil des thérapeutes des années 80… Il cite aussi les « innovateurs comme Erickson, Sacerdote, Spiegel et Watkins, devenus moins ritualistes et plus centrés sur la personne »… Avant de conclure qu’il était donc normal, d’après lui, que l’Hypnose, grand-mère de ces approches, évolue elle aussi vers une approche « plus résiliente, créative, permissive et collaborative. »

Bien sûr, comme on s’en serait douté, Barber termine en expliquant que « la Nouvelle Hypnose codifie tous ces nouveaux principes de base et présente des exemples aidants de leur mise en application », qu’elle « clarifie le rôle des nouveaux hypnothérapeutes comme professeurs et guides » dans une relation de collaboration avec la personne, « pour l’aider à expérimenter de nouvelles voies« . Et que les nouveaux hypnothérapeutes (praticiens de la Nouvelle Hypnose) seront désormais « pleinement engagés avec leurs clients et communiqueront avec eux (en donnant des suggestions) pas seulement de façon verbale et intellectuelle, mais avec feeling, émotion, participation et engagement. »

Il précise que « l’ancienne hypnose était trop accrochée aux procédures et aux inductions ritualisée, à l’obtention de transe profonde, et que les thérapeutes étaient dérangés et préoccupés lorsque leurs patients n’étaient pas assez hypnotisés » (Barber a participé à la création d’échelle d’hypnotisabilité, comme Weitzenhoffer)… Alors que « les nouveaux hypnothérapeutes sont conscients du côté fallacieux des hypothèses qui sous-tendent l’intérêt à la transe profonde et, comme le précise Araoz (plus tard dans le livre), qu’ils mettent l’emphase sur le fait d’aider la personne à apprendre de nouvelles compétences en utilisant l’hypnosuggestion, pour la paix de l’esprit, la tranquillité et l’amélioration personnelle ».

Là, Barber annonce en quelques lignes ce que l’on apprendra dans le livre : la prise de conscience des auto-suggestions négatives (chères à Araoz) et des bienfaits de l’auto-hypnose… avant de conclure : « La Nouvelle Hypnose nous apprend à tous à utiliser l’hypnose pour atteindre la paix de l’esprit et pour fonctionner avec une conscience accrue et  plus de compétences dans notre vie de tous les jours. Ce livre indique ainsi la voie d’amélioration de nos savoir-faire thérapeutiques et aussi de l’amélioration de nos vies, la nôtre et celle de nos clients ».

Belle fin de préface, venant d’un expert extrêmement exigeant, peu enclin à jouer des émotions pour faire passer une idée ou à enjoliver une pratique. La Nouvelle Hypnose a donc dû bien l’impressionner pour qu’il écrive un texte pareil… ce qui donne envie de plonger dans l’introduction du livre, écrite par l’auteur lui-même !

Les livres étaient comme les films de l’époque : un long générique de début… pour nous mettre dans l’impatience du commencement des choses concrètes !

L’INTRODUCTION PAR ARAOZ

On lit enfin Araoz, qui nous raconte qu’il avait intitulé « New Hypnosis » un chapitre de son précédent livre (« Hypnosis and Sex Therapy », 1982). Il avait présenté dans ce chapitre sa vision d’une nouvelle manière de pratiquer l’Hypnose, ce que « de nombreuses personnes que je respecte pour leur professionnalisme » lui ont demandé d’étendre… Ce qui fut donc à l’origine du livre « The New Hypnosis », sujet de ce long article. (Voir la première page de l’introduction)

Araoz dit que la réaction de ses collègues lui fit prendre conscience que ses concepts d’une « Nouvelle Hypnose » le dépassaient, que cette nouvelle approche avait une vraie réalité, qu’il convenait de présenter plus longuement (ce qui m’arriva aussi, en mon temps, avec « ma façon à moi de faire de l’hypnose, mais sans dissociation », dont la description pour mes élèves finit par être si longue et complète qu’elle prit la forme d’un gros livre de plus de 500 pages… et que l’on dut baptiser ce qui était, en fin de compte, bien plus qu’une simple « approche personnelle » : l’Hypnose Humaniste !)…

Voici ce qu’écrit Araoz ensuite :

« Ce livre est la présentation de la méthode la plus efficace pour aider les gens à atteindre des buts qui, bien que désirés, semblaient auparavant inatteignables. Cette méthode est désignée comme la « Nouvelle Hypnose » parce qu’elle est enracinée dans des concepts et principes associés à l’Hypnose scientifique, telle que documentée depuis l’époque de Mesmer (environ 1775).
La Nouvelle Hypnose, d’un côté, touche et s’étend au-delà du domaine de l’Hypnose traditionnelle, et de l’autre côté s’élance au-delà de l’étroit focus de la soi-disant Hypnose Ericksonienne, avec ses rejetons tels que la Programmation Neuro-Linguistique.

La Nouvelle Hypnose accroît l’efficacité de l’Hypnose traditionnelle en étant plus expérientielle (NDR : c’est-à-dire fondée sur l’expérience, la recherche d’émotions et de sensations), plus centrée sur le client, et moins liée aux concepts expérimentaux relayés par les laboratoires. Elle intègre aussi des applications purement cliniques de l’Hypnose, tel que dans la plupart des travaux publiés par Erickson (NDR : donc des applications non-vérifiées en labo, mais tirées de l’expérience en thérapie), ajoutées aux preuves réunies par T.X. Barber et ses associés sur l’efficacité de l’Hypnose clinique non-traditionnelle (cf. plus haut, l’apport de Barber sur les mots, la parole, et donc pas seulement sur l’utilisation de l’état d’hypnose seul).

