La Nouvelle Hypnose : le livre ! (Episode 1/5)

Daniel Araoz en 1982, conseiller familial et sexothérapeute

Daniel Araoz (1930-), Doctorate in Education (EdD, Columbia University, 1969), Licensed Psychologist (Illinois, 1972) est l’inventeur du terme « New Hypnosis », aux USA, en 1985.

L’idée de départ était bonne, et nous allons la détailler plus loin, mais Araoz n’en a malheureusement pas fait grand chose. Et c’est curieusement en Europe que cette approche douce et participative de l’Hypnose va se développer.
Pour preuve, Google sort 78500 résultats à la recherche du terme « Nouvelle Hypnose », alors qu’il n’y en a que 40500 pour sa version anglaise « New Hypnosis »…

Dr Jean Godin

Ce n’était pourtant pas évident au départ, car – hasard de l’Histoire – lorsque le Dr Jean Godin introduisit l’Hypnose Ericksonienne en France, également au début des années 80, il dut faire face aux réticences de l’époque par rapport à l’hypnothérapie et eut l’idée de parler de « nouvelle hypnose » pour qualifier l’Hypnose de Milton Erickson et la distinguer de l’Hypnose Classique… sans savoir que le terme désignait une toute autre approche aux USA.

Publié en 1992

Lorsqu’en 1992 Jean Godin publia son livre qui présentait l’Hypnose Ericksonienne, c’est tout naturellement qu’il l’intitula « La nouvelle hypnose », créant involontairement le début d’une belle confusion française…

Car, depuis, l’erreur d’attribution se répète régulièrement en France, où l’on qualifie volontiers l’Hypnose Ericksonienne de « nouvelle hypnose »… ce qui n’est pas le cas, par exemple, chez nos voisins de Belgique qui, eux, ont les bonnes définitions !

Cela ne porterait pas à conséquence si la Nouvelle Hypnose, la vraie, n’avait pas entre-temps traversé l’Atlantique pour transformer radicalement la pratique de l’Hypnose francophone !

LE LIVRE FONDATEUR

Publié en 1985

« The New Hypnosis », le livre à l’origine de la Nouvelle Hypnose, publié en 1985, est depuis longtemps épuisé. Cet article n’a donc pas pour but de vous présenter la Nouvelle Hypnose telle qu’on la pratique aujourd’hui (j’en ai déjà donné des exemples sur ce site) mais de vous faire plonger dans les pages de ce livre fondateur, introuvable.

Avant cela, je laisse le Dr Mairlot, qui dirige l’Institut de Nouvelle Hypnose à Bruxelles, vous résumer cette Nouvelle Hypnose (et donc, en quelques sortes, le livre)…

Extrait de son site internet :

« La Nouvelle Hypnose est une pratique visant à :

  • Collaborer avec le patient expert de son problème et propriétaire de ses capacités de changement. La nouvelle hypnose s’oppose donc complètement à l’hypnotiseur autoritaire qui produit le changement ainsi qu’au côté « je sais tout et je peux vous faire changer à votre insu » d’une partie du travail de Milton Erickson.
  • Intégrer les idées et les stratégies des hypnothérapeutes qui continuent de faire évoluer l’hypnose depuis la mort de Milton Erickson en 1980.
  • Utiliser certaines stratégies des TCC (thérapies cognitivo-comportementales), principalement celles qui travaillent avec les idées négatives et les fausses croyances, source d’auto-suggestions négatives (ASN).
  • Intégrer l’auto-hypnose négative (AHN) dans le processus de construction de certains problèmes ou maladies.
  • Apprendre l’auto-hypnose au patient pour qu’il soit autonome dès que possible. »

Le premier point est essentiel, car la collaboration hypnothérapeute-patient est emblématique de la scission qui apparut à cette époque entre les anciennes formes d’hypnose (classique, éricksonienne) et celles qui se développeront à l’avenir (nouvelle, humaniste).
Avant la Nouvelle Hypnose, le thérapeute « faisait » la thérapie « sur » le patient, même avec les techniques éricksoniennes, qui utilisaient les flux psychologiques de la personne, mais sans qu’elle en soit consciente…
Avec l’apparition de la Nouvelle Hypnose, l’hypnothérapie devient collaborative : « Pensez à un souvenir agréable » (phrase qu’Erickson n’aurait jamais prononcé, car il préférait induire ce souvenir à la personne). S’il n’y avait qu’un point à retenir, ce serait celui-ci, car il représente la différence principale et la plus reconnaissable entre l’hypnose d’Erickson et la Nouvelle Hypnose.

L’autre apport de la Nouvelle Hypnose est son aspect « intégratif », au sens où le mélange de différentes approches, complémentaires à l’Hypnose, sont utilisées pendant la séance… On ira même plus loin, avec l’évolution de la Nouvelle Hypnose en France, au début des années 1990, en modifiant les protocoles issus d’autres approches thérapeutiques afin qu’ils soient pratiqués en Etat Modifié de Conscience
C’est ce que présentera mon livre « Hypnose », publié en 2000, et qui permettra à l’Hypnose thérapeutique de gagner le succès que l’on sait auprès du grand public et de se répandre jusqu’à aujourd’hui.

Araoz intégrera à sa Nouvelle Hypnose les techniques connues dans le milieu universitaire (TCC) ainsi que des bases de PNL. C’est ce dernier aspect que j’ai optimisé en langue française et qui a donné les protocoles hypnotiques utilisés par la majorité des hypnothérapeutes francophones actuels…
Aux USA, on trouve intégrés à la Nouvelle Hypnose de l’EFT ou de l’EMDR, de l’énergétique, des protocoles issus du chamanisme ou des thérapies transpersonnelles… Bref, des pratiques aussi variées qu’hétéroclites ! Le point commun de tout cela étant l’état d’hypnose (dissociant, bien sûr, donc « traditionnel », puisqu’il faut des techniques d’inductions spéciales pour atteindre un état d’hypnose associant, comme en Hypnose Humaniste)…

Enfin, dernière caractéristique de la Nouvelle Hypnose d’Araoz : l’idée d’auto-hypnose négative (AHN), qu’il utilisera de temps à autre pour distinguer sa pratique : comme si la personne, par ses pensées inconscientes, maintenait involontairement son état pathologique. Araoz proposera une méthode très simple et directe pour annuler cette AHN : en hypnose, après avoir repéré la structure des pensées négatives de la personne, et puisque cette dernière en EMC confond ses pensées et les paroles de l’hypnothérapeute (comme pendant un rêve, lorsqu’on confond un bruit extérieur avec un bruit survenir dans notre rêve), Araoz remplaçait lui-même les pensées par leur équivalent positif : « Je ne suis qu’un idiot » devenant « je suis quelqu’un de bien »…
Disons que c’était quelque peu intrusif et pas très subtil. On ne pratique plus du tout cela de nos jours !

