Hypnose & Dissociation

janetPierre Janet, philosophe et médecin, père de la Psychologie clinique française, célèbre collaborateur de Charcot à la Salpêtrière, professeur du jeune Sigmund Freud à qui il a offert le principe d’association d’idée (qui fut la base de la Psychanalyse), découvreur – entre autres choses – des techniques de Régressions hypnotiques et aussi du phénomène qui devint plus tard la Thérapie Symbolique, en Hypnose Humaniste… Pierre Janet fut le premier, en 1889, à mettre le doigt sur le mécanisme caché de l’Hypnose : pourquoi les techniques hypnotiques mettent-elles la personne en état modifié de conscience ?

LA DISSOCIATION
Pierre Janet comprit donc que la libération des forces inconscientes provenait de la mise à l’écart du mental, donc des capacités conscientes de la personne. Cela n’était pas une déduction si évidente que ça à l’époque, où même la notion d’Inconscient en était à ses début… Et ce n’est pas forcément plus évident aujourd’hui, où les praticiens de l’Hypnose sont souvent davantage portés sur les techniques pratiques, sans chercher à savoir comment elles fonctionnent, que sur la théorie ou l’Histoire de leur approche.

Petit rappel historique
dissociation-2Les « pré-hypnothérapeutes » (Deleuze, 1813, Faria, 1819) avaient déjà noté qu’une personne pouvait répondre aux suggestions sans en avoir conscience, donc comme si les suggestions avaient activé « une partie » de la psyché de la personne, séparée de son entendement conscient. Ils avaient même déjà remarqué que cette dissociation pouvait être complète ou partielle (James, 1890).
C’est la base de la notion d’Inconscient, par définition séparé de notre fonctionnement conscient.
Plus tard, donc, la notion première de « désagrégation », de Janet, issue de la psychopathologie (1901) évolua en « dissociation » (1907 puis 1919 et 1925). A l’instar de son ancien maître à penser, Charcot, Pierre Janet voyait la transe hypnotique comme un dérivé de l’hystérie et il croyait que les deux phénomènes, hystérie et hypnose, provenaient d’une même cause : la suggestion.

L’hystérie étant une conversion pathologique, tandis que l’hypnose est une expression contextualisée et sociale de la capacité à se dissocier.

Weitzenhoffer expliquait que le dénominateur commun à toute séance d’hypnose était le fait que les différents comportements  hypnotiques n’étaient pas vécus par le sujet comme étant provoqué par sa volonté (« the self ») et que ces actes involontaires, incontrôlés, étaient le propre de l’Hypnose (1980).

De fait, soixante-dix ans après Janet, des études arrivèrent à cette conclusion : « Le comportement des personnes les plus hypnotisables (les « virtuoses » de l’hypnose), qui font des scores extrêmes aux échelles d’hypnotisabilité, ne peut être analysé qu’en termes de changements dissociatifs sous-jacent de leur système cognitif » (Kilhstrom, 1985). Ou encore : « On peut raisonnablement penser que les mesures des tendances individuelles à la dissociation sont en forte corrélation avec la réponse individuelle à l’hypnose » (Spiegel, 1990).

Avant ça, Hull (1933), White & Shevach (1942) et Rosenberg (1959) avaient montré qu’en état d’hypnose, une part de la psyché de la personne pouvait fonctionner comme séparément du reste, au point que le sujet en hypnose pouvait entretenir deux activités mentales simultanées, dont une inconsciente, bien sûr.
Mais n’est-ce pas le propre de notre Inconscient, justement, de ne pas être conscient et de fonctionner automatiquement ?

dissociation-1C’est Hilgard qui travailla le plus sur la structure de la dissociation de l’Hypnose (1973, 1977), notamment avec sa théorie de la néodissociation (appelée ainsi pour la distinguer des théories de Janet). Lui aussi montra que « la séparation de certains processus mentaux du corps principal de la conscience survenait avec différents degrés d’autonomie (1992). C’est d’ailleurs Hilgard qui remis au goût du jour la notion d’Observateur Caché (Hidden Observer, 1977) – qui trouve son explication avec la Conscience telle que décrite en Hypnose Humaniste (2001).

A la suite d’Hilgard, on ne compte plus les théoriciens de l’hypnose qui écrivirent pour expliciter en long et en large cette fameuse dissociation de l’Hypnose, l’expérimenter, la mesurer, etc. (Orne & Orne, 1986, Norman & Sallice, 1986, Goldberg, 1987, Bowers, 1991, 1992, 1994, Kilhstrom, 1992, Woody & Sadler, 1998 et des dizaines d’autres).

