Exemples d’induction d’Hypnose Classique

Les techniques dites « classique » représentent la source de toutes formes d’Hypnose. Milton Erickson a gardé toute sa vie, dans sa pratique, les bases de l’Hypnose traditionnelle de James Braid ou du Pr. Bernheim – la fixation du regard ou de l’attention, par exemple, dont il n’est nulle part question dans les livres d’Hypnose Ericksonienne et qui, pourtant, est tout à fait évidente lorsque l’on voit Erickson pratiquer!

1002935-André_Brouillet_Le_Dr_Charcot_à_la_SalpêtrièreSi certains hypnothérapeutes des premiers temps avaient un caractère dominant, ce qui était propre à l’époque, il ne faut pas généraliser la caricature du « Dormez,je le veux ! » Les thérapeutes du XIXème siècle étaient aussi intelligents et sensibles que nous pouvons l’être aujourd’hui, et la plupart pratiquaient avec douceur.

De fait, les hypnothérapeutes actuels utilisent quotidiennement les techniques issues de l’Hypnose Classique – même lorsqu’ils s’en défendent : il est de bon ton d’être « en synchro » avec son patient (cela vient de Mesmer, en 1750), toutes les inductions débutent par une phase de focalisation de l’attention (cela vient de James Braid, fondateur de l’Hypnose, en 1841, et cela portait même son nom au début), on active les mécanismes inconscients, hors du champ de conscience de la personne (suggestions et métaphores, qui existent depuis les débuts de l’hypnose), on fait des suggestions directes camouflées (on en trouve à foison dans les livres d’hypnose des années 70) ou des suggestions indirectes (on en trouve des exemples dans le premier livre de James Braid, dès 1843) ou des « rêves éveillés » (sortes de métaphore inventée par Robert Desoille, dans les années 30-40), on utilise du signaling (réponse de l’Inconscient, technique formalisée par Cheek et Lecron à la fin des années 60), on fait des régressions (techniques découverte par Pierre Janet, dans les années 20). Etc.

En fait, on ne devrait pas parler d’hypnose « Classique », mais d’Hypnose… tout court.
Les autres formes étant des variantes de celle-ci, originelle : l’hypnose de spectacle, l’hypnose d’Erickson, la Nouvelle Hypnose, l’Hypnose Humaniste, par la suite.

Pour cet exemple, nous adopterons un langage simple et direct, afin de guider la personne (suivant des mécanismes psychologiques maintenant mieux connus) et d’obtenir par la suite les phénomènes hypnotiques nécessaires à la thérapie (métaphores).

Ainsi, on pourra utiliser les techniques de l’Hypnose Classique (sans les humiliations et désagréments occasionnés parfois par certains « artistes » qui utilisent l’hypnose pour leurs spectacles…) et l’autonomie de la personne sera toujours préservée. On pourra même rendre utiles les phénomènes hypnotiques les plus curieux, de manière symbolique.
Par exemple, le test des mains serrées, traditionnel, pourra symboliser la force à laquelle la personne tient à ses rêves, ou devenir la métaphore thérapeutique d’une « irrésistible force, que personne ne parvient à contrer » (personne ne peut séparer les deux mains de la personne) ou du « développement d’une puissance intérieure telle que le « charbon ancien », prisonnier à l’intérieur, se transforme doucement, mais sûrement, en le plus pur diamant » (parallèle entre la pression irrésistible des mains, emprisonnant la matière à transformer, et la création d’un état psychologique de la personne plus sain, purifié, etc.).
La réouverture des mains symbolisera alors la libération de la personne métamorphosée, par exemple, comme deux mains qui s’entrouvrent pour « laisser apparaître le joyau qu’elles contiennent« .

Ainsi, on ne fait pas de spectacle et on n’est pas forcément « dominant » quand on pratique l’Hypnose Classique. On « fait de l’Hypnose », comme des milliers de thérapeutes l’ont pratiqué et la pratiquent encore, depuis presque 200 ans…

Voici un exemple d’induction rapide de Dave Elman (Hypnotherapy, 1964) :

Demandez à votre sujet de serrer ses mains devant lui, puis dites…

« Prenez une grande et profonde respiration, remplissez bien vos poumons et tenez l’air pendant une seconde… Maintenant, soufflez et fermez les yeux… Et laissez-vous détendre… Débarrassez- vous des tensions superficielles de votre corps et laissez les épaules se détendre. C’est bien de vous détendre aujourd’hui. 

Posez maintenant votre conscience sur vos paupières. Vous savez que vous pouvez admirablement bien détendre ces yeux. Vous savez que vous pouvez détendre ces yeux tellement profondément, cela aussi longtemps que vous choisissez de garder cette relaxation, et les paupières ne fonctionneront simplement plus… Et quand vous savez que vous avez fait ça, gardez toujours cette relaxation et faites un bon essai : assurez-vous qu’elles ne fonctionnent pas… Et remarquez comme elles se sentent bien. Testez-les vraiment… c’est ok (pause). C’est bien. Arrêtez d’essayer et laissez-vous bien détendre… encore plus. 

La qualité de relaxation que vous avez créée dans vos yeux est la qualité de la relaxation que j’aimerais que vous laissiez aller dans tout votre corps. Prenez donc cette relaxation et apportez-la jusqu’au-dessus de votre tête… Et envoyez-la vers le bas de votre corps, du dessus de la tête au bout de vos orteils. Laissez aller chaque muscle… Laissez aller chaque nerf. Laissez aller chaque fibre… Et laissez-vous dériver beaucoup… plus… profond… détendu. Voilà, vous l’avez ! 