AVANT-PROPOS D’ERNEST ROSSI

Découvrons ensemble ce que fut cette première « Nouvelle Hypnose », qui posa les fondations de notre pratique francophone.

Le livre s’ouvre sur la page de titre : « The New Hypnosis, by Daniel L. Araoz, Ed.D. » Le livre est publié, comme bien d’autres livres américains de référence en Hypnose, par Brunner/Mazel, Publishers, New York. (Cliquez ici pour voir la page)
Au dos, comme dans chaque livre, la page de copyright indique le nom de l’auteur (Araoz), rappelle le titre du livre « The New Hypnosis » et la date de copyright (1985), ce qui nous donne une « date de naissance » pour cette approche, même si on se doute bien que l’auteur la pratiquait depuis plusieurs années (il indique « 7 ans » dans la conclusion du livre), tout comme James Braid, de son temps, n’a pas inventé l’Hypnose (et son nom) au moment de l’écriture du livre de 1843 : il pratiquait bien avant ! (Cliquez ici pour voir la page)

Puis vient le sommaire, que vous trouverez ici en PDF… Et enfin, le livre commence !

C’est Ernest L. Rossi lui-même qui écrit l’avant-propos : le bras droit d’Erickson, celui qui a co-écrit tous les livres d’Erickson (puisque ce dernier n’a écrit en solo que des articles). Autant dire une sommité, que l’on qualifierait volontiers d’ericksonien, étant donné son expérience auprès d’Erickson… Pourtant, les historiens de l’Hypnose l’indiquent comme « grand-père » de la Nouvelle Hypnose ! Pourquoi ? Parce que c’est chez lui que l’on trouve les premiers protocoles hypnotiques (petit 1, petit 2, petit 3) qui n’existaient pas chez Erickson (« pas de théorie, tout est improvisé ») ni en Hypnose Classique (que des scripts, au mieux, mais pas de directives fixes)…
Et c’est chez Rossi aussi que l’on trouve les premières références à une collaboration « conscient-inconscient », chose impossible chez Erickson qui, bien au contraire, faisait son possible pour « dépotentialiser le conscient », pour montrer à la personne que le conscient était faible et, paradoxalement, pour Erickson, également source de tous ses ennuis !… Bref, pas de collaboration « conscient-inconscient » chez Erickson (et les Classiques ne se préoccupaient pas vraiment de l’Inconscient !)…

(Cliquez ici pour voir la première page de l’avant-propos) On découvre donc une facette inédite d’Ernest Rossi (du moins en France).
Celui-ci débute son avant-propos en expliquant que la Nouvelle Hypnose est l’union (« tapestry ») des formes d’hypnose classique et moderne, qu’elle intègre autant les apports d’Erickson que ceux des experts classiques comme Barber ou Hilgard, « d’une manière surprenante », en allant de la psycho-neuro-immunologie (chère à Rossi, auteur du livre « Psychobiologie ») à la thérapie familiale (formation initiale d’Araoz).

Rossi explique aussi que la Nouvelle Hypnose se distingue de la « programmation » (clin d’oeil aux anciennes suggestions directes et à la PNL, toute nouvelle à l’époque) et « utilise les processus mentaux individuels et naturels de la personne afin d’activer ses propres et uniques ressources et potentiels, pour résoudre ses problèmes à sa manière personnelle ! »
Cela ne vous dit rien, ça ? On dirait la description actuelle de… l’Hypnose Ericksonienne… Et c’est Ernest Rossi, plus proche collaborateur d’Erickson, donc quelqu’un qui sait parfaitement ce qu’est l’Hypnose Ericksonienne, qui vous parle d’une « nouvelle manière de faire de l’hypnose » (donc différente de celle d’Erickson) qui donne cette définition de la Nouvelle Hypnose.

Commencez-vous à percevoir que ce que l’on appelle souvent « Hypnose Ericksonienne » en France n’est qu’une appellation à la mode mais erronée (car l’Hypnose Ericksonienne est très différente) de la Nouvelle Hypnose ? Ce qu’aiment les gens, c’est cette nouvelle façon de « faire de l’hypnose », plus douce et moins médicale : la Nouvelle Hypnose… Mais attendez un peu, d’autres que moi vous le confirmeront !

La page 2, l’avant-propos de Rossi se poursuit alors qu’il explique que « la Nouvelle Hypnose embrasse toutes les approches qui font glisser le contenu de la conscience hors de son conditionnement ordinaire et des limites de ses cadres de référence » (toujours dans le cadre des seules pratiques connues à l’époque, donc dissociantes). Il précise alors la descendance de nombreuses formes de psychothérapie : des pratiques de Freud et Jung, formés à l’origine en Hypnose, jusqu’aux nombreuses formes de psychothérapies existants aujourdhui (il cite la thérapie centrée sur la personne, la Gestalt, l’analyse transactionnelle, etc.) et conclue en disant que c’était « comme si la Nouvelle Hypnose était une mère éperdue qui rappelait à elle ses enfants-psychothérapies perdus, errants dans un monde sauvage et incompréhensible, luttant pour s’unir dans une famille grincheuse mais féconde »… ce qui pointe bien l’essence intégrative de la Nouvelle Hypnose !

Rossi poursuit en indiquant que « les fondements de la Nouvelle Hypnose se retrouvent dans les nouvelles visions et les savoir-faire qu’elle requière des hypnothérapeutes » : des compétences en observation et en communication, à un niveau supérieur à ce qui était exigé dans l’ancienne pratique de l’Hypnose.
« Le challenge d’apprendre la Nouvelle Hypnose nécessitera d’augmenter le niveau de conscience et la compétence de tous les thérapeutes, quel que soit leur niveau d’entraînement ou leur école de pensée ». Et c’est le meilleur éricksonien vivant à l’époque qui vous dit ça !… Avant d’ajouter que la difficulté principale sera « de ne pas se faire déborder par cette explosion d’innovations, qui pourrait nous tenter de prendre la voie facile: celle de rester dans le dogme des quelques approches que l’on connait déjà et de faire taire le reste avant d’avoir profondément compris le nouveau champ… »

Ce qui est, pourtant, ce qui s’est malheureusement fait, où la plupart des gens (praticiens ou non de l’Hypnose) en sont restés soit à l’ancienne Hypnose Classique ou à la réputation de l’Hypnose Ericksonienne, juste pour le nom… en s’appropriant un peu des nouveautés de la Nouvelle Hypnose, mais sans la déclarer comme telle, donc sans l’approfondir vraiment.

