L’Hypnose classique n’est pas seulement une hypnose « de spectacle »

Yannick-hypnose

Yannick Mariolle, Enseignant IFHE en Hypnose Classique, réalisant une « chute arrière » en spectacle

L’Hypnose Classique est l’hypnose de nos grand-pères, celle qui a donné naissance à la « psychothérapie » (nom inventé par Bernheim en 1891 pour désigner le soin par suggestions hypnotiques). Elle fut et reste utilisée de bien des façons, y compris par les hypnotiseurs de music-hall, qui ont eu le mérite de conserver la mémoire de cette forme d’Hypnose, y compris durant ses années creuses (cf. Historique de l’Hypnose).
Pourtant l’Hypnose Classique ne saurait se réduire à l’Hypnose de spectacle, qui n’en est qu’une des facettes – et qui se distingue par de nombreuses spécificités techniques.


Les différences entre l’Hypnose Classique et l’Hypnose de spectacle

Tout d’abord, attention à l’ancienne confusion entre Hypnose Classique et Hypnose de spectacle : si cette dernière utilise les techniques « classiques » pour faire du spectacle, distraire et (parfois) éduquer le public, elle n’est pas toute l’Hypnose Classique qui, elle, est avant tout une pratique thérapeutique… L’Hypnose Classique est un monde, dont fait partie l’Hypnose de spectacle, mais l’Hypnose Classique ne se résout pas à cette seule pratique, très loin de là !

De plus, chaque hypnothérapeute, quelle que soit la forme d’Hypnose qu’il pratique, utilise au quotidien des techniques de suggestions, directes et indirectes, qui viennent de l’Hypnose Classique (cf. le livre « Hypnose » de James Braid, créateur du mot « hypnose », qui explique déjà en 1843 les formes directes et indirectes de suggestion)…
On ne peut pas rejeter quelque chose qui est à la base de tout ce que l’on fait !

Alors, bien sûr, contrairement aux thérapeutes, les artistes doivent faire preuve de spectaculaire. Ils ont un show à assurer. Pour cela, il existe des techniques spécifiques de reconnaissance et de sélection des « meilleurs sujets », ceux qui démontreront rapidement les phénomènes hypnotiques nécessaires au spectacle.

Les hypnothérapeutes ont d’autres impératifs, pas forcément plus évidents : en thérapie, impossible de choisir son sujet, on est obligé de réussir avec toute personne qui se présente (au moins l’induction hypnotique !). Et le patient veut avant tout guérir ; que l’hypnose soit un état de conscience qui s’apprend lui importe peut ; qu’il soit lui-même plus ou moins prédisposé à l’hypnose non plus : il veut entrer en transe tout de suite pour travailler sur son problème. Point.

En spectacle, l’état d’hypnose et ses phénomènes sont le but à atteindre. En Hypnothérapie, ce sont des moyens au service du processus thérapeutique.
Les techniques d’induction hypnotiques sont aussi très différentes, que l’on soit en spectacle (sélection des sujets sensibles, phénomènes spectaculaires impératifs) ou en thérapie (toute personne doit entrer en transe, pas besoin de phénomènes spectaculaire mais d’une bonne disposition d’esprit).

Ainsi, il est des phénomènes hypnotiques que l’on ne peut produire qu’en Hypnose de spectacle, grâce à l’envoutement généré par la foule. Le sujet est « emporté » dans un rôle – qu’il a accepté implicitement en venant au spectacle, puis en se portant volontaire pour monter sur scène. Tous ses amis le regardent ; il a le trac ; il a chaud ; les lumières l’éblouissent… Désorienté, l’hypnotiseur le surprend en claquant des doigts ; il se sent tomber, comme évanoui, sans même avoir entendu le retentissant « Dormez ! »
C’est la célèbre « interruption de pattern » de Dave Elman (souvent attribuée, à tort, à Milton Erickson). L’ordre vient saisir le cerveau reptilien, qui fait basculer la personne en transe bien avant qu’elle ne soit même consciente de la phrase prononcée par l’hypnotiseur… Facile à réaliser sur scène, où la personne est impressionnée ; très difficile en thérapie, où le thérapeute a, au contraire, établi un climat de confiance.