Je ne fais pas d’équivalence entre la Nouvelle Hypnose et l’approche éricksonienne de l’Hypnose (…) Le culte grandissant développé autour d’Erickson, de part et d’autre des USA et même à l’étranger devint une grave préoccupation. Je ne voulais pas prendre part à la dévotion de Milton H. Erickson car le culte est auto-limitant. (Voir la page 2 de l’introduction d’Araoz)

Milton Erickson

Erickson a enseigné quelque chose de beaucoup plus grand que son travail personnel en utilisant ses particularités et son humour, ses méthodes et paraboles peu orthodoxes.
Certains essayent maintenant de l’imiter au point de ressembler à lui (au « vieux Milton », attention !), répétant ses anecdotes comme si elles avaient une valeur sacrée, utilisant le paradoxe juste parce que cela ressemble plus à Erickson (ou plutôt « à Milton »).

Le culte est un inconvénient avec tous les grands maîtres, en religion et en philosophie comme en psychothérapie. Mais ses adorateurs manquent l’essentiel de l’héritage d’Erickson. Son travail nous a appris que le thérapeute doit se concentrer attentivement et totalement sur les besoins et les expériences du client. C’est seulement dans ce cadre que le thérapeute peut être lui-même et adapter son approche en conséquence.
Le culte ericksonien contredit son enseignement principal. La Nouvelle Hypnose doit beaucoup à Erickson, bien sûr. Mais elle est beaucoup plus que « Ericksonienne ». Elle inclut les techniques de nombreux chercheurs et cliniciens dans le domaine de l’Hypnose traditionnelle. Elle s’appuie également sur des éléments théoriques et méthodologiques de la psychothérapie existentielle, humaniste, de la Thérapie Cognitivo-Comportementale et de la thérapie expérientielle.

Enfin, la Nouvelle Hypnose se développe à partir des recherches menées en dehors du domaine de l’Hypnose traditionnelle dans les domaines de l’imagination, de la bilatéralité cérébrale et du changement humain, avec ses multiples ramifications dans la théorie des valeurs, de la perception et de l’image du monde. »

Voilà… pour ceux qui pensaient qu’il y avait un lien entre l’Hypnose Ericksonienne et la Nouvelle Hypnose, vous avez les idées sur le sujet du fondateur de la Nouvelle Hypnose. En pratique, si ce n’est l’inspiration apportée par Erickson (un « esprit pratique », centré sur la personne, qui a influencé toutes les formes de psychothérapie, pas seulement l’Hypnose) et les particularités de langage, certes repérées chez Erickson, mais ensuite largement améliorées en Nouvelle Hypnose (sur la base du « Milton-modèle » PNL) en un nouveau langage hypnotique, inconnu chez Erickson lui-même : les techniques des deux approches sont très éloignées !
On ne pratique en Nouvelle Hypnose rien de ce qu’Erickson faisait spécifiquement (donc rien qui lui soit propre), tout comme on n’utilise pas en Hypnose Ericksonienne les protocoles, le langage et les techniques de la Nouvelle Hypnose, tout simplement car Erickson lui-même rejetait toutes théories et tous protocoles… et que la Nouvelle Hypnose n’existait pas de son vivant !

UN TÉMOIGNAGE EXTÉRIEUR

David Calof, élève d’Erickson

Pour compléter ce que dit Araoz dans son introduction, voici un extrait du prologue du livre de David Calof, ancien et dernier élève d’Erickson pendant 5 ans, et pionnier de la Nouvelle Hypnose. Après avoir décrit un cas d’hypnothérapie, il explique :

« Contrairement à la vieille image de l’hypnose, (en Nouvelle Hypnose) nous ne réalisons pas les thérapies en exerçant un pouvoir sur le patient. Nous ne faisons pas quelque chose au client pour produire une « cure ». Au lieu de cela, nous travaillons avec lui, dans une relation de confiance et d’échanges, pour solliciter sa propre capacité à guérir et à résoudre ses problèmes.

Paradoxalement, bien que je doive à Milton Erickson les bases de ma pratique, je me suis progressivement écarté de ses techniques (…) Pendant les cinq ou six premières années de ma pratique, je vénérai Erickson et j’imitai son style de travail. Mais alors que moi et ma pratique parvenions ensemble à maturité, (…) je développai peu à peu ce que je pense être une manière de travailler plus « transparente ». J’écoute davantage ; je travaille plus lentement ; le plus souvent, je laisse le client dicter le rythme et la direction.

Erickson perçut que je m’écartais de ses techniques directives et m’y encouragea ; de manière subtile, il me dissuada de revenir, suggérant qu’il était temps pour moi d’établir mon indépendance. » (Extrait de « Monsieur ma femme, Madame mon mari », 1996)

LA NOUVELLE ECOLE DE NANCY

Le prof. Bernheim, de la Nouvelle Ecole de Nancy

Après avoir expliqué la différence entre l’Hypnose d’Erickson et la Nouvelle Hypnose, Araoz poursuit son introduction en détaillant le prochain contenu de son livre. Notamment, il pointe la différence entre les thérapies qui recherchent une prise de conscience chez la personne et la Nouvelle Hypnose « en tant que manière puissante d’aider les gens à changer librement et profondément. » 

Il explique que l’on n’a pas encore pu prouver qu’une prise de conscience, au sens de « compréhension intellectuel du problème » ait jamais fait changer qui que ce soit, et que le changement provient la plupart du temps, quelles que soient les références que l’on prenne, d’une expérience personnelle, profonde.

C’est là qu’arrivent les références à la Nouvelle Ecole de Nancy, d’Hyppolite Bernheim (nommée ainsi pour contraster avec l’Ecole de la Salpêtrière, de Charcot). Araoz raconte :

« En étudiant soigneusement la position tenue par l’Ecole de Nancy en hypnose (spécialement la Nouvelle Ecole de Nancy), on découvre que beaucoup de ce qu’ils avaient compris sur la suggestion et l’auto-suggestion entre dans le champ des « expériences intérieures », opposées aux prises de conscience intellectuelles ou aux convictions raisonnées. » Et là, Araoz part dans un rappel des « Lois de Suggestion », selon l’Ecole de Nancy (qui a beaucoup étudié cela, Bernheim étant celui qui a insisté sur l’importance des mots et paroles choisis) et une explication de la différence entre « volonté » et « imagination »…