Bien sûr, les praticiens de l’Hypnose, les gens de terrain avaient aussi leur mot à dire sur la dissociation en tant qu’essence de l’Hypnose : les allusions à « la séparation entre le corps et l’esprit » sont abondantes chez Erickson & Rossi (1976, 1979) et ses élèves (O’Hanlon, Calof), mais aussi de ce côté-ci de l’Atlantique : « Ce qui différencie l’hypnose de toutes les autres techniques (…) est l’état de dissociation du sujet » (Malarewicz, 1990) ou bien : « Le phénomène de dissociation, tel que décrit par Bowers, est pour nous typique de l’hypnose » (Godin, 1992) ou encore : « La caractéristique la plus significative de l’état hypnotique ou état modifié de conscience est probablement la dissociation, c’est-à-dire la simultanéité d’une activité mentale consciente et d’un activité mentale inconsciente, séparées l’une de l’autre » (Salem, 1999).

EN PRATIQUE
Le fait qu’une personne en état d’hypnose soit dissociée psychologiquement fait partie de la structure même des processus hypnotiques, et cela dès l’induction de la transe.
On sait qu’il faut amener la personne « en hypnose », donc « dissociée », que ce soit par des suggestions très directes, type Hypnose Classique, ou des interruptions de pattern (choc amenant à la perte de conscience) comme dans ses vidéos d’hypnose instantanée que vous trouvez à foison sur internet, ou bien encore par les méthodes indirectes d’Erickson (ennui, saturation, double-liens, etc.) ou les techniques de langage de la Nouvelle Hypnose (on arrête de dire « votre main » pour parler de « la main », comme si elle était autonome)…

obeCertaines expériences montrent mieux que d’autres l’état de dissociation psychologique de la personne. Par exemple, je pratique l’écriture automatique avec une personne, de sa main droite (celle qui écrit), tandis qu’on met sa main gauche à tremper dans de l’eau glacée. La personne en état d’hypnose ne ressent pas sa main gauche… mais, sans qu’elle le sache, sa main droite écrit de manière compulsive, sur le papier : « sortez-moi de là, sortez-moi de là, c’est froid !!! » Étonnant, n’est-ce pas ?
Hilgard et Barber ont montré plusieurs fois ce type de phénomène douloureux (d’un côté) ignoré par l’autre partie de la personne. C’est la base de l’utilisation hypnotique de la dissociation en anesthésie. J’entends par « utilisation hypnotique » le fait que l’on provoque ou accentue sciemment la dissociation naturelle.

« Quelque chose » semble exister dans la personne, sans qu’elle en soit consciente – et cela n’a rien de pathologique ou même d’anormal : c’est l’Inconscient qui se manifeste, l’immense part de vous-même dont vous n’êtes pas conscient, mais qui détermine la quasi-totalité de vos actes, émotions et pensées…

Petit rappel technique
Les apprentis hypnothérapeutes apprennent dès leur première semaine de formation à distinguer deux choses différentes, malheureusement décrites en français avec le même mot : « dissociation » ! Ce qui prête bien évidemment à confusion…

  • La dissociation hypnotique : c’est l’état psychologique normal d’une personne en hypnose. Comme le dit bien l’expression populaire : elle est dans un « état second », en transe. L’Inconscient a pris le pas sur le Conscient et, comme le rappelle Wikipedia de manière quelque peu pittoresque, la personne expérimente alors « un dédoublement, le vécu d’une division ou multiplication de personnalité (corps/âme, esprit propre/esprit étranger), ensuite un automatisme psychologique, l’impression de subir certains phénomènes psychiques. » (Riffard, 2008)
  • La dissociation PNL : qui existait bien sûr largement avant la-dite PNL, mais cela permet de la nommer. C’est simplement le fait d’être soit acteur, soit spectateur de l’expérience. Ainsi, il vaut mieux être « associé » aux bonnes choses (je vois le monde par mes yeux, je vis les choses de l’intérieur) et « dissocié » des mauvaises (je me vois, je suis spectateur, je me détache des choses pour ne plus, ou moins, les ressentir).
    De fait, les enfants victimes de maltraitance (battus et/ou violés) racontent vivre la scène « depuis le ciel », avec détachement : en fait, leur esprit se protège de l’horreur de la situation en fuyant… La dissociation provoquée est ainsi utile en Hypnose pour créer de l’anesthésie ou amoindrir le vécu d’un traumatisme, le temps qu’on le traite.