Rossi conclut son avant-propos en racontant son expérience, et c’est là le plus édifiant :
« Il s’est passé exactement 12 ans depuis que j’ai commencé mes études avec Milton H. Erickson, comme une route personnelle vers la Nouvelle Hypnose. Ces années n’ont pas été faciles. Abandonner les hypothèses profondément ancrées par ma formation académique initiale (théorie et béhaviorisme), puis par mes formations suivantes en analyse freudienne et jungienne, a été continuellement perturbant et à certains moments décourageant.
Apprendre à utiliser une approche aussi radicalement différente (…) m’a tenu dans un vertige pour une assez longue période. Encore et encore, j’ai été forcé d’éliminer les racines profondes de mes apprentissages d’hier. Et même aujourd’hui, je lutte pour passer outre les limites de mes apprentissages, pour atteindre un meilleur niveau de compréhension thérapeutique et de fonctionnement.
Ainsi, bien que la présentation d’Araoz de la Nouvelle Hypnose soit exaltante, nous devons reconnaître qu’elle demandera un sérieux effort de notre part pour l’intégrer avec intégrité. A un niveau personnel, cela demandera une reconnaissance croissante de votre besoin de continuellement devoir vous re-éveiller, pour grandir encore en compréhension et en savoir-faire. Et à un niveau professionnel, cela vous demandera l’humilité de reconnaître l’horizon encore limité de vos connaissances et le besoin de soutenir et d’étendre les recherches empiriques et expérimentales nécessaires. »

Rossi lui-même considère donc son expérience avec Erickson comme un chemin qui l’a mené à la Nouvelle Hypnose, qui serait ainsi la suite et l’évolution de l’Hypnose Ericksonienne – ce que nous confirmera Araoz lui-même, dans son introduction.

~oOo~

Nous continuerons cette plongée dans le livre fondateur de la Nouvelle Hypnose, dans le deuxième épisode de cet article un peu spécial, avec la préface que Theodore Barber, prestigieux nom de l’Hypnose Classique, a écrit pour le livre !

A suivre (Episode 2/5)

Exemples d’induction de Nouvelle Hypnose

Daniel-Araoz-hypnosisC’est en 1979 que Daniel Araoz, un sexothérapeute américain, crée le terme « Nouvelle Hypnose » en clin d’œil à la « Nouvelle École » de Nancy, de Bernheim (lire l’article dédié). A la belle époque, ce dernier et Charcot (École de la Salpêtrière) se battaient pour savoir si l’Hypnose était un état pathologique ou naturel. Le professeur de médecine, Hippolyte Bernheim, soutenait que l’Hypnose était une capacité naturelle, propre à chaque être vivant… Il mettait également beaucoup d’importance sur la notion de suggestion, sur l’usage technique de la parole – ce que reprend donc la « Nouvelle Hypnose » d’Araoz.

Cette approche désigne ainsi l’utilisation des techniques originelles de l’Hypnose Classique, modernisées et améliorées, mêlée à certaines techniques de Milton Erickson, auxquelles s’ajoutent des compléments comme des éléments de PNL, l’apport des neurosciences, de la sociologie, etc. Tout ceci dans le cadre de la thérapie, mais aussi du développement personnel, du coaching, d’une meilleure et saine qualité de vie – toutes choses qui sont désormais largement demandées par les personnes qui consultent, mais à l’époque inexistantes dans la pratique d’Erickson, qui était avant tout médecin-psychiatre.

La Nouvelle Hypnose s’appuie donc sur d’anciennes bases techniques et y ajoute ce que le monde moderne peut apporter d’aidant, de meilleures techniques, un langage sophistiqué, l’importance du développement personnel, de la qualité de vie, des émotions de la personne…
Les interventions de la Nouvelle Hypnose sont donc bien différentes de celles, plus strictes et « médicales » (même en psychothérapie) de Milton Erickson, dont la pratique était, jusqu’à la fin de sa vie, très « classique ».
L’époque d’Erickson n’est pas si ancienne – mais le monde a tellement évolué depuis que l’esprit qui guidait sa pratique est désormais tout à fait dépassé. Plus personne n’accepterait un thérapeute aux manières parfois brutales, intransigeantes, à la morale figée sur des principes d’un autre temps et, surtout, sans aucune disposition à la psychothérapie et à ce que l’on appelle aujourd’hui le « développement personnel ». Pas de soin de l’esprit profond de la personne, chez Erickson : si la personne souffre de « qui elle est », de son éducation, etc. on n’a pas d’outil d’aide en Hypnose Ericksonienne. Pas de coaching ou d’idée d’évolution personnelle non plus du temps d’Erickson ! La vie n’était pas aussi facile qu’aujourd’hui et les familles se préoccupaient essentiellement d’assurer leur subsistance. Le docteur, monsieur le maire, le prêtre et l’instituteur étaient rois. La santé était le seul domaine d’intervention d’un thérapeute.

Ce qui fait dire à Daniel Araoz : « nous devons beaucoup à Erickson, mais nous ne sommes pas éricksoniens »… Et Ernest Rossi, plus ancien élève d’Erickson de confirmer (dans la préface du livre « New Hypnosis », d’Araoz, en 1980) : « mes années avec Erickson n’ont servi qu’à me préparer à la Nouvelle Hypnose ».

Daniel Araoz

Différence importante, la Nouvelle Hypnose est la première forme participative d’Hypnose : la personne a enfin la parole ! En Hypnose Ericksonienne, on la laissait répondre aux questions du thérapeute, mais c’est tout… Bien sûr, la santé est toujours la base de toute thérapie, mais les patients d’aujourd’hui se préoccupent aussi de leur qualité de vie ! Les intérêts ont évolué et la pratique de l’Hypnose ne pouvait plus rester la même qu’à l’ancien temps.

L’évolution technique est nette :
– En Hypnose Classique, même si les métaphores et les suggestions indirectes existaient déjà (elles viennent de là, cf. le livre de James Braid de 1843), Bernheim expliquait que la parole était comme un médicament que l’on donnait à la personne (1891). On pensait la psychothérapie comme de la chimie ou de la chirurgie, les émotions de la personne n’étaient pas prises en compte.

– En Hypnose Ericksonienne (moderne), l’hypnothérapeute amène son patient en transe par biais, par techniques détournées, en suractivant les mécanismes inconscients, grâce à des suggestions cachées, des sous-entendus, des paroles subliminales… et toujours sans demander son avis à la personne. C’est l’hypnose « permissive » : qui laisse croire à la personne qu’elle est libre (illusion de contrôle, afin d’obtenir de la « soumission librement consentie »). La personne accepte de se laisser faire, c’est sa seule (mais importante) participation.