Approfondissons maintenant vraiment cet état. Dans un moment, je vous demanderai d’ouvrir et refermer vos yeux. Quand vous fermerez les yeux, envoyez une vague de relaxation par votre corps, tellement rapidement que vous permettrez ainsi à la part physique de vous-même de se détendre… Dix fois plus profond. Voulez-le et vous l’aurez. Laissez vos yeux s’ouvrir… et fermez les yeux… Et vraiment… laissez aller. Sentez votre corps se détendre, encore davantage. Vous le faites très bien. 

Dans un moment, je vous demanderai encore d’ouvrir et fermer les yeux. Au moment où vous fermerez les yeux, doublez cette relaxation physique !… Laissez-la vraiment se développer en vous deux fois plus profondément. Laissez vos yeux s’ouvrir… et se refermer… Plus profond… Plus profond… Détendu. 

Dans un moment, nous le ferons une fois de plus… Et remarquez à quel point cela se fera tout seul pendant que vous apprenez à quel point tout cela est simple… Doublez-la au minimum. Très bien : laissez les yeux s’ouvrir… et se refermer (——) et laissez vraiment aller. C’est bien. C’est bien. 

Dans un moment, je vais soulever votre bras droit et le laisser tomber. Ne m’aidez pas à soulever ce bras… Et, quand il retombera, remarquez juste combien votre corps peut se détendre encore très facilement davantage (laisser tomber le bras). Parfait. Complètement en bas. Très bien. 

Maintenant le corps est vraiment détendu (——) alors, laissons l’esprit se détendre ; c’est vraiment ce que nous voulons faire. Quand votre esprit sera détendu vous pourrez vraiment réaliser tout ce que vous pourrez imaginer, dans certaines limites, naturellement. » 

Sitôt l’état de transe hypnotique bien installé chez la personne, on débute le protocole thérapeutique, grâce à des suggestions thérapeutiques directes, indirectes et des métaphores (James Braid est le premier à donner des exemples de ces techniques, dans son livre « Neurypnology », 1843) ou des structures plus modernes de soin ou de coaching.

Par exemple, les débutants en Hypnose apprennent à créer un parallèle symbolique entre des phénomènes de lourdeur et de légèreté d’une part (induction par « apposition d’opposés ») et ce qui est « désagréable / à rejeter » et « agréable / à garder » : on génère chez la personne un phénomène de catalepsie ou de lévitation de la main puis on le relit à ce qui est agréable, lumineux, etc. Ensuite, on fait de même, à l’inverse, avec l’autre main, lourde et reliée au désagréable, « aux choses profondes que l’Inconscient peut laisser partir… aider par la lumière… légère… de l’autre main »:

« Et tous les souvenirs (voix triste, ton de voix descendant)… désagréables… …se mettent à glisser dans le bras gauche… le bras du cœur… des émotions… et des choses du passé… Tout ce qui est lourd… lourd à porter… glisse… dans tout le bras… jusqu’à la main… lourde… de plus en plus lourde… au fur et à mesure que s’accumule… tout ce qui est noir… lourd et triste… Comme une huile grasse… sombre… qui s’écoule lentement… vers le bas… Comme d’avoir trempé les doigts dans l’huile… et que ça alourdit tellement ce bras… tellement lourd… …lourd… (le corps de la personne se met à pencher vers la gauche, emporté par le poids du main ; la main gauche glisse de la jambe sur laquelle elle était posée et pend sur le côté de la chaise) Comme ça… et ça permet à tout ça de s’écouler… de sortir de vous…

Et l’autre main… droite (voix plus légère, ton de voix montant)… celle de l’avenir et des projets à réaliser… va aller chercher de la lumière… pour contre-balancer l’autre main… et équilibrer le corps… (on saisit la main et on la place en position de catalepsie, à mi-hauteur) Voilà… un nouvel équilibre… plus léger… et la main va s’élever vers la lumière… comme un tournesol, qui cherche le soleil (on lâche la main, qui tient toute seule en l’air) …c’est très très bien… Et vous sentez comme la main continue de s’élever toute seule… et la lumière qu’elle capte (on touche doucement le bout des doigts) redescend dans le corps (on touche l’épaule gauche puis le côté du bras gauche, vers la main) pour aider (voix triste)  l’huile noire, épaisse… à s’en aller… à glisser… à glisser complètement… et tomber par terre… (voix légère) et le bras gauche… le cœur… s’emplit de lumière… »

Bien sûr, plus la main légère s’élève et plus elle transmet sa lumière à la main lourde… qui finit par devenir légère elle aussi, lorsque toute « l’huile » (les soucis) auront été évacués – ce qui signe la fin de cette rapide expérience d’hypnose bienfaisante.
Pas de langage flou ni de sous-entendus à la Erickson. Pas de langage technique ni de protocole à la manière de la Nouvelle Hypnose. La personne est bien dissociée et se laisse faire, donc ce n’est pas de l’Hypnose Humaniste non plus. C’est simplement « de l’Hypnose », comme on la pratique depuis ses débuts, même si on l’appelle aujourd’hui « classique ».

Conclusion
L’Hypnose Classique est en fait « de l’Hypnose », tout simplement : la forme la plus simple d’hypnose, idéale pour débuter, et avec laquelle il y a déjà de quoi réaliser bien des merveilles, pour soi ou pour les autres. Toutes les bases sont là !

Lire aussi :
– L’Hypnose Ericksonienne
La Nouvelle Hypnose
– L’Hypnose Humaniste

Une réflexion au sujet de « Exemples d’induction d’Hypnose Classique »

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