Par contre, nombreux sont les hypnotiseurs de spectacle qui viennent se former en Hypnose thérapeutique, curieux de découvrir par quel moyen un hypnothérapeute peut réussir à mettre en état d’hypnose une personne seule, sans la pression de la scène, sans l’ambiance étourdissante du spectacle – et une personne qui n’a pas été présélectionnée, en plus !…

On constate aussi que certaines personnes sont parfois un peu déçues, au début de leur formation en Hypnose thérapeutique : ça ne ressemble pas à l’idée qu’elles se faisaient de l’Hypnose. Ah, ça fonctionne… ça oui, et même très bien… mais… ce n’est pas l’Hypnose « comme à la télé ». Ces personnes voulaient une formation « sérieuse », en hypnose « thérapeutique », mais restent dans les attentes communes au grand public. C’est qu’elles confondent spectacle et thérapie.

Il n’y a pas de mal à utiliser l’hypnose en spectacle, si c’est fait correctement, avec discernement et éthique – mais l’hypnose de spectacle est une approche techniquement différente de l’hypnose thérapeutique. Vous pourriez être un excellent hypnothérapeute classique et incapable de faire un spectacle d’Hypnose… et vous pourriez être un showman surdoué et pourtant tout à fait incapable de mener à bien une thérapie, même par hypnose. Ne serait-ce que les procédés d’induction hypnotique sont totalement différents…

Il est bien sûr possible d’apprendre les deux approches. C’est le but de la spécialisation en « Hypnose Classique » que propose l’IFHE : les gens du spectacle s’initieront à l’Hypnothérapie pour de saines représentations, des shows autant éducatifs (voire thérapeutiques !) que spectaculaires ; les gens de thérapie découvriront l’importance et la puissance de leurs mots, en créant des phénomènes hypnotiques « comme à la télé ». Ils ressortiront de l’expérience plus confiants en leurs techniques thérapeutiques, conscients de leur impact sur la personne.

Les deux approches sont différentes et se complètent.

Alors, que pensez-vous de l’hypnose de spectacle ?

Je pense que toutes les formes de pratiques hypnotiques débilitantes devraient être interdites. Il est certain que les gens qui usent de la « communication d’influence » à fin de divertissement malsain ou d’abêtissement abusent des personnes les plus sensibles ou influençables – malheureusement, cette constatation dépasse le simple cadre de l’Hypnose… Voyez le matraquage télévisé et dites-moi si cela éduque ou si cela abrutie la population… N’est-ce pas une forme d’hypnose négative de masse ? (« Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible », Patrick Le Lay, PDG de TF1, 9 juillet 2004)

Même en utilisant le plus mal possible notre « hypnose », nous serions très loin de pouvoir faire autant de mal que les « spécialistes » du genre (politique, marketing, etc.)…

Ceci dit, et pour en revenir à ce qui nous concerne : pour que l’Hypnose de music-hall soit la plus éthique et bénéfique possible, il faudrait absolument que ce genre de spectacle soit conduit par des professionnels connaisseurs et respectueux de la psychologie humaine, non pas pour la violer, mais pour faire leur « show » dans le respect des personnes qui se portent volontaires – car c’est tout à fait possible (cf. exemples dans le livre « Hypnose »).
Les phénomènes hypnotiques de l’hypnose sont spectaculaires et peuvent être provoqués pour le bien de la personne ! Ainsi, vous faites d’une pierre deux coups : d’abord vous avez le côté spectaculaire, et ensuite les volontaires sortent de l’expérience mieux qu’avant ! Ne serait-ce pas formidable ?

Mais quand vous voyez un hypnotiseur de spectacle pousser un « volontaire » à mimer un suicide (mais pour la personne, c’est réel !!) ou transformer trente personnes en une horde de singes en rut qui vont se précipiter dans l’assistance pour choisir une « femelle »… c’est débilitant et pervers. Cela ne devrait pas exister… Tandis qu’une personne timide qui se sent devenir si forte qu’une dizaine de personnes alignées ne parvient plus à la pousser, à la faire reculer, celle-ci ressort de la soirée grandie et fière d’elle !