– En Nouvelle Hypnose, pour la première fois de l’histoire de l’Hypnose, on demande à la personne de « choisir un bon souvenir », de nous décrire « comment ce serait d’être en transe », de répondre réellement à des questions (pas pour l’influencer ou la diriger, mais pour savoir ce qu’elle pense), d’imaginer et de faire des choses durant la séance. Bref, le rôle de la personne cesse d’être passif et devient essentiel ! On lui demande de faire ceci ou cela durant les protocoles… Le thérapeute n’a plus la main-mise sur toutes les étapes. La personne a sa part de créativité.

Ainsi, pratiquement tout ce qui fait que vous, visiteur de ce site, êtes attiré par « l’Hypnose Ericksonienne » est certainement en réalité de la « Nouvelle Hypnose »… Même si la première appellation est passée dans le langage commun, ce n’est plus ce que l’on pratique. Les techniques et l’esprit ont largement évolués.
La Nouvelle Hypnose répond à nos attentes, elle est aussi plus douce et plus pédagogique : l’hypnothérapeute décrit en permanence à la personne ce qui se passe. Le modèle d’intervention est moins « médical », l’autonomie de la personne est encore plus travaillée : le soignant n’administre plus un traitement, comme en Hypnose Ericksonienne, il tâche de rendre la personne responsable aussi de sa santé (et de sa vie) afin que le « mal » ne revienne jamais plus.

LockertPour pratiquer la Nouvelle Hypnose, vous apprendrez tout autant les techniques de l’Hypnose Classique que celles de l’Hypnose Ericksonienne. Ce sont souvent les mêmes. Et puis, vous irez plus loin, en améliorant considérablement ces techniques de bases, pour les utiliser d’une manière qui sera la vôtre, praticien du 21ème siècle : bien plus technique, mais aussi plus douce, plus enveloppante, plus imaginative et ludique, tenant compte du confort de vie, des besoins émotionnels, voire spirituels, de la personne, du désir que nous avons désormais de ne pas vivre « pour rien », d’avoir une « raison de vivre », un but, etc.

Cette évolution technique est mon apport, langage et protocoles thérapeutiques, depuis le milieu des années 1990. C’est ce qui a permis à l’Hypnose de plaire autant et de se développer en France à grande vitesse, en quelques années, à partir de la parution du livre « Hypnose » (qui regroupe ces évolutions techniques) début 2000 et les milliers d’élèves formés à cette nouvelle manière de pratiquer l’hypnothérapie (lire aussi ici).

Comme indiqué pour les autres formes, il y a tellement de façon de mener une induction hypnotique en Nouvelle Hypnose que les exemples ci-dessous pourraient vous induire en erreur, vous limiter, quant à la vraie nature de cette hypnose moderne. Gardez donc à l’esprit que les exemples ne sont que les reflets, fragmentés, d’une pratique infiniment plus vaste – d’autant qu’en situation réelle, elle s’adapte au coup par coup à chaque personne reçue, sur le mode de l’improvisation et de l’intuition.

« Bien. Je vais vous demander de fixer votre main… C’est ainsi que fonctionne l’hypnose : on commence par fixer un point, votre main, un objet dans la pièce… peu importe.
Vous savez ce qu’est un ancrage ? C’est comme la musique qui passait lorsque vous avez rencontré l’homme
 (la femme) de votre vie. Maintenant, à chaque fois que vous entendez cette musique, c’est « vôtre » musique, la musique de votre rencontre… C’est un peu comme cette bonne odeur de gâteau, chez le boulanger, qui me rappelle la cuisine de ma grand-mère et les bonnes pâtisseries qu’elle me faisait… En fixant votre main, vous savez, tout cela va s’accrocher à vous, tant et si bien que, chaque jour, sans que vous sachiez, cette main, elle va voleter comme d’habitude devant vos yeux, sans que vous n’y prêtiez attention (début de la dissociation)… Et maintenant, elle réactivera, sans que vous n’ayez quoi que ce soit à faire, tout ce que vous allez inconsciemment déclencher de positif aujourd’hui… Cela s’entretiendra… et grandira dans votre vie… 

Alors fixez juste cette main… Voyez ! Depuis que je vous parle, il y a déjà un doigt qui ne touche plus le tissu de votre pantalon… Vous l’avez vu quand il s’est soulevé ? Non ? (ratification de la dissociation) Et il y a tellement d’autres choses comme ça qui changent sans qu’on sache…
Regardez mieux, voulez-vous ? Regardez bien la main… c’est imperceptible… D’abord, vous avez commencé à la fixer du regard et, vous avez bien entendu, je n’ai pas demandé à la main de bouger… et vous avez bien vu comme elle a mis longtemps à bouger… parce que pendant quelques minutes : plus rien ne bougeait ! C’est curieux, ça ?… Et je ne sais pas si vous savez ce que vous avez appris sans le savoir, là… En tous cas, je sais que votre esprit profond a appris quelque chose d’important…
Vous voulez que je vous dise ?… Tout les petits mouvements nerveux, saccadés, parasites, qui secouaient tout le temps les doigts, avant… même quand vous dormez… il y avait tout le temps ça… et là : plus rien ! Tout est parti… Et vous ne vous êtes pas concentré – ce n’est pas une question de volonté : on ne peut pas guérir ou changer par la volonté – non, vous avez juste fixé la main… et tout est parti, tout les trucs parasites… toutes ces choses dont vous ne vouliez pas et qui avaient envahi insidieusement votre vie… Parti !… 

Et maintenant, je vois un autre doigt encore qui découvre sa légèreté, comme si une part subtile de vous, profond en vous, a retrouvé – vous voyez ! [un troisième doigt vient de se soulever] ça se fait tout seul… de plus en plus… [les paupières de la personne clignent lentement et restent un moment fermées ; elle prend une profonde inspiration] C’est très très bien… très très bien… Et vous pouvez juste laisser les paupières se fermer confortablement tranquillement… maintenant… car on voit beaucoup mieux… dedans… les paupières fermées…
Voilà, c’est bien comme ça… et découvrir en vous le chemin qui mène aussi bien plus profond encore en vous… Juste une faille, peut-être, une porte lumineuse dans l’obscurité sécurisante du rideau des paupières… Et votre esprit peut voyager vers cette lumière… pour aller apprendre comment 
[nommer l’objectif donné par la personne] alors que l’Inconscient continue par ailleurs son travail… De plus en plus tellement si légère [la main a entièrement décollé : c’est une « lévitation du bras »]… au fur et à mesure où l’Inconscient fait bien tout cela… complètement… en tenant compte de tout, et même de tout ce dont nous n’avons pas parlé… et peut-être précisément de cette chose importante, dont nous n’avons pas parlé… je le sais… et il le sait aussi…
Et vous n’avez rien à faire pour que… la vie change… Juste… rejoindre cette lumière et… découvrir… ce qu’il y a là… Oui ? » 
(la personne exprime en quelques mots les images, sentiments ou perceptions qui lui viennent)
La partie thérapeutique commence…

On pourra conclure en permettant à la main qui flotte en l’air de redescendre au contact de la jambe seulement au rythme où tout les acquis de la séance se mettent en place consciemment et inconsciemment dans la vie de la personne.