Pour rappel, Milton Erickson travaillait surtout grâce à des ruses psychologiques, le langage était secondaire (« artfully vague » : vague et rusé, malicieux, astucieux). Les deux fondateurs de la PNL, Bandler et Grinder, ont cru découvrir dans les structures profondes du langage (grammaire transformationnelle, Chomski, 1957) le secret des succès thérapeutiques d’Erickson, comme Jay Haley avant eux avait cru le faire par le prisme de la thérapie systémique et stratégique.
En vain, car la réussite d’Erickson ne tenait finalement ni à sa « position paternelle » par rapport à ses patients (hypothèse de Jay Haley dans son livre « Un thérapeute hors du commun »), ni à son langage, pratiquement identique au langage simple des hypnotiseurs classiques, ni même aux exceptions de langage révélées par la PNL (Milton-modèle), que l’on connait bien maintenant, que l’on a généralisé et amélioré en Nouvelle Hypnose pour faire le Milton-modèle francophone actuel… Tout cela sans réussir à vraiment imiter Erickson !
Le secret tenait en fait à ses interactions, aux processus qu’il enclenchait chez les gens, donc à des ruses interactionnelles, telles qu’on en retrouve en Psychologie Sociale (cf. Milton-modèle 4, livre « Hypnose« , 4ème édition, 2013).

Bref, le langage avait été mis de côté par les hypnothérapeutes classiques ordinaires (Charcot, Janet et suivants), puis par les éricksoniens (qui privilégiaient les actions créées sur-mesure pour la personne, les prescriptions de tâche, ou restaient dans une hypnose, certes très bien faite, mais toujours très classique)… Pourtant Bernheim avait insisté sur l’importance des suggestions, en vain il faut croire, comme si l’époque n’était pas encore prête à cela.

Les choses ayant évolué, comme le faisait remarquer Barber dans sa préface, la Nouvelle Hypnose des années 80 retrouvaient l’importance des phrases bien faites. Ce sera le début des « accompagnements touchants, des jolies métaphores, des émotions retrouvées » de l’hypnothérapie telle qu’on la pratique aujourd’hui…
« A cause du lien sous-jacent avec la Nouvelle Ecole de Nancy » nous dit Araoz, « la désignation de Nouvelle Hypnose semblait plus appropriée qu’une autre, telle que « moderne », « naturaliste », « ericksonienne » ou « indirecte »… « Nouvelle » reflète aussi le but recherché dans ce livre, à savoir le changement humain, le renouveau – lequel est le sujet, au moins théoriquement, de toutes formes de psychothérapie.

Mais parce que le changement « humain » suit des règles définies relatives aux fonctions de l’hémisphère droit, « hypnose » est gardé dans le titre, même si de nombreux hypnotiseurs traditionnels seront en fort désaccord avec ma compréhension de l’Hypnose. Grâce aux preuves accumulées dans la dernière décennie, il est maintenant irréfutable que l’hypnose est reliée au fonctionnement du cerveau droit (NDR : Araoz précise au début de son livre qu’il parlera de « cerveau droit / cerveau gauche » comme d’une métaphore, non-scientifique, le sachant, mais parce que le terme est plus pratique à utiliser pour un livre grand public) Toutefois, le terme « hypnose » doit être pris dans un sens plus vaste que celui que lui donnent les traditionnalistes, en incluant tout activité mentale qui contourne le fonctionnement cerveau gauche, qu’il soit induit ou spontané. »

Araoz termine ensuite son introduction en expliquant que « la Nouvelle Hypnose a des applications dans tous les domaines du changement humain« , que son livre n’est pas restreint à la seule psychothérapie individuelle mais s’ouvre à la thérapie familiale (puisqu’Araoz est lui-même thérapeute familial) ainsi qu’au développement personnel. Souvenez-vous que l’Hypnose, jusque-là, se cantonnait au domaine médical, depuis James Braid (chirurgien), Bernheim et Charcot (neurologues), Erickson (psychiatre), etc. « Les gens ont tous bénéfices à apprendre à utiliser leur esprit » ajoute Araoz en se citant lui-même (Araoz, 1981).

Il faut faire l’effort de se remettre dans le contexte de l’époque pour se rendre compte de l’évolution. A cette époque, Erickson était mort depuis 5 ans. Il n’a jamais connu cette utilisation de l’Hypnose. Il serait abusif et faux de qualifier d’ericksonienne une pratique qu’Erickson lui-même n’a jamais connu ! « En ce sens, apprendre aux gens, depuis leur enfance, la valeur des suggestions constructives et positives (NDR : « suggestion » en hypnose, signifie « phrase » ou « pensée ») à utiliser dans toutes les activités humaines, cette éducation, véritablement, est une des voies naturelles de la Nouvelle Hypnose. » Alors qu’Erickson refusait d’enseigner l’Hypnose à ses propres enfants avant qu’ils ne soient en fac de Médecine !! On peut pratiquement parler de « révolution » ! Il y aura un « avant » et un « après » la Nouvelle Hypnose

Ce qui rappellera à certains la « mission » de l’IFHE, depuis sa création en 1995…

Pourtant, Bernheim avait tenté de lancer ce courant d’éducation sociale, mais sans doute trop en avance : « Depuis les toutes premières contributions de l’Ecole de Nancy, « l’application générale de la doctrine des suggestions », comme l’appelait Bernheim en 1887, a inclus l’éducation. Baudoin, une autre figure importante de l’Ecole de Nancy, consacrait un chapitre de son livre publié en 1913 à « la suggestion dans l’éducation des enfants ». Aujourd’hui, nous parlerions de développement personne (« self-help approach »), c’est-à-dire du fait que les gens apprennent à utiliser l’Hypnose pour améliorer leur vie. »