L’opinion publique, ignorante des techniques de l’Hypnose – et souvent des bases même de la psychologie – peste contre ces « méchants hypnotiseurs de spectacle » qui font croire au pauvre peuple naïf qu’ils ont un « pouvoir » sur les gens. Mais, réfléchissez un peu : tout le monde sait qu’il s’agit de spectacle (c’est dans l’intitulé même de ce type d’hypnose). C’est donc un peu comme aller voir un magicien : va-t-il vous dire avant chaque tour, « attention, ceci n’est pas de la vraie magie, il y a un truc ! » ?… Évidemment que non ! Tout le plaisir est dans cette illusion, justement.
Un magicien qui pratique le « mentalisme » va vous faire croire qu’il est devin ou télépathe, mais tout le monde sait bien qu’il s’agit d’un artiste, qu’il y a « un truc » ! De la même manière, l’hypnotiseur de spectacle ne va pas passer son spectacle à vous répéter « en fait, c’est vous qui vous mettez en transe tout seul, je ne fais que vous guider, vous expliquer »… Ce serait vrai, mais ça retirerait tout le charme et le plaisir ! Alors, comme le prestidigitateur ou le mentaliste, l’artiste hypnotiseur fait croire à son public qu’il possède un pouvoir spécial. Ce n’est pas « abusif », c’est son métier – et c’est pour ça qu’on vient le voir en spectacle.
De plus, les techniques de l’Hypnose Classique sont relativement basiques : la mise en transe ne fonctionne que parce que la personne y croit vraiment. L’hypnotiseur travaille sans autre filet que sa totale conviction de l’arrivée du phénomène hypnotique. Avertir son public qu’il n’y a « pas de magie » reviendrait à détruire sa capacité à faire son spectacle, à produire les phénomènes pour lesquels on est tous venus le voir. Impossible, forcément ! La magie est nécessaire…

Maintenant, il est tout à fait possible de laisser ses spectateurs dans le plaisir de cette illusion et d’utiliser tous les phénomènes hypnotiques que l’on voit en spectacle pour le bien des volontaires… Mais il faut déjà, pour cela, bien connaître l’esprit humain, la psychologie, les métaphores thérapeutiques et leur utilisation, etc.
Une suggestion hypnotique de contrainte rend les gens malades. Les professionnels de l’hypnose de spectacle le savent pertinemment, et ils font ce qu’ils peuvent pour éviter ce malheureux « contrecoup », mais ils ne sont souvent tout simplement pas formés pour utiliser positivement leurs suggestions, ce qui éviterait les effets négatifs secondaires tout en conservant l’effet spectaculaire et en offrant aux personnes une expérience mémorable et enrichissante.

C’est une question de formation…

2 réflexions au sujet de « L’Hypnose classique n’est pas seulement une hypnose « de spectacle » »

  1. Hypnose de spectacle + éthique = Le pied !
    Je forme des vœux pour qu’il y en ait de plus en plus. Travaillons en jouant à rendre le monde plus beau.
    Merci Olivier.

  2. Bonjour Olivier,

    Vu l’effet qu’a pu faire « ce cher » Messmer (le vilain, pas le pionnier) en juillet en passant sur une chaîne à une heure de grande écoute, il est grandement temps de remettre les pendules à l’heure !
    Je ne regarde jamais la télé, bien trop de belles et bonnes choses à faire ailleurs, mais j’ai regardé ce soir-là, et j’ai été atterrée !
    Merci de l’avoir fait par cet article

    La formation avec Yannick est très instructive également, elle permet d’appréhender l’Hypnose Classique sous un autre angle, et de passer de super moments (j’ai beaucoup ri…particulièrement le jeudi après-midi)
    A ce propos, cher Olivier, si vous pouviez dire à Yannick de signer mon diplôme et me l’envoyer, ce serait sympa… ;))

    Merci pour toutes les heures passées en votre compagnie.
    Je crois ne jamais vous avoir vraiment adressé la parole… ou si peu… peut-être le « merci » à la remise du diplôme avec un salut Bouddhiste (le 08 aout), mais vos mots et le temps passé en votre compagnie resteront gravés en ma mémoire. Vous êtes un orateur exceptionnel, et faites partie de ces gens qui véhiculent beaucoup de cette Lumière qui réchauffe…

    J’ai fait cette formation pour apporter une aide supplémentaire dans une association dans laquelle je m’investis beaucoup. Je me suis rendu compte que les livres, cahiers, crayons, médicaments, etc… étaient insuffisants. J’espère être digne de ce diplôme en adoucissant un peu la vie des enfants malgaches.
    Le symbole de l’assiette est l’argent, la mienne était une assiette creuse avec un coeur blanc en pierre à l’intérieur. La richesse, c’est parfois le savoir… Et le savoir-être, le savoir-vivre, le savoir-donner, et surtout le savoir-être-heureux…

    Avec toute mon amitié
    Laurence

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