Autre exemple, utilisant les réactions de la personne, avec suggestion subliminales (en italique) :

« Je ne sais pas si vous avez remarqué comme votre corps est plus détendu, maintenant… et c’est bien comme ça… car vous pouvez profiter de ce moment pour retrouver toutes ces pensées… et laisser encore le regard se défocaliser… comme cela… tranquillement… et comme vous pouvez continuer d’entendre ma voix qui parle… vous n’êtes pas obligé d’écouter… parce qu’il y a une autre partie de vous qui écoute et comprend… ce qu’il y a à comprendre… et je me demande si cela signifie que vous, votre inconscient, êtes prêts à entrer tranquillement, et en toute sécurité, dans ce moment de détente… de rêve… et de liberté retrouvée… parce qu’alors, vous allez vous sentir plus détendu encore, tandis que vos yeux se ferment tranquillement… d’une bonne lourdeur reposante… voilà… comme ça… c’est bien… »

(Suggestions cachées : « Tranquillement, ma voix parle à une autre partie de vous… et… vous entrez tranquillement dans ce moment de rêve… plus détendu… tranquillement… »)

La fermeture des paupières s’obtient généralement assez facilement.

« Et comme vous pouvez continuer… à laisser grandir et s’approfondir ce bien-être et cette détente agréable… comme lorsque vous avez bien travaillé… ou après une longue marche en montagne… et que vous prenez plaisir à prendre un repos bien mérité… et à laisser le corps se ressourcer… vous pouvez rester attentif à ce qui se passe ici… comme vous pouvez laisser l’esprit s’envoler, et vous emmener dans un rêve, dans un rêve… dans un rêve… à la fois ici… et là-bas… pendant que votre Inconscient fait exactement ce qui est nécessaire pour mettre en place les solutions… utiles… maintenant… et tout au long de ce bénéfique voyage intérieur… vous avez tout le temps du monde… et je vais continuer de vous accompagner, silencieusement… alors que s’installent tranquillement les parties de votre esprit… inconscient et conscient… qui vont maintenant découvrir, dans un moment… comment rassembler et mettre bien en place… votre vie de demain. »

(Suggestions cachées ou accentuées : « Continuez !… Vous avez bien travaillé… Et prenez plaisir à laisser ici l’esprit s’envoler… dans un rêve… là-bas… Et les solutions bénéfiques s’installent dans votre vie de demain. »)

Accompagnez ainsi la personne pendant quelques minutes.

« Et vous pouvez laisser faire votre Inconscient… cette facette profonde et cachée de vous-même… et parfois même, il survient alors des choses que l’on savait pouvoir ne pas faire et que l’on fait pourtant parfaitement bien… Des choses que vous avez en vous… sans même savoir comment vous avez appris à vous en servir… comme tout à l’heure… et même maintenant, peut-être… sans savoir du tout comment… vous laissez faire ça en vous… Des choses surprenantes… et agréables… »

Renouvelez les suggestions indirectes (grâce aux silences entre les phrases), placez éventuellement des métaphores, puis concluez :

« Voilà !… et maintenant votre inconscient s’est occupé de tout cela… autant qu’il est possible de le faire maintenant… et comme tout cela commence à s’harmoniser… bien sûr, ce n’est que le tout début… et ces choses-là ont tellement de manières de se manifester… Comment pourrais-je savoir comment ?… votre inconscient fait cela pour vous maintenant… et pour tous les jours de votre vie… Et même vous, peut-être, vous ne savez pas encore comment… vous allez prendre plaisir à découvrir tout cela…

Et quand votre esprit conscient sera d’accord pour reconnaître ce processus intérieur bénéfique… …et qu’il vous permettra de renouveler cette expérience deux à trois fois par jour… au moment le plus profitable… et je me demande si tout cela vous donne le plaisir et l’envie de vous étirer… de vous étendre… bien-être… et d’ouvrir les yeux, paisiblement complètement éveillé… frais et dispos. »

(Suggestions cachées : « Voilà, tout cela est possible maintenant… …Cette expérience profitable donne envie de bien être complètement éveillée. »)

Hypnose-livreLa Nouvelle Hypnose francophone a intégré les structures simples de la PNL dans ses processus hypnotiques, en les améliorant, ce qui permet des interventions autrement impossibles. Ainsi, beaucoup de séances sont construites sur des protocoles éprouvés en thérapie ou en coaching.

– Protocole d’apprentissage rapide, physique ou psychologique, pour dépasser ses limites personnelles (éducation, timidité, etc.).
– Protocole de reconstruction intérieure, en cas de conflit ou même de fractionnement de personnalité.
– Protocole d’activation inconsciente, pour générer de nouveaux processus profonds (faire cesser des compulsions, des addictions, etc.).
– Protocole de régression en âge pour soigner à la base un traumatisme passé qui influence toute la vie de la personne.
– Etc.

De même, la Nouvelle Hypnose francophone propose des métaphores sophistiquées, construites sur la base de protocoles thérapeutiques et intégrant un langage hypnotique très technique. Par exemple (extrait du livre « Hypnose« ) :

« Ainsi, ce jour-là, juste en revenant de chez l’Ancien de sa tribu chez qui il devait apprendre la magie, mais qui n’avait toujours rien de nouveau, notre lutin rouspétait pour lui-même : ‘bon sang ! Il n’y a moyen de rien faire ici ! Si on veut apprendre et repousser la routine… il faut des potions, un grimoire… et tout ça, il faut l’acheter… et en plus elles sont préhistoriques, complètement dépasséesses recettes ! Et il voudrait qu’on l’imite ? s’écria-t-il un peu fort… Pour qui se prend-il !? J’en ai assez, moi, de l’Ancien : je veux créer les charmes du futur… Moi, ce que je veux, c’est avoir une vie hors du commun, extraordinaire ! »

(Suggestions cachées, à lire en italique : « Juste apprendre de nouveaux moyens de faire… Repousser la lâcheté… et dépasser ses limites… Pour créer les charmes du futur et avoir une vie extraordinaire »)