Il y avait d’autres prémices de ce courant, dans les années 70, notamment chez Leslie Lecron (qui a créé le signaling, avec son élève David Check) et son célèbre livre d’avant-garde (à l’époque) sur l’auto-hypnose… Araoz dit que cette volonté d’éducation permet de « voir l’Hypnose comme une méthode pratique d’amélioration personnelle, facile à apprendre par tout individu normal, plutôt que comme une technique médicale hautement spécialisée, dangereuse quand elle n’est pas utilisée sans la supervision directe d’un professionnel.
La Nouvelle Hypnose (…) est une habileté mentale, dans les mains de toute personne normale bien motivée, qui veut apprendre comment l’utiliser pour son développement personnel. L’Hypnose peut être apprise par « une personne ordinaire », sans se préoccuper de sa soi-disant hypnotisabilité. Effectivement, l’usage régulier de l’Hypnose pourra grandement bénéficier aux individus comme à la société. »

Un esprit très « humaniste » chez Araoz, longtemps avant l’arrivée de l’hypnose associante, qui parachèvera cette recherche d’une clé d’évolution personnelle, disponible à tout un chacun et bénéfique à la société tout entière (en Hypnose Humaniste, il n’y a plus aucune technique de langage, contrairement à la Nouvelle Hypnose, donc plus aucun risque d’influence par le thérapeute, même involontaire, et bien sûr aucune perte de conscience, puisqu’on cherche au contraire à « gagner en conscience »)…

Et Araoz de conclure par ces mots :
« La Nouvelle Hypnose n’est pas seulement une méthode de thérapie. Elle inclut une attitude, la volonté de reconnaître de manière pratique l’influence de notre esprit profond – l’Inconscient – dans tous les aspects de la vie personnelle, et un effort pour apprendre comment utiliser cette influence de l’Inconscient à notre meilleur avantage. »

Un esprit de développement personnel inconnu chez les hypnothérapeutes précédents…

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Eh voilà, nous en avons fini avec l’avant-propos (Rossi), le prologue (Barber) et l’introduction (Araoz)… Le début du livre dit l’essentiel à savoir sur l’origine théorique et technique, et l’esprit qui anime la Nouvelle Hypnose.
Le corps du livre, proprement dit, rentrera dans le détail, donc comme dans un cours. Je vous en résumerai l’essentiel, afin que les articles suivants ne soient pas trop fastidieux (voyez déjà le nombre de concepts et de références de ce début de livre !)…

A suivre, donc ! (Episode 3/5) 🙂

La Nouvelle Hypnose : le livre ! (Episode 1/5)

Daniel Araoz en 1982, conseiller familial et sexothérapeute

Daniel Araoz (1930-), Doctorate in Education (EdD, Columbia University, 1969), Licensed Psychologist (Illinois, 1972) est l’inventeur du terme « New Hypnosis », aux USA, en 1985.

L’idée de départ était bonne, et nous allons la détailler plus loin, mais Araoz n’en a malheureusement pas fait grand chose. Et c’est curieusement en Europe que cette approche douce et participative de l’Hypnose va se développer.
Pour preuve, Google sort 78500 résultats à la recherche du terme « Nouvelle Hypnose », alors qu’il n’y en a que 40500 pour sa version anglaise « New Hypnosis »…

Dr Jean Godin

Ce n’était pourtant pas évident au départ, car – hasard de l’Histoire – lorsque le Dr Jean Godin introduisit l’Hypnose Ericksonienne en France, également au début des années 80, il dut faire face aux réticences de l’époque par rapport à l’hypnothérapie et eut l’idée de parler de « nouvelle hypnose » pour qualifier l’Hypnose de Milton Erickson et la distinguer de l’Hypnose Classique… sans savoir que le terme désignait une toute autre approche aux USA.

Publié en 1992

Lorsqu’en 1992 Jean Godin publia son livre qui présentait l’Hypnose Ericksonienne, c’est tout naturellement qu’il l’intitula « La nouvelle hypnose », créant involontairement le début d’une belle confusion française…

Car, depuis, l’erreur d’attribution se répète régulièrement en France, où l’on qualifie volontiers l’Hypnose Ericksonienne de « nouvelle hypnose »… ce qui n’est pas le cas, par exemple, chez nos voisins de Belgique qui, eux, ont les bonnes définitions !

Cela ne porterait pas à conséquence si la Nouvelle Hypnose, la vraie, n’avait pas entre-temps traversé l’Atlantique pour transformer radicalement la pratique de l’Hypnose francophone !

LE LIVRE FONDATEUR

Publié en 1985

« The New Hypnosis », le livre à l’origine de la Nouvelle Hypnose, publié en 1985, est depuis longtemps épuisé. Cet article n’a donc pas pour but de vous présenter la Nouvelle Hypnose telle qu’on la pratique aujourd’hui (j’en ai déjà donné des exemples sur ce site) mais de vous faire plonger dans les pages de ce livre fondateur, introuvable.

Avant cela, je laisse le Dr Mairlot, qui dirige l’Institut de Nouvelle Hypnose à Bruxelles, vous résumer cette Nouvelle Hypnose (et donc, en quelques sortes, le livre)…

Extrait de son site internet :

« La Nouvelle Hypnose est une pratique visant à :

  • Collaborer avec le patient expert de son problème et propriétaire de ses capacités de changement. La nouvelle hypnose s’oppose donc complètement à l’hypnotiseur autoritaire qui produit le changement ainsi qu’au côté « je sais tout et je peux vous faire changer à votre insu » d’une partie du travail de Milton Erickson.
  • Intégrer les idées et les stratégies des hypnothérapeutes qui continuent de faire évoluer l’hypnose depuis la mort de Milton Erickson en 1980.
  • Utiliser certaines stratégies des TCC (thérapies cognitivo-comportementales), principalement celles qui travaillent avec les idées négatives et les fausses croyances, source d’auto-suggestions négatives (ASN).
  • Intégrer l’auto-hypnose négative (AHN) dans le processus de construction de certains problèmes ou maladies.
  • Apprendre l’auto-hypnose au patient pour qu’il soit autonome dès que possible. »

Le premier point est essentiel, car la collaboration hypnothérapeute-patient est emblématique de la scission qui apparut à cette époque entre les anciennes formes d’hypnose (classique, éricksonienne) et celles qui se développeront à l’avenir (nouvelle, humaniste).
Avant la Nouvelle Hypnose, le thérapeute « faisait » la thérapie « sur » le patient, même avec les techniques éricksoniennes, qui utilisaient les flux psychologiques de la personne, mais sans qu’elle en soit consciente…
Avec l’apparition de la Nouvelle Hypnose, l’hypnothérapie devient collaborative : « Pensez à un souvenir agréable » (phrase qu’Erickson n’aurait jamais prononcé, car il préférait induire ce souvenir à la personne). S’il n’y avait qu’un point à retenir, ce serait celui-ci, car il représente la différence principale et la plus reconnaissable entre l’hypnose d’Erickson et la Nouvelle Hypnose.