On peut donc vivre 4 types d’expérience :

Hors hypnose

  1. Associé/Associé : Je peux être tout à fait conscient et vivre pleinement une expérience.
  2. Associé/Dissocié : Je peux être tout à fait conscient et vivre une situation avec détachement, avec du recul, en l’analysant mentalement, etc.

En hypnose

  1. Dissocié/Associé : Je peux être en transe hypnotique (conscient et inconscient séparés) et vivre pleinement une expérience, un souvenir, etc.
  2. Dissocié/Dissocié : Je peux être en transe hypnotique et vivre une situation avec détachement, avec du recul, en l’analysant mentalement, etc.

La personne en état d’Hypnose expérimente un plus grand écart entre son esprit Conscient et son Inconscient, ce qui permet à ce dernier d’être plus prégnant et qui ouvre la possibilité de créer des « phénomènes hypnotiques », impossibles à provoquer volontairement par la personne.

Par ailleurs, dans cet état d’hypnose, la personne (« en esprit ») peut très bien vivre de manière « physique » un souvenir (y être associée), comme en être l’observatrice détachée (dissociée). Cela n’a rien à voir avec le fait d’être ou non en état d’hypnose (le fait d’avoir son esprit conscient séparé de son esprit inconscient).

L’EXCEPTION QUI CONFIRME LA RÈGLE
connexionAprès tout cela, plus d’un siècle de recherches, de théories et de congrès, des milliers d’articles publiés, des dizaines et dizaines de livres spécialisés… vous comprendrez peut-être mieux le trouble occasionné par l’arrivée de l’Hypnose Humaniste, une nouvelle technique capable d’amener la personne à générer tous les phénomènes connus de l’Hypnose, anesthésies y compris… mais sans dissociation hypnotique ! Pas de séparation entre le Conscient et l’Inconscient – et même, une plus grande Conscience, à laquelle, pour l’occasion, on ajoute une majuscule, pour la distinguer du Conscient…

Donc, pas de perte de conscience ni de perte de contrôle, mais au contraire une augmentation des capacités cognitivo-sensorielles – et ce ne serait d’ailleurs pas possible autrement, car c’est précisément cette augmentation de conscience qui engendre l’état modifié de conscience en Hypnose Humaniste.

L’Hypnose Humaniste offre ainsi à la personne d’être en hypnose :

  1. Associé/AssociéJe peux être en transe hypnotique en restant connecté Conscient-Inconscient (associé) et vivre pleinement une expérience.
  2. Associé/Dissocié : Je peux être en transe hypnotique associé et prendre du recul, observer un phénomène de loin ou l’analysant mentalement, etc.
    Cela n’a rien à voir avec le fait d’être « coupé en deux à l’intérieur » (Conscient/Inconscient). Je garde mon unité psychique, mais simplement je prends du recul sur une chose ou je la vois devant moi.

Comme aiment à le dire les journalistes qui découvrent l’Hypnose Humaniste, toujours à la recherche du bon mot, de la phrase que l’on mémorisera : c’est un peu « avoir le beurre et l’argent du beurre », les avantages de l’Hypnose sans les inconvénients et les éventuels risques psychologiques de la dissociation (chez les personnes fragiles).

La place n’est pas ici de présenter cette pratique. Vous pourrez vous reporter, si vous le souhaitez, au site internet de l’Hypnose Humaniste (articles, questions-réponses, etc.).

En attendant, j’espère avoir éclairci pour vous ce qu’est la dissociation en Hypnose, et l’imbroglio compréhensible chez les débutants entre les homonymes : dissociation hypnotique (l’état d’être) et dissociation PNL (la position de perception).

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A lire en complément :
Trois points pour reconnaitre une séance d’Hypnose Humaniste

4 réflexions au sujet de « Hypnose & Dissociation »

  1. Quel talent! J’ai toujours besoin de cette culture qui conduit en même temps qu’apprendre à trouver le sujet clarifié. On retient mieux ce qu’on a compris que ce qu’on a appris n’est ce pas… Et je suis bien d’accord sur la recherche des origines des valeurs présentées. Les cheminements, les évolutions, ne sont pas sans magie et sans théorie et histoire. Merci pour cet article précieux , comme tant d’autres…

  2. Témoignage : une séance d’hypnose ericksonnienne et une séance d’hypnose humaniste :

    Une séance d’hypnose ericksonnienne

    Je les préfère le matin, quand je suis réveillée mais que mon mental ne s’est pas trop déjà « mis en route ».