Ou pour une séance qui a lieu un samedi :

« Alors… la sensation de légèreté bienfaisante envahit à nouveau notre lutin inventeur… qui prend tout à coup conscience qu’il y a comme une aura autour de lui… Comme un changement physique aussi : ses deux pieds ne touchent plus le sol et des deux mains, il tient une courte baguette magique… Il regarde l’être et les elfes… Mais,  sont passées les fées ?… « C’est positif » dit un elfe à l’entité. « Il a réussi et il peut en être fier » fait un autre. « Quelle belle aura ! » lance un troisième… « C’était le lieu et l’heure, répond l’être… Il est prêt à rentrer maintenant« … Notre lutin ne sait plus trop bien  il est… Son esprit est limpide, et il n’est pas habitué… Alors, l’un des elfes dit : « Ramenons-le chez lui ! Nous y serons en quelques heures maximum et pourrions voir la joie de sa famille à son retour ». Les autres répondent avec enchantement de leur accord. Le lutin remercie l’être et jette un dernier regard à cette forêt magique qu’il gardera toujours au fond de son cœur. »

(Suggestions cachées, à lire en italique : « Il y aura un changement dès demain… ou l’effet positif aura lieu maintenant… ou lundi maximum… Remercie. »)

Conclusion
La Nouvelle Hypnose, telle qu’on la pratique aujourd’hui en langue francophone, est la forme d’hypnose dissociante (qui plonge la personne dans son Inconscient, laissant le soin au thérapeute de réharmoniser les automatismes psychiques et émotionnelles de la personne) la plus complète à ce jour. C’est celle qui est majoritairement utilisée par les hypnothérapeutes européens.

Lire aussi :
L’Hypnose Classique
L’Hypnose Ericksonienne
L’Hypnose Humaniste

Exemples d’induction d’Hypnose Ericksonienne

MHEDu nom du psychiatre américain Milton H. Erickson (1901-1980), l’Hypnose Ericksonienne actuelle est multiforme, parfois douce et accompagnante, parfois autoritaire comme Erickson savait l’être. On décrit cette forme d’hypnose comme « artfully vague » (vague, floue et rusée, malicieuse… on dirait « stratégique ») et « naturaliste » ou « utilisationnelle », dans le sens où l’on utilise ce que la personne présente, physiquement ou psychologiquement, pour l’induction hypnotique comme pour la thérapie elle-même.

L’Hypnose Ericksonienne s’appuie sur les techniques de l’Hypnose Classique et y ajoute de nombreuses astuces de langage. Elle est donc plus longue à apprendre et à maîtriser. Cette différence de technicité permet d’utiliser l’Hypnose avec 100% des personnes, ce qui n’est pas forcément possible en Hypnose Classique où l’on ne cache rien, donc si la personne veut « résister », ne pas se laisser faire ou ne pas faire ce qu’on lui demande : elle le peut, ce qui n’est pas forcément le cas en Hypnose Ericksonienne si l’hypnothérapeute est assez rusé ou astucieux !

L’Hypnose Ericksonienne a un caractère essentiellement thérapeutique. Elle n’est pas spectaculaire (les artistes ne l’utilisent pas directement en spectacle)… Les inductions utilisées sont faites soit de manière « formelle » (on sait que l’hypnothérapeute procède à l’induction) soit en « hypnose conversationnelle » (la structure de l’induction est la même, mais intégrée à la conversation ordinaire, souvent en questionnement). Les deux façons de procéder amènent la personne à un état modifié de conscience similaire.
S’il n’y a pas d’état d’hypnose reconnaissable, il s’agit de « communication hypnotique » (pas d’hypnose, mais utilisation des techniques de langage) comme en publicité ou en politique… On ne fait pas de « communication hypnotique » en hypnothérapie (du moins, pas que cela).

Le langage de l’Hypnose Ericksonienne utilise souvent la confusion (afin de saturer les perceptions conscientes et d’ouvrir la communication vers l’Inconscient) ainsi que l’humour, les suggestions indirectes (camouflées) et tout un patchwork d’outils de communication hypnotique destinés à impacter la personne au niveau profond, donc sans qu’elle ne le sache (Inconscient). Une fois que l’état hypnotique est établi chez la personne, un observateur non-averti pourrait se demander comment on en est arrivé là ! Exemple des analgésies hypnotiques que l’on peut installer très rapidement (quelques dizaines de seconde ou moins).

Les inductions faites en conditions réelles de psychothérapie sont ainsi très « étranges » pour le novice, car elles peuvent devenir invisibles (cas des inductions « conversationnelles »). En apparence, il n’y a alors jamais eu d’induction hypnotique… Mais la personne présentera bien sûr les « signes de transe » qui permettent de confirmer qu’elle est bien en état d’hypnose : ce n’est pas juste « une discussion », sinon on ne parlerait pas d’hypnose ! Tous les phénomènes de l’hypnose peuvent être produits.

Il est donc impossible de donner un « modèle » valable d’induction hypnotique éricksonienne car il n’en existe pas de forme toute faite – alors qu’il existe de nombreux protocoles, sur lesquels on peut broder, en Hypnose Classique ou en Nouvelle Hypnose.
Tout est improvisé pour la personne qui se présente pour l’expérience. Seul le langage est reconnaissable par sa technicité. Et chaque induction, bien spéciale, ne sera de toute évidence plus jamais réutilisée par l’hypnothérapeute.

Autre souci : comme tout thérapeute, la pratique de Milton Erickson a changé tout au long de sa vie… Pendant longtemps, Erickson pratiquait ce que nous appelons de l’Hypnose Classique (cf. ci-dessus), puis vers la la fin de sa vie, il utilisait une étrange manière de parler, pleine de sous-entendus, de répétitions, etc. ce qui a marqué les hypnothérapeutes actuels. A tel point que, lorsqu’un hypnothérapeute utilise de manière caricaturale les techniques de langage d’Erickson de cette époque, les américains disent : « Vous faites du vieil Erickson » – par opposition avec la technique plus classique qu’il a utilisé toute sa vie.

Voici donc quelques exemples d’induction hypnotique éricksoniennes, selon l’âge d’Erickson.

Milton-Erickson-young1923, induction par création d’un phénomène hypnotique :

« Je veux que vous vous mettiez à l’aise sur votre chaise et que vous vous détendiez. Maintenant que vous êtes assis, posez vos deux mains à plat sur vos cuisses. Exactement comme cela. Vous allez surveiller vos mains, et vous remarquerez que vous pouvez les observer attentivement. 