L’autre apport de la Nouvelle Hypnose est son aspect « intégratif », au sens où le mélange de différentes approches, complémentaires à l’Hypnose, sont utilisées pendant la séance… On ira même plus loin, avec l’évolution de la Nouvelle Hypnose en France, au début des années 1990, en modifiant les protocoles issus d’autres approches thérapeutiques afin qu’ils soient pratiqués en Etat Modifié de Conscience
C’est ce que présentera mon livre « Hypnose », publié en 2000, et qui permettra à l’Hypnose thérapeutique de gagner le succès que l’on sait auprès du grand public et de se répandre jusqu’à aujourd’hui.

Araoz intégrera à sa Nouvelle Hypnose les techniques connues dans le milieu universitaire (TCC) ainsi que des bases de PNL. C’est ce dernier aspect que j’ai optimisé en langue française et qui a donné les protocoles hypnotiques utilisés par la majorité des hypnothérapeutes francophones actuels…
Aux USA, on trouve intégrés à la Nouvelle Hypnose de l’EFT ou de l’EMDR, de l’énergétique, des protocoles issus du chamanisme ou des thérapies transpersonnelles… Bref, des pratiques aussi variées qu’hétéroclites ! Le point commun de tout cela étant l’état d’hypnose (dissociant, bien sûr, donc « traditionnel », puisqu’il faut des techniques d’inductions spéciales pour atteindre un état d’hypnose associant, comme en Hypnose Humaniste)…

Enfin, dernière caractéristique de la Nouvelle Hypnose d’Araoz : l’idée d’auto-hypnose négative (AHN), qu’il utilisera de temps à autre pour distinguer sa pratique : comme si la personne, par ses pensées inconscientes, maintenait involontairement son état pathologique. Araoz proposera une méthode très simple et directe pour annuler cette AHN : en hypnose, après avoir repéré la structure des pensées négatives de la personne, et puisque cette dernière en EMC confond ses pensées et les paroles de l’hypnothérapeute (comme pendant un rêve, lorsqu’on confond un bruit extérieur avec un bruit survenir dans notre rêve), Araoz remplaçait lui-même les pensées par leur équivalent positif : « Je ne suis qu’un idiot » devenant « je suis quelqu’un de bien »…
Disons que c’était quelque peu intrusif et pas très subtil. On ne pratique plus du tout cela de nos jours !

AVANT-PROPOS D’ERNEST ROSSI

Découvrons ensemble ce que fut cette première « Nouvelle Hypnose », qui posa les fondations de notre pratique francophone.

Le livre s’ouvre sur la page de titre : « The New Hypnosis, by Daniel L. Araoz, Ed.D. » Le livre est publié, comme bien d’autres livres américains de référence en Hypnose, par Brunner/Mazel, Publishers, New York. (Cliquez ici pour voir la page)
Au dos, comme dans chaque livre, la page de copyright indique le nom de l’auteur (Araoz), rappelle le titre du livre « The New Hypnosis » et la date de copyright (1985), ce qui nous donne une « date de naissance » pour cette approche, même si on se doute bien que l’auteur la pratiquait depuis plusieurs années (il indique « 7 ans » dans la conclusion du livre), tout comme James Braid, de son temps, n’a pas inventé l’Hypnose (et son nom) au moment de l’écriture du livre de 1843 : il pratiquait bien avant ! (Cliquez ici pour voir la page)

Puis vient le sommaire, que vous trouverez ici en PDF… Et enfin, le livre commence !

C’est Ernest L. Rossi lui-même qui écrit l’avant-propos : le bras droit d’Erickson, celui qui a co-écrit tous les livres d’Erickson (puisque ce dernier n’a écrit en solo que des articles). Autant dire une sommité, que l’on qualifierait volontiers d’ericksonien, étant donné son expérience auprès d’Erickson… Pourtant, les historiens de l’Hypnose l’indiquent comme « grand-père » de la Nouvelle Hypnose ! Pourquoi ? Parce que c’est chez lui que l’on trouve les premiers protocoles hypnotiques (petit 1, petit 2, petit 3) qui n’existaient pas chez Erickson (« pas de théorie, tout est improvisé ») ni en Hypnose Classique (que des scripts, au mieux, mais pas de directives fixes)…
Et c’est chez Rossi aussi que l’on trouve les premières références à une collaboration « conscient-inconscient », chose impossible chez Erickson qui, bien au contraire, faisait son possible pour « dépotentialiser le conscient », pour montrer à la personne que le conscient était faible et, paradoxalement, pour Erickson, également source de tous ses ennuis !… Bref, pas de collaboration « conscient-inconscient » chez Erickson (et les Classiques ne se préoccupaient pas vraiment de l’Inconscient !)…

(Cliquez ici pour voir la première page de l’avant-propos) On découvre donc une facette inédite d’Ernest Rossi (du moins en France).
Celui-ci débute son avant-propos en expliquant que la Nouvelle Hypnose est l’union (« tapestry ») des formes d’hypnose classique et moderne, qu’elle intègre autant les apports d’Erickson que ceux des experts classiques comme Barber ou Hilgard, « d’une manière surprenante », en allant de la psycho-neuro-immunologie (chère à Rossi, auteur du livre « Psychobiologie ») à la thérapie familiale (formation initiale d’Araoz).