    Je m’installe bien confortablement, en ayant pris soin de pouvoir caler ma tête car cela peut être fort désagréable d’avoir le cou en arrière ou la tête qui penche d’un côté dans le vide..

    Et le thérapeute commence à me parler ; au début, j’écoute tout ce qu’il me dit, faisant attention à chaque mot… puis, la porte d’entrée à mon lâcher prise, c’est quand il place les « fusibles ».. là, je me dis « c’est bon, tu es en sécurité » ; alors je continue à l’écouter tout en commençant à penser à autre chose, puis de moins en moins je pense… il raconte une histoire je crois, j’entends quelques mots puis… je ne sais plus, peut-être que je continue à penser à autre chose, peut-être que je suis presque endormie, je ne fais plus attention (consciemment) à ce qu’il dit, alors même que j’entends tout, et je le laisse faire, je me laisse faire… je ne sais plus ce qu’il dit, je ne peux même pas dire ce que moi je fais, cela dure un moment, je ne sais pas combien de temps… et à un moment, il me « ramène », ici, maintenant et je me sens comme dans une douce torpeur, comme si je sors d’un état de relaxation intense et après quelques minutes, je suis réorientée, calme, très calme et je reprends le cours de ma vie.

    Les fruits de ce qui s’est passé dans la séance, je m’en aperçois en faisant des constats, en vivant certaines situations et, après-coup, en me disant « tiens, cela ne m’a pas fait comme d’habitude, réaction, action, sentiment différents et là je me dis, c’est bon, la séance a été bénéfique, productive… et je me dis aussi « wahou ! C’est puissant quand-même ! ».

    Une séance d’hypnose humaniste

    Comme en hypnose ericksonnienne (ou nouvelle hypnose), je ferme les yeux, cette fois, c’est pour y voir plus clair, paradoxe en ayant les yeux fermés, tellement vrai cependant. Le thérapeute-guide me parle, je dirais plutôt m’accompagne dans l’expansion de la perception de ce qui m’entoure, dans la pièce dans laquelle je me trouve tout d’abord, puis en dehors de cette pièce et « je monte » ou « je m’étends », alors même que je sais, que je sens que je suis sur mon fauteuil, dans la pièce.. petit à petit je « vois », je « ressens » plus de choses, je peux être sur la planète ou plus encore nulle part, parfois dans le Tout : nulle part et partout à la fois, calme, et le « soin » commence, et j’en suis l’actrice, j’en ai le rôle principal et le thérapeute-assistant-réalisateur me questionne de temps en temps et je lui dis, où je suis, ce que je fais, parfois il me réoriente, quand je prends une « fausse voie », comme un leurre… et je continue à « vivre » mon expérience, cela se fait naturellement, je ne pense plus ou presque plus ?, j’agis, en conscience, et parfois j’accompagne ce que je vis avec des gestes, souvent une ou des émotions me gagnent, émotions inattendues qui se libèrent… et provoquent parfois une association d’idée, une « prise de conscience » et le soin continue, jusqu’à ce que je l’ai fini, c’est effectivement moi qui « fais » et le thérapeute suit ma progression, toujours en me demandant où j’en suis, ce que je fais, en me laissant faire. Et quand j’ai fini, le thérapeute m’invite à ouvrir les yeux, dans la lumière, je les ouvre et je suis là, dans la pièce, forte d’un beau « voyage », prête à continuer ma vie, tout de suite, avec entrain.

    Les bienfaits d’une séance d’hypnose humaniste, pour moi, sont plus globaux, généraux que ceux d’une séance d’hypnose ericksonnienne : ils améliorent nettement un « état d’être » général, spécialement les séances travaillant sur les archétypes : deuil, enfant intérieur, critique, masculin-féminin.. l’hypnose humaniste me procure à la fois une ouverture, comme une expansion-réalisation de moi-même et une paix intérieure et je remarque que maintenant je souris, de plus en plus, à la vie, à ce qui m’entoure, j’ai « la banane » comme on dit et je remarque aussi que… c’est contagieux et ça rayonne aussi autour de moi, les personnes qui m’entourent « changent ? » aussi ou du moins se laissent gagner par ce rayonnement et tout est plus simple, plus facile, plus… heureux.

    Alors, Merci, au créateur de cette forme d’hypnose, au thérapeute qui m’accompagne et à la Vie qui me permet d’être là et qui je suis maintenant, et je termine en disant que maintenant, ce n’est plus le temps qui me traverse, c’est moi qui marche sur le chemin du temps..

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