Ce que vous allez faire, c’est vous détendre. Vous remarquerez alors que certaines choses se produisent au cours de votre relaxation. Elles se sont toujours produites pendant que vous vous détendiez, mais vous ne les avez pas si bien remarquées auparavant. je vais vous les signaler. je voudrais que vous vous concentriez sur toutes les sensations et impressions que vous ressentirez dans vos mains, quelles qu’elles soient. Peut-être sentirez-vous la lourdeur de votre main posée sur votre cuisse, ou aurez-vous là sensation d’une pression. Peut-être sentirez-vous l’étoffe de vos pantalons contre la paume de votre main, ou la chaleur de votre main sur votre cuisse. Les sensations que vous éprouverez, je veux que vous les observiez. Peut-être ressentirez-vous une sorte de démangeaison. Peu importe les sensations que vous éprouverez, je veux que vous les observiez. Regardez toujours votre main, et vous remarquerez comme elle est tranquille, comme elle reste dans la même position. Il y a des mouvements en elle, mais ils ne sont pas encore perceptibles. je veux que vous gardiez les yeux sur votre main. Votre attention peut se détourner de la main, mais elle reviendra toujours sur la main, et vous gardez les yeux fixés sur la main et vous vous demandez quand les mouvements qui se trouvent en elle vont devenir visibles. 

Il sera intéressant de voir lequel de vos doigts va bouger le premier. Ce sera peut-être le majeur, ou l’index, ou l’annulaire, ou l’auriculaire, ou le pouce. L’un de vos doigts va tressaillir ou bouger. Vous ne savez pas exactement quand, ni à quelle main. Regardez toujours bien et vous allez remarquer d’a bord un léger tressaillement, peut-être à la main droite. Tenez, le pouce tressaille et bouge. Au début du mouvement, vous remarquerez une chose intéressante. Les espaces compris entre les doigts s’élargissent très lentement, les doigts s’écartent très lentement, et vous noterez que les espaces s’élargissent de plus en plus. Ils vont s’écarter lentement ; les doigts s’écartent de plus en plus, de plus en plus, de plus en plus, exactement comme ça. 

Tandis que les doigts s’écarteront, vous remarquerez que bientôt les doigts voudront se dresser en formant un arc au-dessus de la cuisse, comme s’ils voulaient se lever de plus en plus haut (l’index du patient commence à se dresser légèrement).

Remarquez comme l’index se lève. En même temps, les autres doigts veulent le suivre, les voilà qui se dressent lentement (les autres doigts commencent à se lever). 

Pendant que les doigts se lèveront, vous allez ressentir une impression de légèreté dans la main, une sensation de légèreté, d’autant plus que les doigts se dressent en arc, et toute la main va se soulever et s’élever lentement, comme si c’était une plume, comme lorsqu’un ballon monte en l’air, monte, monte, en l’air, en l’air, en l’air, s’élève de plus en plus haut, de plus en plus haut, la main devient très légère (la main commence à se lever). Quand vous regardez votre main se lever, vous remarquerez que le bras monte, monte en l’air, un peu plus haut, plus haut, plus haut, encore, encore, encore. (Le bras s’est levé d’environ 10 centimètres au-dessus de la cuisse et le patient le regarde fixement.) Regardez toujours la main et le bras qui se dressent et, pendant ce temps, vous ne tarderez pas à sentir combien vos yeux sont devenus somnolents et fatigués. Tandis que votre bras continue à se lever, vous vous sentirez fatigué, détendu, et vous aurez envie de dormir, une grande envie de dormir. Vos yeux se feront lourds et peut-être que vos paupières voudront se fermer. Et pendant que votre bras se lèvera de plus en plus haut, vous voudrez vous sentir de plus en plus détendu, vous aurez de plus en plus sommeil, et vous voudrez éprouver un sentiment de paix et de détente en fermant vos yeux et en vous endormant. 

Votre bras se lève, encore, encore, et vous devenez très somnolent ; vos paupières se font lourdes, votre respiration devient lente et régulière. Respirez profondément – inspirez et expirez. » (Le patient tient le bras tendu droit devant lui, ses yeux clignent, et sa respiration est profonde et régulière.)

 

milton-erickson-middle1945, double induction réalisée par Milton Erickson et Jerome Fink (ils parlent alternativement) :

« Endormez-vous profondément (go sound asleep). Profondément (deep down), profondément endormie (sound asleep). Continuez de dormir. Vous pouvez même fermer les yeux et aller plus profondément, encore plus profondément (deeper, deeper). Continuez de dormir profondément (sleeping deeply) et dormez profondément (and sleep soundly), très profondément, très profondément et très profondément (very soundly, very deeply and very soundly). Pour vous permettre de vous endormir même plus profondément encore, vous devez bloquer (block out)tout sauf les voix du Dr Erickson et moi-même et vous. Allez plus profondément, progressivement plus profondément endormie. Continuez de dormir profondément, profondément (deeply, soundly). Facilement, pro- fondément, profondément endormie (easily, deeply, soundly asleep). Allez même plus profond encore, plus profond, plus profond et protégez ce sommeil. Dormez simplement à votre façon, de manière à ce que vous puissiez (so that you can) accomplir tout ce que vous voulez accomplir. Et dormez paisiblement, dormez en toute confiance, très relaxée. Profondément, profondément endormie (deeply soundly asleep). Stabilisez ce sommeil. Continuez de dormir (continue to sleep), plus profondément et encore plus profondément. 

Et continuez de dormir (keeping to sleep) très profondément. Très profondément, profondément endormie. Nous allons écarter ce stylo afin que vous puissiez (so you can) dormir même encore plus profondément et vous sentir plus confortable (feel more comfortable). Et nous allons écarter cette feuille afin que vous puissiez même dormir plus profondément. Et vous devez avoir une raison à vous endormir. Et vous allez répondre à cette raison d’une manière confortable. Et vous allez réellement dormir profondément afin que vous puissiez entendre seulement le Dr Fink et moi. Avec une vague compréhension que tout cela est bien et va continuer d’être bien. » 

 

1958, induction hypnotique de régression en âge (démonstration filmée) :

« …vous vous sentez aller en transe maintenant. Et je voudrais que vous vous sentiez dans une position différente, dans une position différente dans cette pièce que celle dans laquelle vous êtes maintenant. Et fermez les yeux, et dormez profondément, et sentez-vous dans une position différente dans cette pièce, comme si vous étiez assis de façon quelque peu différente. Et Gregory (Bateson) est toujours là-bas, en train d’actionner cela (la caméra), et je voudrais que vous vous sentiez aller de plus en plus profondément en transe. Je me demande ce que vous auriez envie de faire dans cet état de transe. Vous faisiez de la recherche, je crois, sur les primates.

Patient : Hmm hmm.