Rossi explique aussi que la Nouvelle Hypnose se distingue de la « programmation » (clin d’oeil aux anciennes suggestions directes et à la PNL, toute nouvelle à l’époque) et « utilise les processus mentaux individuels et naturels de la personne afin d’activer ses propres et uniques ressources et potentiels, pour résoudre ses problèmes à sa manière personnelle ! »
Cela ne vous dit rien, ça ? On dirait la description actuelle de… l’Hypnose Ericksonienne… Et c’est Ernest Rossi, plus proche collaborateur d’Erickson, donc quelqu’un qui sait parfaitement ce qu’est l’Hypnose Ericksonienne, qui vous parle d’une « nouvelle manière de faire de l’hypnose » (donc différente de celle d’Erickson) qui donne cette définition de la Nouvelle Hypnose.

Commencez-vous à percevoir que ce que l’on appelle souvent « Hypnose Ericksonienne » en France n’est qu’une appellation à la mode mais erronée (car l’Hypnose Ericksonienne est très différente) de la Nouvelle Hypnose ? Ce qu’aiment les gens, c’est cette nouvelle façon de « faire de l’hypnose », plus douce et moins médicale : la Nouvelle Hypnose… Mais attendez un peu, d’autres que moi vous le confirmeront !

La page 2, l’avant-propos de Rossi se poursuit alors qu’il explique que « la Nouvelle Hypnose embrasse toutes les approches qui font glisser le contenu de la conscience hors de son conditionnement ordinaire et des limites de ses cadres de référence » (toujours dans le cadre des seules pratiques connues à l’époque, donc dissociantes). Il précise alors la descendance de nombreuses formes de psychothérapie : des pratiques de Freud et Jung, formés à l’origine en Hypnose, jusqu’aux nombreuses formes de psychothérapies existants aujourdhui (il cite la thérapie centrée sur la personne, la Gestalt, l’analyse transactionnelle, etc.) et conclue en disant que c’était « comme si la Nouvelle Hypnose était une mère éperdue qui rappelait à elle ses enfants-psychothérapies perdus, errants dans un monde sauvage et incompréhensible, luttant pour s’unir dans une famille grincheuse mais féconde »… ce qui pointe bien l’essence intégrative de la Nouvelle Hypnose !

Rossi poursuit en indiquant que « les fondements de la Nouvelle Hypnose se retrouvent dans les nouvelles visions et les savoir-faire qu’elle requière des hypnothérapeutes » : des compétences en observation et en communication, à un niveau supérieur à ce qui était exigé dans l’ancienne pratique de l’Hypnose.
« Le challenge d’apprendre la Nouvelle Hypnose nécessitera d’augmenter le niveau de conscience et la compétence de tous les thérapeutes, quel que soit leur niveau d’entraînement ou leur école de pensée ». Et c’est le meilleur éricksonien vivant à l’époque qui vous dit ça !… Avant d’ajouter que la difficulté principale sera « de ne pas se faire déborder par cette explosion d’innovations, qui pourrait nous tenter de prendre la voie facile: celle de rester dans le dogme des quelques approches que l’on connait déjà et de faire taire le reste avant d’avoir profondément compris le nouveau champ… »

Ce qui est, pourtant, ce qui s’est malheureusement fait, où la plupart des gens (praticiens ou non de l’Hypnose) en sont restés soit à l’ancienne Hypnose Classique ou à la réputation de l’Hypnose Ericksonienne, juste pour le nom… en s’appropriant un peu des nouveautés de la Nouvelle Hypnose, mais sans la déclarer comme telle, donc sans l’approfondir vraiment.

Rossi conclut son avant-propos en racontant son expérience, et c’est là le plus édifiant :
« Il s’est passé exactement 12 ans depuis que j’ai commencé mes études avec Milton H. Erickson, comme une route personnelle vers la Nouvelle Hypnose. Ces années n’ont pas été faciles. Abandonner les hypothèses profondément ancrées par ma formation académique initiale (théorie et béhaviorisme), puis par mes formations suivantes en analyse freudienne et jungienne, a été continuellement perturbant et à certains moments décourageant.
Apprendre à utiliser une approche aussi radicalement différente (…) m’a tenu dans un vertige pour une assez longue période. Encore et encore, j’ai été forcé d’éliminer les racines profondes de mes apprentissages d’hier. Et même aujourd’hui, je lutte pour passer outre les limites de mes apprentissages, pour atteindre un meilleur niveau de compréhension thérapeutique et de fonctionnement.
Ainsi, bien que la présentation d’Araoz de la Nouvelle Hypnose soit exaltante, nous devons reconnaître qu’elle demandera un sérieux effort de notre part pour l’intégrer avec intégrité. A un niveau personnel, cela demandera une reconnaissance croissante de votre besoin de continuellement devoir vous re-éveiller, pour grandir encore en compréhension et en savoir-faire. Et à un niveau professionnel, cela vous demandera l’humilité de reconnaître l’horizon encore limité de vos connaissances et le besoin de soutenir et d’étendre les recherches empiriques et expérimentales nécessaires. »

Rossi lui-même considère donc son expérience avec Erickson comme un chemin qui l’a mené à la Nouvelle Hypnose, qui serait ainsi la suite et l’évolution de l’Hypnose Ericksonienne – ce que nous confirmera Araoz lui-même, dans son introduction.

~oOo~

Nous continuerons cette plongée dans le livre fondateur de la Nouvelle Hypnose, dans le deuxième épisode de cet article un peu spécial, avec la préface que Theodore Barber, prestigieux nom de l’Hypnose Classique, a écrit pour le livre !

A suivre (Episode 2/5)

L’Hypnose Conversationnelle : qu’est-ce que c’est ?

Je prends le temps de préciser ici ce qu’est l’Hypnose Conversationnelle, car cette pratique se perd de plus en plus, noyée dans la confusion… ce qui est dommage.

Un de mes étudiants en Hypnose me reposait encore la question ce matin, perturbé par ce qu’il trouvait sur le sujet, sur Internet. Je vais donc rappeler ce que vous trouverez dans les livres de référence en Hypnose (les « anciens livres » 😉 )…

Outre les « formes d’Hypnose » (classique, éricksonienne, nouvelle, humaniste), il y a :

  • L’Hypnose Formelle : c’est l’utilisation habituelle de l’Hypnose, quand la personne sait que l’on va procéder à l’induction hypnotique (la technique qui permet à la personne d’entrer en état d’hypnose ou « état modifié de conscience »). Les désavantages possibles de l’Hypnose Formelle, lorsqu’elle est dissociante (hypnose classique, éricksonienne ou nouvelle hypnose), sont que la personne sait qu’elle doit faire confiance au thérapeute, pour lâcher prise, puis qu’elle va possiblement affronter ses blessures intérieures, ce qui peut l’inquiéter et provoquer des résistances… Dans la réalité, les séances se passent souvent très bien, sans émotions négatives excessives, mais on peut comprendre qu’avant la séance, la personne puisse s’inquiéter.
  • L’Hypnose Conversationnelle (ou « covert hypnosis », en anglais) : comme son nom l’indique, c’est bien de l’hypnose, donc avec un état modifié de conscience… et sa particularité est d’être obtenue durant une « conversation » apparente (qui, en réalité, est une vraie induction hypnotique). S’il n’y avait pas d’état d’hypnose, cela ne s’appellerait pas « hypnose » (conversationnelle). Logique. Entrer en état d’hypnose sans vraiment s’en rendre compte permet à la personne de commencer le travail sur elle sans anticipation (donc sans s’inquiéter inutilement), ce qui évite tension et résistance. Une fois en état d’hypnose, la séance se fait comme en hypnose formelle.
  • La Communication Hypnotique : c’est l’utilisation des techniques hypnotiques dans le but d’améliorer une communication (publicité, politique, management, éducation, soin, etc.), donc sans chercher à produire chez la personne un quelconque état modifié de conscience. Il n’y a pas d’hypnose (l’état de conscience). On parle aussi de « communication éricksonienne » (chez les éricksoniens) ou de « langage d’influence »… C’était une forme de langage très utilisée par Erickson, notamment pour favoriser l’acceptation de ses prescriptions de tâches (thérapie stratégique).

C’est cette dernière approche qui est souvent confondue ou mélangée avec « l’hypnose conversationnelle », un peu partout sur Internet et dans certaines écoles… Je ne sais pour quelle raison, car les deux approches existent depuis longtemps, elles sont très différentes et il n’y a pas lieu de les mélanger.

Donc, l’Hypnose Conversationnelle…

Le terme « hypnose conversationnelle » désigne l’utilisation de l’Hypnose sous la forme discrète d’une simple discussion de départ.
On devrait plutôt dire « induction conversationnelle », puisque le but est de mettre la personne en état modifié de conscience puis de poursuivre sur une séance d’hypnothérapie tout à fait habituelle.

L’Hypnose Conversationnelle n’est pas une simple conversation ou communication ! Le but premier, comme en induction hypnotique formelle (déclarée), est bien d’obtenir la transe hypnotique, avec exactement les mêmes effets possibles : l’état modifié de conscience, bien sûr, et tous les phénomènes hypnotiques, régressions, analgésie, hallucinations, etc.

L’Hypnose Conversationnelle est donc bien « de l’hypnose », sinon on aurait appelé cela différemment, même si certains parlent d' »hypnose sans hypnose » – ce qui est une curieuse appellation, comme le « savon sans savon » ou le café décaféiné.
« Hypnose sans hypnose » correspondrait mieux, à mon avis, à la « communication hypnotique » où l’on utilise les outils de l’hypnose, mais sans état d’hypnose…

Contrairement à ce que l’on peut lire, voir ou entendre un peu partout sur Internet, l’Hypnose Conversationnelle n’est pas une « conversation avec suggestions » (sous-entendu, des techniques cachées, d’influence) ! Cela existe aussi, depuis aussi longtemps que l’Hypnose elle-même, mais c’est autre chose et cela porte un autre nom : la communication hypnotique.
C’est très bien aussi, cela permet d’obtenir de meilleurs résultats dans ce que l’on fait, mais les utilisations et les objectifs ne sont pas les mêmes… Ce n’est pas à proprement parler « de l’hypnose », puisqu’il n’y a justement pas d’état modifié de conscience !

Apprendre l’Hypnose Conversationnelle

Produire un état modifié de conscience par l’intermédiaire de ce qui semble n’être qu’une simple conversation vient naturellement avec le temps et l’expérience, vos inductions hypnotiques étant de plus en plus spontanées et fondues à l’anamnèse : la personne ne perçoit pas clairement le passage de l’anamnèse à la phase d’hypnose. Elle se sent lâcher prise, et comme tout se fait doucement et avec sécurité, elle accepte de se « laisser partir » (notez que si elle ne voulait pas, on ne pourrait rien y faire, tout comme en hypnose formelle).

Si vous savez déjà faire de l’hypnose “formelle”, c’est-à-dire déclarée comme telle à la personne, avec tout ce que cela implique comme inquiétudes et questions de sa part, d’interférences de son système de croyance et de son mental… alors vous saurez bientôt faire de l’Hypnose Conversationnelle !
Ce sera à la fois plus facile, car il n’y aura plus les entraves sus-citées, mais c’est une pratique plus sensible, qui vous demandera de l’observation, de la rapidité de réaction, de l’adaptabilité et de la créativité.

On apprend l’Hypnose Conversationnelle en formation d’Hypnose, dès les premiers jours de cours (observation fine de la personne, augmentation des premiers signes de transe, inductions hypnotiques participatives, etc.) puis à chaque niveau de cours un peu plus, durant le « Praticien » et la spécialisation « Hypnose Ericksonienne » (techniques de suggestion, Milton-modèle), et un cran encore plus au niveau « Maître-Praticien » (en thérapie, en coaching, pour les prescriptions de tâches, en communication).