Erickson : Et je voudrais que vous pensiez à cela, et ensuite je voudrais que vous vous demandiez quel autre sujet pourrait se présenter, et je me demande si vous auriez envie de regarder pas là, par là. Et je me demande quelle visualisation vous pourriez obtenir en regardant par là. Je me demande si vous pourriez voir un film ou une sorte d’écran.

Patient : Je peux voir un écran, là-bas.

Erickson : Vous pouvez voir un écran. J’aimerais que vous voyiez une bande de statistiques sur cet écran, et j’aimerais que vous vous demandiez ce qu’elles représentent. Elles n’ont probablement pas d’intérêt particulier, et ensuite j’aimerais que vous voyiez quelque chose derrière ces statistiques. Quelque chose d’intéressant ; quelque chose d’agréable. C’est cela. Et commencez à voir quelque chose d’agréable et d’intéressant. Très agréable et très intéressant, qui implique du mouvement et de l’activité. C’est cela. Du mouvement et de l’activité – lesquels se transforment en quelque chose d’autre qui est moins plaisant, un peu désagréable. Et cela continue et je voudrais que vous me disiez quelles sensations ce mouvement vous donne. Qu’est ce que ce mouvement vous semble être ? »

(début du travail thérapeutique)


1961
, induction de transe profonde (en démonstration publique)

« Maintenant, écoutez-moi … Vous pouvez me regarder. Vous avez été dans un état de transe avant et vous le savez. Vous êtes un excellent sujet. Je vais vous suggérer quelque chose, pour vous. Vous pouvez dormir très facilement, aller dans la transe juste en fixant votre attention. Je pense que la meilleure façon pour vous d’apprendre à le faire et de le démontrer pour le public est la suivante :

Comme vous vous tenez là, je vais compter de un à vingt. Je peux compter de un à vingt par un ou deux par deux, par quatre, cinq, ou en dizaines. Au moment où je compterai vingt, vous serez endormi. Quand je serai arrivé à cinq, vous serez à un quart du sommeil. Quand j’arriverai à dix, vous serez à mi-chemin endormi. Quand j’arriverai à quinze, vous serez au trois-quarts du chemin endormi. Et quand j’atteindrai vingt, vous serez pleinement endormi. Vous allez prendre une profonde respiration et aller ainsi, profondément endormi (sound asleep). Allez-vous vous asseoir, s’il vous plaît ?

Maintenant, regardez le public et soyez conscients d’eux, parce que je vais commencer à compter. 1, 2, 3, 4. 5, 6, 7, 8, 10 – à moitié endormi – 11, 12, 13, 14, 15, – et trois-quarts endormi – 16, 17, 18, 19, 20. Prenez un respiration profonde et entrez profond (go deep), profondément endormi (sound asleep), de façon profonde (way deep), un profond sommeil (sound asleep),profond et profond sommeil. Continuez à dormir et profitez-en vraiment.

Je veux que vous dormiez ce qui semble être un très, très long temps, et vous vous sentirez reposé et confortable, comme si vous aviez dormi pendant huit heures, et après je vous réveillerai…. »

 

Milton-Erickson-old1976, induction conversationnelle (exemple donné dans son cours)

« Quelle sorte de transe voulez-vous ?… Combien de temps cela va-t-il vous prendre pour y entrer ? Comment saurez-vous que vous êtes en train de commencer ? Maintenant, pensez-vous vraiment que vous êtes encore complètement éveillé ?
Dans quelle transe sentez-vous que vous êtes déjà ? En combien de temps pensez-vous qu’elle va s’approfondir ? Vous me ferez savoir quand elle sera assez profonde, n’est-ce pas ?
Qu’est-ce que vous aimeriez faire dans cette transe pendant qu’elle s’approfondit ? Ou préférez-vous que ce soit une surprise ? Bientôt ou un peu plus tard ?
Est-ce que vous laisserez votre main bouger quand elle sera chaude ? Et vous ne savez pas combien d’engourdissement vous aimerez garder après votre réveil, n’est-ce pas ? »

L’hypnothérapeute repère les réactions de l’Inconscient et les augmente alors par ratification (il les fait remarquer à haute voix ou bien il les produit lui-même, en miroir), jusqu’à ce que la personne ferme les yeux.

2000, induction éricksonienne moderne, par Robert Dilts

« Asseyez-vous, je vous en prie… » (début du Yes Set).
L’hypnothérapeute se met en synchro avec la personne.

Présuppositions à propos d’états de transe précédents, suggestions subliminales et saupoudrage afin de réveiller les états de transe commune quotidienne de la personne. Par exemple :
« Combien de temps cela vous prend-il habituellement pour entrer dans une transe confortablement profonde ?… Peut-être qu’aujourd’hui vous pourrez entrer en transe plus rapidement que d’habitude… car, bien sûr, il est important de ne pas entrer en transe trop rapidement, seulement à votre rythme… de sorte que vous puissiez vraiment apprécier cette sensation confortable de détente profonde. »

L’hypnothérapeute observe le visage et le corps de la personne, à la recherche des « signes indicateurs de transe » (calibration et ratification).
Une fois les premiers signes de transe, l’hypnothérapeute soulève le bras de la personne et le place en catalepsie (confusion kinesthésique). En même temps, il met son index devant les yeux de la personne et dit : « Laissez-moi prendre ce bras… et laissez-le devenir plus lourd et plus relaxé…  et fixez juste mon doigt… car quand je touche là… les yeux se ferment et les muscles se détendent tranquillement… et vous entrez en transe plus profondément encore. »

Le bras devient lourd de relaxation. L’hypnothérapeute donne des suggestions de bien-être.
Quand la transe s’est approfondie, l’hypnothérapeute appuie son index sur le front de la personne, doucement mais fermement, et repousse la tête vers l’arrière. Il lâche alors en même temps le bras de la personne et, si ses yeux ne se sont pas encore fermés, il les ferme doucement avec ses doigts.

La transe devient plus profonde (début de la phase de travail)…

Conclusion
Les inductions hypnotiques de Milton Erickson étaient donc très proches de celles de l’Hypnose Classique. Cette dernière utilisait déjà les suggestions indirectes et les métaphores. L’apport d’Erickson était de manier les phénomènes hypnotiques avec ruse, en fin connaisseur de la psychologie de la personne et des réactions qu’il pourrait obtenir d’elle.
On dit qu’Erickson n’utilisait l’hypnose que pour 1 patient sur 5. C’est ainsi que sa pratique principale devint « stratégique », hors hypnose, notamment grâce aux prescriptions de tâche (presque 40% de ses séances en comportent)…

Lire aussi :
– L’Hypnose Classique
– La Nouvelle Hypnose
– L’Hypnose Humaniste