Et la Communication Hypnotique (« langage d’influence ») est abordée également tout au long du cours, notamment à travers les exemples d’Erickson…
Au sens large, inclure dans sa communication les techniques puissantes de soin de l’hypnose permet d’augmenter l’impact de ce que l’on transmet, de prendre davantage soin de la personne (en évitant les mots ou phrases à effet négatif), de gagner en leadership (professeurs, managers), bref d’être un « meilleur communicant »… et pas forcément pour influencer les autres à son profit, comme on l’imagine en publicité ou en politique ! Mieux communiquer avec son prochain est bénéfique chaque jour, pour tous !

Naturellement, vous grandirez dans ce sens, en apprenant à pratiquer l’hypnose formelle, car vous garderez au quotidien ce que vous aurez appris de positif en hypnothérapie et en hypnocoaching ! 🙂

En conclusion

Plusieurs écoles enseignent la « communication améliorée par les outils et techniques de l’hypnose, sans état modifié de conscience » (donc de la Communication Hypnotique) en la baptisant « Hypnose Conversationnelle »…
Le risque serait de voir l’Hypnose Conversationnelle, telle que définie ici, disparaître car on la confond ou mélange avec la Communication Hypnotique.

L’Hypnose Conversationnelle est simplement le prolongement de la pratique douce d’un hypnothérapeute, lorsque les phases de la rencontre se lissent et ne forment plus qu’un tout, plus agréable et assimilable pour la personne en thérapie ou en coaching.
C’est un idéal ou un but à atteindre, qu’il faut préserver, sans quoi les praticiens du futur n’auront plus qu’une hypnose « de base » ou… plus d’hypnose du tout !

J’espère que ce court article vous aidera à cerner ces différentes approches.
Bonne pratique et à bientôt !

« L’Hypnose fait et défait les symptômes »…

…disait Charcot, du temps de la Salpêtrière. Pour illustrer cela, il créait par suggestion des verrues chez une personne (qu’il faisait partir ensuite !).

Cela m’est arrivé de montrer ce phénomène à mes étudiants, sur moi : en pointant un endroit, sur ma main… Une petite verrue y apparut le lendemain (par contre, il me fallut 8 jours pour la faire partir !).

Voici l’illustration de la puissance de l’esprit sur le corps, tel que décrit par Léon Chertok, célèbre continuateur de l’Hypnose durant sa période creuse en France (1970-1990), avant l’arrivée de l’Hypnose Ericksonienne, puis de la Nouvelle Hypnose.

Léon Chertok parle de cette expérience dans son livre « L’Hypnose » (éditions Payot). Cela nous montre bien que le corps suit l’esprit, depuis toujours, à notre conception, lorsque tout va bien… et puis ensuite, en cas de soucis, lorsque la maladie apparaît (quand elle n’est bien sûr pas provoquée par la pollution, malbouffe ou autre)…

Ce que l’esprit fait, il peut le défaire… Comme on le dit à juste titre en hypnose, et comme il est rappelé dans ce documentaire : « En hypnose, il ne s’agit pas de voir pour croire, mais de croire pour voir ! »

Bernheim appelait cela, la « crédivité ». Ce mot n’est pas resté dans le dictionnaire. Il décrivait la capacité d’une personne à croire en quelque chose qui lui ferait du bien, même sans bases logiques…

Et vous, à quoi voulez-vous croire ? 🙂

La collaboration, loi oubliée de Darwin

« Tout le monde lutte pour sa propre survie, et c’est toujours le plus fort et le plus égoïste qui s’en sort le mieux ».

Cette idée reçue inculquée dès l’école, cette loi de la jungle, n’explique pas tout. Longtemps, on a présenté la compétition comme un phénomène inhérent au vivant. Désormais, explique le biologiste Pablo Servigne, la science montre au contraire l’importance de l’entraide chez les plantes, les animaux… et les hommes.

L’exemple traditionnel est celui des chasseurs préhistoriques, qui ne seraient jamais allé combattre seuls un mammouth ! Si nos ancêtres ont survécu, c’est avant tout car ils ont su travailler ensemble.

Dans le livre qu’il a coécrit avec Gauthier Chapelle, « L’Entraide. L’autre loi de la jungle » (éditions Les Liens qui Libèrent), Pablo Servigne montre comment la biologie du XXe siècle, encouragée par les industriels et dirigeants, a délibérément surévalué les comportements de compétition dans la nature, en minimisant l’importance de la coopération. Une manière discrète mais efficace de « diviser pour mieux régner » 😉

La théorie de Darwin fut «l’une des plus violemment combattues par ses adversaires et l’une des plus constamment trahies par ses partisans. Dès sa publication, l’Origine des espèces a été lue à travers des prismes déformants», soulignait Patrick Tort dans une interview à Libération.
Le principal fut Herbert Spencer (1820-1903), l’inventeur du «darwinisme social», une idée rejetée par Charles Darwin. Elle déforme sa pensée, en écartant tout ce qu’il dit sur la « coopération» dans la nature et en ne retenant que la « compétition », explique Guillaume Lecointre. Surtout, elle « fait sortir la sélection naturelle de son domaine de légitimité », un crime épistémologique très utile aux idéologues du capitalisme, qui permet de rejeter sur les exploités de l’industrie naissante la responsabilité de leur sort.

Alors, tous égoïstes ? Non, bien au contraire ! Il suffit de voir les réactions spontanées des gens lors d’une catastrophe naturelle ou d’un attentat : l’entraide est naturelle et immédiate (et les rumeurs d’agressions durant les ouragans récents, dans les îles, se sont révélées être des fakes, des cas isolés ou de fausses rumeurs).
Les découvertes de cette nouvelle sociobiologie ont des implications majeures pour le futur de nos sociétés…

Si une tribu compte beaucoup de membres qui sont toujours prêts à s’entraider et à se sacrifier au bien commun, elle doit évidemment l’emporter sur la plupart des autres tribus. Ceci constitue aussi un cas de sélection naturelle.

Charles Darwin (La descendance de l’homme, chap.5, 1881)

 

Pour conclure, voici une vidéo de l’équipe de « Et tout le monde s’en fout ! » :

De manière « épique et poétique », cela peut aussi être dit et vu ainsi :

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